L'assassinat de George Tiller relance la question de l'activisme anti-avortement aux Etats-Unis
Par emcee le vendredi 5 juin 2009, 12:27 - L'info futile - Lien permanent
George Tiller, chirurgien dans une clinique du Kansas, a été assassiné
dimanche dernier alors qu'il assistait au service religieux de sa paroisse.
Ironie du sort?
Tiller, comme tous ceux qui pratiquent l'avortement, subissent les assauts
constants des groupes "pro-life".
Le lobby anti-avortement aux Etats-Unis est très actif et, comme le lobby des
armes, la NRA, prend aussitôt les armes dès qu'il y a un soupçon d'avancées
progressistes dans leurs domaines respectifs.
Des lobbys très engagés dans la campagne contre Obama.
Les activistes pro-life sont prêts à tout et dangereux.
Leur méthode: le harcèlement constant des médecins et du personnel qui
travaillent dans les cliniques qui pratiquent l'avortement.
Parallèlement, ils sont assurés du soutien (et de la propagande) d'animateurs
télé vedettes comme Bill O'Reilly qui crache sa haine sur Fox News, entre
autres, avec des notions simplistes assénées sur des esprits simples, voire
dérangés.
C'est effrayant. Et c'est au nom de la liberté d'expression.
Une liberté d'expression qui semble, pour autant, bien plus facilement accordée
à l'idéologie de droite radicale, voire d'extrême droite, qu'aux idées
progressistes, qui sont, elles, noyées sous un torrent d'insanités de la part
des précédents.
Ci-dessous: la traduction d'un article "The Tiller Murder Wasn't a Lone Killer's Sick Plot; It Came Out of the Radical Anti-Abortion Movement" de Jill Filipovic publié le 1 juin 2009 dans Alternet, paru initialement dans le Guardian
L'assassinat de Tiller n'est pas l'acte isolé d'un détraqué, c'est le pur
produit du mouvement radical anti-avortement
L'assassinat du docteur George Tiller est la réponse logique aux discours de
plus en plus violent d'experts comme Bill O'Reilly ou de groupes radicaux
"pro-life". George Tiller, médecin au Kansas, a été tué par balle à l'église
dimanche dernier. C'était un des rares médecins aux Etats-Unis à pratiquer des
avortements thérapeutiques tardifs (interruption
médicale de grossesse – IMG) quand c'était nécessaire – quand il s'agissait
de femmes dont la grossesse mettait en danger leur vie ou leur santé, ou
lorsque le fœtus comportait des anomalies graves. Les femmes venaient de tout
le pays consulter Tiller quand leur propre médecin ou les autorités médicales
locales ne pouvaient rien faire. Pour de nombreuses femmes, Tiller était, comme
l'a formulé une de ses patientes:"la seule lumière qui ait brillé pendant
semaine la plus terrible de mon existence".
Il était aussi un des principaux paratonnerres dans les guerres contre
l'avortement.
Les pro-life harcelaient ses patientes, jour après jour. Ils ont fait exploser
une bombe dans sa clinique. Ils lui ont tiré dessus une fois déjà. Ils
accumulaient les procès et avaient même réussi à convaincre certains procureurs
locaux d'ouvrir à des enquêtes criminelles et d'engager des actions en justice
(où ils n'ont jamais gagné). Ils publiaient l'adresse de son domicile et les
noms complets des membres de sa famille sur leurs sites internet. Il postaient
des renseignements sur *tous ceux avec qui il était en contact, depuis
l'épicerie où il achetait son café jusqu'à la teinturerie où il déposait ses
vêtements.
Ils l'ont contraint, ainsi que son personnel, à porter un gilet pare-balles
pour aller travailler. Tiller roulait dans une voiture blindée et protégeait sa
maison avec un système de sécurité ultra-performant. Et pour permettre de mieux
le traquer et le harceler, ils publiaient ses allées et venues quotidiennes –
dont le fait qu'il assistait tous les dimanches au service religieux à l'Eglise
Réformée Luthérienne, l'endroit où on lui a tiré dessus et tué.
Et tout cela parce que c'était un spécialiste avec les compétences nécessaires
pour pratiquer des actes chirurgicaux légaux.
Ceci ne surprendra personne: son assassin est fortement soupçonné de faire
partie du mouvement "pro-life". Si c'est le cas, Tiller serait
la dixième personne à avoir été assassinée aux Etats-Unis par les
terroristes anti-avortement.
Et là, il ne s'agit que de la partie émergée de l'iceberg.
Tiller lui-même avait réchappé à un assassinat en 1993. Depuis 1977, il y a eu
au moins 17 tentatives d'assassinats, 383 menaces de mort, 153 affaires de
coups et blessures et trois enlèvements commis contre ceux qui pratiquent des
avortements.
Certains groupes anti-avortement publient des déclarations pour condamner ce
meurtre et pour le faire passer pour celui d'un extrémiste. Mais ce récent acte
de terrorisme n'est, hélas, pas une anomalie. Il fait partie d'un plan de
harcèlement, d'intimidation et de violence contre ceux qui pratiquent
l'avortement et contre les militants pro-choix. Et les groupes anti-avortement
traditionnels en portent largement la responsabilité.
Les organisations pro-life utilisent souvent les termes de "meurtre", génocide"
ou "holocauste" pour décrire les avortements.

Ils publient sur leurs sites les noms complets de ceux qui pratiquent les
avortements, ainsi que leur adresse, le numéro d'immatriculation de leur
véhicule, leur photo, les noms de leurs enfants et des écoles que fréquentent
ces derniers (parfois avec des posters
""Wanted" bien pratiques, dans le style des westerns, comportant des
promesses de récompenses de 5000 dollars ).
Quand on persuade ses adeptes que ceux qui pratiquent l'avortement sont
comparables aux officiers SS qui ont tué des innocents par millions, qu'on leur
dit que c'est une guerre "totale" qui est engagée contre les pro-choix et qu'on
leur fournit l'adresse personnelle et les renseignements utiles sur ces
praticiens "monstrueux", "tueur de bébés" contre lesquels on
est censé être en guerre, on ne peut pas faire les étonnés quand ces adeptes en
concluent qu'il est moralement justifiable de se servir de ces informations
pour tuer des médecins.
Ce ne sont pas
des groupes marginaux .
Bill O'Reilly, le célèbre animateur de télé conservateur, a traité la clinique
de Tiller de "moulin de la mort", accusé Tiller d'être un
"assassin de bébés" qui "exécute des bébés sur le point de
naître" et
a déclaré que Tiller commettait des actes nazis pour lesquels il avait
"du sang sur les mains".
Frank Pavone, prêtre catholique, membre de l'association de James Dobson,
"Focus on the Family" et directeur de "Les Prêtres pour la
Vie", postait, dimanche dernier, une vidéo sur You Tube pour dire qu'il
"hait" la violence qui a été commise sur Tiller mais que "nous
n'avons aucun élément et nous ne devons pas tirer des conclusions hâtives"
(en décrétant que c'est un terroriste anti-avortement qui a peut-être assassiné
Tiller), même s'il reconnaît que quelqu'un l'a peut-être assassiné "afin
d'empêcher Tiller de tuer d'autres bébés".
Il poursuit:" Quand on parle d'avortement, on parle de meurtre. Il n'y a
pas d'autre mot … c'est un holocauste à grande échelle, c'est
assassiner".
Pavone est pote avec Operation Rescue, dont le fondateur, Randall Terry, a
déclaré ceci à propos de l'assassinat de Tiller:
George Tiller était un tueur en série. Nous avons du chagrin pour lui qu'il n'ait pas eu le temps de préparer son âme à sa rencontre avec Dieu.
Je suis plus inquiet sur le fait que l'administration d'Obama va utiliser le meurtre de Tiller pour intimider les anti-avortement afin que nous abandonnions nos discours et nos actions les plus efficaces. L'avortement, c'est toujours un meurtre. Et nous devons toujours encore appeler l'avortement par son vrai nom: meurtre.
Ces hommes et ces femmes qui assassinent les fœtus sont des assassins selon la loi de Dieu. Nous devons continuer à les dénoncer dans nos communautés et manifester sans violence contre eux devant leur lieu de travail et leur domicile, et, oui, même devant leurs églises.
Ca c'est de la définition de manifester sans violence!
Le principal suspect du meurtre de Tiller faisait partie des habitués,
paraît-il, du site d'Operation Rescue (qui avait une rubrique spéciale
"Infos Tiller"), et avait participé à certaines de ces
"manifestations non violentes" qui tiennent tant à cœur aux
anti-avortement.
Loin d'être un extrémiste isolé, il semble avoir été plutôt impliqué dans le
mouvement pro-life.
Et si c'est bien lui qui a assassiné Tiller, il n'est pas le seul parmi les
anti-avortement à adhérer à la directive de Terry qui dit que "Si vous
pensez que l'avortement est un meurtre, agissez de même". (Terry
n'avait-il pas déclaré: "cela n'aurait-il pas été normal de tuer Hitler
sachant qu'on pouvait sauver des millions de Juifs?").
Les anti-avortement autoproclamés ont fêté l'assassinat de Tiller en laissant
des centaines de commentaires sur les blogs de droite radicale (et bon nombre
d'autres sur les blogs de gauche et pro-choix pour faire bonne mesure).
L'écrivain conservateur
LaShawn Barber savourait l'ironie qui avait voulu que "Tiller le Tueur
de bébés, cultivateur de la mort" soit assassiné pendant un office
religieux.
Si on jette un rapide coup d'œil sur le portail de ProLifeBlogs.com,
on trouve des titres du genre: "George Tiller a assassiné son dernier
bébé", "Tiller le Tueur tué", "Aujourd'hui, Tiller le Tueur,
devenu martyr de Moloch, a
rencontré Dieu", etc.
Ces gens-là ne sont pas des brebis galeuses. Ils sont symptomatiques (et
parfois les porte parole) d'un mouvement global qui est malsain et
dangereux.
Alors que des personnes isolées qui se revendiquent pro-life peuvent être de
bonne foi et opposées à la violence, les associations anti-avortement et ceux
qui les dirigent se fichent bien de la vie, avant ou après la naissance. Et si
ces associations condamnent du bout des lèvres l'assassinat de Tiller, elles
continuent d'utiliser le même discours délirant et incendiaire qui l'a inspiré
et rendu possible.
Les mots ont un sens. Les pro-life doivent sans aucun doute pouvoir exprimer
leur opinion, mais ils doivent également réaliser que les actes ont des
conséquences et que leur discours n'est pas anodin.
Si vous hurlez "au feu" dans une salle de spectacle bondée, on peut
raisonnablement penser que cela va provoquer une panique et que des gens vont
être blessés. Et si vous criez "assassin!' Tueur d'enfants"
et "holocauste" suffisamment longtemps, on peut raisonnablement penser
que quelqu'un va se charger d'appliquer la loi du talion (surtout si vous
fournissez le nom et l'adresse de la personne qui, selon vous, commet un
"génocide").
Cet acte n'a pas été celui d'un extrémiste isolé. C'est un acte de violence de
plus à ajouter à une longue, très longue liste de crimes commis par les
terroristes anti-avortement, et l'issue logique à des années de discours et
d'actions de plus en plus violents, déshumanisants et menaçants de la part des
associations pro-life "classiques".
Certes, la responsabilité de la mort de George Tiller repose sur les épaules de
celui qui a appuyé sur la détente. Mais quand les groupes anti-avortement ont
tout fait pour, à part lui fournir l'arme, on ne peut pas dire qu'ils aient les
mains propres.
Jill Filipovic est avocate à Manhattan et a été rédactrice en chef de la
rubrique "Femmes et justice reproductrice" d'AlterNet. On peut lire d'autres
articles sur son blog.
Notes
(en anglais)
Source originale (avec commentaires) le Guardian
*tous ceux avec qui il était en contact:
One Man's
God Squad
Bill O'Reilly est,
entre autres, présentateur sur Fox news.
Autres articles (en anglais) sur O'Reilly:
Slam Bill O'Reilly for His Jihad Against Dr. George Tiller (Haro sur Bill
O'Reilly et sa croisade contre le docteur George Tiller)
et:
Is
Bill O'Reilly Spawning Killers?
(O'Reilly crée-t-il des assassins?)
Autres liens et commentaire personnel:
Cette question soulève d'une part la violence, l'acharnement et l'activisme aux
Etats-Unis des groupes anti-avortement et d'autre part la
question de la liberté d'expression.
Dans un pays où les décisions gouvernementales s'appuient sur la bigoterie,
particulièrement ces dernières années, et où sont préconisés le créationnisme,
l'abstinence, et autres concepts religieux irrationnels, où l'éducation
sexuelle n'est pas généralisée dans les écoles, où le planning familial est
montré du doigt, mais où la production de porno est la plus florissante, on ne
peut pas s'étonner qu'il y ait autant de tordus incultes obsédés de sexe et de
domination masculine (blanche).
Pour ce qui concerne l'avortement, si celui-ci est autorisé dans tous les
états, l'accès à l'éducation sexuelle, à la contraception, à la "pilule du
lendemain" et à l'avortement est très variable et discriminatoire.
En effet, sa pratique dépend de l'état, de la communauté (ethnique et/ou
religieuse), de la proximité de centres de planning familial, de cliniques ou
de pharmacies, du bon vouloir de médecins et pharmaciens (beaucoup se prévalant
de la "clause de conscience" pour refuser contraception ou recours à
l'avortement), du niveau socio-culturel de la personne concernée, de son
éducation, de ses revenus, et d'autres facteurs encore.
Et la politique rétrograde de Bush et consorts (qui finançaient les
organisations prônant l'abstinence aux dépens des plannings) n'a pas amélioré
la situation, qui n'était pourtant pas bien encourageante.
Il faut savoir également qu'il y a une grande réticence aux Etats-Unis chez les
étudiants en médecine à s'engager dans des spécialisations à risques telles la
chirurgie générale, la cardiologie ou la gynécologie-obstétrique, à cause des
tarifs d'assurances extrêmement élevés et de la pression des patients et des
familles. Pareil, donc, pour les médecins qui acceptent de pratiquer
l'avortement, et qui finissent par se spécialiser dans les IVG.
Avortement aux
États-Unis Et en anglais, Un dossier
très complet
Autres sources: http://www.guttmacher.org/pubs/fb_i...
http://www.religioustolerance.org/a...
Recrudescence des mouvements de droite dure
Sitôt après l'élection d'Obama, la droite radicale s'est manifestée
bruyamment.
Cette droite radicale ne représente pas une quantité négligeable, puisqu'elle a
probablement , pour faire échec à Obama, voté massivement pour McCain (qui a
tout de même obtenu 40% des voix environ dans le pays, malgré tous les
handicaps qu'il cumulait, dont l'héritage catastrophique, son âge, son état de
santé, la bêtise crasse de sa colistière et le risque qu'elle le remplace à la
tête de l'Etat)).
D'ailleurs, les lobbys des armes et anti-avortement s'étaient engagés dans une
campagne féroce de dénigrement d'Obama.
Convention de la NRA (vague de nouvelles adhésions, armuriers
en rupture de stock, attaques virulentes et insensées contre le nouveau
président).
Le nouveau visage de la droite américaine.
La liberté d'expression
Cet article soulève également la question de la liberté d'expression telle
qu'elle est conçue aux Etats-Unis.
Peut-on tout laisser faire au nom de la liberté d'expression?
Les Américains sont très attachés à la liberté d'expression telle qu'elle est
garantie par le 1° Amendement de la Constitution:
"Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre".
C'est d'ailleurs au nom de la liberté d'expression que Noam Chomsky a
rédigé un texte
pour expliquer que défendre la liberté d'expression de quelqu'un n'était pas
adhérer à ses idées, précisant également que signer des pétitions uniquement en
faveur de ceux dont on partage les idées n'était pas défendre la liberté
d'expression.
Ce qui est imparable - mais, hélas, au-delà de l'entendement des petits
philosophes à la petite semaine dont nous sommes affublés en France et qui
monopolisent les médias et interdisent toute réflexion intellectuelle.
Mais je m'éloigne.
Oui, disais-je, peut-on encore parler de liberté d'expression quand il y a
harcèlement, expéditions punitives, divulgation de données personnelles et
crimes, voire assassinats?
Peut-on parler de liberté d'expression quand ces groupes d'extrême droite se
livrent à des actes extrêmes, poussés en cela par la haine propagée même par
des personnages publics et influents?
Peut-on parler de liberté d'expression quand les manifestants contre la guerre
ou contre la politique gouvernementale n'ont pas le droit de protester le long
du parcours des responsables politiques incriminés, ou quand leur point de vue
est banni des médias dominants?
Interdire les manifestations sur son passage, c'est ce qu'a exigé Bush et ce
qui se passe aujourd'hui en France où seule une claque triée sur le volet a le
droit de s'approcher des élus (ou pas, d'ailleurs – ce qui devient de plus en
plus courant avec la multiplication de planques ministérielles ou de postes de
"conseillers" du même acabit) censés répondre de leurs actes devant le
peuple.

Commentaires
Brrrrr
Très bon article de Jill Filipovic, heureusement les Etats Unis ne se résument pas aux anti avortements!
La liberté d'expression reste pour moi essentielle mais les questions que tu poses sont pertinentes.
Je vais y réfléchir
Baci
salut, céleste,
Certes, il n'y a pas que ça mais ils ont vraiment leur lot de bas-du-front là-bas aussi. Et ils ont, hélas, beaucoup de poids.
Je lisais le discours d'Obama au Caire. Très subtil. Il est clair que rien ne va changer. Mais il arrive à laisser croire qu'il est déterminé à faire changer les choses.
Er chez nous, l'horizon n'est pas plus gai.
Non, ce n'est pas plus gai, il me semble que nous sommes en train de perdre la bataille idéologique au sujet de l'IVG. j'entends de plus en plus de femmes et d'hommes plutôt favorables à l'IVG, justifier ce droit en faisant appel à des cas limites du type "si c'est le fruit d'un viol". Il semble de plus en plus difficile de défendre le droit à l'IVG comme un droit à disposer de son corps, simplement...
Bonjour, Melle S, et merci de l'info.
Allons bon! C'est comme la peine de mort: "je suis contre sauf ...".
Tout est toujours remis en cause dans une société d'hommes, en politique comme en religion, relayés complaisamment par les dames patronnesses.
Et les coups de poignards successifs au principe de laïcité et la mise en avant actuelle des bondieuseries et des communautarismes religieux ne vont pas dans le sens de la préservation des acquis pour les femmes.
Loin de là.
Il serait intéressant d'analyser non pas uniquement les "coups de poignard successifs au principe de laïcité", mais également l'utilisation qui est faite de ce principe selon les périodes, ce qu'il contient, ce qu'il cache, ce qu'il permet de mettre en lumière, comment il a été par exemple utilisé pour appuyer un effet de loupe (les multiples affaires du voile ayant crée un sentiment de "péril islamique", et ayant permis de zapper un certain nombre de questions touchant une part bien plus large de nos concitoyens)... Etc.
De même, concernant l'IVG, il me semble que l'injonction à procréer qui menace symboliquement le droit à arrêter une grossesse sans être stigmatisée pour cela, n'est pas uniquement l'affaire de l'Église, mais relève d'une autre institution, dont l'écho me semble plus fort, l'État.
il est vrai que l'Église est souvent dénoncée comme productrice de normes discriminantes pour les femmes, mais il me semble qu'elle est surtout plus visible, plus assumée en tant que telle.
C'est un peu ce qui me gêne, à regarder/écouter ceux qui font/ce qui fait le plus de bruit, on a tendance à ne plus voir ce que ça cache, ou ceux qui produisent une pensée réactionnaire, mais parée des atours de la modernité.
Euh, sinon, bonjour aussi... J'en oublie les règles élémentaires de politesse.

"Euh, sinon, bonjour aussi... J'en oublie les règles élémentaires de politesse".
Ce n'était pas un reproche, mais un signe de bienvenue de ma part.
Pour ce qui est de la laïcité, il y a tellement d'interprétations que je ne me suis pas risquée à lancer la polémique. Voilà pourquoi ce fut succinct.
J'ai largement donné mon opinion sur ce blog, mais ce que j'en dis est finalement devenu très marginal, même dans les milieux que j'estime "fréquentables", non seulement à cause des préjugés sous-jacents, mais aussi d'une interprétation que j'estime erronée de ce principe.
Certes, c'est l'Etat qui peut décider de tout. La religion a jusqu'alors, en France, été tenue à l'écart - plus ou moins et de façon plus ou moins claire, par les politiques - qui se posaient en garants d'une certaine "laïcité".
Sans compter qu'il y avait des "gardiens du temple" pour y veiller. Hélas, ces gardiens du temple se sont laissé embourber dans des affaires de choc des civilisations qui ont troublé leur entendement.
Se laissant finalement guider par les tripes, plutôt que par leur cerveau.
Aujourd'hui, par la volonté des politiques, la moindre commémoration passe par l'église avec moult messes, génuflexions et signes de croix.
Cela n'est pas l'effet du religieux, certes, (même s'il en est fort aise et en redemande), mais de la volonté du chanoine de Latran et de ses "conseillers" de forcer la France au communautarisme et donc au sectarisme.
Sans parler de leurs complices de tous bords qui courent à ces commémorations ou enragent de n'y être convié-es.
L'IVG est menacée, en effet, par les forces politiques, qui s'accommodent bien des principes religieux, qui vont de pair avec leur volonté de domination et de préservation de l'ordre qu'ils ont établi.
Je ne le prenais pas comme un reproche, je me suis rendu compte de mon oubli après avoir posté mon commentaire.
J'ai du mal à saisir ta réponse, puisque tu évoques des prises de positions que je ne connais pas.
Je ne suis pas certaine que les gardiens du temple ce soient laissé guider par les tripes plus que par le cerveau, j'ai vraiment le sentiment, à propos du voile notamment, qu'il y a eu une véritable volonté d'utilisation de faits divers.
Ceci dit, on s'éloigne du sujet de l'IVG, et concernant les USA, la laïcité ne permet pas de comprendre quoique ce soit, et pour cause.
Tiens ça me fait penser au livre de Faludi, Backlash, la guerre froide contre les femmes. Il serait intéressant de le relire à présent. Ça fait presque 20 ans maintenant.
Zut, je venais de terminer mon com' et tout a disparu!
Je recommence. Grrrr.
Bon, par "gardiens du temple", je voulais dire "gardiens de la laïcité" auto-proclamés à leur convenance qui se réfugient à l'occasion derrière une laïcité mal digérée pour dissimuler leurs noirs préjugés, vis-à-vis, entre autres, de la communauté musulmane et qui par là même ont favorisé un repli communautaire et un regain de racisme en opposant les diverses communautés.
Je ne voulais pas revenir ni sur l'"affaire" du voile, ni celle de la "virginité", mais si tu as un peu de temps, tu peux consulter le dossier "femmes" (tag) qui aborde largement ces sujets.
J'ai essayé de voir ce qui tu en disais sur ton blog (excellent, d'ailleurs), mais je n'ai rien trouvé (ce qui peut vouloir dire que j'ai mal cherché).
Pour ce qui est des US, c'est vrai, on est encore plus loin de la laïcité.
EX: les présidents ne sont pas du tout obligés de jurer sur la bible, ni d'ajouter au serment, "help me god" lors de leur investiture, mais ils le font quasiment systématiquement.
Probablement, parce que c'est pratique de se reposer sur la "volonté de dieu" pour s'exonérer de certains actes, mais aussi parce que cela provoquerait un tollé.
Mais si la religion n'est pas la seule à reproduire les schémas de domination-soumission, elle seconde bien les politiques.
Ainsi, dans certains états, il est parfois mpossible aux femmes de trouver la "pilule du lendemain" à des centaines de kms à la ronde parce que les marchands de médicaments évoquent la "clause de conscience". Pareil pour les avortements et les médecins locaux.
Et qui trinque? Toujours les mêmes, celles qui dans les années 60-70 n'avaient pas les moyens de se payer le voyage en Suisse.
Cela existe en France aussi, certes, mais à une échelle bien moindre.
Voilà, j'abrège un peu, mais j'espère avoir été plus claire dans mes propos.
Bonne journée.
Oui, plus clair, merci.
Dans mon blog, j'en parle assez peu, estimant qu'on en a justement trop fait en montant en épingle ces affaires. En parlant d'effet de loupe, il y a un chat libération en ce moment sur le déni de grossesse, en avant dans la médiatisation de phénomène rares, les propos sont comme d'hab individualisant... on psychologise à coup de matraque... Mais jamais grand chose sur l'IVG en revanche.
On est pas sorti de l'auberge.
"On est pas sorti de l'auberge". Je dirais même: on y entre à peine à nouveau. Dans la mesure où la régression est amorcée et où peu de personnes ne se méfient véritablement, pensant que ce qui est acquis est acquis. Hélas. Non.
Il n'y a qu'à voir la récente tentative contre le planning. Ils ont reculé, mais ce n'est que partie remise, s'ils trouvent le terrain favorable.
Je vais voir un peu ce chat.
Si je le trouve.