Ensuite, les listes: si on procède par élimination, une liste après l'autre, à la fin, il n'en reste aucune.
Bin oui, quoi.

Déjà, tu passes rapidement sur tout ce qui de près ou de loin a cherché à nous faire voter pour une Europe concoctée pour eux, avec eux et sans nous.
En nous racontant des salades, en nous insultant, en nous crachant dessus, puis en votant pour (ou contre, ou en s'abstenant, tout pareil) un traité "simplifié" torché par un des sbires à qui nous savons.

Ca t'en élimine vite fait un bon paquet: tout ce qui est bleu-blanc-rouge, tout ce qui est vert et tout ce qui est rose passe directement à la trappe.
Les verts-de gris, eux, tu les calcules même pas. Même s'ils font de la retape à gauche.

Restent les tenues de camouflage. Les faux rouges, les roses foncés. Et leurs variantes.
Car, d'abord, si c'était non à cette Europe-là, pourquoi vouloir se faire élire à un machin où on n'est pas du tout d'accord, et qui sert à rien, puisqu'au final, ce sont les bureaucrates idéologues de la Commission qui décident de la taille du navet européen et du taux d'OGM dans les produits bio - et le reste, bien pire encore?
Cela dépasse mon petit entendement.

Alors, à la "gauche de gauche", trois grandes options: le FdG , le NPA (dire qu'il y en a qui se déchirent encore sur le web à défendre les uns ou les autres et à s'invectiver, quelle tristesse) ou l'abstention. (NB: je n'ai pas exploré les plus petites listes, question de ne pas brouiller les pistes).
Les écolos, eux, sont répartis majoritairement (si ce n'est exclusivement) dans les listes capitalistes, ce qui les rend bien crédibles sur ce coup-là encore.

J'aurais bien voté pour les anars, mais paraît qu'ils seraient pas là (ou si peu).
On se demande bien pourquoi. Plus y a de kung fu, plus y a de riz.
Non?

D'où le manque d'enthousiasme.
Tu croises les copains (et copines, évidemment, y pas de raison) et tu leur dis (dans l'espoir qu'ils ont, eux, trouvé une solution): "Alors, kestufédimanche?"
- Bof … moi je vote pour X (Y, Z) … mais sans conviction, hein
Eh oui, sans conviction. Pour le moins. On sait. *sigh*.

Alors, voter ou s'abstenir?
Bin, ça c'est comme aller à une manif à l'appel ("unitaire" excusez du peu) des syndicats.
Soit tu y vas, mais sans zèle excessif, juste pour être compté et pas passer pour celui/celle qui se désintéresse des problèmes sociaux et du marasme généralisé. Soit tu fais la grassmat' en disant cette fois-ci, c'est sans moi. Ils me prennent trop pour un-e con-ne.
Parce que ça finit toujours comme ça: tu replies les banderoles et tu mets le réveil pour aller apporter le café, le journal et les chaussons à ton patron dès le lendemain.
Nous, on aura encore perdu et en haut lieu, ils ont tous gagné.
Et Toupti chef, lui, réussit à mobiliser plus de flics pour protéger sa petite personne qu'une manif d'un million d'individus.

Pour le vote, pareil.

Le résultat sera le même, pas d'illusions à se faire: les "élites", qui se seront bien gardées d'enflammer les foules afin de préserver leurs prérogatives (et ne pas sombrer dans le ridicule et l'hystérie comme en 2005), seront dans le peloton de tête et expliqueront le soir même sur toutes les chaînes que:
Les Français savent où est leur "intérêt" (traduction:"le nôtre", mais tant qu'ils l'auront pas compris, on joue);
Que ce fort taux d'abstention, ça montre le désintérêt des Français pour l'Europe (on a vu le contraire en 2005, mais qu'importe, ce n'est pas l'honnêteté qui les étouffe, sinon, ce serait une hécatombe) ;
Que le Français, il vote pour son maire et son président, mais après, les autres, il s'en contrebat les roubignoles;
Et que les Français, ce qu'ils veulent, et nous, à l'UMP, nous l'avons bien compris, c'est la "poursuite (si ce n'est l'accélération) des réformes" entamées avec brio et 99% de taux de réussite du gouvernement actuel soucieux de redresser la France – qui "sombre", je vous le rappelle (et pour ce coup-là, c'est bien vrai);

F. Leuf, joyeux drille et porte-flingue dudit gouvernement, nous sortira une de ces saillies dont il a le secret et qui font la joie et le bonheur du démocrate de base – qui, pourtant, question saillies, n'en a pas manqué ces dernières années;

Peut-être qu'ils mettront aussi Rachida à contribution, qui, motivée à mort, a des formules lapidaires comme celle-ci:

"(''L'Europe'') s'occupe de ce qu'on lui donne à s'occuper ». « Et puis elle s'occupe de ce qu'on lui donne à s'occuper avec les personnes qui peuvent porter ces affaires à s'occuper" .

Ce qui, reconnaissons-le, est une réponse cinglante au scepticisme affiché du Français moyen, toujours prêt à râler pour rien. (Et qui vaut bien le "win the yes need the no to win against the no" - plus exotique, il est vrai – et puis, on s'en lasse pas).

Que les experts tous terrains viendront dire qu'ils sont soulagés de voir que les Français ont été raisonnables en acceptant que se poursuive l'union sacrée européenne, seule garantie de paix et de prospérité dans un monde, où, voyez-vous, mesdames, messieurs, il y a tant de gens malheureux, alors, faut pas se plaindre.
Mais, passons. Je sens que ça va m'énerver, tout ça.

Et je ne parle même pas de Cohn-Bendit dont les convictions révolutionnaires sont inversement proportionnelles au ton qu'il emploie dans ses interventions.

La gauche de gauche entamera elle aussi son antienne, calculant que si les Français avaient voté pour eux, ils auraient gagné. Toujours le postulat infaillible: "Si ma tante …"
Mais gagné quoi?
Bin oui, ils auraient massivement siégé au parlement, ils les auraient représentés dignement, ils auraient investi les commissions pour participer à cette Europe dont, justement, les Français ne veulent pas (sauf ceux qui n'ont encore rien compris).
Ah, misère, c'est pas simple, tout ça.

Et puis, à 21h30, tout sera plié. Chaises longues, parasols, dépliants.
Banderoles.
Et toutes les chaînes s'empresseront de diffuser un vieux De Funès, question de ne pas changer trop brutalement de sujet.

Alors me direz-vous, et toi, qu'est-ce que tu comptes faire?

Bin, comme les autres.

Je verrai ça dimanche matin en me levant.
Y aller, ne pas y aller. Mettre des confettis dans l'enveloppe, mettre un bulletin précis pour dire "j'existe, mais tu ne me vois pas".
Peu importe.
Quoi que j'aurai fait, on se sera assis dessus.

Cette histoire, ça tourne à la mascarade, camarade.

Et si on en revenait aux fondamentaux?

A la solidarité mondiale, par exemple. Et pas seulement l'Europe et les Etats-Unis contre le reste du monde.

Tiens, toute cette histoire me fatigue. Je vais me recoucher.

Jusqu'à dimanche.

Où les abstentionnistes, c'est sûr, auront triomphé.

Mais ils passent mal à la télé.