Comment les prolos ont perdu la Guerre des Classes de 2009
Par emcee le mercredi 13 mai 2009, 10:06 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Voici le récit d'une action menée par un groupe de citoyens aux Etats-Unis.
Le ton est à l'humour, mais les questionnements demeurent.
Une cinquantaine de personnes appartenant à une association qui défend les
familles ouvrières avait décidé d'organiser une excursion dans les quartiers
rupins pour aller à la rencontre de deux des cadres dirigeants de AIG qui
venaient de toucher une prime de millions de dollars.
Tiré de:
How
The Bums Lost The Class War Of 2009
De Mark Ames, 2 mai 2009
J'étais là quand la prétendue "Guerre des classes" a tourné court. J'ai tout
vu, ça s'est passé dans une impasse appelée Golden Pond Lane.
Jusqu'à présent, personne n'a su ce qui s'était véritablement passé au cours de
cette chaude journée de printemps dans le Connecticut. Alors, je vais vous le
raconter. Mais avant de vous parler de cette bataille épique, pardonnez-moi
cette courte digression – je promets de me rattraper par la suite.
Je suis né et j'ai grandi à quelques kilomètres de ce qu'on nommait, vers le
milieu des années 70: "la capitale mondiale du meurtre en série" - Santa Cruz,
Californie. A un moment donné, il y avait eu sur le même périmètre de cette
ville balnéaire trois différentes séries de meurtres.
A la longue, les tueurs en série ayant perdu le pouvoir de semer la terreur,
ils ont été assimilés dans la mémoire collective. La vie a repris son cours
normal. Mais il y a un épisode de ces événements qui m'a profondément choqué et
qui me hante encore aujourd'hui.
Cela concerne le tueur en série le plus notoire de tous les tueurs de Santa
Cruz , Edmund Kemper, qui assassinait et violait les jeunes filles hippies qui
faisaient du stop, et découpait leur corps en morceaux. Un jour, Kemper a pris
en stop une jeune étudiante en danse appelée Aiko Koo, l'a emmenée dans la
forêt et a sorti un pistolet pour l'intimider. Ca a marché.
Ensuite, comme l'a raconté Kemper, "J'ai sorti le pistolet pour lui montrer que
j'en possédais un, … elle flippait à mort. J'ai alors rangé le pistolet et ça a
eu plus d'effet sur elle que de le voir".
Et voici la partie la plus troublante de l'histoire: au lieu de la tuer
directement à ce moment là, Kemper a posé le pistolet, arrêté la voiture et est
sorti après avoir verrouillé la portière. Je répète: Kemper s'est enfermé à
l'extérieur de la voiture. Avec le pistolet à l'intérieur, à côté de la
fille.
Et vous savez ce qu'a fait la fille? Elle a déverrouillé la portière et l'a
fait remonter dans la voiture.
Comme l'a expliqué Kemper plus tard: "Elle n'avait qu'à tendre la main pour
attraper le pistolet, mais je crois que ça ne l'a même pas effleurée".
Ce n'est pas tant l'assassinat qui me paraît le plus atroce, c'est qu'elle ait
déverrouillé la portière pour lui permettre de remonter dans la
voiture.
Et ça, c'était nous, le "peuple", lors de la Première Bataille de la Grande
Guerre des Classes, il y a quelques semaines.
Vous en avez peut–être entendu parler aux infos: un groupe de manifestants en
colère contre les primes obtenues chez AIG avait affrété un car pour faire le
tour des résidences huppées où habitent les cadres de AIG et aller frapper
directement à leur porte.
Et ce n'était pas pour chanter des cantiques de Noël ou pour aller leur
soutirer des bonbons pour Halloween. Non, c'était la Guerre des Classes, la
vraie de vraie. Et pour la première fois, les ploutocrates étaient morts de
trouille.
Et voici comment s'est déroulée la "Bataille de Golden Pond Lane":
Le vendredi 20 mars – après une semaine de fureur populaire déclenchée par
la nouvelle que la population finançait des bonus obscènes de plusieurs
millions de dollars au bénéfice de ces multimillionnaires mêmes de chez AIG qui
avaient ruiné notre économie, le bruit a couru qu'une excursion en bus pour
faire le tour des maisons des cadres de la compagnie était prévue le 21
mars.
L'idée était de transformer le bus en une sorte de "Véhicule d'Assaut pour
la Guerre des Classes", et de le propulser sur le hameau des riches de Nouvelle
Angleterre où habitent tous les cadres de AIG, à Fairfield, dans l'état du
Conecticut.
C'était les Bidasses en Folie contre Spartacus, et je n'aurais pas raté ça pour
tout l'or du monde. Les volés verraient exactement où habitaient les voleurs, à
quoi ressemblaient leurs maisons, connaîtraient leurs adresses, et repèreraient
la porte d'entrée ...
L'excursion avait été organisée par Connecticut Working Families , un
organisme très proche d'ACORN (Association of Community Organizations for
Reform Now), l'épouvantail de la clique de Fox News.
Pour les ploutocrates, pas besoin d'en savoir davantage - un car bourré de
cocos et des panthères d'ACORN allait se pointer dans leur quartier, pour, tels
les brutes épaisses à la solde de Mugabe, venir incendier leurs
maisons.
Pendant environ 36 heures d'angoisse, les ploutocrates des beaux quartiers
de New York se sont vus dans la peau des chrétiens de l'empire
byzantin en 453, avec des barbares à quelques heures de les assassiner et
de violer tout ce qui remuait à Fairfield. Dans la panique, 9 cadres dirigeants
d'AIG annonçaient qu'ils restituaient leurs primes de millions de dollars aux
contribuables américains.
C'était incroyable. Pour la première fois, de mémoire d'homme, le "peuple"
commençait à gagner. Il avait le pouvoir d'instiller la peur et de récupérer
une partie de ses richesses.
Et tout ça grâce au Bus Magique de la Guerre des Classes et à ses Farceurs
Déchaînés.
Il n'avait pas été facile de réserver une place dans l'autobus et si je
n'avais pas réussi à dégoter le numéro de téléphone portable de Joe Dinkin,
directeur des communications du parti "Connecticut Working Families Party"
(Parti des familles ouvrières du Connecticut) qui organisait l'excursion, je
n'aurais sans doute jamais pu monter dans le bus.
"J'ai reçu toutes sortes de menaces de mort et d'appels de malades
aujourd'hui" m'a raconté Joe Dinkin en riant nerveusement.
"Rush Limbaugh nous a
éreintés dans son émission aujourd'hui, et j'ai eu tous ses cinglés de
supporters à mes trousses. Ils ont posté mon numéro de téléphone sur le site de
Rush Limbaugh, et depuis, c'est de la folie … c'est dingue ce que ces gens
peuvent dire au téléphone. Les menaces de mort … la haine dans leur voix, c'est
délirant!
Dinkin riait mais je ne pense pas qu'il réalisait le degré de férocité du
monstre qu'il avait fichu en rogne avec cette idée d'excursion en bus.
Le lendemain matin, je me suis rendu en voiture jusqu'au point de départ du bus
dans le centre-ville délabré de Bridgeport, Connecticut, une de ces villes
moyennes en décrépitude que l'Amérique semble avoir laissé tomber il y a 40
ans. Le temps que j'arrive, ce matin-là, le parking de la pizzeria Domino était
déjà bourré de gens des médias: des reporters, des caméramans, des
semi-célébrités de la télévision. Impossible, nous n'allions pas tous pouvoir
entrer dans le bus. Alors, quand le bus s'est garé de l'autre côté de la rue,
les reporters se sont précipités vers lui comme les Sud-vietnamiens essayant de
monter dans le dernier hélicoptère qui quittait Saigon.
C'était un bus d'une laideur repoussante: une carcasse délabrée et crachotante
plaquée d'aluminium ondulé. Le véhicule d'assaut idéal pour terroriser les
ploutocrates bourgeois à qui nous partions rendre une petite visite.
Le pauvre Joe Dinkin avait été chargé de placer tout le monde dans le bus – à
la seconde où il est redescendu du bus, les journalistes ont failli
l'écarteler. Il a réussi péniblement à s'écarter de la portière et à se
retrouver sur la route; les reporters s'accrochaient à lui comme des lions qui
essaient de mettre à terre une proie qui se débat.
Joe tentait d'imposer le retour au calme pendant que les reporters hurlaient
les noms des médias auxquels ils appartenaient et les raisons pour lesquelles
ils étaient absolument prioritaires pour monter dans le bus. New York Times,
CNN, New York Post, NBC. Le pauvre Joe tremblait tellement que tout ce qu'il
avait réussi à faire, c'était griffonner quelques pattes de mouches sur un
morceau de papier. Il a vite perdu toute maîtrise de la situation, les
reporters retournant vers le bus pour le prendre d'assaut une deuxième
fois.
On a alors assisté à la confusion la plus totale. Les organisateurs ont fini
par se rendre à l'évidence que, dans le bus, c'était soit les manifestants soit
les médias, pas les deux. Alors, l'un après l'autre, ils se sont mis à arracher
les gens de leur siège pour faire de la place aux journalistes. Et finalement,
nous - la clique des médias - avons tous pu être casés.
Alors que nous démarrions, un des reporters a crié: "où sont les
manifestants dans ce bus?". Tout le bus a éclaté en ricanements
cyniques.
Alors que nous étions en route pour la première grande bataille de la Guerre
des Classes, et que nous n'avions même pas encore quitté Bridgeport, tout
allait déjà très mal.
Le placement des participants dans le bus reflétait la même structure élitiste
qui était censée être remise en cause: les gens importants se retrouvaient dans
le véhicule principal:,la plèbe, elle, avait été casée dans les mini vans
minables qui nous suivaient.
Le bus a lentement effectueé le parcours entre Bridgeport, la ville ouvrière en
crise et Fairfield. C'était un peu l'anti-"Au Cœur
des ténèbres" , un périple qui partait d'un Bridgeport en décrépitude avec
une remontée du fleuve conduisant à la banlieue middle-class familièrement
stérile pour déboucher ensuite, plus loin en amont du fleuve, sur le cours
supérieur socio-économique, près d'un village d'un luxe et d'une civilisation
inaccessibles, même pas dans nos rêves. Nous étions passés du cloaque au
champagne. Les ricanements et les sarcasmes des reporters ne sont plus devenus
qu'un murmure alors que nous passions lentement le long de maisons coloniales
étincelantes, avec leurs pelouses ridiculement immenses et leurs rues
parfaitement entretenues.
Tout ce luxe paradisiaque a eu l'effet étrange de transformer la colère dans le
bus en un sentiment bien plus diffus, comme de la crainte mêlée d'admiration,
ainsi que de la haine de soi. Nous ne faisions pas partie de ce monde-là, et
nous le savions.
D'une certaine façon, c'était notre faute si nous étions dans ce bus minable et
eux dans les SUV rutilants. C'est vrai, quoi, tout ce beau monde qui résidait à
Fairfield ne voit des bus de ce genre que sur la file de droite de l'I95 quand
ils les doublent pour se rendre dans un gratte-ciel de Manhattan. Que fait donc
cette bête immonde ici, à Fairfield, qui nous gâche la vue?
Les cinq-six manifestants qu'on avait gardés dans le bus comme des espèces
protégées avaient le même sentiment d'appréhension.
Un des manifestants, Mark Dziubek, qui venait récemment de perdre son emploi
dans une aciérie, m'a raconté qu'alors qu'il avait passé toute sa vie dans la
ville voisine de Southington, il n'avait traversé Fairfield qu'une seule fois
dans sa vie.
Dziubek, un solide gaillard, père de famille de 5 enfants, était le prolo blanc
de service qu'on avait gardé dans le bus. Il prenait goût à cette vie où il
avait du temps pour les gens qui comptent et ne se voyait pas retourner à son
ancienne vie.
"Peut-être que je vais me recycler dans la photographie". "Ca paie
bien?" Je lui ai répondu que non, pas du tout. Que c'était un métier où on
était encore plus condamné à la pauvreté que dans la presse écrite, qui est
également un aller simple garanti pour une attaque cérébrale précoce provoquée
par le ressentiment.
Il était clair que Dziubek était impressionné, avec tous ces photographes qui
le prenaient en photo, cette sensation exaltante d'être soudain
quelqu'un.
Le bus s'est arrêté et nous a laissés à la croisée de Mine Hill Road et de
Golden Pond Lane. Les dernières à sortir du bus étaient les deux vedettes de
cette épreuve de force, deux Noirs. L'une, Mary Huguley, était un pasteur d'âge
moyen et l'autre, c'était Asaad Jackson, un ancien boxeur de 24 ans, devenu
militant, et qui avait des dreadlocks qui lui descendaient jusqu'à la taille.
Ils allaient se retrouver face à un blanc, Douglas Poling, riche cadre de AIG.
Celui qui avait touché la prime la plus importante, 64 millions de
dollars.
Poling, apparemment, avait été si paniqué par l'action qui avait été prévue
qu'il avait restitué son bonus la veille, alors que James "Jackpot
Jimmy" Hass le collègue de Poling qui habitait dans la même rue, son
voisin, chialait devant les caméras qu'il avait lui aussi rendu son bonus de
plusieurs millions de dollars et si les gens voulaient bien tout simplement
écouter leur cœur et faire preuve d'un peu de miséricorde ...
Huguley and Jackson ont suivi l'impasse Golden Pond Lane qui menait à la maison
de Polin d'un pas martial et théâtral, tandis qu'une cinquantaine de personnes
de l'élite médiatique jouaient des coudes et s'agglutinaient autour d'eux comme
des abeilles ouvrières autour de la reine.
Cette scène était le pire cauchemar de tout ploutocrate américain, naguère
inimaginable aujourd'hui devenu réalité, un spectacle qu'on pouvait observer
depuis la fenêtre du deuxième étage de la maison de Poling: Regardez-moi ça!
deux Noirs pauvres et excédés, entourés d'une nuée de médias de l'élite
libérale, qui avancent d'un pas assuré en plein jour vers ma maison durement
gagnée, en plein jour, qui frappent à la porte d'entrée, et ça, pour exiger une
partie de ma fortune. Sur l'échelle des plus grandes terreurs, Willie Horton,
serait à l'échelon 2, à côté de ce cauchemar de Guerre des
Classes.
Alors que nous nous approchions du 177 Golden Pond Lane, il y avait un
certain nombre de policiers au bout de l'impasse en compagnie de trois hommes
blancs à l'air en forme, en tenue décontractée de week-end et portant des
casquettes de baseball, ainsi que deux voitures de police banalisées – des SUVs
de sport – garées dans l'allée du voisin de Polin. Une voiture de service de la
police de Fairfield suivait lentement notre groupe – Pas de souci, les gars, on
veut juste s'assurer qu'il n'y aura pas d'incidents …
Deux gardes du corps menaçants faisaient les cent pas sur la pelouse devant la
maison de Polin: un type au crâne rasé vêtu de vêtements de travail
confortables, portant un bouc et des lunettes de soleil, qui cherchait à donner
l'impression d'être à l'aise et compétent, et une superbe latino-américaine
dans un pyjama de ninja, qui tournait sur la pelouse comme une lionne en cage,
et n'attendait que le moment où l'un d'entre nous, bande de minables,
approcherait d'un peu trop près pour le démonter avec une prise de
jiu-jitsu.
Apparemment, Polin était absent ce jour-là – je suppose qu'il était parti
prospecter pour savoir s'il n'y avait pas de possibilité d'obtenir la
citoyenneté dans des autocraties bienveillantes à l'égard des ploutocraties,
comme le Kazakhstan ou le Lichtenstein.
Et voilà où nous en étions: la grande épreuve de force de la Guerre des Classes
allait commencer. Le pasteur Mary et Asaad Jackson avaient laissé aux
caméramans le temps de bien se placer, puis la foule s'était dirigée tout droit
vers l'allée de Polin. Ca y est, nous étions! Nous étions maintenant à la
bataille
de North Bridge à Concord , à Harper’s Ferry
(Virginie-Occidentale), à Sproul Plaza, la voiture de
police était cernée . .. nous étions à l'instant même où tout aurait pu
basculer en guerre ouverte, au moment où d'autres avaient franchi le point de
non-retour.
On ne peut pas s'imaginer comme les élites en Amérique sont vulnérables :
autour de chez eux, pas de hauts murs, pas de clôtures de sécurité, pas de gros
bras armés pour garder leurs richesses, comme cela se fait dans tant de
pays.
Au lieu de cela, ils s'en remettent simplement à notre sentiment de honte, une
sorte d'instinct qui nous dit que nous ne faisons pas partie de ce monde-là ...
Bon, OK, on va s'en aller maintenant, désolés …
C'était le moment de faire voler en éclat cette sensibilité de plouc.
Maintenant que nous avions réussi à franchir cet obstacle en force et que nous
allions pouvoir affronter la classe des barons-voleurs qui ne s'étaient même
pas fatigués à mettre plus de deux gros bras face à une cinquantaine d'entre
nous, la Grande Guerre des Classes allait commencer, là tout de suite, sur
Golden Pond Lane.
Les deux cerbères ont empêché les deux Noirs de passer pour remettre la
lettre qu'ils portaient à Polin. Comme ils avaient l'ordre de ne pas provoquer
les gardes du corps ou d'autres personnes, ils ont obéi. Tandis que les
reporters se bousculaient pour prendre des photos, les gorilles nous
interdisaient, à nous, de dépasser ne serait-ce que le caniveau devant la
propriété de Polin. Ils étaient sûrs d'eux. Le vent avait tourné. C'est à ce
moment-là que tout a basculé. Et que les ploucs s'en sont retournés se fondre
dans les villages.
Nous avions le pistolet, et nous contrôlions la situation – mais c'est à cet
instant précis que nous avons ouvert la portière et que nous avons laissé
remonter dans la voiture les Edmund Kemper-ploutocrates.
Les gros bras de la sécurité ont donné l'ordre au pasteur Mary et à Asaad de
déposer leur lettre dans la boite aux lettres. C'est le pasteur qui s'en est
chargé.
Elle a prononcé une sorte de prière, et est revenue. CNN lui a demandé ce
qu'elle pensait de la maison de Polin et elle a répondu
"chouette".
Ensuite, nous sommes retournés au bus. Ce qui devait être les premiers coups de
tromblons de la Grande Guerre des Classes s'était terminé en sortie éducative
d'instruction civique pour lycéens destinée à apprendre à chacun le sens des
responsabilités.
L'organisateur, John Green, a estimé que c'était un succès et depuis, son
association n'a plus jamais flirté, ni de près ni de loin, avec un truc aussi
subversif que ça.
Le temps que nous fassions le chemin en sens inverse et les infos annonçaient
déjà la fin de la Guerre des Classes.
"La colère contre les bonus retombe". Le Congrès est
revenu sur les mesures drastiques qu'il avait annoncées en premier lieu,
les experts des médias ont pris de la distance, et nous, la plèbe, nous sommes
retournés à ce que nous savons faire de mieux: nous faire entuber.
Au moment même où nous tenions notre propre destin en mains, nous nous
sommes Aiko Koo–isés: nous avons déverrouillé la portière et nous
avons tendu le pistolet aux Kemper-crates.
Video (en anglais): The bus tour

Commentaires
Une fois tout sabré et re-sabré le superflu, impossible de commenter plus bref. Allons-y, avec des excuses (il paraît que si long ça ne se fait pas), et toute liberté à l'hôtesse d'en faire ce qu'elle veut (elle l'a bien cherché quand même, à ne pas se bloguer le nombril).
Irène Zeilinger a publié, aux éditions Zones, «Non c'est Non» : un concentré d'auto-défense théorique, pratique, et forcément hilarant (autant s'époumoner à pleurer de rire avant d'avoir à courir essoufflée en pleurant), pensé avec, et pour, toutes les femmes confrontées à toutes les variantes de violence qui se lâchent (dans un contexte de "démocratie occidentale civilisée", et c'est déjà beaucoup). On peut en voir la présentation (et même le lire et/ou l'imprimer gratuitement) ici :
http://www.editions-zones.fr/spip.p...
L'un des chapitres s'intitule : «Les femmes ont peur de leur propre colère».
Mark Ames — qui n'a pas lu Irène Zeilinger, je le saurais — semble le confirmer : la «peur de (sa) propre colère» ne concerne pas seulement Aiko Koo et ses sœurs, et même pas elle(s) du tout : sous sa plume, Aiko n'est qu'une métaphore de la déconfiture du Magic Bus (musique, maestro) devant des pelouses inviolables, forcément inviolables, puisque les barrières sont dans les cerveaux des victimes de la pelouse.
Mark Ames ajoute : «Quand Aiko Koo l'a laissé revenir dans la voiture, Kemper s'est remis au travail conformément au scénario des tueurs en série, lui scotchant la bouche et lui tordant le nez jusqu'à ce qu'elle meure étouffée... lala... lalali...»
Contexte : en remontant les liens de ce billet, on aboutit là où l'article de Mark Ames fut publié : Playboy (oui, les lapines en cul blanc), où l'on voit vibrionner : «Tentez votre chance pour être dans Playboy Magazine». Aiko Koo, la jeune danseuse traitée «conformément au scénario des tueurs en série», y a-t-elle seulement pensé ? À l'heure qu'il est, elle pourrait être mise au travail «conformément au scénario» du gang des culs blancs de Playboy. Quelle écervelée croustillante, tout de même, de nous faire saliver à ce point ! Et comme c'est agréable de lire dans Playboy, bandant au bord de la piscine, qu'ils, et elles, sont si cons à notre porte, à notre portée. Lala, lalali.
Et puis tiens, Rose la Riveteuse ? Créée pour les besoins juteux de l'industrie américaine d'armement dans les années quarante, et bien juteusement recyclée depuis par tous les bords sans muscles ? «We can do it !», disait la bulle. Ben tiens ! Les icônes musclées licenciées des usines d'armement et retroussant leurs manches à l'assaut d'AIG, elles sont où ?
Rose l'icône est dans une boîte qui ne sert à rien, avec une rose dedans (what else ?), le tout en porcelaine de Limoges® pour 199 dollars US, uniquement sur le site en anglais de celle-ci, dont le lien fonctionne quand il veut :
http://www.lemovicum.com/product_de...
Pour les porcelaines d' Aiko Koo scotchée et des prolétaires impuissants sur pelouse stock-optée, les créatifs de Limoges® plancheront à proportion de l'usage des icônes (version nain de jardin à l'étude). Souscrivez dès maintenant.
Aiko Koo dansait. Lalali, lalala.
bonsoir, Pièce détachée,
Très beau texte et certainement pas trop long, je préfère nettement cela à des jugements à l'emporte-pièce.
Tu es la bienvenue.
J'ai tardé à répondre parce que je voulais bien saisir le sens.
Je ne suis pas sûre d'y être parvenue entièrement parce que tu as eu une toute autre lecture du texte et que tu parles avec ton vécu et ta culture.
D'autre part, tu cites des phrases du texte de Mark Ames que je n'ai pas vues. Il y a aussi un petit passage que je n'ai pas traduit moi-même sur le tueur. Justement parce que c'était dur.
Donc, tu as vu dans ce texte ce que je n'ai pas vu, moi, focalisant sur l'action qui avait été menée.
En effet, le texte est paru dans Play Boy, mais là non plus, je ne l'ai pas interprété de la même façon.
Ton analyse en est d'autant plus intéressante - avec, en particulier, le rapprochement avec le chapitre d'Hélène Zeilinger.
Merci beaucoup.
En écrivant ce commentaire, j'ai marché sur du verre.
Lire n'est pas sans risques. C'est pour ça qu'on lit.
Ça vaut aussi pour les billets que tu nous donnes.
S'il quelqu'un doit en être remercié, ce n'est pas moi.