Les actions non violentes contre le mur en Cisjordanie deviennent de plus en plus dangereuses

Les manifestations pacifiques sont accueillies par les Israéliens par des tirs de gaz lacrymogène, de grenades incapacitantes et parfois même de balles réelles.

Demonstrators-clash-with-israeli_army.jpg Les manifestants palestiniens et étrangers tentent d'échapper aux gaz lacrymogènes tirés par les soldats israéliens à Bil'in.
Photographie: Atef Safadi/EPA

Cela avait commencé plutôt calmement par un défilé dans la rue principale après les prières de midi à la mosquée. Les villageois palestiniens étaient entourés de dizaines d'étrangers qui chantaient et agitaient des drapeaux. Au coin de la rue, ils ont traversé les oliveraies, puis ont grimpé en direction du large chemin qui longe le mur d’annexion construit par Israël en Cisjordanie. Là, derrière un bunker de béton au sommet de la colline, les soldats israéliens les observaient.
La foule s'est approchée du mur, chantant encore. Un des hommes a envoyé un cerf-volant de papier en forme d'avion. "Ce terrain est une zone militaire fermée " a hurlé au mégaphone un des soldats dans un arabe parfait. "Vous n'avez pas le droit de vous approcher du mur". Puis les soldats ont procédé à un tir de barrage de gaz lacrymogènes.
C'est ainsi tous les vendredis dans le village de Bil'in depuis plus de 4 ans – la manifestation populaire la plus persistante contre la clôture de béton et d'acier érigée par Israël. Ce genre de manifestation basée sur la non-violence gagne maintenant d'autres villages de Cisjordanie. Mais il est devenu de plus en plus dangereux de manifester.

Bassam_tue_a_Bil_in.bmp Bassem Abu Rahmeh et son cerf-volant
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Le 17 avril, sur la colline de Bil'in, un Palestinien de 31 ans, Bassem Abu Rahmeh , était touché à la poitrine par une grenade lacrymogène, provoquant une grosse hémorragie interne et il est mort peu de temps après. La vidéo qui a été tournée par un autre manifestant montre qu'il n'avait pas d'arme, qu'il se tenait à une bonne distance de la clôture et qu'il ne représentait pas une menace pour les soldats.
L'armée israélienne qui a annoncé qu'elle risquait d'avoir à faire face à une "émeute violente et illégale", mène actuellement une enquête. Vendredi dernier, les manifestants portaient des t-shirts ainsi que des pancartes avec la photo de Bassem Abu Rahmeh.
Le mois dernier, un autre manifestant, un Américain, Tristan Anderson, 38 ans, était touché à la tête par le même engin contenant du gaz lacrymogène au cours d'une manifestation contre le Mur dans le village voisin de Na'alin. Gravement blessé, il a perdu l'usage de son œil droit et souffre d'un traumatisme crânien. "Tirer sur des manifestants pacifiques, c'est abominable" a déclaré sa mère, Nancy.
La manifestation de vendredi a duré au moins 3 heures. Par vagues, la foule s'avançait vers la clôture, puis reculait sous les nuages de gaz lacrymogènes. Les soldats faisaient constamment retentir une sirène au son perçant entrecoupée par des avertissements en arabe et en hébreu ("Partez. Vous, avec le drapeau, partez!"), et également dans un anglais approximatif.
La manifestation de Bil'in se voulait, comme toujours, non-violente, même si vendredi, comme c'est souvent le cas, il y avait 5,6 jeunes gens en colère qui lançaient des pierres aux soldats avec des frondes. Les soldats, eux, utilisent des gaz lacrymogènes, des grenades incapacitantes, des balles en caoutchouc et même parfois des balles réelles pour tirer sur la foule.
Il y a depuis longtemps des partisans de l'action non-violente en Palestine, mais ils étaient noyés dans la masse des militants de la seconde Intifada, cette révolte qui avait débuté à la fin de l'année 2000 et avait connu des vagues d'attentats suicides épouvantables.
Eyad Burnat, 36 ans, avait passé de longues heures à discuter avec les jeunes gens de Bi'lin, petit village de moins de 2000 habitants, pour les convaincre des mérites de la "résistance civile non violente" "Bien sûr, c'est plus dur quand quelqu'un a été tué ", explique Burnat, qui a pris la tête du cortège. Pourtant, nous avons dû faire face à des problèmes dans le passé. Plus de 60 personnes ont été arrêtées, mais ils reviennent toujours à l'action non-violente. C'est la stratégie que nous avons adoptée".
Certains, comme le député palestinien Mustafa Barghouti, espère que cela donnera naissance à un mouvement plus large dans toute la société palestinienne. "C'est une étincelle qui se répand, ", a-t-il déclaré à Bi'lin. "Cela donne une alternative à ces négociations qui ne mènent à rien et à ceux qui pensent que seule la violence peut aboutir à quelque chose".
Non pas que tous les jeunes gens du village se soient convertis à la lutte non-violente, mais ils respectent leurs aînés et écoutent leurs conseils.

"Personnellement, je ne crois pas à la résistance non violente" dit Nayef al-Khatib, 21 ans, étudiant en comptabilité. "Ils ont pris notre terre par la force et donc nous devons la reprendre par la force."

Le mur à Bil'in, qui sépare le village de plus de la moitié de ses terres agricoles, a permis de poursuivre l'expansion des colonies juives, parmi lesquelles l'immense colonie ultra-orthodoxe de *Modiin Illit , bien que la colonisation de territoires occupés soit interdite par le droit international.
La cour internationale de justice a déclaré en 2004, dans un avis consultatif, que la clôture était contraire au droit international s'il mordait sur le territoire de la Cisjordanie, et même la cour suprême d'Israël avait décrété que l'itinéraire à Bi'lin ne répondait à aucun impératif pour "raison sécuritaire ou militaire" et devait être changé. Mais cela n'a pas été fait.
Comme la plupart des hommes du village, Nayef al-Khatib a fait de la prison. Il a été arrêté à l'âge de 17 ans pour avoir manifesté et il a passé un an en prison où il a préparé son bac. Cette peine de prison implique donc qu'il ne peut plus aujourd'hui obtenir de laissez passer pour se rendre en Israël ou en Jordanie et il est souvent retenu pendant des heures aux checkpoints de l'armée israélienne en Cisjordanie. "Mais c'est un honneur pour moi. Maintenant, je suis comme les plus anciens", dit-il.
Certains de ces aînés sont influents. Ahmad al-Khatib, 32 ans, qui a fait partie des brigades des martyrs d'al-Aqsa, un mouvement militant important, a purgé une peine de prison d'un an pour avoir transporté des armes.
Aujourd'hui, il est engagé dans la lutte non-violente, désapprouvant même les lanceurs de pierres.

"Je ne regrette pas ce que j'ai fait, mais je ne le referai pas", dit-il. "Nous sommes un peuple occupé selon le droit international et nous avons le droit de résister, ce qui ne veut pas dire que je soutiens ceux qui commettent des attentats suicides. Mais je ne veux pas passer toute ma vie à résister".

Il explique que les méthodes non-violentes font moins de victimes palestiniennes.

"Je n'ai pas peur de perdre la vie en essayant de reprendre nos terres, mais je dirais 'au diable la terre' si cela devait faire revenir ne serait-ce que le martyr qui est mort la semaine dernière. La vie d'un être humain est plus importante que la terre elle-même."

Souvent la question la plus épineuse pour les villageois n'a pas été de savoir s'ils devaient prendre les armes, mais plutôt de se demander s'ils devaient accepter autant d'étrangers parmi eux, et en particulier tant de manifestants israéliens.
Ahmad al-Khatib raconte que cela a été la question la plus conflictuelle car beaucoup pensaient que les Israéliens étaient là pour les espionner, jusqu'au jour où ils ont bien vu qu'eux aussi étaient blessés et arrêtés.

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Un des premiers Israéliens à rejoindre le mouvement de protestation dès le début, c'est Jonathan Pollack, 27 ans, militant et membre de "Anarchistes contre le mur" qui habite à Jaffa, juste au sud de Tel-Aviv.
Bien que l'accueil soit chaleureux aujourd'hui, les relations étaient tendues au début.

"Je ne suis toujours pas l'un des leurs et je ne prétends pas l'être", dit-il. Contrairement à la plupart des autres actions communes non-violentes, ici, les Israéliens sont minoritaires et restent en retrait. "Je pense qu'il est très important que cette lutte soit dirigée par les Palestiniens et que les relations avec le pouvoir colonial soient délibérément inversées", ajoute Pollack.

Rory McCarthy est actuellement le correspondant du Guardian à Jérusalem. Il a couvert la guerre en Afghanistan et résidé à Bagdad pendant près de deux ans.

Bassem Abu Rahmeh: voir les images et la vidéo

Bassem Abu Rahme est la 18° personne à avoir été tuée par les forces israéliennes au cours d'une manifestation contre le Mur.

Témoignage: "Il s'appelait Bassem"

25 blessés lors de la manifestation pacifique contre le Mur à Bi’lin

Site France Palestine Solidarité (plein d'infos)

Voici ce qu'un site israélien dit de *Modiin Illit (extraits)

Modiin Illit, la troisième ville orthodoxe du pays, comprend de nombreux quartiers et des Kyriot très différentes où vivent actuellement plus de quatre mille cinq cent familles, jeunes couples et familles nombreuses appartenant à des communautés diverses du monde orthodoxe.
La route de Modiin Illit ne passe près d'aucun village arabe , ni dans la direction de Bnei Brak ni lorsqu'on emprunte la route n° 1 qui conduit à Jérusalem. Les voies d'accès en provenance de Bnei Brak et de Jérusalem sont des routes à 4 voies si bien que l'accès à la ville est facile et pratique.
La ville possède un service de transports publics interurbains à destination de Bnei Brak et de Jérusalem. Le billet ne coûte que 10 shekalim.
Actuellement, la ville de Modiin Illit bénéficie d'un service de transports bien organisé avec des bus très fréquents depuis que la société Super Bus est responsable des transports publics à Modiin Illit. C'est ainsi que les habitants bénéficient de nombreux bus neufs, confortables et climatisés à bas prix.
Les infrastructures communautaires de la ville et l'aménagement des espaces verts sont parmi les meilleurs d'Israël. La ville compte dès à présent des dizaines de synagogues, des écoles, des jardins d'enfants, des crèches, cinq bains rituels ainsi que des grands centres commerciaux, des magasins géants où toutes les grandes marques israéliennes sont représentées, des dizaines de magasins et d'entreprises, des banques, les services médicaux de toutes les caisses maladie et un grand choix de bureaux et de services, ce qui représente en même temps des emplois pour un grand nombre d'habitants de Modiin.

No comment!

Et puis, voici une vidéo (en anglais) sur une pièce de théâtre (controversée, comme il se doit) qui a été présentée à Londres

Script

Bon, de tout ça, on en reparle dès qu'il se passe encore quelque chose. On se tient au courant, hein?
D'ici là, bon week-end. Vous partez? Ah, c'est bien ... Le bonjour à la famille!