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Les jolis enfants de toutes les couleurs

"Madonna sans enfant"

Hourra au tribunal du Malawi qui a placé les droits de l'enfant adoptable avant la volonté de satisfaire une célébrité richissime.
Je suis heureuse que le tribunal du Malawi ait dit non à Madonna. Ce bébé est une personne – un être humain – pas un animal de compagnie. Il y a une vieille pub qui disait, si je me souviens bien: "un chien, c'est pour la vie, pas seulement pour le jour de Noël". Il en va de même pour les enfants – bien que, évidemment, rien ne laisse entendre que Madonna aurait traité l'enfant différemment.
Cependant, on n'avait pas pu évaluer sur une période entre 18 et 24 mois, comme le stipule la règlementation sur l'adoption d'enfants, si elle ferait un bon parent. Heureusement, la cour reconnaît qu'être riche et célèbre n'implique pas nécessairement qu'on soit un bon parent.
Les accessoires avec lesquels s'affichent les célébrités varient. Il y a eu les sacs à main de luxe. Puis, les chiens miniatures – qui étaient souvent transportés dans ces mêmes sacs. Aujourd'hui, ce sont les enfants originaires d'Afrique.
Si un tribunal du Malawi n'avait pas refusé son adoption à Madonna, Chifundo "Mercy" James, cette petite fille de quatre ans, aurait été le second enfant africain dont elle serait devenue la mère. Peut-être s'est–elle lancée dans la collection d'Africains. Charmant.
Evidemment, Madonna n'est pas la seule à s'adonner à ce "hobby". On connaît, par exemple, Brad Pitt et Angelina Jolie et leur famille United Colors of Benetton, composée d'un assortiment d'enfants adoptés dans le monde entier; d'autres célébrités ont également adopté dans les pays pauvres des enfants qui ne leur ressemblent pas.
Est-ce qu'ils veulent réellement aider un enfant à avoir une vie meilleure? En profitant de leur fortune pour aider de pauvres orphelins, font-ils simplement preuve de nobles sentiments philanthropiques?
Et dans ce cas, pourquoi ne pas adopter un enfant aux Etats-Unis, où environ 150.000 enfants vivent dans des foyers et qui auraient bien besoin d'une famille accueillante? Etre pauvre et orphelin n'est pas plus enviable aux Etats-Unis qu'en Afrique, vous savez.
Ce syndrome "Sauvons l'Afrique" n'est pas limité aux adoptions.
C'est la raison pour laquelle Oprah ouvre une école en Afrique du Sud plutôt qu'aux US, où le système scolaire dans les quartiers pauvres est en décrépitude totale et met tous les jours en échec des enfants de couleur.
C'est également la raison pour laquelle d'autres s'intéressent exclusivement au sida en Afrique alors que les études montrent qu'à Washington, par exemple, le taux de personnes contaminées par le virus est aussi élevé que dans certains pays d'Afrique occidentale.
Peut-être bien que les enfants adoptés en Amérique ne sont pas assez "cool" ou exotiques. Avec un effort d'imagination, je comprends que les amis célèbres de Madonna ne seraient peut-être pas enclins à s'extasier devant le petit Johnny ou la petite Jenny du Minnesota. Pas très *A-list, ça.
Alors que j'imagine bien Madge (= "Madonna", NDT) téléphonant à ses amis pour dire: "Je fais un saut en jet pour aller chercher Mercy au Malawi, mon chou – je reviens lundi."
Ce serait bien plus exaltant que d'aller tout bêtement remplir des formulaires d'adoption dans une sinistre agence américaine.
Le Malawi qui a refusé l'adoption à Madge a lancé un message fort aux autres "people"; on se fiche bien que vous soyez riches, puissants et célèbres; alors, à la queue, comme tout le monde.
Et, en fin de compte, le tribunal a statué que ce qui est le plus important, ce sont les besoins de l'enfant et qu'il faut que l'enfant soit placé auprès du parent qui correspond le mieux au profil requis, celui à qui on a fait passer des tests et qui a passé du temps à vivre avec l'enfant dans son propre pays – et non pas celui qui brandit une liasse de billets, pensant que cela lui donne carte blanche pour venir le chercher et l'enlever aussitôt.

*A-list: la liste exclusive des stars d'Hollywood qui ont reçu un oscar.

Note perso

Le cynisme des riches qui prennent l'Afrique pour leur terrain de jeu.
Cet article pourrait être une info anodine, une de plus sur des caprices de stars, mais elle marque bien le signe des temps, de, disons ces dix-quinze dernières années où l'argent rentre à flot dans les poches de chefs d'entreprises, d'actionnaires, de spéculateurs et de tous ceux dont le sort a fait des "stars".
Non pas pour leur talent (ils sont largement remplaçables), mais pour leurs extravagances qui plaisent tant aux magazines pipole qui se sont répandus dans les kiosques pour faire rêver la plèbe.
Une plèbe déjà anesthésiée par l'espoir de gagner un jour le gros lot qui lui permettra de fréquenter les mêmes lieux paradisiaques que ces célébrités pour qui rien n'est trop beau, rien ne peut être inaccessible.
Alors, évidemment, c'est la surenchère. Car le riche s'ennuie vite. Partir brusquement en jet privé de New York pour aller faire la fête à Londres, ou l'inverse, ça va un temps.
Une piscine propre, des draps de soie, des laquais aux ordres, c'est la routine.
Et, c'est lassant, faut le reconnaître.
Alors, les "stars" cherchent d'autres plaisirs, d'autres ivresses …
Plus rien au monde ne compte que leur petite personne. Et leur frénésie d'achats, tous plus extravagants les uns que les autres, n'a plus de bornes, plus de décence. Les sommes ahurissantes qu'empochent les riches les placent au-dessus de toute éthique, de toute pensée universelle.
Et c'est ainsi qu'ils en sont même venus à aller faire leur marché dans les orphelinats africains (à qui ils distribuent quelques largesses qui seront déduites de leurs impôts, je le rappelle) sous couvert d'action humanitaire.
Et aujourd'hui, c'est le petit enfant africain ou asiatique qui les intéresse. On les exhibe comme on avait naguère exhibé les "sauvages" Kanaks à l'exposition coloniale (finalement, il n'y a pas de "repentance" à avoir sur le passé: le présent est tout aussi sordide).


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Leurs photos en exclusivité (celles des enfants), grassement payées, intéressent les magazines pipole, leurs vêtements font rentrer sonnantes et trébuchantes non seulement pour ceux qui les auront conçus, mais pour les heureux parents qui profiteront des retombées grâce aux cadeaux somptueux de ces entreprises privilégiées.
Avec les riches, l'argent ne se perd pas: ils se récupère au recyclage.
Mais revenons à Madonna: elle a deux enfants biologiques, une fille et un garçon, Lourdes et Rocco. Puis, il y a trois ans de cela, elle a adopté le petit David Banda au Malawi. A l'époque, on lui avait permis d'enlever le petit garçon avant même l'agrément d'adoption.
Puis, elle déclare qu'elle veut adopter une "petite sœur pour David Banda".
Curieux, non? Théoriquement, il a une sœur et même un frère, ce petit, non?
Ou alors, c'est que, étant noir, pour ne pas être dépaysé, il faut qu'il ait pour compagne de jeux une de ses congénères?
Question de pouvoir parler du pays? Question de ne pas tout mélanger? Va savoir.
Et quand Madonna vouloir, Madonna obtenir.
Elle se fait donc mettre au chaud dans son orphelinat du Malawi (qu'elle arrose de dons) la petite Mercy (déjà, elle a un goût à chier pour les prénoms et fait fi des traumatismes patronymiques durables – mais c'est anecdotique) … donc, je disais, elle repère la petite noire bien propre sur elle. Sa mère serait morte peu après l'accouchement, son père existe, on ne sait pas bien où, mais elle a une grand-mère et un oncle, frère de sa mère.
Ce n'est donc pas une enfant seule au monde: elle vit dans sa famille et dans sa communauté.
Attrait de l'argent (on ne saurait les en blâmer)? Pressions? La famille élargie se fait tirer l'oreille pour l'adoption, puis cède.
Et c'est là que, patatras, un salaud de juge décide que l'enfant sera bien mieux dans sa propre famille et dans son environnement d'origine.
Madonna fait-elle contre mauvaise fortune bon coeur?
Décide-t-elle que finalement, eh bien, elle suivra cette gamine de loin en aidant sa famille à l'élever du mieux possible? Et qu'elle viendra d'un coup de jet leur rendre visite fréquemment?
Que nenni.
On a beau être humaniste, on n'en reste pas moins humain.
Madonna, dépitée de ce double camouflet (ils sont pauvres ET noirs, si tout le monde a bien suivi), remonte dans son avion privé pour se rendre à Londres pleurer dans le giron de son amie Stella McCartney dans un restaurant chic de la capitale britannique.
Elle annonce, par ailleurs, qu'elle fera probablement appel de la décision.
"Non", ce n'est pas une réponse pour les riches.
Et voilà, les néo-coloniaux "humanitaires" à l'œuvre. Et au grand jour.
Ils perpétuent le mythe de l'Africain, ce grand enfant indolent, qui « jamais ne s’élance vers l’avenir » (dixit toupti bwana de notre propre république bananière), maintiennent les Africains dans un statut de "race inférieure" à qui on peut arracher impunément les enfants, quitte à évacuer par pont aérien ceux qu'on a élus pour les sauver du malheur de ne pas être habillés par K*nz* ou Ar*ani.
Le capitalisme à son paroxysme.
What next?

Parallèlement, se pose la vaste question de l'adoption
Pourquoi ce désir d'adopter un enfant. Pourquoi certains couples dont l'un des partenaires ne peut avoir d'enfant passent-ils les meilleures années de leur vie à chercher désespérément à en adopter un.
Et pourquoi n'arrivent-ils pas à se faire une raison et à s'occuper intelligemment des enfants des autres. J'ai ma petite idée sur le sujet …

Et puis, ça vient de sortir et cela se passe en France:
"Samedi 28 mars, 60 personnalités et chercheurs ont lancé un appel pour la légalisation de la gestation pour autrui (GPA), autrement dit pour la légalisation de l'usage de mères porteuses".
Lire le billet de Christine des Suiveurs.

Jusqu'où iront-ils (et elles) dans la marchandisation et l'exploitation des femmes?
Toujours le même principe: le bourgeois sort ses liasses de billets pour payer les services dont il a besoin.
Le bourgeois n'a nullement l'intention d'aider les pauvres à se sortir de la misère.
Pour lui, la vie est un manège.
La chance sourira, ne serait-ce que fugitivement, au pauvre à qui il permettra d'attraper le pompon qu'il lui fera (longuement) tournoyer au-dessus de la tête avec un sourire narquois et faussement compatissant.