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L'esclavage moderne en Amérique

Qu'on l'appelle traite des êtres humains ou travail forcé, l'esclavage moderne est en plein essor en Amérique, où il échappe à tout contrôle. Une étude de l'université de Berkeley en 2004 situe ce phénomène principalement dans 5 secteurs d'activité:

- La prostitution et l'industrie du sexe: 46%
- le travail domestique: 27%
– l'agriculture: 10%
– les ateliers clandestins ("sweatshops") ou les usines: 5%
- la restauration / l'hôtellerie: 4%
Le reste concerne l'exploitation sexuelle des enfants, les divertissements, et la vente d'épouses par correspondance.

Tout cela persiste à cause du manque de réglementation, de l'insuffisance de contrôles par l'inspection du travail, et d'une demande croissante pour une main d'oeuvre bon marché qui permet aux employeurs sans scrupules et aux réseaux criminels d'exploiter des travailleurs sans défense à des fins lucratives.
L'Organisation Internationale du travail (OIT) définit le travail forcé par: "tout travail ou service extorqué à quiconque sous la menace d'une sanction quelle qu'elle soit, et pour lequel ladite personne ne s'est pas portée volontaire".

Le travail forcé des enfants, c'est:

1. Toute forme d'esclavage ou de pratiques similaires assimilables à de l'esclavage tels que la vente et la traite d'enfants, la servitude pour dettes et le servage, et le travail forcé ou obligatoire, comprenant, entre autres, le recrutement forcé ou obligatoire d'enfants dans les conflits armés.
2. Utiliser, se procurer un enfant ou lui proposer de l'embaucher avec pour objectif la prostitution, la production de pornographie ou de spectacles pornographiques.
3. Utiliser, se procurer un enfant ou lui proposer des activités illégales, en particulier le trafic de drogue tel que défini dans les traités internationaux appropriés.
4. Tout travail qui, par sa nature ou les circonstances dans lesquelles il est réalisé, susceptible de porter atteinte à la santé, la sécurité ou l'intégrité des enfants.

La définition de "Free the Slaves.net" (site "libérez les esclaves") est :"être forcé de travailler sans rémunération sous la menace de représailles et sans possibilité de s'en aller".
Selon le site:
- On estime à 27 millions le nombre de personnes réduites à l'esclavage dans le monde, plus qu'à toute autre période de l'histoire;
- Des milliers de personnes sont victimes de trafic tous les ans dans 90 villes différentes; environ 17.000 selon certaines estimations et jusqu'à 50.000 selon la CIA; sont victimes de travail forcé ou de servitude sexuelle: des étrangers, des citoyens américains ou des résidents permanents;
- Ces activités génèrent plus de 9,5 milliards de dollars de profits par an; - Les victimes sont souvent des femmes et des enfants;
- La majorité d'entre elles résident en Inde et dans les pays africains;
- L'esclavage est illégal mais a lieu "partout";
- Les esclaves sont employés dans les travaux agricoles ou domestiques, les mines, la restauration, les bordels, et partout où les trafiquants peuvent les utiliser: ils ne coûtent presque rien, ils sont nombreux, ils sont jetables et remplaçables;
- 90 dollars, c'est le coût de revient moyen d'un esclave dans le monde par rapport aux 40.000 dollars en 1850 traduits en monnaie actuelle.
- La croissance démographique, essentiellement dans les centres urbains où il n'y a ni protection sociale ni législation du travail facilite ces pratiques;
- La corruption des gouvernements, le manque de contrôle et l'indifférence sont responsables de cet état de fait.
Les différentes mesures prises aux Etats-Unis pour lutter contre les trafics

La législation interdit toute forme de trafic humain grâce à des lois existantes ou renforcées par la loi de 2000, "Victims of Trafficking and Violence Protection Act (VTVPA), qui prévoit des peines allant jusqu'à 20 ans et plus d'emprisonnement ainsi que d'autres sanctions.
En avril 2003, était adoptée la loi Protect Act (contre l'exploitation des enfants, NDT). Cette loi qui protège les enfants punit sévèrement les contrevenants quand elle est appliquée. Elle est destinée à poursuivre les citoyens américains et les résidents permanents qui voyagent à l'étranger dans le but d'exploiter sexuellement des enfants sans même qu'il aient à prouver leur intention de commettre l'acte.
La loi de 2000 (reconduite en 2005) offre des outils pour lutter contre les trafics qui ont lieu dans le monde entier. Ont été créés des services pour contrôler et combattre le trafic d'êtres humains (Office to Monitor and Combat Trafficking in Persons - TIP Office) ainsi que "the President’s Interagency Task Force" qui permet de coordonner les luttes contre les trafics. Il y a également un service pour protéger les victimes "State Department’s Bureau of Population, Refugees, and Migration (PRM"). En outre, différentes autres agences sont engagées, comme, entre autres, le Ministère de la Santé et le Ministère de la Justice, qui se charge d'engager les poursuites.
Malgré cela, il y a peu ou pas de poursuites, à la fois au niveau fédéral et à celui des états, car les criminels sont puissants et que ceux qui en sont victimes sont les "damnés de la terre", pour la plupart des Noirs pauvres, des Latinos et des Asiatiques. En conséquence, ces pratiques sont largement répandues et en augmentation.
En voici des exemples:

Esclavage dans l'agriculture

Oxfam America s'inquiétait de ce problème croissant dans un rapport intitulé "Comme des machines dans les champs; les travailleurs sans droits de l'agriculture en Amérique" et publié en mars 2004.
Ce compte-rendu révoltant montre que "derrière les images heureuses et lustrées des sempiternelles publicités du secteur de la restauration rapide, se dissimule une autre réalité":
- Près de 2 millions d'ouvriers agricoles surmenés vivent "bien en dessous du seuil de pauvreté, sans aides sociales, sans avoir droit aux heures supplémentaires", sans un salaire décent, sans aucune protection, y compris pour les enfants;
- En Floride, il n'est pas inhabituel de retrouver des travailleurs enchaînés à des poteaux, enfermés dans des camions, battus et qu'on a privés de salaire; c'est tellement courant qu'un procureur fédéral a décrit dans un article du New Yorker cet état comme étant la base de l'esclavage moderne;
- John Bowe, auteur de “Nobodies: Modern American Slave Labor and the Dark Side of the New Global Economy” ("Les moins que rien, le travail d'esclave dans l'Amérique actuelle et la face cachée de la nouvelle économie mondialisée"), qualifie l'agriculture en Floride de "monde répugnant" où des travailleurs comme Adan Ortiz ont peur de parler de leurs patrons parce qu'ils pourraient, comme dans les cauchemars d'Ortiz, "les poursuivre avec des machettes ou autres objets …".
La législation du travail aux US ne concerne pas les travailleurs agricoles, comme, par exemple, le simple droit de se syndiquer; des lois comme la National Labor Relations Act (NLRB) de 1935 et la "Fair Labor Standards Act (FLSA)" de 1938 ou les protections dans le domaine du travail garanties par l'OSHA ("Occupational Safety and Health Administration" – organisation gouvernementale des États-Unis dont la mission est la sécurité et la santé des travailleurs, NDT) ne les concernent pas;
la loi de 1983 sur la protection des travailleurs saisonniers (Migrant and Seasonal Agricultural Worker Protection Act - AWPA or MSPA) apporte une aide modeste mais inappropriée, voire aucune quand elle n'est pas appliquée;
Oxfam explique que, sauf, modestement, en Californie, "les lois des états pérennisent les inégalités", en particulier et surtout en Floride et en Caroline du Nord; Un dans l'autre, les contrôles sont très insuffisants, au niveau fédéral et à celui des états, et sont encore plus laxistes ces dernières années à cause surtout du manque d'inspections, de poursuites et de subventions pour les mener à bien;
dans le cas des travailleurs sans papiers, aucune loi ne les protège véritablement; - Beaucoup effectuent du travail forcé contre leur gré dans cette version moderne de l'esclavage: terrorisés par des employeurs violents , surveillés par des hommes armés, vivant dans des conditions proches de l'incarcération, entassés dans des baraques ou des caravanes sordides, souvent rongées par la rouille ou la moisissure et équipées de matériel inutilisable, avec des toits qui s'affaissent ou qui fuient, des douches qui ne fonctionnent pas, et occupées par une multitude de personnes qui paient aux employeurs sans scrupules le prix exorbitant de 200 dollars par semaine;
Mais les travailleurs sont bien obligés de s'accommoder de ces conditions parce que, disent-ils: "Si nous ne travaillons pas, nous ne mangeons pas";
Le pouvoir marchand de clients importants comme Wal-Mart (19% de parts de marchés dans la grande distribution aux Etats-Unis) et Yum Brands (leader mondial de la restauration rapide) forcent les producteurs et les grossistes à réduire leurs prix au plus bas;
La concurrence croissante avec les produits importés a eu le même effet, surtout pendant les mois d'hiver;
Et alors que les prix et les salaires des producteurs sont calculés au plus serré, les bénéfices grimpent la chaîne de distribution pour arriver directement au sommet remplir les poches des géants de la distribution;
Ce sont les saisonniers qui en ont donc pâti en premier et ce sont probablement les travailleurs les plus pauvres et les plus mal traités aux Etats-Unis. Environ la moitié d'entre eux gagne moins de 7500 dollars par an. Les plus chanceux atteignent les 10 000 dollars, mais dans les deux cas, c'est bien en deçà du seuil de pauvreté aux Etats-Unis, et leurs salaires stagnent depuis les années 1970. Alors qu'ils effectuent les tâches les plus difficiles et les plus dangereuses (car ils sont en contact avec des produits toxiques et exposés aux accidents du travail), ils sont forcés de vivre dans des taudis, d'accepter des emplois à court terme, de se déplacer de plus en plus et de subir la séparation familiale.
En plus d'avoir des salaires de misère, environ 95% d'entre eux n'ont droit ni aux aides sociales, ni à l'assurance maladie (a fortiori aux congés payés et à la retraite) pour eux-mêmes et pour leurs familles. Les femmes qui travaillent dans l'agriculture sont confrontées à d'autres violences comme le sexisme, le harcèlement sexuel, voire pire, tout en devant également s'occuper des tâches au sein de leur famille.
Il y a du travail dans l'agriculture et l'élevage partout aux US, mais plus de la moitié des emplois sont concentrés en Californie, en Floride, au Texas, en Caroline du Nord et dans l'état de Washington. La plupart des ouvriers agricoles sont jeunes (entre 18 et 44 ans, voire plus jeunes), de sexe masculin (80%), et originaires d'Amérique Latine. Ils sont peu instruits, et beaucoup sont des immigrés sans papiers (majoritairement en provenance du Mexique) forcés d'émigrer vers le nord à cause de lois criminelles sur les échanges commerciaux comme l'ALENA.
Les luttes pour s'organiser ont remporté des victoires importantes mais pas suffisantes pour permettre aux travailleurs de peser davantage dans les négociations dans un système fondamentalement injuste. Et donc, alors que les succès de syndicats comme la "Coalition of Immokalee Workers" (*CIW) en Floride (qui comprend plus de 2000 adhérents) sont impressionnants, ils ne représentent rien à côté des puissants géants de l'agrobusiness ou de Wal-Mart.
Pas plus qu'ils ne peuvent améliorer les conditions de travail dans un des secteurs d'activité du pays les plus dangereux. Les taux d'invalidité sont trois fois plus élevés que pour l'ensemble de la population active. Il y a chaque année environ 300.000 travailleurs qui souffrent d'empoisonnement aux pesticides et beaucoup d'autres sont victimes d'accidents, souffrent de lésions de l'appareil locomoteur ou d'autres (dont certaines sont chroniques).
Une étude effectuée en 1990 en Caroline du Nord indique que 4% seulement de ces travailleurs ont accès à de l'eau potable, à des lavabos ou à des toilettes, une situation particulièrement critique pour les enfants et les femmes enceintes. Oxfam décrit les conditions de travail dans les champs actuellement comme étant l'équivalent de ce qui se passait dans les plantations au XIX°s, avec des ouvriers agricoles, un matériel rudimentaire, de longues heures de travail, peu de rémunération, pas d'aides sociales, dans un système fondamentalement inhumain et anachronique qui nécessite des réformes urgentes. Mais comment faire quand, à tous les niveaux de responsabilité, on ferme les yeux sur les pires abus, et que quand il s'agit de sans papiers, on les rend responsables de leurs propres malheurs?

Esclavage domestique en Amérique

Chaque année des milliers de personnes, essentiellement des femmes, arrivent en Amérique avec des visas temporaires pour travailler comme domestiques (pour des riches diplomates étrangers, ou d'autres hauts responsables, étrangers ou américains). Elles (et ils) viennent pour fuir la misère et pour gagner de l'argent pour l'envoyer à leur famille. Elles sont souvent exploitées ou persécutées par des trafiquants sans scrupules qui les réduisent à l'esclavage, les font travailler jusqu'à 19 heures par jour, les gardent pratiquement prisonnières, les payent moins de 100 dollars par jour, et leur font souvent subir des sévices sexuels.
Les immigrés sans-papiers ne sont pas protégés par la loi, mais même les immigrés qui sont entrés légalement ne le sont pas beaucoup. Parce que les visas ne sont accordés que si on a un contrat d'embauche, les employées sont les obligés de leur employeur, aussi brutal soit-il, et si elles le quittent, elles perdent leur statut d'immigrées et sont expulsées.
En conséquence, peu d'entre elles portent plainte. Et celles qui le font sont rarement protégées parce que les agences gouvernementales sont peu empressées en matière de contrôles ou d'application de la loi.
Les domestiques qui vivent chez leur employeur sont également exclues de la législation du travail en ce qui concerne la rémunération des heures supplémentaires, le droit de se syndiquer, de faire grève, et de négocier collectivement.
En outre, elles ne sont pas protégées par l'OSHA et, donc, contre le harcèlement sexuel, car l'article sur la protection des employés sur leur lieu de travail ne s'applique que pour les employeurs de 15 personnes ou plus. Pour ce qui est des employeurs étrangers, ils jouissent de l'immunité diplomatique, quelle que soit la gravité des faits qui leur sont reprochés.

Et c'est ainsi que les domestiques qui ont un visa spécial pour séjourner aux Etats-Unis, subissent des violations de leurs droits d'êtres humains. Les employeurs sont protégés tandis que leurs employés sont sans défense face à des abus tels que:
- Les coups et blessures. Les violences physiques ou les menaces de violences;
- La liberté de mouvement limitée, dont la perte de liberté arbitraire et forcée avec l'utilisation de serrures, de barreaux, la confiscation du passeport et de papiers officiels, l'emploi de chaînes et les menaces de représailles à l'encontre de membres de leur famille;
- Les problèmes de santé et de sécurité qui peuvent découler des conditions imposées par l'employeur, comme, par exemple: devoir dormir dans des sous-sols, des buanderies ou d'autres endroits inappropriés; avoir des conditions de travail dangereuses; être privé de nourriture ou ne pas recevoir une alimentation saine; se voir refuser des soins médicaux ou être contraint de travailler même quand on est malade;
- Problèmes de salaires et d'horaires de travail: le code du travail aux Etats-Unis ne les protégeant pas, il est donc courant que les employées de maison effectuent de longues heures de travail, aient droit à peu de repos et reçoivent un salaire dérisoire;
- Immixtions dans la vie privée: le Pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté le 16 décembre 1966 par l'Assemblée générale des Nations Unies qui spécifie que "Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance" concerne tout être humain, même les domestiques logés nourris avec un visa spécial; néanmoins, les violations de leurs droits sont courantes et les migrants n'ont, là encore, aucune chance d'obtenir réparation;
- Les pressions psychologiques – caractéristiques de la relation dominant-dominé entre l'employeur et leurs employés qui font craindre à ces derniers d'aller porter plainte; Parmi les autres abus, il y a: les insultes, la privation de nourriture, le refus de leur fournir des vêtements adaptés, et diverses autres pratiques avilissantes.
- La servitude, le travail forcé et les trafics: ils sont interdits par le Pacte de l'ONU et d'autres lois et règlements internationaux, qui ne font pas clairement la distinction entre "servitude" et esclavage.
Et donc, les sévices que font subir les employeurs sont inévitables; le trafic d'êtres humains, en particulier, est interdit par le Protocole des Nations Unies, adopté en 2000, visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants, ainsi que par le protocole plus récent (Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée) qui cible les trafiquants et les proxénètes. Malgré cela, ces pratiques sont très répandues et en expansion; et en ce qui concerne les employées domestiques étrangères, les mauvais traitements sont courants et très peu médiatisés.

L'esclavage sexuel en Amérique

C'est la catégorie la plus nombreuse de travail forcé aux Etats–Unis et pour des raisons simples:
- Il est lié au crime organisé et rapporte énormément d'argent;
- La demande pour les services sexuels, y compris avec des enfants, est importante et en augmentation;
- Les lois strictes restreignant l'immigration facilitent le trafic.

Le Département de la Justice des Etats-Unis indique que la moyenne d’âge d’entrée en prostitution se situe entre 12 et 14 ans.
"Shared Hope International" (une ONG qui s'occupe des femmes et des enfants victimes de la traite, NDT) fournit des informations sur le trafic sexuel actuel et examine les conditions dans lesquelles il existe.
L'organisation confirme que la plupart des victimes de la traite sont des filles mineures.
Une enquête du Congrès indique qu'entre 100.000 et 300.000 enfants peuvent y être exposés à tout moment. Le Département de la Justice estime que les proxénètes contrôlent au moins 75% de mineurs exploités, prenant pour cible les enfants vulnérables et utilisant la violence et l'intimidation psychologique pour les retenir.
L'Internet est un outil de recrutement fréquent. Les autres cibles privilégiées sont les enfants qui vivent dans des centres d'hébergement ou dans la rue, parmi lesquels des enfants qui ont fugué. On estime à 2,8 millions le nombre d'enfants qui vivent dans la rue, dont un tiers d'entre eux sont approchés dans les 48 heures qui suivent leur fugue. La prostitution familiale est également courante, où on vend un membre de la famille pour acheter de la drogue, pour payer un hébergement, ou tout simplement pour se procurer de l'argent.
Le marché du sexe comprend la prostitution, y compris enfantine, la pornographie, le striptease, les danses érotiques et les peep-shows, et est souvent entre les mains de la mafia. L'ensemble des activités sexuelles, légales ou non, font partie d'une gamme de produits et de services plus large, dont la drogue et le trafic de drogue.
Les trafiquants du sexe recrutent en général des personnes de leur propre pays ou de leur ethnie, et le passage en fraude de migrants facilite le trafic. En outre, les lois fédérales et celles des états sont trop souvent contradictoires, et permettent, ainsi, de refuser le statut de victimes à ceux et celles qui ont subi des sévices, ralentissent les poursuites et se traduisent in fine par des sanctions peu sévères, quand il y en a. Egalement, il est rare que les clients des prostitué-es (même s'il s'agit de mineurs) soient arrêtés et poursuivis, et globalement, les agences du maintien de l'ordre se retrouvent confrontées à des questions systémiques légales qui font obstacle à leur aptitude ou à leur penchant à poursuivre les clients. La société offre peu de protection aux victimes, comme, par exemple, des foyers d'accueil pour les jeunes enfants en difficulté, et, c'est ainsi que les services sexuels sont en plein essor aux Etats-Unis.

Les ateliers clandestins et les usines.

D'après le syndicat des travailleurs du textile et des travaux d'aiguille (Union of Needle Trades and Industrial Textile Employees), 75% des fabriques de vêtements sont des ateliers clandestins ("sweatshops'"). Le ministère du travail indique que plus de 50% de tous les ateliers sur le territoire américain sont clandestins, la majorité étant situés dans les centres textiles de New York, Californie, Dallas, Miami, et Atlanta, d'autres étant également installés dans les territoires américains comme l'île de Saipan, Guam ou les Samoa américaines, où la production porte la mention: '“Made in the USA.”
La concurrence avec les producteurs étrangers à faibles coûts incite à faire pression sur les producteurs US pour qu'ils réduisent leurs coûts le plus possible, quitte à violer la réglementation du travail, et parfois manifestement grâce au travail forcé.
Comme l'agriculture et l'économie domestique, ce secteur est particulièrement vulnérable car il s'organise au sein d'une économie informelle où les contrôles sont peu nombreux, voire inexistants. En conséquence, l'exploitation des travailleurs perdure. Les salaires sont en deçà du seuil de pauvreté. La rémunération des heures supplémentaires est exceptionnelle, et les conditions de travail oscillent entre mauvaises et dangereuses. Les travailleurs qui se plaignent et tentent de s'organiser sont généralement licenciés et remplacés par de plus malléables.
Des salaires de misère, des horaires à rallonge, des conditions de travail dangereuses et pas de protection sociale sont des pratiques courantes dans un secteur où les violations de la législation du travail sont notoires.
En 1995, deux énormes scandales ont fait la une des journaux, un a eu lieu ici, aux US, l'autre à l'étranger.
Le 2 août, la police faisait irruption dans un immeuble d'El Monte, Californie, où 72 immigrés thaïs sans papiers étaient retenus prisonniers derrière des barbelés et des chaînes.
Cela faisait plus de 17 ans qu'ils étaient enfermés là, travaillant à la confection de vêtements pour les plus grands manufacturiers et distributeurs du pays.
Ils étaient entassés les uns sur les autres dans des logements sordides. Des gardes armés imposaient la discipline, faisant pression sur eux et les intimidant pour les obliger à travailler tous les jours, à raison de 84 heures par semaine pour 70 cts l'heure. Les ouvriers étaient forcés de travailler, de manger, de dormir et de vivre en captivité. Les coups de fil étaient obligatoirement surveillés, le courrier censuré, et tout ce qui venait de l'extérieur était acheté par leurs geôliers qui faisaient payer la marchandise à des prix exorbitants.
Sept responsables étaient alors arrêtés et, plus tard, condamnés pour travail souterrain, kidnapping, servitude involontaire, trafic et hébergement de clandestins.
Egalement, en 1995, les inspecteurs du "Comité national du travail" (National Labor Committee) ont surpris des adolescentes, dont certaines étaient âgées de 13 ans à peine, en train de confectionner des vêtements pour la ligne de vêtements de Kathy Lee Gifford au Honduras.
Elles gagnaient entre 6 et 9 cents de l'heure dans des conditions de travail épouvantables. Les heures supplémentaires obligatoires étaient imposées pour respecter les délais. Elle n'avaient droit à se rendre aux toilettes que deux fois par jour. Les surveillants et les gardes en armes faisaient pression sur elles et les intimidaient pour les inciter à travailler plus vite sur des machines rongées par la rouille et susceptibles de provoquer des accidents. Les tentatives des ouvrières de faire valoir leurs droits avaient été contrecarrées. La production était destinée à des grands distributeurs comme Wal-Mart.
Les employés dans la restauration et l'hôtellerie aux Etats-Unis connaissent également des conditions de travail pénibles et des salaires inférieurs à la normale.
Dans les hôtels, presque tous les agents de service sont des femmes à qui on demande de nettoyer un minimum de 15 chambres par jour. Souvent, elles doivent sauter un repas, renoncer à leur temps de pause, travailler en dehors de leurs heures pour remplir leur quota, et ont, en conséquence, un taux d'accidents de 40% plus élevé que les autres employés dans le secteur des services. Selon les statistiques du Ministère du travail US, elles gagnent en moyenne 8,67 dollars de l'heure, c'est-à-dire 17.340 dollars par an si elles travaillent à temps plein.
Les immigrés, essentiellement des femmes, sont particulièrement vulnérables dans les hôtels et restaurants. Un communiqué de presse de l'Union américaine pour les libertés civiles (American Civil Liberties Union - ACLU) citait en juin 2005 une action en justice parmi beaucoup d'autres engagée par deux serveuses immigrées contre un restaurant chinois du New Jersey pour discrimination sexuelle et exploitation.
Ayant porté plainte en juin 2003, Mei Ying Liu et Shu Fang Chen accusaient leurs employeurs d'avoir, entre mai 2000 et novembre 2001, exercé une surveillance totale sur les employés, de les avoir contraints à travailler en moyenne 80 heures par semaine sans salaire, ni rémunération pour les heures supplémentaires, d'avoir prélevé un pourcentage sur leurs pourboires, d'avoir pratiqué la discrimination raciale et sexuelle, de les avoir logées dans un appartement insalubre où elles étaient entassées et d'avoir proféré des menaces de mort quand elles ont cessé de travailler au restaurant.

Le trafic des *travailleurs "invités" sur les bases militaires

En plus de l'armée de dizaines de milliers d'immigrés US exploités qui ont été engagés par Halliburton en Irak, en Afghanistan et ailleurs, le National Labor Committee –le NLC - (une ONG américaine de défense des droits des travailleurs, NDT) a publié en juillet dernier un rapport qui indique que "des centaines de milliers de travailleurs "invités" – parmi lesquels 240.000 originaires du Bangladesh – ont été passés clandestinement au Koweït (en leur faisant miroiter la perspective d'emplois bien rémunérés) et forcés de travailler sur une base américaine 7 jours par semaine, 11 heures par jour sans des conditions épouvantables.
On leur confisque leurs passeports dès leur arrivée, ils sont entassés dans des dortoirs sordides, où 7 personnes partagent une pièce de 10 m sur 10, sont payés entre 14 et 36 cents de l'heure, roués de coups et menacés d'être mis aux arrêts s'ils protestent, et contraints de dépenser la majeure partie de leur salaire pour payer leurs repas à des prix exorbitants.

Le cas de “M. Sabur” est significatif. Embauché par la "Compagnie Koweitienne de Ramassage et de Recyclage des déchets" pour travailler dans le camp Arifjan du Pentagone, il devait effectuer le nettoyage de la base – toute la base, depuis les bureaux et les lieux de vie jusqu'aux tanks, aux lance-roquettes et aux missiles. Il travaillait 11 heures par jour, sept jours sur sept, et avait droit à une heure de pause à minuit pour le souper. Pour cela, il gagnait 34,72 dollars par semaine, bien moins que ce qu'on lui avait annoncé, et devait rembourser 185.000 taka (monnaie du Bengladesh), l'équivalent de 2697 dollars, à une agence d'intérim du Bengladesh pour son contrat de travail de trois ans. Sa famille a vendu tout ce qu'elle a pu pour rassembler l'argent, mais comme ce n'était pas suffisant, elle a dû également emprunter à un voisin.

Quand il a commencé à travailler, la compagnie koweïtienne a refusé illégalement de lui verser son salaire les trois premiers mois, l'obligeant à emprunter pour survivre. Quand il a demandé à être payé, il a été battu et après une grève où 80.000 travailleurs ont cessé le travail, il a été arrêté, incarcéré pendant 5 jours, battu quand il était en prison, puis expulsé au Bangladesh dans ses vêtements déchirés encore tachés de sang.
Il n'a jamais touché les milliers de dollars de rappel de salaire qui lui avaient été promis.
Ce qui s'est passé pour lui est loin d'être exceptionnel. Le NLC estime à 1,2 milliards de dollars les sommes extorquées aux 240.000 ressortissants du Bangladesh, et le Pentagone est complice de ces exactions. Ce genre d'abus a également lieu sur les bases US en Irak, en Afghanistan et probablement dans d'autres sites à l'étranger.
Selon les termes d'un travailleur sri lankais qui travaille pour un sous-traitant d'Halliburton en Irak:" Ils nous ont promis monts et merveilles", mais nous avons, au lieu de cela, les sales boulots, les horaires à rallonge, les bas salaires, la nourriture malsaine, et pendant les trois premiers mois, nous sommes retenus en captivité dans des hangars sans fenêtres près de l'aéroport de Bagdad, sans argent, et parmi eux, certains seront, par la suite, logés dans des tentes dans des conditions encore pires que les hangars.

Conclusion

Voilà les épreuves des personnes vulnérables en Amérique et de ceux que nous exploitons à l'étranger, que ce soit dans les restaurants, les hôtels, l'agriculture, le travail domestique, le commerce du sexe, ou sur les bases américaines à l'étranger, et il est rare que les tribunaux leur rendent justice. C'est la face cachée de l'Amérique qui accumule les crimes et les abus, parmi lesquelles les guerres impériales, la torture, et le pillage des richesses nationales pour les donner à des banquiers criminels et aux riches aux dépens de millions de citoyens dans le besoin qui sont laissés pour compte dans la période la plus horrible de notre histoire. Une tradition ancienne dérangeante, dont on n'a pas du tout de quoi être fiers.

Stephen Lendman réside à Chicago. Il anime une émission de radio "The Global Research News Hour" sur RepublicBroadcasting.org le lundi de 11H à 13h.
Voir son site également D'autres articles du même auteur dans Dissident Voice
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Notes complémentaires:

Le *CIW est un organisme qui s'adresse aux communautés ethniques, dont les adhérents sont des immigrés latinos, haïtiens et indiens mayas qui occupent des emplois à bas salaires dans tout l'état de Floride. La suite (en anglais) ici

Voir également: "Floride, la tomate de la honte". Les saisonniers en Floride.

Les "travailleurs invités" "(en anglais "guest workers"): Terme utilisé pour décrire des résidents temporaires amenés dans un pays pour l'aider à surmonter une pénurie de main-d'œuvre, mais à qui on n'accorde pas la résidence permanente.
En possession d'un visa spécial "de non-immigrants", leur séjour s'achève quand leur employeur n'a plus besoin d'eux. Le travailleur corvéable à merci, et puis jetable.

Vidéo (en anglais) - les demandeurs d'asile en GB : les gens de l'ombre.
(Asylum seekers: Britain's shadow people)

Esclavage domestique : servitude, personnes au pair et épouses achetées par correspondance
Rapport de la commission sur l'égalité des chances pour les femmes et les hommes (Conseil de l'Europe), avril 2004.

Esclaves des temps modernes

Travail forcé des enfants (anglais): http://www.ilo.org/global/Themes/Ch... et http://www.ilo.org/public/french/su...

Quelques notes perso:

Alors, voilà à quoi on en arrive. En éloignant les prostituées, en les forçant à s'installer dans des coins sordides, en les livrant en pâture à tous les dangers, en s'acharnant sur les immigrés, en ne punissant pas ceux qui en font un trafic lucratif et les exploitent, on se lave les mains de ce qui peut bien leur arriver. Et on laisse se développer des filières parallèles souterraines dont les gros bonnets et leurs hommes de main sont rarement inquiétés, ce qui favorise les trafics en tous genres.
Pareil pour les immigrés, terrorisés, maltraités dans les centres de rétention infâmes jusqu'à être jetés dans un avion, pieds et poings liés.
Et les dirigeants ont même décrété qu'il était délictueux d'aider les sans papiers. Une mesure immonde qui aurait dû soulever un tollé général. Mais non.
Les inspecteurs du travail, eux, empêcheurs de prospérer en ronds, sont montrés du doigt, voire harcelés, voire pire (Rappelez-vous le meurtre de deux inspecteurs du travail, tués dans l'indifférence générale par un exploitant agricole "qui avait "craqué" ).
Quant aux employeurs de "clandestins" jamais - ou presque- inquiétés (le propriétaire du restaurant huppé qui employait des sans papiers a-t-il seulement été mis en garde à vue?).

Pour avoir un exemple de l'absurdité et de l'inhumanité de ces lois sur l'immigration, lisez l'histoire de Romano Kanda, ici . Edifiant.
Kanda, un Angolais, a été expulsé au … Congo!
Angolais ... congolais, bin quoi, c'est pareil, non?
Les Congolais, eux, mauvais esprit: ils n'ont rien voulu savoir.
Ils l'ont renvoyé en France.
Merci qui?
Malgré les murs, malgré les lois restrictives, ceux qui sont dans la misère et qui n'ont rien à manger essaieront toujours de passer avec tous les dangers que cela comporte.
Cette politique inhumaine, qui atteint de nos jours, avec la mondialisation, son paroxysme, est destinée à diviser les masses en maintenant les populations étrangères dans la soumission par la terreur et les autochtones dans le sentiment d'appartenance, de supériorité et de frustration, afin de préserver aux élites les rênes du pouvoir, ce qui leur permet de faire main basse sur les biens communs, qu'ils soient nationaux ou qu'ils appartiennent à d'autres pays.

Une politique aussi manifestement inégalitaire et cruelle ne pourrait fonctionner, évidemment, sans l'aval des gogos, de ces idiots utiles qui demandent toujours plus de sanctions contre leurs pairs, qui soutiennent des gens infects et menteurs qui n'ont en fait que mépris pour eux et le reste de la plèbe, et qui ne se privent même pas de le faire savoir triomphalement ("cf:"casse-toi, pauv' con"; "les manifs, on ne les voit même plus"; le discours de Dakar, etc.).

La terre tourne, mais vraiment pas dans le bon sens.

Je vous recommande vivement de lire ce document, tout y est et c'est limpide:
Migration, développement et travail décent

Et puis, allez voir WELCOME: non seulement c'est bien, mais c'est un acte militant.