Merci, les milliardaires pour vos bonnes oeuvres. Mais payez vos impôts, maintenant

(Traduction libre)
Stanford incarne ces ultra-riches qui se sont cachés derrière la feuille de vigne de la charité en évitant de payer leur dû et en contribuant à l'effondrement des banques.
C'est peut-être ce qui a constitué le plus grand choc depuis que les habitants de Troie ont découvert que le cheval de bois qui était sur la place du village, n'était pas, comme ils l'avaient imaginé, l'œuvre d'art généreusement offerte.
Sir Allen Stanford, le milliardaire Texan qui s'est posé avec son hélicoptère de Troie sur le stade de cricket de Lord's (à Londres, NDT) en sortant avec des caisses entières d'argent liquide – s'est avéré ne pas être le philanthrope fin lettré que chacune de ses actions avait jusqu'alors montré.
Stanford est aujourd'hui accusé d'être à l'initiative d'une escroquerie s'élevant à plusieurs milliards de dollars.
En octobre dernier, à l'issue du tournoi Twenty20, qu'avait gagné l'équipe des Stanford Superstars, Stanford les gratifiait d'un chèque d'un million de dollars.
Toute personne dotée de bon sens a déjà pleuré à chaudes larmes il y a bien longtemps devant le refus de la BCE (Banque Centrale Européenne) de regarder les dents de ce cheval donné.
Mais, c'est du menu fretin par rapport au reste. Stanford est le symbole d'un processus de bien plus grande envergure et systémiquement anormal: l'ascension docilement admise des prétendus "philanthrocapitalistes".
La création de richesses de ce dernier quart de siècle est sans précédent dans l'histoire, qui a vu chanter les louanges de ces milliardaires philanthrocapitalistes qui se sont immiscés dans tous les domaines d'activité. La semaine dernière, nous saluions dans ces colonnes mêmes ces banquiers qui avaient quitté leur travail dans leurs banques en faillite pour préparer des projets de lois sur le système de santé ou autres.
Cependant, ce n'est pas seulement sur la politique sociale que ces gens exerçaient leur influence, mais également sur les arts, les médias, les œuvres caritatives – tous les champs de la vie publique. Dont le cricket, évidemment.
De Stanford lui-même, un de ses voisins d'Antigua avait dit: "Soit c'est le plus grand philanthrope du monde, soit c'est le plus grand des escrocs". Oui, mais personne n'a cherché réellement à lancer les paris là-dessus.
"Philanthrope milliardaire": cette association inimaginable utilisée à une époque où il semblait que l'un n'allait pas sans l'autre.
C'était le bon temps, pourtant, et il semble brusquement ridicule que ces mêmes gens qui ont amené le système bancaire au bord de la faillite aient été glorifiés au cours de la majeure partie de ces dix dernières années pour, par exemple, avoir fait d'énormes efforts afin de garder en Grande Bretagne un tableau de maître.
Donnaient-ils véritablement "quelque chose en retour", et le glas sonne-t-il actuellement pour cette ère de philanthropie tapageuse, ce monde de galas de bienfaisance et de cérémonies de remises de prix humanitaires?
Maintenant que nous avons plus de recul, beaucoup de ces événements semblent montrer qu'il agissait de démarches destinées à faire croire que leurs actes étaient légitimes et à donner d'eux une bonne image, et qui, quand on voit cela à la lumière des échecs de nos riches philanthropes, ne se résument pas à grand chose de plus que des feuilles de vigne pour les "grands et les bons", qui se sont avérés ni grands ni bons.
Dans un périodique philanthropique, le directeur d'une fondation privée américaine faisait remarquer l'ironie qu'il y avait à aller au Malawi, en septembre dernier, en pleine crise financière, et à "expliquer consciencieusement comment gérer ses finances avec prudence à des collectivités villageoises bien gérées et avec très peu d'argent".

"S'il y avait un moment où on pouvait renverser les rôles dans nos débats sur les responsabilités à assumer, conclut-il, et d'exiger des donateurs la même transparence, la même bonne foi, et les résultats fiables que nous exigeons de ceux avec qui on travaille, c'était bien celui-là."

Peut-être faudrait-il enfin lancer une large réflexion pour savoir comment nous avons pu accepter pendant des années que de simples fraudeurs du fisc soient classés dans la catégorie des "philanthropes" à cause de leurs activités annexes.
On n'a pas le temps, hélas de revenir sur les histoires de fisc deBono, mais, à moins qu'il ne manque des pages à mon exemplaire de "The Gospel of Wealth" (L'Evangile de la Richesse ), il est invraisemblable que celui qui se défile pour payer ses impôts passe par ailleurs pour un saint.
La charité commence peut-être par soi-même, mais la philanthropie commence en payant ses impôts. Non seulement Stanford était un "philanthrope" qui devait 212 millions de dollars au fisc mais c'était un homme dont le travail consistait à permettre à un nombre incalculable d'autres personnes d'éviter de payer des impôts.
Cette semaine, le militant pour un impôt juste, Richard Murphy, après avoir évoqué les problèmes auxquels l'île d'Antigua, qui dépendait de Stanford, serait confrontée, a déclaré:

"Il faut maintenant que les pays développés démontrent à ces "juridictions du secret" (paradis fiscaux) qu'il y a une vie après ces activités destructrices: qu'on va leur apporter l'aide nécessaire à leur développement économique et qu'il y a des alternatives".

Même un fanfaron grotesque comme Stanford aurait du mal à expliquer comment le fait de ne pas se soumettre à l'impôt a quelque chose à voir avec l'amour de son prochain. Lui et son engeance sont des "fauxlanthropistes".
Si les gouvernements ont vraiment du courage, qu'ils mettent en œuvre dès maintenant la véritable philanthropie.

Liens et notes:
Panorama général de la philanthropie aux Etas-Unis

Gates et ses largesses pour l'Afrique: http://blog.emceebeulogue.fr/post/2... et http://blog.emceebeulogue.fr/post/2...

Dans la peau d’un riche héritier : échapper à l’ISF ? Simple comme un coup de fil…

Don't Worry, the Ultra-Rich Are Doing All Right (en anglais).
Par Rob Larson, AlterNet. November 26, 2008.

Extraits:

Une récente enquête portant sur le XX°s montre que la répartition de l'ensemble des revenus des 10% de ménages les plus riches aux US qui représentait environ un tiers dans les années 70 correspond aujourd'hui à la moitié avant impôt. Et entre 1996 et 2006, les revenus des 1% les plus riches ont augmenté à un taux annuel de 5,7% pendant que ceux des 99% restants n'augmentaient que de 1,1%.
Mais ce ne sont pas seulement les chiffres sur le papier. Les nantis s'en donnent à coeur joie: des cigares à 700 dollars pièce, des liftings à 15000 dollars, des hélicoptères à 10 millions de dollars.
Ce qu'un Américain moyen gagnerait en une centaine d'années, les riches le déboursent pour s'acheter un hélico qui les transportera de Long Island au centre de Manhattan, de façon à faire leurs courses sans avoir le désagrément de se retrouver coincés dans les embouteillages à NY. (…)
Ce sont ces ultra-riches, les milliardaires et les multimillionnaires qui ont redéfini la richesse et la consommation ostentatoires. Une de leurs chasses gardée notoire, c'est l'art contemporain.
A côté de cela, le jouet top du top pour les classes dirigeantes, c'est, bien sûr, le yacht.
Ces énormes îlots privés ultramodernes coûtent à l'achat des dizaines de millions de dollars, plus environ un dixième de cette somme par an pour l'entretien et le carburant.
(…)
Mais tout n'est pas lit de roses pour ces élites, quand leur yacht est trop imposant, " il y a une chose que l'argent ne donne pas toujours, c'est de la place pour amarrer dans une marina". Une telle souffrance, c'est terrible. Sortez les mouchoirs.
Mais pour les 90% d'entre nous, la réalité n'est pas aussi glamour (...).
L'immense majorité des américains a passé son temps à travailler davantage et à emprunter plus d'argent pour maintenir un pouvoir d'achat constant. Les chapitres récents de l'histoire de l'Amérique montrent qu'il a fallu se débrouiller avec moins.
Beaucoup moins. Le taux de mortalité infantile aux US est très élevé, similaire à celui de la Pologne et pire que 28 autres pays, dont Cuba (je répète: CU-BA, NDT) et la Hongrie, ainsi que les pays d'Europe Occidentale et de la partie industrialisée de l'Asie. Cela, en dépit du fait que "les Etats-Unis consacrent une part bien plus importante de leur PIB à la couverture santé que les autres pays. "Deux fois plus, en fait". (…)
Nous sommes à une période où nous devons nous rappeler que l'égalité et la justice viennent rarement de la générosité des puissants.
Seule la pression populaire a pu faire avancer les droits de la population. Les mouvements pour l'abolition de l'esclavage, l'égalité des femmes, la syndicalisation, les droits civiques, et l'environnement n'ont finalement pu obtenir satisfaction que quand ces droits ont été arrachés aux puissants, pas en attendant un geste de leur part. (...)

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Vous allez me dire: en France, tout ça ne peut pas nous arriver!

Comment, comment?
Et les cadeaux fiscaux somptuaires, les milliards aux banques, les augmentations brutales du train de vie des élus, leurs salaires et avantages pharamineux, ainsi que de ceux des patrons (allez-y voir un peu comme la crise les met sur la paille à ceux-là)?
Il faut ne jamais passer devant un kiosque à journaux pour ignorer les extravagances de toute cette engeance. Châteaux, yachts, fêtes, jets privés, etc. tout y est. Et, en plus, ils en font la promo dans les journaux pipole, question de dire: "vous voyez, pov'cons, fallait faire comme nous! Et maintenant vous n'avez même plus le pognon pour vous acheter le magazine, vous êtes obligés de le lire sur place!".
Pendant ce temps, qui n'aura plus assez à la fin du mois pour payer le remboursement des prêts, le loyer, les factures d'électricité, de gaz, d'eau, les transports, les franchises médicales, les dépassements d'honoraires, les réparations du tas de ferraille plus ou moins roulant dont on est obligé de se contenter pour atteindre son lieu de travail, et tout le reste, comme les pâtes ou le pain, qui bientôt atteindront les prix des œufs de lump et du saumon d'élevage qu'on se paye frugalement à Noël?
Mais demandez-leur, à ceux qui en croquent, de partager un peu de leur pitance.
Nada!
Rappelez-vous: "les caisses sont vides".

Quant aux "mécènes", ils ne manquent pas, qui ont envahi les salons de la république – Voir, par exemple: les raouts au Louvre, l'utilisation des locaux du ministère des Affaires Etrangères pour une réception organisée par LVMH, ou d'autres locaux publics prestigieux investis pour des soirées privées avec débauche de verroterie et d'oripeaux griffés, les ministres de la république festoyant et posant pour les photographes, avec des toilettes obligeamment prêtées par quelque couturier de renom, aux côtés des magnats de la finance et des pipoles, les montres de luxe censées donner l'heure et l'âge du capitaine, les lunettes de soleil couvertes de strass, j'en passe.
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L'Obscénité

Eh, oui, tout ce beau monde se frotte, se touche, se congratule, l'air triomphant, l'air de dire:"regardez comme on est beaux et comme vous, vous êtes minables dans vos guenilles, et à compter chaque centime".

Et puis, il y a cette extension du Louvre en plein désert culturel, à Abou Dabi, en échange de quelques dollars. Mais l'argent, c'est la seule valeur que ces gens-là respectent.
Et ceux qui veulent préserver le patrimoine national au sein de la république ne sont que des frileux, des passéistes.
"L'Etat ne peut pas tout".
Eh, oui, c'est vrai! Les "caisses sont vides".
On a failli oublier, avec tout ça.

L'art tributaire du bon vouloir des mécènes:
Les entreprises mécènes recentrent leur action

Annexe
Et puis:
R&R:
Au mois de décembre 2008, Rolls-Royce supprimait 40 postes en raison de la crise.
Pourtant, l’année 2008 a été très bonne pour la filiale de BMW. Avec 1212 unités vendues, Rolls-Royce affiche une belle progression de 20%. Et le plus étonnant c’est que c’est en Europe que les résultats sont les meilleurs. Les ventes européennes ont en effet pratiquement doublé, alors qu’au Moyen-orient, pourtant amateur de bling-bling, la progression n’était “que” de 48%.
Pour mémoire, cela fait désormais cinq ans que les ventes annuelles de Rolls-Royce ne cessent d’augmenter.
Aux Etats-Unis, la firme affiche également une bonne santé. En effet, 4 Rolls sur 10 vendues dans le monde le sont là-bas. Notamment dans la célèbre concession de Beverly Hills.

Quand on vous dit que tout n'est pas perdu pour tout le monde.
Rhâ, ce pessimisme!

Trouvé sur le ouaibe:

Rolex et Ray-Ban., auxquels le prez a été souvent associé n’apprécieraient pas ce coup de pub présidentiel car NS ne serait pas un bon “mannequin”.
Rolex trouverait ainsi que le chef de l’Etat porte mal sa Rolex en la « laissant pendouiller inélégamment, à la façon d’une gourmette ».
Du côté de Ray-Ban, un spécialiste des tendances explique dans le mensuel que la marque trouverait que le président donne une image « pas assez jeune et trop bas de gamme » de leurs lunettes.

Source
Sur lui, donc, si j'ai bien compris, la Rolex fait toc. Mouhaha!

Vous voyez bien qu'il reste des occasions de rigoler!