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Cet article de lingerie de la St Valentin vous est proposé par le Complexe Industriel des Prisons

De Victoria's Secret à Starbucks, les détenus sont depuis longtemps exploités par des entreprises qui réalisent des bénéfices lors de la Saint Valentin.
A l'approche de la Saint Valentin, vous avez peut-être l'intention d'aller faire un tour à Victoria's Secret. Si vous êtes un consommateur responsable, vous allez probablement chercher à avoir des informations sur les vêtements que vous achetez: s'ils n'ont pas été fabriqués dans des ateliers clandestins, s'ils ont été achetés à un prix équitable ou s'ils sont fabriqués aux Etats-Unis. Mais il y a une étiquette qui ne sera jamais cousue sur votre lingerie, c'est: "Fabriqué aux USA par des détenus".
Outre les détenus de Caroline du sud qui étaient employés par un sous-traitant dans les années 90 pour confectionner les articles de lingerie pour Victoria's Secret, il y a eu des détenus qui, ces vingt dernières années, ont conditionné ou assemblé toutes sortes de choses, comme, par exemple, les grains de café de Starbucks, les voitures de sports Shelby Cobra, les Game Boys Nintendo les souris de Microsoft ou les vêtements Eddie Bauer.
Des détenus employés dans des centres d'appels ont pris les réservations de places d'avions pour des compagnies d'aviation et ont même effectué des appels téléphoniques pour le compte de candidats aux élections.
Cependant, il est évidemment difficile d'avoir des informations sur ce que fabriquent exactement les détenus et pour qui. La plupart du temps, les détenus sont employés par un sous-traitant payé par des entreprises plus importantes, terrifiées qu'on les associe avec le travail en prison.
Paul Wright, spécialiste du travail en prison, et qui a recueilli de nombreux témoignages de gens à l'intérieur des prisons a évoqué de nombreux cas dans son journal, Prison Legal News.
Cela n'a pas été tâche facile. "En règle générale, vous avez plus de facilité à enquêter sur la dernière maîtresse de Kim Jong Il qu'à chercher à savoir pour qui ces gars travaillent", dit–il.
(Starbucks, Nintendo, Eddie Bauer et Victoria's Secret n'ont pas répondu à nos questions; Microsoft s'est refusé à tout commentaire).
Ceux qui défendent les programmes de travail en prison disent que c'est un arrangement gagnant-gagnant: les détenus sont occupés et se tiennent tranquilles, et leurs employeurs profitent d'une main d'œuvre bon marché sans frais ou presque. Mais leurs détracteurs, depuis les syndicats jusqu'aux défenseurs des droits des détenus, soulèvent un tas d'objections concernant l'exploitation et la concurrence déloyale.
En 1979, le Congrès créait un programme appelé "Prison Industry Enhancement Certification Program" (le PIECP), qui offre des avantages aux entreprises du secteur privé pour les encourager à implanter des ateliers dans les prisons en employant les détenus. Les états proposent la gratuité, ou quasi-gratuité, des loyers et des services contre une productivité moindre due aux difficultés de faire entrer et sortir les matériaux et les fournitures dans un lieu sécurisé et d'employer des personnes qui doivent cesser le travail au cours de la journée pour être soumises à l'appel ou qui sont parfois contraintes de rester dans leur cellule à la suite de sanctions collectives.
Les détenus sont souvent contents de travailler; quand le système fonctionne, cela leur permet d'acquérir une expérience professionnelle et d'économiser de l'argent. "Cela donnait un sentiment d'indépendance" explique Kelly DePetris, qui a travaillé huit ans dans les prisons de l'état de Californie pour "Joint Venture Electronics", effectuant toutes sorts de tâches comme l'assemblage, le travail administratif ou le contrôle du matériel.

"On n'a rien à demander à personne", ajoute-t-elle, "j'ai un fils et c'était agréable de pouvoir envoyer de l'argent chez moi pour contribuer à l'achat de bricoles - des vêtements pour l'école, des trucs de ce genre".

En tant qu'employée de Joint Venture Electronics, De Petris gagnait environ 1,74 dollar net de l'heure, par rapport aux 30 cents qu'elle estime qu'elle aurait touchés si elle avait travaillé pour la blanchisserie de la prison.
Quand elle a été libérée, en mai dernier, après avoir passé 14 ans sous les verrous, elle avait 16.000 dollars d'économies, ce qui lui a permis d'acheter une voiture d'occasion, des vêtements et de payer l'assurance santé. "Ca a vraiment été très utile", dit-elle.
Le PIECP ne concerne qu'une infime partie des détenus dans les prisons américaines. Quelque 5300 détenus sur les 2,3 millions de prisonniers aux Etats-Unis travaillent pour des entreprises privées. "C'est très peu, mais c'est une partie importante de l'ensemble de l'activité professionnelle en milieu carcéral", dit Alex Friedmann, qui a passé 10 ans en prison dans le Tennessee dans les années 90 et qui fabriquait des T-shirts pour Taco Bell dans un atelier de sérigraphie du PIECP.
Le règlement du PIECP stipule que le travail doit se faire sur la base du volontariat, que les employés doivent être rémunérés de façon similaire à ceux qui travaillent dans le monde libre et que le programme ne soit pas générer de concurrence déloyale avec les entreprises à l'extérieur. Mais les syndicats et les compagnies du monde extérieur disent que c'est impossible: il y a automatiquement concurrence déloyale quand les entreprises n'ont pas de loyer à payer (ce qui leur permet de baisser le prix de vente, NDT).
(…).
David Lewis, vice PDG de "Joint Venture Electronics" et ancien patron de Kelly DePetris, reconnaît que c'est un système extraordinaire pour son entreprise. "Pas de journées de congés à payer. Pas de congés annuels. Pas de frais médicaux ou dentaires: tout cela c'est l'état qui paie", explique-t-il.
De plus, si la compagnie doit réduire les effectifs, comme cela s'est produit récemment, les travailleurs qui ont été mis à pied ont peu d'autres possibilités pour trouver du travail. Quand les affaires reprennent, leurs anciens employés qui, s'ils avaient été à l'extérieur, auraient retrouvé du travail ailleurs, sont toujours en prison, attendant qu'on les réembauche. Il y a plus de 200 personnes sur la liste d'attente de demandeurs d'emploi pour Joint venture.
Les défenseurs des droits des détenus dénoncent cette situation qui, estiment-ils, est purement et simplement de l'exploitation. Les tribunaux répondent chaque fois que les détenus ne sont pas protégés par le code du travail. Et donc, ils n'ont pas la possibilité de se syndiquer. Ils ne peuvent pas protester pour obtenir des augmentations de salaires ou de meilleures conditions de travail, parce que la menace de quitter l'entreprise serait vaine: Où iraient-ils?
De plus, selon la loi, 80% des salaires des employés qui relèvent du PIECP sont prélevés pour payer les frais de séjour, les impôts, les aides aux familles, les dédommagements aux victimes et les œuvres de charité.
L'Association Nationale du Secteur Correctionnel, une organisation à but non lucratif qui accorde les programmes PIECP, et qui a enquêté sur ces deux derniers trimestres, a établi que ceux qui y participaient ne récupéraient qu'environ 20% de leur paie.
Friedmann, par exemple, a travaillé deux ans dans l'atelier de sérigraphie dans les années 90. Il estime que, déduction faite des impôts, des amendes et d'autres charges, il ne lui est resté que 30 dollars d'économies à sa sortie de prison. "Et donc, alors que les entreprises bénéficient de locaux gratuits, les détenus payent pour "le gîte et le couvert", explique Paul Wright, de Prison Legal News, qui a lui-même effectué une peine de prison de 17 ans. "Ce sont les prisonniers qui payent le loyer de leurs employeurs".
Alors, pour la St Valentin, si votre conscience de consommateur vous amène à vérifier les étiquettes, ne cherchez pas la mention: "fabriqué en prison". Parmi les centaines de marchandises et de services fournis par les détenus avec l'argent des contribuables, un seul et unique de ces produits porte cette mention: une ligne de jeans et de chemises de travail en jeans fabriqués à l'Institution Correctionnelle de l'East Oregon.
Son nom: "Prison Blues".

Notes et liens

Le travail dans les prisons des États-Unis : un grand négoce ou une nouvelle forme d'esclavage ? (article bien documenté)
Et puis deux juges en Pennsylvannie amélioraient leurs fins de mois en incarcérant des mineurs

En anglais
Dossier sur le travail en prison
Lien pour plus d'infos sur 'Prison Blues'

Eastern Oregon Correctional Institution

Noms de multinationales qui font des profits sur le travail des détenus

On le voit, donc: les détenus qui fabriquent les jeans et chemises "Prison Blues", ne sont pas mieux lotis que leurs collègues dans d'autres prisons. C'est juste le titre qui est évocateur, mais les employés sont tout aussi exploités qu'avec les autres entreprises.

Et en France, me direz-vous?
Voilà, voilà!
Un article dans Périphéries qui date de 2001: Travail en prison: esclavage légal

Et un autre: droit au travail inexistant

Apparemment, il n'y a pas beaucoup d'articles sur le sujet. Sans doute, diverses raisons à cela:
Les entreprises, comme aux US, ne se vantent sans doute pas de produire à coûts très réduits et cherchent, donc, à ne pas l'ébruiter (on sait combien les médias sont prêts à leur rendre service dans tous les domaines, surtout qu'ils leur appartiennent).
Les détenus eux-mêmes sont sans doute partagés sur la question.
Les associations de défense des détenus ont du mal à avoir les informations exactes.
Sans doute parce que, pour les détenus qui travaillent, il y a des avantages:
1- S'occuper l'esprit, se lever le matin avec un but, et gagner une certaine indépendance et peut-être une certaine reconnaissance.
2 - ce maigre apport d'argent leur permet de vivre mieux en prison et de ne pas dépendre de leurs familles (pour "cantiner" et acheter ces produits de première nécessité vendus à des prix prohibitifs).
Oui, mais voilà: le travail qu'ils effectuent est sous payé, d'une part, et ensuite rien ne dit qu'il débouchera sur une formation professionnelle permettant une réinsertion à la sortie. Et donc, cette politique ne profite pas au détenu à long terme mais exclusivement à ceux qui les exploitent.
Et ce n'est pas la politique actuelle qui va arranger les choses: une population carcérale qui explose, des peines de prison plus longues, plus fréquentes et infligées à une population de plus en plus jeune et/ou à des personnes qui sont incarcérées par manque de structures d'accueil adaptées (comme ceux qui souffrent de troubles mentaux).
Sans parler des prétendues "économies" sur de réelles formations en milieu carcéral destinées à la réinsertion.

Des nouvelles de Troy Davis:
D'après ce que j'ai trouvé sur le web, il attendrait encore qu'on veuille bien lui dire si on va réexaminer son cas. Donc, pas de nouvelles, réellement. C'est le lot de ceux qui sont dans le couloir de la mort: bien les faire mijoter avant de les griller.

Et puis, puisqu'on parle de juges:
Au Texas, la présidente de la cour d'appel doit comparaître en séance publique pour n'avoir pas pu être jointe par les avocats d'un condamné qui devait être exécuté le soir même qui voulaient lui adresser un recours de dernière minute. C'était le 25 Septembre 2007, et Michael Richard, condamné en 1986 à la peine de mort pour viol suivi de meurtre, devait être exécuté à 18h le jour même où la Cour Suprême des Etats-Unis acceptait de statuer sur la constitutionnalité de l'exécution par injection.
Quand les avocats, qui avaient des problèmes avec leur ordinateur, ont joint ses services il leur a été répondu qu'elle avait décidé de fermer les bureaux à 17h ce jour-là. Le juge chargé de prendre la relève n'ayant pas eu communication du dossier, Richard avait donc été exécuté.
Cette attitude a soulevé un tollé dans tout le pays. Et c'est la raison pour laquelle la juge, Sharon Keller, doit comparaître, fait très rare, pour s'expliquer devant un jury.
(Plus de précisions ici. ).

Cette affaire se passe, évidemment, au Texas, un des états les plus répressifs. (GW Bush, a présidé en tant que gouverneur de l'état à 140 exécutions).

Peine de mort au Texas

Nombre d'exécutions en 2009 à ce jour (13 février): 8, 3 latinos et 5 noirs.
C'est clair, non?

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source

Mais il commence à y avoir un léger frémissement. Les traditionnelles associations de défense des droits de détenus et celles qui militent contre la peine de mort commencent à avoir un peu de soutien.
Encore un effort, mesdames et messieurs les élu-e-s.
Et un peu de courage, Mr ("mister") President!
A moins que le ministre "noir" qu'ils ont mis au ministère de la justice (Eric Holder) lave plus blanc que blanc ...
Comme le "socialo" Besson qui dépasse désormais ses maîtres au-delà de toute espérance.
Tiens, lui aussi s'appelle Eric! Il va falloir qu'un des deux montre un peu d'engouement pour les Droits de l'homme.