C

La guerre d'Israël à Gaza: cinq dissymétries

Une série de contrastes – dans les finalités, les moyens et la moralité – prouvent à Menachem Kellner, à Haifa, que l'offensive d'Israël contre le Hamas est justifiée.
J'étais chez moi à Haïfa en train de lire l'autobiographie de Freeman J Dyson, "Disturbing the universe", hier soir, et je suis tombé sur un passage qui m'a profondément perturbé. Dyson avait travaillé dans une unité de recherche au commandement des chasseurs-bombardiers au cours de la Seconde guerre mondiale et en était venu à la conclusion qu'une "bonne cause peut devenir mauvaise si on la combat avec des moyens qui tuent sans discrimination".
Et à la fin de son enquête, il pensait que les pilotes allemands qui défendaient les maisons des Allemands étaient probablement supérieurs aux bombardiers qui cherchaient à détruire ces maisons.
Cette observation m'a interpellé au point que je me suis redressé sur ma chaise car, dans la mesure où je soutiens l'offensive actuelle à Gaza, je me suis demandé si les moyens que nous avions adoptés avaient entaché les objectifs de notre pays. Et en définitive, j'en ai conclu que ce n'était pas le cas et que dans mon raisonnement, il fallait qu'Israël continue de bombarder Gaza.

Je vous explique pourquoi.

Les raisons résident en 5 différentes dissymétries.

La première concerne les finalités.
Le souhait d'Israël est de vivre en paix à côté d'une Palestine prospère, alors que le but du Hamas, lui, c'est de détruire Israël. L'objectif de l'"opération plomb durci" n'est pas la destruction de Gaza, mais la capacité du Hamas à constituer une menace pour Israël.
A cette fin, Israël doit veiller à ce que les tunnels entre Rafah, côté égyptien, et Rafah, côté Gaza, soient interdits d'accès et définitivement fermés.
La collusion ou l'incompétence de l'Egypte, ou les deux à la fois, a permis au Hamas de faire passer en fraude tout un tas d'armes en Egypte, et de l'Egypte à Gaza: des roquettes iraniennes et russes par centaines (voire par milliers), des mitrailleuses, des lance-roquettes, de l'artillerie anti-aérienne et des tonnes d'explosifs.
La seconde dissymétrie concerne les moyens employés.
Israël cherche à éviter les victimes civiles tout en sachant très bien qu'on ne peut pas toutes les éviter, si l'IDF veut défendre effectivement son peuple; mais des efforts énormes sont faits pour les réduire (entre autres, en avertissant les Gazaouis des attaques qui risquent de les mettre en danger).
Le Hamas, de son côté, tire en aveugle des milliers de roquettes sur des villages et sur des villes en Israël depuis le retrait d'Israël de Gaza en août 2005.
Heureusement, peu d'Israéliens ont été tués mais un million de personnes ont vécu dans la terreur et continuent de l'être. Quand votre ennemi utilise les enfants comme boucliers humains, soit ce sont les enfants qui sont touchés soit vous laissez gagner votre ennemi. Et s'il gagne, ce sera la destruction d'Israël; si Israël gagne, les Gazaouis – même si le prix à payer sera lourd - seront libérés des terroristes voyous du Hamas, et les gens en Israël pourront vivre sans être sous la menace constante de tirs de roquettes.
La troisième dissymétrie se comprend mieux observant Gaza avec Google Earth.
Regardez du côté israélien de la (bien nommée) ligne verte: vous avez l'agriculture intensive. Regardez du côté Gaza (et de l'Egypte voisine) : vous avez le désert.
Quand je pense à Israël, je pense à la naissance, les constructions, la transformation du désert en herbe verte.
Quand je pense au Hamas, je pense à la mort, la destruction, la transformation de fermes à Gush Katif en bases de lancement de roquettes. Ce ne sont pas de ma part des préjugés simplistes que j'énonce ici: il y a des réalités objectives. Le Hamas aurait pu dépenser son énergie à transformer Gaza en un Singapour ou un Hong-Kong méditerranéen. Google montre bien le nihilisme à l'état pur.
La quatrième dissymétrie est morale.
Le Hamas et ses partisans fêtent la mort d'enfants; la télévision, la radio et les journaux israéliens expriment toute leur compassion vis-à-vis des victimes civiles à Gaza. J'aurais honte si ce n'était pas le cas.
La 5° - et dernière - dissymétrie concerne la couverture du conflit par les médias internationaux.
Voir cela depuis Israël est souvent une expérience étrange. Les journalistes nous servent une histoire toute faite en utilisant des clichés déterminés à l'avance ("cycle de violence", "riposte israélienne disproportionnée", "Gaza occupée", entre autres) qui ne laissent pas de place à l'annonce de faits dérangeants, comme, par exemple, qu'Israël soigne les blessés palestiniens à l'hôpital Barzilay d'Ashkelon, une ville dévastée par les roquettes, alors que les forces égyptiennes tirent sur les Palestiniens qui cherchent à sortir de Gaza.
Ce deux-poids-deux-mesures dans les medias peut être également constaté dans la majorité de la presse écrite internationale.
Celle-ci rend Israël responsable des souffrances des Gazaouis (que je ne mets pas en doute une minute) alors que des dizaines de camions contenant des aides humanitaires partent tous les jours d'Israël pour se rendre à Gaza, mais dénonce peu, parallèlement, la politique de restrictions de l'Egypte.
C'est Israël qui est accusé quand le Hamas rejette d'emblée les appels de l'ONU au cessez-le-feu. Ce genre de conformisme mou qui prend les médias influents au piège, et qui allie l'approbation immédiate des positions des Palestiniens avec la condamnation également spontanée d'Israël, a sa part de responsabilité pour chaque corps mutilé de Palestinien.
Les femmes, les hommes et les enfants de Gaza, parmi lesquels beaucoup n'ont rien à voir avec le Hamas, et qui n'ont commis aucune faute personnellement, sont les victimes de ce conflit, et c'est dramatique.
Laisser le Hamas continuer à se livrer à des meurtres aveugles ne le serait pas moins.
(Titre original: Israel’s Gaza war: five asymmetries)

***********
Non, cette réflexion ne provient pas d'un micro-trottoir réalisé à Tel-Aviv. Elle émane de Menachem Kellner, professeur de l'histoire et de la pensée juives à l'université d'Haïfa.
C'est dire si les jeunes générations vont pouvoir "tirer les leçons du passé", comme on dit.

Avoir une idée du traitement humanitaire d'Israël? Regardez donc cette vidéo (Avis: il n'y a pas d'images insoutenables )
Ici

Mais les Palestiniens, dont le mauvais esprit est légendaire, ne donnent pas tout à fait la même version des faits que ce sympathique professeur.
Les Egyptiens non plus, d'ailleurs.

*****

Les Palestiniens disent: "c'est une guerre d'extermination"
D'Ahdaf Soueif en Egypte
The Guardian, Saturday 17 January 2009

Tout le monde dit que quelque chose de nouveau est en train de se produire; quelque chose de différent.
Les habitants de Rafah en Egypte ont l'habitude d'entendre les explosions de roquettes et de mortiers de l'autre côté de la frontière, mais ils n'ont jamais entendu les bruits qu'ils entendent depuis ces vingt derniers jours.
Une quarantaine de kms plus loin en Egypte, l'hôpital général d' el-Arish reçoit les blessés palestiniens. Et le personnel soignant n'a jamais vu de telles blessures auparavant. L'esplanade devant l'hôpital est envahie par les ambulances, les infirmiers, la presse. Les blessés sont emmenés rapidement aux urgences.
Les Palestiniens restent le plus souvent silencieux, chacun réfléchissant à la situation dans laquelle il se retrouve et à ce qu'il va faire. Angoissés pour leurs blessés, angoissés pour ceux qu'ils ont laissés, ils se taisent, mais toujours sans se départir de leur indéfectible courtoisie.
Ils essaient de répondre aux questions. Ils doivent être épuisés? "Le peuple de Gaza", disent-ils (ils ne disent pas "nous", ils ont trop de fierté pour cela), "le peuple de Gaza voudrait simplement pouvoir dormir une heure ou deux".
Qui accompagnez-vous? "Je suis venu ici pour mon neveu. Il a 19 ans. Des éclats d'obus dans la tête. Il était assis avec ses amis. Il est étudiant. Architecture. L'hélicoptère a lâché une bombe et sept du groupe ont été tués et six blessés. On a retrouvé la main d'un des garçons sur un balcon du 3° étage".
Plus tard, je vois un garçon avec un bandage autour de la tête. Il a des grands yeux marron pailletés de vert et il plisse un peu le front, comme s'il essayait de se souvenir de quelque chose d'important. Dans le lit d'à côté, un enfant de douze ans, qui a aussi la tête bandée, n'est pas encore tout à fait revenu à lui. Il est rouge et agité.
Les Palestiniens disent: "C'est une guerre d'extermination". Ils expliquent que quand elles éclatent, les bombes se divisent en 16 parties, chaque partie se subdivisant en 116 fragments, et puis il y a le phosphore blanc qu'on ne peut pas éteindre avec de l'eau, qui semble ne plus être actif et qui s'enflamme à nouveau. Personne de ceux à qui j'ai parlé ne doutait qu'Israël était en train de commettre des crimes de guerre.
D'après les médecins ici, et les rapports de médecins dans la bande de Gaza et les témoignages en Palestine, plus de 95% des morts et des blessés sont des civils. Et encore bien d'autres vont être probablement retrouvés quand le siège sera levé et que les gravats seront déblayés. Les médecins parlent d'un nombre disproportionné de blessures à la tête – en particulier d'éclats d'obus dans le cerveau.
Ils parlent également des importantes brûlures provoquées par le phosphore blanc. Ces blessures sont, selon leurs termes "incompatibles avec la vie". Ils reçoivent également un grand nombre de personnes amputées. Cela est dû au fait que les dégâts faits à l'os par les balles explosives sont si importants que la seule façon pour les médecins de Gaza de sauver des vies est d'amputer.
Une des infirmières m'a dit que les infirmières et les auxiliaires médicaux étaient horrifiés par ce qu'ils voyaient. "Nous avons à traiter des cas tout le temps, mais ce que nous voyons actuellement, nous ne l'avons jamais vu, ni même imaginé auparavant".
A l'étage, un professeur d'économie, qui accompagnait son frère et qui m'a vu en train de consulter mes notes, m'a dit: "Rajoutez-en, quoique vous écriviez, ce ne sera jamais aussi effroyable que la réalité."
Dans le silence qui a suivi, quelqu'un m'a mis un téléphone mobile dans la main.
Regardez! Dans une rue où il ne restait plus que des décombres, était allongé le corps calciné d'un enfant. Deux os sortaient à la place de ses hanches. "Les chiens ont mangé ses jambes", m'explique-t-il. Pendant un temps, j'ai gardé la main devant les yeux. Le téléphone fait le tour de la table, chacun regardant, l'air grave, cet enfant au corps calciné.
Quelqu'un a dit alors: " Que nous faudra-t-il encore subir avant que les Israéliens se décident à faire cesser tout ça?".

Ahdaf Soueif est un écrivain dont le roman, "Lady Pacha" ( The Map of Love) avait été sélectionné en 1999 pour le Booker prize (l'équivalent britannique du Goncourt) ...
.................................................................................................................................................
Avoir une idée de la puissance de nuisance de l'armée israélienne?
Voyez ceci

Offensive à Gaza :

Statistiques au 15 janvier 2009

19 : Nombre de jours depuis le début du conflit.
2.360 : Nombre d’attaques aériennes.
1.013 : Nombre de Palestiniens tués.
670 : Nombre de victimes civiles.
225 : Nombre d’enfants tués.
69 : Nombre de femmes tuées.
4.700 : Nombre de Palestiniens blessés.
10 : Nombre de soldats israéliens tués.
4 : Nombre d’Israéliens tués par leurs propres tirs.
3 : Nombre de civils israéliens touchés par des roquettes tirées depuis Gaza.

Chiffres donnés par les associations des droits de l'homme
Source
Ca calme, non? Ou ce ne sont pas des preuves suffisantes?
Sinon, il y a aussi ça, qui va faire le tour de la planète très rapidement:
3 minutes difficilement supportables d'un homme qui ne comprend pas, qui ne peut comprendre.
Le monde a besoin d'images chocs pour sortir de sa léthargie ou de sa lâcheté. Cette vidéo servira-t-elle, hélas, à le mettre devant les réalités?


Israeli TV airs Gaza doctor's pleas after children killed - ENGLISH SUBTITLES


La prochaine fois, je vous parlerai de la mascarade de cessez-le-feu où le criminel de guerre impose ses conditions et où les représentants des victimes de l'autre camp refusent de les accepter, au grand dam de la "communauté internationale" qui ne voit vraiment plus quoi faire et aura vraiment TOUT essayé, oui, vraiment, mais qu'il y a une mauvaise volonté évidente et qu'on n'en attendait pas moins de ces barbares.
A part décider de sanctions effectives, évidemment, contre ceux qui ont perpétré ces massacres délibérés.
On ne peut pas tout faire.

J'ai trouvé le titre: "Encore un marché de dupes".
Ou bien: L'important n'est pas de perdre la guerre ou de la gagner grâce à sa force militaire colossale, mais de gagner après chaque massacre encore plus de terrain à la table des négociations".

*****
Liens:
Stéphane Hessel: : « un véritable crime contre l’humanité » à Gaza
À contre-chœur : les voix dissidentes en Israël (2003)