Traduction d'un article du "Guardian" paru aujourd'hui:
http://www.guardian.co.uk/world/200...

En désespoir de cause, les populations civiles cherchent à se réfugier dans les structures de l'organisation humanitaire, mais même là, elles ne sont pas en sécurité

Plus de 15000 Gazaouis sont réfugiés dans les écoles de l'ONU, contraints de quitter leur logement à cause de l'offensive aérienne et terrestre d'Israël, ou parce qu'ils en ont reçu l'ordre par l'armée israélienne.
L'ONU a ouvert les portes de 27 de ses écoles pour les accueillir, la plupart à Jabalia où on leur sert des repas, où on leur a donné des couvertures et où on leur offre une aide psychologique.
C'est l'ONU qui a proposé ses services parce qu'elle est de loin la ressource humanitaire la plus importante à Gaza, en particulier par le biais de son agence humanitaire, UNrwa, qui apporte une aide aux réfugiés palestiniens dans le monde arabe. Plus d'un million de Gazaouis sont des réfugiés: soit eux, soit leurs parents, ont été expulsés manu militari de leurs maisons ou ont fui au cours de la guerre de 1948 qui a conduit à la création d'Israël.
A Gaza, ils dépendent de l'ONU, qui leur fournit régulièrement des aides alimentaires - devenues indispensables depuis le blocus économique imposé par Israël - des services de santé et d'éducation – ce qui absorbe la plus grande partie de son budget.
Le rôle humanitaire de l'ONU est crucial, mais elle s'est souvent retrouvée en conflit avec Israël. Les relations parfois tendues se règlent en général à huis clos, mais il arrive que leurs désaccords éclatent au grand jour.
Hier, face au lourd bilan de victimes civiles après le bombardement des deux écoles de l'ONU, les autorités israéliennes ont aussitôt rétorqué que les militants du Hamas avaient dans le passé utilisé des structures de l'ONU pour lancer des roquettes.
Mais l'ONU, qui a répondu qu'elle avait transmis la liste des écoles à l'armée israélienne pour empêcher ce genre de massacre, demande l'ouverture d'une enquête.
"Ces incidents dramatiques doivent faire l'objet d'une enquête et si les lois internationales sur les droits humains ont été violées, ceux qui en sont responsables doivent répondre de leurs actes.", a déclaré Max Gaylard, coordonnateur de l'aide humanitaire à l'ONU pour les Palestiniens.
Alors qu'Israël prétend que cette guerre était "inévitable", il soutient également qu'il n'y a aucune crise humanitaire et qu'il permet l'entrée des aides en quantité suffisante. L'Unwra a dénoncé ces dernières années le blocus de Gaza, apportant les preuves qu'il y avait une crise humanitaire croissante, particulièrement ces onze derniers jours.
John Ging, directeur des opérations à Gaza pour l'Unrwa, a déclaré que la guerre menée par Israël est "injustifiée et inutile".
Ce n'est pas la première fois que l'ONU est prise pour cible par Israël. Au cours de la guerre du Liban, il y a deux ans, quatre observateurs de l'ONU non armés avaient été tués quand les positions de l'ONU, pourtant clairement définies, avaient été bombardées par l'armée israélienne à Khiyam, au Sud Liban. Israël avait présenté ses excuses et avait déclaré par la suite que le bâtiment de l'ONU avait été pris par erreur pour une base du Hezbollah.
Il y a une dizaine d'années, en 1996, l'armée israélienne avait procédé à des tirs d'artillerie sur un autre site de l'ONU, à Cana, dans le Sud Liban, tuant plus de 100 civils libanais qui faisaient partie des 800 réfugiés qui cherchaient à se protéger des bombardements intensifs.
Israël a présenté ses excuses, mettant cette bavure sur le compte d'une erreur de tir.
Le plus souvent, leurs désaccords ont une dimension politique importante. Le mois dernier, Israël a refusé l'entrée à Gaza, puis expulsé Richard Falk, un universitaire juif américain, rapporteur spécial de l'ONU pour les territoires palestiniens. Israël a expliqué qu'on lui avait refusé l'entrée parce qu'en 2007, il avait décrit le blocus de Gaza par Israël comme étant "un holocauste en cours d'exécution".
Plus généralement, Israël conteste la position du rapporteur de l'ONU parce qu'il n'écrit pas un rapport dans le sens où l'entend Israël, à savoir évoquer les violations des droits humains des Israéliens commises par les Palestiniens.
Israël en veut également au Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU, qui dit-il, se borne à critiquer l'attitude d'Israël dans les Territoires Occupés.
Et, c'est ainsi qu'Israël a refusé plusieurs fois d'accorder un visa d'entrée à Monseigneur Desmond Tutu, le lauréat sud-africain du Prix Nobel de la Paix, parce qu'il était envoyé par le Conseil de l'ONU pour enquêter sur le bombardement d'une maison à Gaza où 18 civils d'une même famille avaient été tués. Israël avait, à l'époque, mis ce drame sur le compte d'un défaut technique de l'arme utilisée.
Nullement découragé, Tutu a réussi, l'an dernier, fait exceptionnel, à parvenir jusqu'à Gaza par l'Egypte. En "état de choc", selon ses propres termes, à la suite de son enquête, il a appelé à l'arrêt immédiat du blocus "abominable" imposé par Israël. Plus tard, son rapport à l'ONU signalait qu'il y avait une "possibilité" que ce bombardement constitue un crime de guerre.
Mais en même temps qu'elle offre une aide humanitaire et se livre à des enquêtes sur les violations des droits humains, l'ONU est censée jouer un rôle politique essentiel au Moyen-Orient. Elle fait partie des négociateurs du Quartet du MO, au même titre que les Etats-Unis, l'UE et la Russie. Or, elle n'a engagé aucun pourparler avec le Hamas.
Un aperçu éloquent des frustrations que ressentent ceux qui occupent des postes élevés de l'ONU à Jérusalem, a été donné en 2007, quand le "Guardian" a pu se procurer un rapport confidentiel de "fin de mission" écrit par Álvaro de Soto, envoyé de l'ONU pour le Moyen Orient au moment où il partait à la retraite. Il expliquait que le Quartet était devenu un spectacle de seconds couteaux et que de négociateur impartial, l'ONU en avait été réduite à se soumettre aux manipulations des US et à leur position pro israélienne.