La vertu outragée d'Israël et ses victimes à Gaza.

(2 janvier 2009) - Mon retour en Galilée a coïncidé avec l'attaque génocidaire d'Israël sur Gaza. L'Etat, par l'intermédiaire de ses médias et de ses intellectuels, n'a parlé que d'une seule voix (encore plus sonore que celle qui s'était fait entendre contre le Liban à l'été 2006). Israël est une fois de plus submergée par sa vertu outragée qui se traduit par la politique de destruction dans la Bande de Gaza. L'autojustification effroyable de cette cruauté et de cette impunité n'est pas seulement exaspérante, c'est un sujet qui mérite que l'on s'y attarde, si on veut comprendre l'immunité internationale dont Israël bénéficie pour les massacres qui se poursuivent à Gaza.
Cette posture est fondée en tout premier lieu sur de purs mensonges débités en novlangue, qui rappellent les heures sombres des années 1930 en Europe. Toutes les demi-heures, un flash à la radio ou à la télévision fait passer les victimes de Gaza pour des terroristes et les massacres d'Israël pour des actes d'autodéfense. Israël se présente à son propre peuple comme la victime vertueuse qui se défend contre un terrible fléau. Le monde universitaire est rameuté pour expliquer combien est démoniaque et monstrueux le combat des Palestiniens dirigé par le Hamas. Ce sont les mêmes universitaires qui avaient diabolisé feu Yasser Arafat, dirigeant palestinien à une époque plus ancienne, et qui avaient décrété l'illégitimité du mouvement du Fatah au cours de la seconde intifada.
Mais les mensonges et les comptes-rendus déformés ne sont pas le pire. C'est l'attaque directe contre le peu qui reste d'humanité et de dignité au peuple palestinien qui est le plus irritant.
Les Palestiniens d'Israël ont exprimé leur solidarité avec le peuple de Gaza et sont désormais considérés comme la cinquième colonne dans l'Etat hébreu, leur droit de rester dans leur patrie étant remis en question, étant donné leur manque de soutien à l'agression israélienne. Ceux qui parmi eux acceptent (à tort, de mon point de vue) de passer dans les médias locaux subissent non pas une interview, mais un véritable interrogatoire, comme s'ils étaient des détenus de la prison de Shin Bet. Leur passage est précédé et suivi de commentaires racistes abjects et ils doivent nier leur appartenance à une cinquième colonne, qui rassemblerait des individus détraqués et fanatiques.
Et encore, ce n'est pas le plus odieux.
Quelques enfants palestiniens des Territoires Occupés sont traités pour des cancers dans les hôpitaux israéliens. Dieu seul sait combien ont dû débourser les familles pour qu'ils y soient admis. La station "Israël Radio" se rend tous les jours dans les hôpitaux pour exiger des malheureux parents qu'ils expliquent aux auditeurs qu'Israël a parfaitement raison d'attaquer la Palestine et que la riposte du Hamas est démoniaque.
Il n'y a pas de limites à l'hypocrisie, essence même de la vertu outragée. Le discours des généraux et des responsables politiques oscille, selon le cas, entre l'autocongratulation devant l'humanité que manifeste l'armée avec ses frappes "chirurgicales" d'une part, et, de l'autre, la nécessité de détruire Gaza une fois pour toutes, mais de façon humaine, bien entendu.
Cette vertu outragée est une constante dans le processus de dépossession, d'abord par les sionistes, puis par Israël. Toutes les opérations, qu'il se soit agi d'épuration ethnique, d'occupation, de massacres ou de destructions ont toujours été présentées comme des actions justes sur le plan moral et relevant de l'autodéfense, perpétrées à contrecœur par Israël dans sa guerre contre des êtres humains de la pire espèce.
Dans son excellent livre "The Returns of Zionism: Myths, Politics and Scholarship in Israel", Gabi Piterberg, analyse les origines idéologiques et les enchaînements historiques de cette vertu outragée.
Actuellement, en Israël, de la gauche à la droite, du Likud à Kadima, des universitaires aux médias, on entend s'exprimer cette vertu outragée d'un état qui est plus préoccupé que tout autre état dans le monde à détruire et à spolier une population autochtone.
Il est essentiel d'étudier les origines idéologiques de cette attitude et de tirer les conclusions politiques qui s'imposent à partir de cette dominante. C'est la vertu outragée qui protège la société et les responsables politiques de tout reproche ou de toute critique venant de l'extérieur.
Mais, pire encore, elle se traduit toujours par des mesures de destruction dirigées contre les Palestiniens. Sans opposition interne et sans pressions extérieures, il en résulte que tout Palestinien peut devenir la cible de cette fureur. Etant donné la puissance de feu de l'Etat hébreu, cela ne peut finir que par d'autres massacres, d'autres assassinats en masse et d'autres épurations ethniques.
Le pharisaïsme est un acte puissant d'abnégation et de défense. Il explique que la société juive israélienne ne se laisse pas impressionner par la voix de la sagesse, les arguments logiques ou le dialogue diplomatique.
Et si on refuse de cautionner la violence comme moyen de la combattre, il n'y a qu'une alternative: montrer que toute cette vertu est une idéologie malsaine destinée à couvrir des atrocités.
L'autre nom de cette idéologie, c'est le sionisme, et la réprobation internationale du sionisme, et pas simplement vis-à-vis des politiques spécifiques d'Israël, est la seule façon de combattre ce pharisaïsme.
Il nous faut tenter d'expliquer, et pas seulement au monde entier, mais aux Israéliens eux-mêmes que le sionisme est une idéologie qui cautionne l'épuration ethnique, l'occupation et aujourd'hui les massacres. Ce qu'il faut aujourd'hui, ce n'est pas seulement condamner les massacres qui ont lieu actuellement, mais également cesser de légitimer cette idéologie qui a engendré une telle politique et qui la justifie moralement et politiquement.
Espérons que des personnalités importantes au niveau international élèveront la voix pour dire à l'Etat hébreu que cette idéologie et l'attitude globale de l'état sont absolument inacceptables et que tant qu'ils persisteront dans cette attitude, Israël sera boycotté et passible de sanctions.
Mais je ne suis pas naïf, Je sais bien que même le massacre de centaines de Palestiniens innocents ne suffirait pas à provoquer un retournement de l'opinion occidentale. Il est encore plus improbable que les crimes commis à Gaza poussent les dirigeants européens à changer de politique vis-à-vis de la Palestine.
Et cependant, nous ne pouvons pas accepter que l'année 2009 ne soit qu'une année de plus, moins importante que 2008, année de la commémoration de la Nakba, qui n'a pas répondu aux grandes espérances que nous avions fondées sur la possibilité que cet événement incite le monde occidental à changer radicalement d'attitude envers la Palestine et les Palestiniens.
Même les crimes les plus abominables semble-t-il, comme le génocide à Gaza, sont traités comme des événements isolés, sans rapport avec d'autres qui se sont produits dans le passé, ni avec une quelconque idéologie.
Au cours de cette nouvelle année, il va falloir ré-expliquer à l'opinion publique l'histoire de la Palestine et la perversité de l'idéologie sioniste qui sert à la fois à justifier les tentatives de génocide, tel celui qui a lieu actuellement à Gaza, et à prendre des garanties sur des actes de barbarie futurs et encore plus barbares.
Au niveau de l'université, cela a déjà été fait. Notre difficulté principale est de trouver comment expliquer efficacement le rapport existant entre l'idéologie sioniste et les politiques de destruction passées, jusqu'à la crise actuelle. Il est peut-être plus facile de le faire maintenant, dans des circonstances aussi dramatiques, au moment où l'attention du monde est dirigée vers la Palestine une fois de plus. Ce serait bien plus difficile dans des périodes plus "calmes" et moins dramatiques.
Dans ces périodes "moins tendues", les médias occidentaux consacreraient peu d'espace au drame de la Palestine, le marginalisant une fois de plus car il serait occulté soit par des génocides abominables perpétrés en Afrique, soit par la crise économique ou par quelque catastrophe environnementale épouvantable ayant lieu quelque part ailleurs dans le monde.
Comme les médias occidentaux ne cherchent pas à accumuler la chronologie des événements, ce n'est que grâce aux travaux de recherche d'historiens que peut être dénoncée l'ampleur des crimes commis à l'encontre du peuple palestinien au cours de ces 60 dernières années.
Donc, c'est le rôle des intellectuels militants et des médias alternatifs d'insister sur le contexte historique. Ces véhicules de la pensée ne devraient pas oublier d'éduquer la population, voire, on l'espère, d'influencer les responsables politiques les plus honnêtes pour qu'ils apprécient les événements dans leur contexte historique.
De la même façon, peut-être saurons-nous comment expliquer clairement aux milieux populaires, par opposition à l'élite universitaire, que la politique d'Israël (au cours des 60 dernières années) est fondée sur une idéologie hégémonique raciste appelée le sionisme, protégée par d'innombrables couches de vertu outragée .
Malgré les accusations prévisibles d'antisémitisme et tout le reste, il est temps d'expliquer aux populations le rapport existant entre l'idéologie sioniste et les grandes dates de l'histoire de ce territoire, familières désormais: l'épuration ethnique de 1948, l'oppression des Palestiniens en Israël pendant la période de gouvernement militaire, l'occupation brutale de la Cisjordanie et aujourd'hui le massacre à Gaza. De même que le système d'apartheid témoignait de la politique oppressive du gouvernement d'Afrique du Sud, cette idéologie (sous sa forme plus consensuelle et simpliste) a permis à tous les gouvernements israéliens, passés et présents, de déshumaniser les Palestiniens, où qu'ils se trouvent, et de s'acharner à les détruire. Les moyens employés variaient selon les époques et selon les endroits, comme les discours pour couvrir les atrocités.
Mais il est clair que ce sujet ne peut être réservé exclusivement aux tours d'ivoire universitaires, et doit faire partie intégrante du discours politique sur les réalités du quotidien en Palestine aujourd'hui.
Certains d'entre nous, à savoir ceux qui militent pour la justice et la paix en Palestine, esquivent inconsciemment le débat en ne se cantonnant, et c'est compréhensible, qu'aux Territoires Occupés (la Cisjordanie et la Bande de Gaza). Si on veut lutter contre cette politique criminelle, il y a une mission urgente à accomplir. Mais cette lutte ne doit pas porter le message, soufflé par Israël et qu'ont allègrement intégré les pouvoirs en place dans le monde occidental, que la Palestine n'est constituée que de la Cisjordanie et la Bande de Gaza, et que les Palestiniens sont les seuls qui vivent sur ces territoires.
Il nous faut étendre la représentation de la Palestine sur le plan géographique et démographique en enseignant le déroulement des événements depuis 1948 jusqu'à nos jours et exiger les mêmes droits civiques et humains pour tous ceux qui vivent, ou vivaient, dans ce que sont aujourd'hui Israël et les Territoires Occupés.
En démontrant le rapport entre la doctrine sioniste, et la politique qui en a résulté, et les atrocités actuelles, nous pourrons offrir une explication claire et logique dans le cadre de la campagne de boycott, de sanctions et de retrait des investissements (dirigée contre Israël, NDT).
Lutter par des actions non violentes contre un état doctrinaire et arrogant qui se permet, aidé en cela par le mutisme des pays étrangers, de déposséder et de détruire les populations autochtones de la Palestine, est une cause juste et morale. C'est également un moyen efficace non seulement de faire prendre conscience des politiques génocidaires à Gaza, mais, espérons-le, d'empêcher que de telles atrocités se reproduisent.
Mais plus important que tout le reste, cela crèvera le ballon de cette vertu outragée qui asphyxie la Palestine chaque fois qu'il est regonflé. Cela contribuera à mettre un terme à l'immunité de l'Occident vis-à-vis de l'impunité d'Israël. Sans cette immunité, on espère que de plus en plus de gens en Israël prendront enfin conscience de la véritable nature des crimes commis en leur nom et, ainsi, leur fureur se retournerait contre ceux qui les ont pris au piège, eux et les Palestiniens, de ce cycle inutile de bain de sang et de violence.

Ilan Pappe est actuellement responsable du département d'Histoire à l'Université d'Exeter, en Grande-Bretagne.
Blog de l'auteur
texte original de l'article: Israel's righteous fury and its victims in Gaza
January 04, 2009
Liens:
Ilan Pappé : je quitte Israël (23 mars 2007)
Ilan Pappe boycotte le Salon du Livre et appelle à le boycotter
Lettre aux sionistes: Les champs de Gaza n’ont jamais existé.
Par Víctor DEDAJ

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Le Hamas est-t-il coresponsable des Massacres à Gaza?

Oui!
En tout premier lieu, et plutôt deux fois qu'une, si on en croit la "communauté internationale", du moins.
D'ailleurs, la preuve: voici les déclarations de la "communauté internationale" concernant le massacre à Gaza.
Si les mots signifient quelque chose…
(NB: commentaires en gras et en italiques rajoutés par moi).

Chronologie (extraits de déclarations et liste non exhaustive)

Ehoud Barak, ministre israélien de la Défense :

"L'armée israélienne a l'intention de prendre le contrôle des secteurs d'où sont tirées les roquettes depuis plusieurs mois". "Les combats vont durer de nombreux jours". "Nous espérons que le front nord restera calme, mais nous sommes prêts à toute éventualité. Nous ne cherchons pas la confrontation sur le front nord". "Cette opération ne sera pas facile. Elle sera élargie et intensifiée autant que nécessaire". (Déclarations, samedi 3 janvier).

Bon, là, tout est normal, on n'attend pas mieux … Et on est en plein dans le nœud du problème: aller chercher les lanceurs de roquettes avec les dents et jusque dans les chiottes, par air, terre et mer.

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères :

" La France condamne l'offensive terrestre israélienne contre Gaza comme elle condamne la poursuite des tirs de roquettes". "Cette escalade militaire dangereuse complique les efforts engagés par la communauté internationale, en particulier l'Union Européenne et la France, les membres du Quartette et les Etats de la région pour faire cesser les combats, apporter immédiatement une aide aux civils et aboutir à un cessez-le-feu permanent, comme demandé par les 27 ministres de l'Union européenne le 30 décembre".
"Viser Israël était une provocation mais depuis, cette réaction énorme est disproportionnée et nous faisons face maintenant à une situation très tragique". (Communiqué, samedi 3 janvier)

Ce dernier avait déclaré le 19 décembre (avec l'enrobage habituel de "c'est-pas-bien-quand-même-ce-que-font-nos-amis-d'Israel-je-vais-leur-dire-zallez-voir-ce-que-vous-allez-voir-non-mais"):

"Depuis plusieurs semaines déjà, elle n’est plus respectée. Le Hamas a annoncé qu’il ne la reconduirait pas. Des dizaines et des dizaines de roquettes s’abattent sur le territoire israélien". (blablabla …)
"J’appelle aussi à la reprise du dialogue inter-palestinien pour permettre l’unité restaurée du peuple palestinien sous l’autorité d’Abou Mazen. Nous souhaitons que la médiation du Caire, que nous appuyons pleinement, puisse aboutir, malgré les obstacles".

Oui, vous l'avez tous compris: il y a un problème GRAVE inter-Palestinien.
C'est ça qui bloque. C'est l'évidence même!
QUOI, la porte entre les deux parties de la Palestine est fermée depuis des mois? Y a le téléphone, non?
Evidemment, si on y met de la mauvaise volonté!

Et il poursuit:

"L’Union européenne et la France continueront d’apporter toute leur aide aux Palestiniens de Cisjordanie comme de Gaza. C’était l’ambition de la conférence de Paris, il y a un an. Elle a été tenue. L’aide apportée finance aussi bien l’aide alimentaire et médicale, que les rémunérations des fonctionnaires de l’Autorité palestinienne à Gaza, des projets d’intérêt commun, comme le traitement des eaux usées à Beit Lahya, ou les hôpitaux et les écoles de Gaza".

Z'étiez au courant, vous? Si c'est vrai (et évidemment, on n'en doute pas une seconde, sinon, ce serait du mauvais esprit), vu le peu de retombées à Gaza, notre cher ministre ferait bien d'aller se recycler au ministère des Pitres.
Il doit déjà y avoir son portrait, d'ailleurs.

Jiri Frantisek Potuznik, porte-parole du Premier ministre tchèque Mirek Topolanek pour la présidence de l'UE :

"En ce moment, nous comprenons que cette action fait partie de l'action défensive d'Israël, (...) nous comprenons que c'est plus défensif qu'offensif, et c'est la position du Premier ministre tchèque pour la présidence de l'UE". (Déclaration, samedi 3 janvier).

Karel Schwarzenberg, ministre tchèque des Affaires étrangères:

"Le Hamas a provoqué cette catastrophe, par ses tirs incessants, c'est sa faute". Qualifiant le Hamas d'organisation "sans nul doute terroriste", il a souligné qu'un "cessez-le-feu éventuel exige que la partie israélienne soit assurée qu'il n'y a plus de danger". "Le lancement d'opérations terrestres par les forces israéliennes dans la bande de Gaza n'est pas une surprise, il y avait des indications (suggérant) qu'Israël envisageait cette action". "Mais même le droit indéniable d'un Etat à se défendre lui-même n'autorise pas des actions qui affectent massivement les civils". (Communiqué, extraits, samedi 3 janvier)

Les déclarations tchèques ayant fait désordre même parmi les vassaux européens, un des hauts responsables (le président, président intérimaire de l'UE?) se serait, depuis, fendu d'une formule plus … diplomatique et moins … explicite, disons.

David Miliband, ministre britannique des Affaires étrangères :

"Nous (le Premier ministre britannique Gordon Brown et moi) sommes déterminés à oeuvrer aussi vite que possible à un cessez-le-feu durable incluant la fin du trafic d'armes dans Gaza et l'ouverture des points de frontière à Gaza". (Communiqué, samedi 3 janvier)

"Trafic-d'armes-à-Gaza". Quand on vous dit que ce sont des voyous!

Sean McCormack, le porte-parole du département d'Etat (américain) :

"Nous travaillons à un cessez-le-feu qui ne permettrait pas le rétablissement du statu quo ante, où le Hamas pourrait continuer à lancer des roquettes à partir de Gaza et condamner la population de Gaza à une vie de misère".
"Les Etats-Unis sont profondément inquiets de la situation humanitaire et de la protection des innocents", les Etats-Unis ont "exprimé leur souci au gouvernement israélien que toute action militaire doit être soucieuse des conséquences potentielles pour les civils". (Communiqué, samedi 3 janvier)

Brooke Anderson, porte-parole du président américain élu Barack Obama :

"Le président élu surveille de près les événements mondiaux, dont la situation à Gaza", mais "il n'y a qu'un seul président à la fois et nous comptons respecter cela". (Communiqué, samedi 3 janvier).

Désolée pour tous ceux qui pensaient que parce qu'il était (plutôt) noir dehors, il allait faire la différence dedans.

Ehoud Olmert, Premier ministre israélien en sursis (florilège. On ne s'en lasse pas):

"Israël n'a aucun intérêt à l'ouverture de nouveaux fronts autres que celui déjà ouvert dans le sud".
"Israël ne se bat pas contre le peuple palestinien à Gaza".
Les Palestiniens "ne sont pas nos ennemis". "Ils sont également les victimes de la violence et de l'oppression meurtrière de la même organisation terroriste qu'Israël".
Israël "ne permettra pas qu'éclate une crise humanitaire dans la bande de Gaza". "Nous aiderons à l'acheminement de nourriture et de médicaments".
"J'ai été encouragé par la position du président américain George W. Bush qui m'a dit que nous devions non seulement nous assurer que le Hamas cesse ses tirs de roquettes, mais aussi qu'il ne sera pas en mesure de recommencer dans le futur". (Communiqué et déclarations, dimanche 4 janvier)

Avi Pazner, porte-parole du gouvernement israélien :

"L'Union européenne, par la bouche du ministère des Affaires Etrangères tchèque, a qualifié notre action de défensive, et non d'offensive, c'est à dire que nous voyons qu'il y a au niveau international une grande compréhension du fait que nous exerçons ici notre droit de légitime défense contre les attaques perpétrées à partir du sol de Gaza par les terroristes du Hamas". "Nous entendons bien continuer cette opération jusqu'à ce que nous ayons fait taire ces missiles et ces roquettes (du Hamas, ndlr), et que nous ayons changé complètement la situation de sécurité qui sévissait au sud de notre pays". (Déclaration sur Europe 1, dimanche 4 janvier).

Qu'est-ce que je vous disais?

José Luis Rodriguez Zapatero:

"Le gouvernement espagnol a été sans équivoque dans sa condamnation et, aujourd'hui, je veux réitérer mon ferme rejet tant des comportements irresponsables et provocateurs qui ont brisé la trêve que des réactions absolument disproportionnées et contraires au droit international humanitaire. Les uns et les autres ont seulement réussi à plonger la région et les peuples qui l'habitent dans le désespoir et la frustration". (5 janvier 09).

Un des seuls dirigeants "de gauche" en Europe. On voit tout de suite le changement de discours.

Gordon Brown, Premier ministre britannique :

"Ce que nous devons faire presque immédiatement est de travailler encore plus dur pour un cessez-le-feu immédiat".
"Je peux voir les problèmes qui se posent à Gaza pour les Palestiniens, qu'ils ont besoin d'aide humanitaire, mais les Israéliens doivent recevoir des assurances qu'ils ne subiront plus en Israël d'attaques de roquettes".
"Donc tout d'abord nous avons besoin d'un cessez-le-feu immédiat qui inclue l'arrêt (des lancers) de roquettes en Israël, deuxièmement nous devons trouver une solution au problème du trafic d'armes vers Gaza et troisièmement, il faut que les passages aux frontières soient ouverts, et cela nécessite une solution internationale".
Londres va "continuer à discuter (avec les autorités israéliennes) sur les garanties dont elles ont besoin pour arrêter leur offensive.
Mais "les puissances arabes doivent exercer une pression sur ce qui est nécessaire".
A mon sens, la clef réside dans la capacité des puissances internationales à fournir des garanties d'abord et avant tout sur la fin des tunnels (par lesquels transite la contrebande entre Gaza et l'Egypte), et cela nécessitera une action de l'Egypte. (Déclaration à la BBC1, dimanche 4 janvier).

Je rappelle que G Brown est annoncé comme faisant partie du Parti Travailliste.
Mais son prédécesseur n'a pas fait mieux: après avoir laissé son pays en état de destruction massive, il s'en est allé voir ce qu'il pouvait faire selon ses compétences, et c'est ainsi qu'il a atterri au MO. Moyennant sonnantes et trébuchantes, évidemment.
Les grands chefs d'Etat savent se recycler.
NB: Je n'ai trouvé, en revanche, aucune déclaration de Tony Blair, censé être l’envoyé spécial du Quartet (Firme dans la Firme). Mais il a peut-être d'autres chats à fouetter, lui, qui n'a même pas eu le temps d'aller faire un tour à Gaza depuis sa nomination. Paraîtrait que ces barbares du Hamas n'en veulent pas là-bas.
On voit bien qu'ils ne veulent pas la paix, parce que Blair, c'était vraiment l'homme de la situation, si on va par là.

Frank-Walter Steinmeier, ministre allemand des Affaires étrangères :

"Il est particulièrement urgent, en coopération avec nos partenaires, de voir comment la communauté internationale peut contribuer à la mise en place des conditions nécessaires à un cessez-le-feu". Ce cessez-le-feu "doit permettre d'assurer la sécurité à long terme d'Israël", en mettant notamment fin aux attaques à la roquette du Hamas et à la contrebande d'armes dans la bande de Gaza".
"J'appelle toutes les parties à faciliter l'approvisionnement de la population avec les produits humanitaires dont elle a un besoin urgent". (Communiqué, dimanche 4 janvier).

Au moins, c'est clair, juste une affaire palestino-palestinienne (tiens! lui aussi?) de trafic à régler et on plie.

Jan Peter Balkenende, Premier ministre néerlandais :

"Condamner Israël ne rime à rien car il faut traiter la question des deux côtés". "Tant que les attaques à la roquette continuent, Israël dira toujours: "nous ne pouvons pas accepter cela" et je le comprends".
"Il est toujours regrettable qu'il y ait des victimes civiles. Mais en même temps, je vois que le Hamas continue de tirer des roquettes sur Israël".
"Il est essentiel que les deux parties en présence renoncent à la violence mais il est également essentiel que le Hamas cesse de lancer des roquettes car il n'est pas acceptable pour Israël d'être sous une telle menace". (Déclaration, dimanche 4 janvier).

Décidément, la roquette, ça passe vraiment pas.

Michael Bloomberg, maire de New York, en déplacement en Israël:
Michael Bloomberg déclare comprendre parfaitement l'intervention israélienne.

Vous pouvez être certains que, si quiconque à New York était menacé, je donnerais instruction au NYPD d'utiliser tous les moyens à sa disposition pour protéger les civils". "Tout ce que le Hamas a à faire, c'est d'arrêter de tirer des roquettes pour tuer des gens, d'accepter les accords négociés auparavant et de parvenir à un accord qui soit vérifiable, durable et solide". (Déclaration à l'Associated Press, dimanche 4 janvier).

Evidemment, aux US, c'est la surenchère.

Voyons ce que le Hamas a à dire de toute cette bien-pensance:

Fawzi Barhoum, porte-parole du Hamas :

"Ce qui s'est passé au Conseil de sécurité est une farce qui montre l'ampleur de la domination sur ses décisions exercée par l'Amérique et l'occupant sioniste".
Le Conseil de sécurité "a confirmé son alignement sur les positions de l'occupant et lui a donné une chance de poursuivre son massacre à Gaza".

Fawzi Barhoum a en outre "condamné" la position de la présidence de l'Union européenne, assurée par la République tchèque, affirmant qu'elle était "partiale et cautionnait la poursuite des crimes commis par l'occupant à Gaza". (Communiqué, dimanche 4 janvier).

Oui, des terroristes, c'est clair, maintenant. Pour une fois qu'un président ne pratiquait pas la langue de bois!
Et avec tous ces témoins à charge, ils la ramènent encore?
Pauvres types.

Le 27 décembre dernier, notre encore président de l'Europe disait

Communiqué de L’Elysée :

“Le président de la République exprime sa plus vive préoccupation devant l’escalade de la violence dans le sud d’Israël et dans la bande de Gaza. Il condamne fermement les provocations irresponsables qui ont conduit à cette situation ainsi que l’usage disproportionné de la force. Le président de la République déplore les importantes pertes civiles et exprime ses condoléances aux victimes innocentes et à leurs familles”.

Nicolas Sarkozy demande

“l’arrêt immédiat des tirs de roquettes sur Israël ainsi que des bombardements israéliens sur Gaza, et il appelle les parties à la retenue. Il rappelle qu’il n’existe pas de solution militaire à Gaza et demande l’instauration d’une trêve durable”.

Et son perroquet (le même jour, va savoir si c'est pas Guano qui a écrit les com'):
Dans un communiqué, le chef du gouvernement français François Fillon indique avoir “appris avec consternation le terrible bilan humain de la reprise des violences en Israël et dans la bande de Gaza”. Ses pensées “vont aux familles et aux proches des victimes civiles”.
M. Fillon “condamne avec la plus grande fermeté la reprise des tirs de roquettes contre Israël, ainsi que l’usage excessif de la force”. (...)

On constatera que les roquettes sont toujours résolument placées en avant-poste. Normal, c'est clair, sans ces fichues roquettes, Israël n'aurait jamais attaqué ces fous sanguinaires.
Quelles salades!

Mais tout n'est pas roquette ou scarole, ou laitue, puisque, ici, enfin, ce sont les opérations de "défense" d'Israël qui sont mises en cause.
C'est rafraîchissant.
Et, ça tombe bien, je commençais à manquer d'air.

CRISE DE GAZA : DECLARATION FAITE PAR LE PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES , MIGUEL D’ESCOTO

Samedi 27 décembre 2008
En bombardant Gaza, Israël a, sans doute aucun, perpétré une agression gratuite de la part d’un très puissant Etat contre un territoire qu’il occupe illégalement. Le moment est venu pour une action ferme si les Nations Unies ne veulent pas être accusées, à juste titre, de complicité par omission.
Les frappes aériennes sur la Bande de Gaza constituent des violations graves et monstrueuses de la loi humanitaire internationale telle que définie par les Conventions de Genève tant pour ce qui est des obligations de la Puissance Occupante que des exigences des lois de la guerre.
Ces violations incluent :
La punition collective - la totalité des 1,5 millions de personnes qui vivent dans la Bande de Gaza surpeuplée sont punies pour les actions faites par quelques militants.
Cibler la population civile- les frappes aériennes étaient dirigées vers des zones civiles dans l’une des zones les plus densément peuplées de la terre, en tout cas, la zone la plus densément peuplée du Moyen Orient.
Réponse militaire disproportionnée- les frappes aériennes ont non seulement détruit tout poste de police ou des forces de sécurité du gouvernement élu de Gaza, elles ont en outre tué ou blessé des centaines de civils ; une frappe au moins aurait touché des groupes d’étudiants tentant de trouver un moyen de transport pour rentrer de l’université à leur domicile.
Je rappelle à tous les Etats membres des Nations Unies que l’ONU est toujours tenue à une obligation indépendante de protection de toute population civile exposée à des violations énormes de la loi humanitaire internationale - quel que soit le pays qui pourrait être responsable des dites violations. J’appelle tous les Etats membres ainsi que tous les responsables et tout organe concerné du système des Nations Unies à agir aussi rapidement que possible non seulement pour condamner les graves violations d’Israël mais pour mettre au point aussi de nouvelles approches pour procurer une protection réelle au peuple palestinien.
(Source )

Et, puis, loin des sentiers battus et des roquettes assassines, à lire absolument, si ce n'est pas encore fait:

Comprendre ce qu'est le Hamas (et c'est bien expliqué!)

Voilà: un peu de "food for thought", comme disent les Anglais.