Dis, papa, c'est où la patrie des droits de l'homme?
Par emcee le samedi 13 décembre 2008, 19:56 - Moyen Orient - Lien permanent
60 ans plus tard: qu'en est-il des "droits de
l'homme"
Pas terrible, ni ici, ni ailleurs.
Quand on voit ce que les pays occidentaux sont capables de faire dans leur
propre pays, on ne peut s'attendre à de la délicatesse vis-à-vis de ceux qu'ils
envahissent.
Dans ce billet, la traduction de l'histoire d'Aswad, qui a été
incarcéré 5 longues années dans les geôles irakiennes.
Une histoire parmi tant d'autres, mais une histoire avec un nom et un
visage, ce qui n'est pas souvent le cas de toutes ces victimes de
guerre.

Prologue
Le ministre des affaires étrangères, pour qui la diplomatie est, de toute
évidence, un secret, a choisi le 10 décembre, jour du soixantième anniversaire
de la Déclaration Universelle des Droits del'Homme (DUDH) pour
déclarer au Parisien:
« Je pense que j’ai eu tort de demander un secrétariat d’Etat aux droits de l’homme. C’est une erreur, on ne peut pas diriger la politique extérieure d’un pays uniquement en fonction des droits de l’homme. Diriger un pays éloigne évidemment d’un certain angélisme ».
Et voilà! D'une pierre plusieurs coups:
Annoncer qu'un secrétariat aux droits de l'homme ne vaut pas tripette et qu'il
faudrait songer à le virer au prochain remaniement;
Faire amende honorable publiquement parce que c'est lui qui avait demandé cela
bêtement avant d'entrer au gouvernement (comme s'il les soupçonnait à l'époque
de noires intentions, ou, en tout cas, de desseins qui pourraient heurter sa
conscience. Ah, mais non);
Déclarer ouvertement qu'un Etat (occidental, s'entend) est exempt d'appliquer
et de veiller à ce que soient appliqués, intra et extra-muros, les DDH,
principes bisounours d'un autre âge inapplicables dans un monde de
brutes;
Et assurer que la secrétaire d'état a fait "ce qu'elle a pu"
(comprendre: "rien", puisque les maigres tentatives qu'elle a faites
ont aussitôt été désavouées et qu'elle a été rabrouée en public).
NB: Pour le dernier point, je suis d'accord, car, faire
partie d'un gouvernement qui s'acharne à détruire tous les droits des
citoyen-nes depuis le début et sans vergogne, est absolument incompatible avec
une telle mission – et si elle avait une once de cervelle et un peu moins
d'attrait pour les ors, elle aurait refusé le poste où il était évident qu'elle
ne trouverait pas sa place. Et qu'elle ne saurait servir que de caution
ethnique et morale à côté de la lourde machine destructrice prévue par ailleurs
(dont un des fleurons est le ministère de l'expulsion, mais pas que).
Cependant, que son ministre de tutelle la déclare incapable publiquement, c'est
particulièrement indécent.
Mais Monsieur K n'est pas à une indécence près. Loin de là, et elles
s'accélèrent en cette fin de carrière motivée par l'appât du gain et d'un
strapontin-plutôt-que-rien dans un gouvernement qu'il eût dû combattre. Si on
ne s'en tient qu'à son CV, évidemment.
Eh, oui, triste fin de carrière pour un médecin, fondateur d'une organisation
humanitaire, qui a vu (même brièvement), les horreurs que génère la guerre –
massacres, mutilations, viols déplacements, camps insalubres, famine – qui,
devenu "diplomate", n'a de cesse que la France y prenne sa part, et qui
sous-entend sans sourciller que, finalement, la diplomatie, ça ne sert pas à
grand chose et que rien ne vaut finalement une bonne guerre. D'autant qu'il y a
les copains à soutenir.
Ce début de siècle ressemble fort à une fin de siècle.
Et, puisqu'on parle de ce petit parchemin élaboré par des adeptes de
l'angélisme (mais ils ne connaissaient pas les Arabes, à l'époque! Ou les
ignoraient), voici un exemple parmi tant d'autres qui montre à quoi mènent les
guerres impérialistes, enfin complètement libérées du carcan de cette
Déclaration Universelle des Droits de l'Homme poussiéreuse.
Article
Illegal Detention and the Declaration of Human Rights
Aswad's Story
Decembre 5 / 7, 2008
CounterPunch
Par JOHNNY BARBER
La détention illégale et la déclaration des droits de l'homme
L'histoire d'Aswad

Aujourd'hui, jour du 60° anniversaire de la déclaration Universelle des
droits de l'homme, c'est le moment voulu pour vous raconter une histoire qu'on
m'a confiée en Syrie au cours de ce mois-ci.
C'est une histoire pénible, une histoire que beaucoup d'Américains aimeraient
bien nier mais, dans l'incapacité de le faire, beaucoup préfèreront
l'ignorer.
Il y a maintes possibilités de le faire. On peut montrer du doigt le
gouvernement sortant, les traiter de criminels, dire que leurs agissements sont
du domaine du passé, et en rester là. D'autres peuvent évoquer le nouveau
gouvernement qui va s'installer à quelques semaines de là seulement, pensant
que les problèmes seront résolus, qu'il va y avoir du changement. Mais cela, ce
serait également une erreur. Notre complicité dans ces événements est bien plus
importante que ces esquives simplistes sur la responsabilité.
Si nous devons résoudre les questions systémiques fondamentales que doivent
affronter les US et le monde entier, il nous faut nous livrer à une réflexion
afin de pouvoir agir ensuite.
L'histoire d'Aswad et de sa famille, il faut le savoir, n'est qu'une histoire
parmi des milliers d'autres et sa vision des Etats-Unis comme pourvoyeurs du
terrorisme ne repose que sur ce qu'il a vécu personnellement.
Aswad était profondément endormi aux premières heures du matin, ce 6 novembre
2003, quand un fracas dans la maison l'a réveillé en sursaut. En ouvrant les
yeux, il s'est retrouvé entouré de soldats (*) américains qui braquaient des
armes automatiques sur lui.
Arrivé la veille dans le petit village d'Al Yarmouk à la périphérie de Mosul,
il avait rompu le jeûne du ramadan avec ses amis et était parti se coucher de
bonne heure. Il observait le même rite depuis le début de l'an 2000, où, tous
les deux mois, il achetait pour 300 dollars environ de djellabas et d'autres
vêtements qu'il revendait dans les rues de Mosul afin d'améliorer le maigre
revenu qu'il tirait de l'agriculture.
Le travail agricole était une activité pénible et à 48 ans, il espérait trouver
un autre moyen pour faire vivre sa femme et ses 9 enfants.
Et maintenant, il se retrouvait avec des gens qui hurlaient dans une langue
qu'il ne comprenait pas. L'un d'eux, qui parlait arabe, lui a demandé son nom,
et d'où il venait. Il leur a répondu qu'il venait de Syrie. Ils lui ont vidé
les poches, lui ont pris son passeport et 400 dollars en liquide. Puis, ils
l'ont traîné dans la nuit noire. Il savait qu'au moins deux de ses amis avaient
été capturés en même temps que lui - il sentait leur présence devant et
derrière lui alors qu'on les traînait dans la cour.
Les prisonniers ont été transportés en hélicoptère vers une destination
inconnue et mis à l'isolement. Sitôt arrivé, il a été placé entre un rouleau
compresseur dont le moteur tournait et une barrière. Quand le sol a tremblé
sous le poids du matériel lourd, il s'est dit qu'il allait mourir. On lui avait
dit qu'il ne reverrait plus jamais les siens. Il me dit: "J'ai pensé qu'ils
allaient m'aplatir sur le bitume".
Au cours des 8 jours qui ont suivi, il était arrivé à Aswad de penser que cela
aurait été une issue préférable.
Ses vêtements lui ayant été enlevés, il était nu avec seulement un bandeau sur
les yeux. Ses bras étaient ligotés dans le dos et ses chevilles étaient
également attachées avec des chaînes. On lui donnait des coups avec une
matraque. On l'avait frappé si fort sur le ventre qu'il s'était évanoui 3 fois.
Chaque fois, il était aspergé d'eau glacée jusqu'à ce qu'il revienne à lui,
puis, on le remettait debout et on le battait à nouveau. Ils lui attachaient
les poignets sur le devant et lui faisaient tenir deux paquets lourds. Chaque
fois qu'il en faisait tomber un, les coups redoublaient. On l'empêchait de
dormir. Aswad se rappelle que la seule source de chaleur qu'il avait sentie
alors, c'est quand le sang s'est mis à couler abondamment de son front et de
son nez cassé le long de son visage et de sa poitrine.
Peu avant que cessent ces sévices, un homme en civil qui prétendait être
égyptien est venu lui parler. Aswad est persuadé qu'il n'était pas égyptien: il
n'avait ni l'accent égyptien ni l'accent américain. Aswad pense qu'il était
peut–être israélien, mais il ne peut pas l'affirmer.
Il a été interrogé longuement sur des attentats contre des Américains, et,
chaque fois, il répondait qu'il n'était pas au courant de ces attentats. Avant
d'être arrêté, il dormait et il n'avait pas entendu de coups de feu. Il n'y
avait aucune arme chez son ami. Chaque fois qu'il niait, il prenait une
décharge de Taser. Il avait tellement mal partout à cause des coups qu'il avait
reçus, qu'il ne sentait même plus la douleur quand il tombait par terre.
Tout au long du calvaire qu'il subissait, Aswad pensait à la mort et espérait
qu'elle serait rapide. Ses ravisseurs étaient sans pitié, dit il. Quand il
demandait à boire, ses tortionnaires lui versaient l'eau sur la tête en riant.
A un moment donné, il a senti qu'on pressait contre lui deux corps nus. Ses
geôliers lui disaient des trucs en hurlant mais il ne comprenait pas leurs
sarcasmes puisqu'ils parlaient en anglais. Et, ajoute-t-il, avec son bandeau
sur les yeux, il ne voyait rien. Détournant le regard, gêné et honteux, Aswad
m'a répété cela 4 fois.
Huit jours plus tard, Aswad était transféré à la prison d'Abou Ghraib à Bagdad.
Autrefois connue pour être le théâtre de certains des interrogatoires les plus
atroces ordonnés par Saddam Hussein, elle était actuellement sous la direction
des Américains qui perpétuaient la tradition avec leurs pratiques personnelles
de sévices sadiques, flagrants et gratuits envers les détenus.
C'était le 14 novembre 2003, bien des mois avant qu'on ne commence à parler des
abus qui se produisaient dans la prison. Aswad est arrivé à la prison
complètement défiguré par les coups qu'il avait reçus. Il a été examiné par des
médecins qui lui ont demandé où il avait mal, mais sans jamais chercher à
savoir ce qui lui était arrivé.
Alors qu'il récupérait à la suite des coups qu'on lui avait donnés, il a été le
témoin de certains des sévices qui allaient plus tard être révélés par les
grands médias aux Etats-Unis. Dans le couloir qui longeait sa cellule, il a vu
un homme complètement nu qu'on terrorisait avec un chien d'attaque. Il a vu la
"pyramide de corps nus" de prisonniers, avec les gardiens américains hilares à
l'arrière-plan, dont la photo qui devait circuler plus tard avait fait
scandale.
Et il a vu aussi 4 soldats arracher les vêtements d'une femme irakienne, mais
il a tourné le dos parce qu'il était gêné pour elle. Il ne sait pas ce qu'elle
est devenue ensuite. Quand ses plaies ont été suffisamment cicatrisées, il a
été transféré d'abord au camp d'Abou Ghraib, où il est resté un mois, puis au
Camp Bucca, un centre de détention contrôlé par les Américains. Situé dans le
sud de l'Irak, au sud-ouest désertique de Basra, à quelques kilomètres de la
frontière koweitienne, Bucca est un endroit aride qui reçoit jusqu'à 10000
détenus, dont beaucoup sont des "détenus de sécurité". La possibilité
pour les Forces Américaines de perpétuer ces détentions est restée dans le
vague dans le nouveau Statut des Forces US.
La définition de "menace impérative sur la sécurité " s"applique à quelqu'un
qui n'a peut-être pas commis de crime, mais qui est quand même détenu parce
qu'il pourrait en commettre un. Même les autorités militaires des US admettent
qu'environ 70% de ces détenus ne sont pas des insurgés.
Aswad est resté au camp pendant 9 mois, depuis la fin de l'hiver 2003 jusqu'à
l'été torride suivant. Les conditions y étaient épouvantables.
30 hommes partageaient des tentes de toile de 12 m sur 6. Ils dormaient sur des
matelas peu épais posés à même le sol et n'avaient que deux petites couvertures
légères pour se protéger du froid. En été, les températures montaient jusqu'à
60° et rien ne permettait d'échapper à la canicule. Au printemps, les mouches
et les fourmis envahissaient le camp. Les toilettes étaient constituées d'un
tonneau coupé en deux. Quand il était plein, les détenus avaient l'ordre de le
vider. Les rations de nourriture étaient maigres et souvent immangeables.
Au cours de toute cette période, le Comité International de la Croix Rouge
venait visiter le camp régulièrement. C'est grâce à eux que la famille d'Aswad
avait appris qu'il était incarcéré, plusieurs mois après sa disparition.
Après une année passée là-bas, Aswad a été ramené à Abou Ghraib. On lui avait
fait mettre une salopette bleue à la place de celle, orange, qu'il portait et
il avait été exhibé devant les caméras de télévision avec plusieurs autres
détenus. Les commentaires du reportage expliquaient qu'il s'agissait de
terroristes qui venaient d'être capturés au combat à Fallouja.
Des années après, les voisins d'Aswad lui faisaient remarquer à propos de ce
reportage: "Comment pouvais-tu être un terroriste arabe de Fallouja alors
que tu étais en prison à ce moment-là?".
N'ayant apparemment été déplacé que pour cette pantalonnade devant les caméras,
Aswad était ramené au camp 15 jours plus tard.
A cette époque, le Camp Bucca se développait et les tentes de toile étaient
remplacées par des préfabriqués. La prison commençait à ressembler à une
structure pénitentiaire permanente. La population carcérale explosait, à cause,
entre autres, de la recrudescence des opérations militaires.
Le périmètre de la prison de 3 Kms comptait 12 unités, six de part et d'autre
d'une route caillouteuse non goudronnée.
Au coin de chaque unité, des gardiens avec des armes automatiques montaient la
garde dans des tours de bois de 3 étages.
La qualité de la nourriture commençait également à s'améliorer, trois repas par
jour y étaient servis (du pain du fromage, de la confiture et du thé pour le
petit déjeuner et le repas du soir; du riz et de la viande en sauce pour le
midi). Peu de temps après son retour, en janvier 2005, une émeute éclatait dans
la prison. L'émeute avait commencé pendant une fouille destinée à rechercher
les objets interdits et où des soldats avaient profané le coran. L'émeute
s'étendait alors rapidement à trois autres unités, les détenus jetant des
pierres, des blocs de béton et des mottes de terre aux soldats retranchés de
l'autre côté des barbelés.
De là, ils lançaient des bombes lacrymogènes et des salves de fusils aux
prisonniers.
La mutinerie a cessé quand 2 soldats ont ouvert le feu avec des M16 sur les
prisonniers de l'unité 5. Quatre prisonniers étaient tués et 6 autres
blessés.
Une autre émeute a eu lieu au mois d'avril suivant quand les gardiens ont
décidé de transférer 4 shiites religieux dans une nouvelle unité.
A nouveau, les détenus ont lancé des pierres, des blocs de béton et des mottes
de terre. Certains détenus avaient confectionné des lance-pierres pour tirer
sur les soldats lourdement armés qui s'étaient retranchés derrière les
barbelés.
Les soldats ripostaient en projetant des gaz lacrymogènes et leur tirant dessus
à balles réelles. Une vidéo prise par un soldat montre des soldats réclamant
des munitions supplémentaires pour leurs fusils et qui s'esclaffent après des
tirs de gaz lacrymogène particulièrement bien ciblés. Il y a eu 12 blessés côté
détenus et 4 côté gardiens.
Après deux ans d'incarcération, Aswad était transféré à nouveau à Abou
Ghraib.
Le 7 janvier 2006, il passait devant un tribunal irakien. Le juge a demandé à
l'officier américain la raison de sa détention. L'officier a répondu qu'Aswad
était entré en Irak sans autorisation. C'était la première fois depuis qu'il
avait été arrêté qu'Aswad entendait les chefs d'accusation qui pesaient contre
lui.
Il a nié les charges, expliquant au juge que son passeport était entre les
mains des Américains – ce que l'officier américain a confirmé.
Il a prétendu qu'en fait, Aswad avait passé la frontière syrienne légalement,
mais qu'il n'avait pas eu de cachet officiel côté Irak. Cette déclaration s'est
vite avérée mensongère quand le juge a examiné le passeport où le cachet
irakien était apposé à côté du cachet syrien. Tout était en règle. Le juge
décidait alors de libérer Aswad.
En retournant à Abou Graib, l'avocat militaire lui annonçait qu'il allait être
bientôt libéré. L'interprète lui a demandé s'il accepterait d'être libéré
depuis Camp Cropper, un autre centre de détention situé à l'aéroport de Bagdad.
Aswad a répondu que peu importait d'où on le libérait, pourvu qu'on le
libère.
Il a été ramené au camp Bucca.
Deux jours plus tard, il montait dans le "happy bus" (le nom qui avait été
donné au bus qui prenait en charge les prisonniers qui devaient être libérés)
et il était ramené au nord, à Camp Cropper.
Onze jours plus tard, sans aucune explication, il était à nouveau conduit à
Camp Bucca. Ces va-et-vient se sont produits deux ou trois fois les mois
suivants.
Chaque fois qu'il montait dans le bus, il était plein d'espoir. Et chaque fois
qu'on le ramenait, il avait à nouveau le moral à zéro.
Personne ne lui avait dit que les commandants militaires pouvaient rejeter les
décisions prises par les tribunaux irakiens et qu'il pouvait continuer à le
considérer comme une "menace pour la sécurité". On ne lui avait pas
expliqué non plus pourquoi il avait fait la navette d'une prison à l'autre de
si nombreuses fois.
Au cours de l'été 2007, était créé le Comité d'examen des Forces
Multinationales. Chaque détenu a désormais la possibilité de s'adresser à un
jury une fois par semestre pour présenter son cas, et le comité examine son
dossier, non pas pour juger de son innocence ou de sa culpabilité, mais pour
déterminer s'il représente toujours une menace pour la sécurité des forces de
coalition, du gouvernement irakien ou des citoyens irakiens.
Le 4 septembre 2007, Aswad était présenté devant ce comité, qu'il appelle 'le
Comité menteur".
Ils l'ont interrogé sur son entrée illégale en Irak et lui ont trouvé un
nouveau chef d'accusation (on lui a demandé pourquoi il avait participé à un
attentat contre les Américains). Aswad a expliqué qu'il était entré en Irak
avec les autorisations en règle, comme le prouvait son passeport, et qu'un
tribunal irakien avait ordonné sa libération. Il avait été arrêté alors qu'il
dormait et il n'y avait aucune arme sur les lieux.
Il a ajouté:
"Quand un tribunal irakien prononce une peine de mort, vous êtes apparemment bien pressés de voir le condamné se balancer au bout d'une corde; et pourtant, il a été décidé en janvier 2006 que j'étais innocent et je suis toujours incarcéré. Comment cela se fait-il?".
Il a été ramené en prison.
Six mois plus tard, en février 2008, il a été à nouveau présenté devant le
comité. Il ne s'agissait plus des mêmes personnes, mais les questions posées et
les réponses d'Aswad étaient les mêmes.
Le 17 mars 2008, Aswad recevait les documents officiels annonçant sa mise en
liberté.
Et le 18 juillet 2008, Aswad prenait le "Happy Bus" pour la dernière fois. Ce
n'est que quand le Comité International de la Croix Rouge lui a confirmé que sa
libération était imminente qu'Aswad s'est laissé aller à penser que ses
épreuves arrivaient à leur fin.
Le 19 juillet, Aswad prenait l'avion de la Croix Rouge pour Damas. Il était
enfin libre.
Alors que nous sommes tous deux assis autour d'une tasse de café, Aswad, en
repensant à son internement, me dit: "C'est un système carcéral inhumain
dirigé par des criminels".
Quand je lui demande ce qui, selon lui, a incité le comité à le libérer, Aswad
répond qu'il n'en a aucune idée.
Ils n'en font qu'à leur tête. Il n'y a rien de rationnel là-dedans. Ils ont une belle vie, leurs enfants vont bien, et ils se fichent du reste. Nous avons un proverbe qui dit: 'celui qui a le ventre plein ne sait pas ce que c'est la faim'.
Pendant cinq ans, les seuls contacts qu'avait eu Aswad avec sa famille
étaient les messages envoyés par l'intermédiaire de la Croix Rouge. Quand il a
été libéré, il ne connaissait plus sa famille''.
Sa fille aînée l'a fait asseoir près d'elle pour lui parler de ses propres
enfants, qu'il reconnaissait à peine. Sa famille avait souffert tout le temps
de son incarcération.
Quand je lui ai demandé ce qu'avait dit sa famille sur la période où il n'était
pas là, Aswad m'a dit:
"La première fois que j'ai pu les joindre par téléphone, mon plus jeune fils s'est écrié: 'mon papa, mon papa, reviens vite, nous n'avons plus personne ici'".
Son fils aîné, qui a quitté l'école à 15 ans pour aider à subvenir aux
besoins de la famille, a avoué qu'il avait pleuré les deux premières années
parce qu'il ne pouvait pas gagner assez d'argent pour faire vivre toute la
famille. Son fils assure le transport du coton, de l'avoine et du blé après
leur récolte. 44 kilos de coton rapportent environ 1 dollar US.
"Tu vois, cette situation a détruit ma famille. C'est ce que la démocratie
des Etats-Unis a fait pour moi!", dit-il, avec un sourire amer et les
larmes aux yeux.
Les Etats-Unis ont joué un rôle un rôle majeur dans l’élaboration de la
Déclaration universelle des Droits de l'Homme en 1948.
Dans son discours devant l'Assemblée Générale de l'ONU (le 10 décembre 1948, à
Paris, NDT), à la suite de l'adoption du texte par les états membres, Eleanor
Roosevelt a déclaré:
"Cette déclaration s'appuie sur le concept que l'homme doit être libre de se développer pleinement, et cela, grâce à l'effort de tous pour élever le niveau de dignité humaine. Nous avons fort à faire pour y parvenir et pour garantir les droits énumérés dans cette déclaration. Mais qu'ils soient présentés devant nous avec le soutien moral de 58 pays sera un grand pas en avant".
Evoquant l'*abstention de l'URSS, Roosevelt a poursuivi:
" Nous devons être clairs sur ce que liberté veut dire. Les droits humains fondamentaux sont simples et faciles à comprendre: liberté d'expression et liberté de la presse; liberté de culte; liberté de réunion et le droit de pétition; le droit d'être en sécurité chez soi et à l'abri de fouilles ou de saisies injustifiées, à l'abri d'arrestations et de sanctions arbitraires. (…)
La démocratie, la Liberté, les droits humains sont des mots qui veulent désormais dire quelque chose pour les populations dans le monde qui ne doivent pas accepter qu'un pays les transforme au point qu'ils deviennent synonymes de répression et de dictature. "
Il serait sage que nous réfléchissions aujourd'hui, après tant d'années qui
se sont écoulées depuis, à ces paroles et à la politique de nos gouvernements,
en particulier à cette "Guerre contre le Terrorisme".
Soixante ans plus tard, nous devons nous demander pourquoi nous, en tant que
nation, nous n'avons pas su faire respecter les principes énoncés dans la
Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.
Il est du devoir de chacun de sauvegarder ces principes que nous acceptons
comme allant de soi afin que d'autres puissent également en profiter. C'est
l'échec de tous qui alimente le terrorisme qui se développe dans le monde
aujourd'hui.
Johnny Barber a voyagé en Irak, en Israël et au Liban pour témoigner des
épreuves de ceux qui sont touchés par la guerre.
Il revient de Syrie et de Jordanie où il a réuni des témoignages de
réfugiés irakiens.Voir son blog ici.
Alors, Monsieur K, on se la fait, cette guerre en
Iran?
Notes
NB: *"américain": pour faciliter la lecture, j'emploierai ce terme,
courant en français et non ambigu en général, mais il est clair qu'il s'agit là
uniquement des habitants des Etats-Unis, que d'aucuns appellent "étasuniens"
(ou "usaméricains")afin de ne pas heurter les sensibilités (je ne le souhaite
pas non plus
) des autres peuples des Amériques, qui eux aussi revendiquent
ce terme, allez savoir pourquoi: il est des noms plus glorieux.
Eleanor
Roosevelt and the Universal Declaration of Human Rights
L'impérialisme, la "guerre contre le terrorisme" et la
torture
Un excellent site
(parfaitement démoralisant) sur Guantanamo et les méthodes aux
Etats-Unis
Avec également des articles
sur Abou Ghraib, par exemple.
Des musiciens dénoncent l'utilisation de leurs chansons comme arme de
torture par l'armée américaine
A Gaza, la
lutte quotidienne contre la privation d’électricité
Et puis qqs titres d'articles récents en anglais concernant les violations
des droits de l'homme. A voir ici
Dont:
Caught on Tape: Diabetic Man Tasered (un diabétique en crise sorti
brutalement de son véhicule et tasé par la police – video)
Women Behind Bars Are Deprived of Their Basic Rights (les femmes en prison
sont privées de leuers droits fondamentaux)
Gun Crazy: Firearms Proponents Want a World Where College Kids Carry (les
partisans des armes veulent que les étudiants puissant porter des armes sur
eux).
Evidemment, au pays de St Nicolas, nous ne sommes pas en reste, et cela ne
s'améliore pas. Je vous renvoie à vos sites habituels et à la presse qui en
parle quotidiennement.
DUDH:

Adoption de la DUDH à l'ONU
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en
droits" - article 1ier de la déclaration qui énumère des droits
humains, civils, économiques, sociaux et culturels, "inaliénables" et
"indivisibles" en trente points.
Inspirée par la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen de
1789 et la déclaration d'indépendance américaine de
1776, la Déclaration universelle des droits de l'Homme (DUDH) a pour
première origine le traumatisme engendré par la seconde guerre mondiale et le
génocide des juifs par les nazis.
Le texte a été adopté définitivement le 10 décembre 1948 par les 58 Etats alors
membres de l'assemblée générale de l'ONU, à l'exception de l'URSS, des pays
d'Europe orientale, de l'Arabie saoudite et de l'Afrique du Sud, qui se sont
abstenus.
Car la déclaration a été élaborée dans un climat de début de Guerre
froide.
L'URSS et ses satellites préconisaient notamment une charte sur les "droits
réels", économiques et sociaux, contre les "droits bourgeois"
civils et culturels défendus par les démocraties occidentales (ces dernières
craignant que la Déclaration ne devienne un outil juridique qui serait utilisé
contre elles par les pays colonisés).
Mais malgré ses ambiguïtés et les arrière-pensées qui ont présidé à sa
création, le texte de 1948 reste, selon le mot du juriste français René Cassin,
qui participa à son élaboration, "le premier manifeste que l'humanité
organisée ait jamais adopté". La DUDH a inspiré tous les traités
internationaux de l'après-guerre, et est généralement reconnue comme le
fondement du droit international relatif aux droits de l'Homme.
Les conventions internationales de 1979 contre la discrimination envers les
femmes, de 1984 contre la torture, de 1990 sur les droits de l'enfant, la
création de la Cour Pénale internationale (CPI) en 1998, découlent directement
de la DUDH.
Et puis, dans ce billet, il est
demandé aux lecteurs: What image opened your eyes to human rights? '
"Quelle image concernant la violation des DDH vous a particulièrement
marqué(e)?''
ET VOUS?
Commentaires
"Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est que l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. " (Aimé Césaire)
ouais... va pour "américain" bien que...
bon d'accord.
Oui, Très juste ce que dit Césaire. "Plus jamais ça, mais ... sur notre Continent seulement!".


Ce qui a choqué le plus les Américains, d'ailleurs, c'est que le 9/11 se soit produit sur le territoire des Etats-Unis et ce qui a permis au gouv. de faire passer les lois les plus liberticides et arbitraires (Patriot Act, etc.), les DDH étant réduits à un bout de papier jauni.
Et ce n'est pas un hasard si le terme méprisant de "droitdel'hommiste", naguère exclusive de l'extrême-droite, s'est répandu ces dernières années dans tous les milieux (les mêmes qui se réclament de l'"islamophobie") pour discréditer les actions contre les guerres impérialistes et autres mouvements altermondialistes.
vdj: héhé! femme avoir toujours raison à la fin ...
D'ailleurs, les Latinos, ne font-ils pas eux-mêmes un amalgame quand ils appellent l'US-ien "nortamericano", faisant fi des susceptibilités des Canadiens et en particulier des Québécois qui ont toujours tenté de résister à l'hégémonie de leurs voisins? (Bon, on leur pardonne quand même, surtout que la seule lueur d'espoir actuellement vient de ce beau continent latino-américain ).
Last but not least: "Amérique", c'est le terme qui a été imposé par les colons d'Europe qui sont venus envahir le continent, repoussant les autochtones dans des régions désertiques ou les confinant dans des réserves après en avoir exterminé une palanquée non négligeable.
Moi, je dis ça ...
Qui je suis, d'abord?
Tiens, je profite d'avoir un peu de monde aujourd'hui pour vous signaler la pétition lancée sur le blog de Superno sur les sombres visées de poweo.
Mais lisez plutôt: http://www.superno.com/blog/?page_id=661
malheureusement l humanité n existe pas ............. seul l argent dicte ses lois qui sont profit .manipulation pillages et tout cela enrober de belle phrase telle que liberté d entreprendre .......... pillages des ressource pour ce qui est de l irak pétrole nos seul moyen de contester sont nos achat ouvrons les yeux seul cette action de boycotte de divers sorte .....contre le travail des enfants l esclavagisme moderne seul par nos action achat cibler nous imposeront d autre voie plus en adéquation a la déclaration des droit de l homme
Monsieur j'ai mis votre site en mes favoris, aussi je fais lectures régulières, pour m'instruire probablement voir certainement, mais je me dis à quoi bon de dire sans cesse. Le but n'étant pas comment sortir de tout ça enfin! alors comment faire? c'est celà qui m'importe " trouver des solutions" déjà comment faire pour éliminer les fausses croyances déjà le catholicisme et le judaîsme et divers nous sommes en 2009 non presque. mes respects
Merci pour ce billet, Emcee.
Comment faire respecter les droits de l'homme dans le monde,comment être crédible quand nous ne savons pas balayer devant notre porte!
Bien connaitre cette déclaration la lire et c'est la:
http://aidh.org/30articles.htm
Et maintenant je vais aller faire des courses quand j'aurais fini de pleurer!
Monstrueux!
Merci emcee de traduire ces textes que sinon nous ne lirions pas.
Très intéressant ce que dit Aimé Césaire...la suprématie auto déclarée de l'homme blanc n'en finit pas de mener le monde à sa perte...lamentable!
Merci à tous de votre visite et de votre soutien.
Oui, horrible, et, malheureusement, ce n'est pas une bavure. Il y a des milliers d'autres qui sont dans ce cas, ou pas loin.
Mais dans ce monde de brutes sanguinaires, il y avait un truc réjouissant hier: Bush attaqué par des godillots! Beaux réflexes, cependant. Il faut dire qu'il est fort pour éviter les trucs désagréables: Vietnam, impeachment, etc. A voir pour une minute de trêve dans ce monde qui tourne à la catastrophe. http://www.rue89.com/2008/12/14/bush-echappe-a-un-jet-de-chaussure-a-bagdad-0
Céleste, ton com' est passé direct, cette fois-ci. Miracolo! Ou plutôt, est-ce parce qu'ils ont bidouillé des trucs la semaine dernière à gandi (même que je ne pouvais plus poster de billet ni de com') et que ceci ait débloqué cela? Wait and see.
Le journaliste en question semble avoir bien morfflé, il y a des comités de soutient qui se forment un peu partout dans le monde.
Faut savoir qu'il est entre les mains des services de sécurité du gouvernemant collabo..
http://www.legrandsoir.info/spip.ph...
Et les libertés qui s'envolent,le contrôle des population à l'échelle mondiale c'est Jean Claude Paye auteur de "la fin de l'état de droit"au éditions la Dispute.
Et c'est la:http://www.humanité.fr/2008-12-16_...
Et ça fait peur!
putain le lien ne marche pas,quelle m...
http://www.humanite.fr/2008-12-16_t...
Normalement celui la devrait aller!
bjr et merci pour votre traduction
Neiiiiiiiiiin, les ddh,c'est pas bon pr le citoyen ! çà empêche les gouvernements de faire leur "boulot".
Le comble de ces lois "spécial terrorisme",c'est qu'elles aient fait des "petits" sous d'autres cieux.
Merci pour les liens et vos com'.
En effet, le journaliste a été sacrément maltraité par le gouv. collabo mis en place par les US. Une réponse démesurée à côté de ce qu'il a fait. Heureusement, il est soutenu par le monde entier. Mais c'est pas gagné.
Jean-Claude, les libertés s'envolent depuis belle lurette, mais, là, évidemment, cela ne va pas tarder à atteindre le niveau mondial, comme l'exigent les US.
Qui sait que les états civils français sont traités par les Mormons dans l'Ohio? Et cela ne date pas de maintenant.
Droits de l'homme? Mascarade, oui!
Dernière annonce de NS:
Encore du vent. Puisse-t-il l'emporter définitivement.
N S yesterday went further than any modern French leader in denouncing the race and class discrimination that has poisoned France and made a mockery of the republican principles of liberty, equality and fraternity.
But the president's plans to get a more ethnically diverse section of people from disadvantaged estates into France's notoriously elitist top graduate schools, civil service, political parties and the media was greeted with caution by equality campaigners who said they would judge Sarkozy on his results. …
(NS dénonce l'élitisme (grandes écoles) et le mépris pour les principes républicains, et veut lutter contre la discrimination – en clair: supprimer les classes prépa et instaurer da "discrimination positive" bidon qui mène, justement, à la discrimination (avec la promotion au "mérite" et tout le bastringue).
… http://www.guardian.co.uk/world/2008/dec/18/sarkozy-diversity-policy-france-obama
Finalement, il va falloir agrandir toutes les portes, parce que Pinocchio, il ne les passe plus, avec son nez qui s'allonge tous les jours. A moins qu'on se débarrasse de Pinocchio. Cela ferait faire de sacrées économies. Et de l'air!
L'urgence actuelle est de s'unir tous avec le CODEDO pour demander l'abolition du délit d'"outrage" dont l'usage artificieus est de venu si pervers dactuellement qu'il est une menace mortelle pour la notion d'Etat de Droit, de Libertés Publiques et la Civilisation elle-même:
http://miiraslimake.over-blog.com/a...
sauvez la France ! sauvez la Civilisation !
Hélas, il y a partout des foyers à éteindre.
Le délit d'outrage en fait partie. Non seulement ce type usurpe la fonction de président en plumant ses concitoyens (à qui il s'est présenté comme la providence incarnée - pouvoir d'achat compris) et en organisant la gabegie à grande échelle (de plus en plus de pauvres, de plus en plus de chômeurs, de plus en plus de sans-abri, destruction des services dus au public, etc. Le bilan est effrayant et ce n'est pas fini!), mais en plus, il a l'arrogance d'exiger qu'on le respecte.
Et il encourage ses sbires en bleu à faire de même, quitte à mentir honteusement.
Nous ne sommes, en effet, plus dans un Etat de droit.
Oui,merci pour ce billet...
C'est sur que Rama Yade ne sert à rien.
http://blog.fanch-bd.com/images/pol...