Prologue
Le ministre des affaires étrangères, pour qui la diplomatie est, de toute évidence, un secret, a choisi le 10 décembre, jour du soixantième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits del'Homme (DUDH) pour déclarer au Parisien:

« Je pense que j’ai eu tort de demander un secrétariat d’Etat aux droits de l’homme. C’est une erreur, on ne peut pas diriger la politique extérieure d’un pays uniquement en fonction des droits de l’homme. Diriger un pays éloigne évidemment d’un certain angélisme ».

Et voilà! D'une pierre plusieurs coups:
Annoncer qu'un secrétariat aux droits de l'homme ne vaut pas tripette et qu'il faudrait songer à le virer au prochain remaniement;
Faire amende honorable publiquement parce que c'est lui qui avait demandé cela bêtement avant d'entrer au gouvernement (comme s'il les soupçonnait à l'époque de noires intentions, ou, en tout cas, de desseins qui pourraient heurter sa conscience. Ah, mais non);
Déclarer ouvertement qu'un Etat (occidental, s'entend) est exempt d'appliquer et de veiller à ce que soient appliqués, intra et extra-muros, les DDH, principes bisounours d'un autre âge inapplicables dans un monde de brutes;
Et assurer que la secrétaire d'état a fait "ce qu'elle a pu" (comprendre: "rien", puisque les maigres tentatives qu'elle a faites ont aussitôt été désavouées et qu'elle a été rabrouée en public).

NB: Pour le dernier point, je suis d'accord, car, faire partie d'un gouvernement qui s'acharne à détruire tous les droits des citoyen-nes depuis le début et sans vergogne, est absolument incompatible avec une telle mission – et si elle avait une once de cervelle et un peu moins d'attrait pour les ors, elle aurait refusé le poste où il était évident qu'elle ne trouverait pas sa place. Et qu'elle ne saurait servir que de caution ethnique et morale à côté de la lourde machine destructrice prévue par ailleurs (dont un des fleurons est le ministère de l'expulsion, mais pas que).
Cependant, que son ministre de tutelle la déclare incapable publiquement, c'est particulièrement indécent.
Mais Monsieur K n'est pas à une indécence près. Loin de là, et elles s'accélèrent en cette fin de carrière motivée par l'appât du gain et d'un strapontin-plutôt-que-rien dans un gouvernement qu'il eût dû combattre. Si on ne s'en tient qu'à son CV, évidemment.
Eh, oui, triste fin de carrière pour un médecin, fondateur d'une organisation humanitaire, qui a vu (même brièvement), les horreurs que génère la guerre – massacres, mutilations, viols déplacements, camps insalubres, famine – qui, devenu "diplomate", n'a de cesse que la France y prenne sa part, et qui sous-entend sans sourciller que, finalement, la diplomatie, ça ne sert pas à grand chose et que rien ne vaut finalement une bonne guerre. D'autant qu'il y a les copains à soutenir.

Ce début de siècle ressemble fort à une fin de siècle.

Et, puisqu'on parle de ce petit parchemin élaboré par des adeptes de l'angélisme (mais ils ne connaissaient pas les Arabes, à l'époque! Ou les ignoraient), voici un exemple parmi tant d'autres qui montre à quoi mènent les guerres impérialistes, enfin complètement libérées du carcan de cette Déclaration Universelle des Droits de l'Homme poussiéreuse.

Article

Illegal Detention and the Declaration of Human Rights
Aswad's Story
Decembre 5 / 7, 2008
CounterPunch
Par JOHNNY BARBER

La détention illégale et la déclaration des droits de l'homme

L'histoire d'Aswad

Aswad_prisons_irakwb.jpg

Aujourd'hui, jour du 60° anniversaire de la déclaration Universelle des droits de l'homme, c'est le moment voulu pour vous raconter une histoire qu'on m'a confiée en Syrie au cours de ce mois-ci.
C'est une histoire pénible, une histoire que beaucoup d'Américains aimeraient bien nier mais, dans l'incapacité de le faire, beaucoup préfèreront l'ignorer.
Il y a maintes possibilités de le faire. On peut montrer du doigt le gouvernement sortant, les traiter de criminels, dire que leurs agissements sont du domaine du passé, et en rester là. D'autres peuvent évoquer le nouveau gouvernement qui va s'installer à quelques semaines de là seulement, pensant que les problèmes seront résolus, qu'il va y avoir du changement. Mais cela, ce serait également une erreur. Notre complicité dans ces événements est bien plus importante que ces esquives simplistes sur la responsabilité.
Si nous devons résoudre les questions systémiques fondamentales que doivent affronter les US et le monde entier, il nous faut nous livrer à une réflexion afin de pouvoir agir ensuite.
L'histoire d'Aswad et de sa famille, il faut le savoir, n'est qu'une histoire parmi des milliers d'autres et sa vision des Etats-Unis comme pourvoyeurs du terrorisme ne repose que sur ce qu'il a vécu personnellement.
Aswad était profondément endormi aux premières heures du matin, ce 6 novembre 2003, quand un fracas dans la maison l'a réveillé en sursaut. En ouvrant les yeux, il s'est retrouvé entouré de soldats (*) américains qui braquaient des armes automatiques sur lui.
Arrivé la veille dans le petit village d'Al Yarmouk à la périphérie de Mosul, il avait rompu le jeûne du ramadan avec ses amis et était parti se coucher de bonne heure. Il observait le même rite depuis le début de l'an 2000, où, tous les deux mois, il achetait pour 300 dollars environ de djellabas et d'autres vêtements qu'il revendait dans les rues de Mosul afin d'améliorer le maigre revenu qu'il tirait de l'agriculture.
Le travail agricole était une activité pénible et à 48 ans, il espérait trouver un autre moyen pour faire vivre sa femme et ses 9 enfants.
Et maintenant, il se retrouvait avec des gens qui hurlaient dans une langue qu'il ne comprenait pas. L'un d'eux, qui parlait arabe, lui a demandé son nom, et d'où il venait. Il leur a répondu qu'il venait de Syrie. Ils lui ont vidé les poches, lui ont pris son passeport et 400 dollars en liquide. Puis, ils l'ont traîné dans la nuit noire. Il savait qu'au moins deux de ses amis avaient été capturés en même temps que lui - il sentait leur présence devant et derrière lui alors qu'on les traînait dans la cour.
Les prisonniers ont été transportés en hélicoptère vers une destination inconnue et mis à l'isolement. Sitôt arrivé, il a été placé entre un rouleau compresseur dont le moteur tournait et une barrière. Quand le sol a tremblé sous le poids du matériel lourd, il s'est dit qu'il allait mourir. On lui avait dit qu'il ne reverrait plus jamais les siens. Il me dit: "J'ai pensé qu'ils allaient m'aplatir sur le bitume".
Au cours des 8 jours qui ont suivi, il était arrivé à Aswad de penser que cela aurait été une issue préférable.
Ses vêtements lui ayant été enlevés, il était nu avec seulement un bandeau sur les yeux. Ses bras étaient ligotés dans le dos et ses chevilles étaient également attachées avec des chaînes. On lui donnait des coups avec une matraque. On l'avait frappé si fort sur le ventre qu'il s'était évanoui 3 fois. Chaque fois, il était aspergé d'eau glacée jusqu'à ce qu'il revienne à lui, puis, on le remettait debout et on le battait à nouveau. Ils lui attachaient les poignets sur le devant et lui faisaient tenir deux paquets lourds. Chaque fois qu'il en faisait tomber un, les coups redoublaient. On l'empêchait de dormir. Aswad se rappelle que la seule source de chaleur qu'il avait sentie alors, c'est quand le sang s'est mis à couler abondamment de son front et de son nez cassé le long de son visage et de sa poitrine.
Peu avant que cessent ces sévices, un homme en civil qui prétendait être égyptien est venu lui parler. Aswad est persuadé qu'il n'était pas égyptien: il n'avait ni l'accent égyptien ni l'accent américain. Aswad pense qu'il était peut–être israélien, mais il ne peut pas l'affirmer.
Il a été interrogé longuement sur des attentats contre des Américains, et, chaque fois, il répondait qu'il n'était pas au courant de ces attentats. Avant d'être arrêté, il dormait et il n'avait pas entendu de coups de feu. Il n'y avait aucune arme chez son ami. Chaque fois qu'il niait, il prenait une décharge de Taser. Il avait tellement mal partout à cause des coups qu'il avait reçus, qu'il ne sentait même plus la douleur quand il tombait par terre.
Tout au long du calvaire qu'il subissait, Aswad pensait à la mort et espérait qu'elle serait rapide. Ses ravisseurs étaient sans pitié, dit il. Quand il demandait à boire, ses tortionnaires lui versaient l'eau sur la tête en riant. A un moment donné, il a senti qu'on pressait contre lui deux corps nus. Ses geôliers lui disaient des trucs en hurlant mais il ne comprenait pas leurs sarcasmes puisqu'ils parlaient en anglais. Et, ajoute-t-il, avec son bandeau sur les yeux, il ne voyait rien. Détournant le regard, gêné et honteux, Aswad m'a répété cela 4 fois.
Huit jours plus tard, Aswad était transféré à la prison d'Abou Ghraib à Bagdad. Autrefois connue pour être le théâtre de certains des interrogatoires les plus atroces ordonnés par Saddam Hussein, elle était actuellement sous la direction des Américains qui perpétuaient la tradition avec leurs pratiques personnelles de sévices sadiques, flagrants et gratuits envers les détenus.
C'était le 14 novembre 2003, bien des mois avant qu'on ne commence à parler des abus qui se produisaient dans la prison. Aswad est arrivé à la prison complètement défiguré par les coups qu'il avait reçus. Il a été examiné par des médecins qui lui ont demandé où il avait mal, mais sans jamais chercher à savoir ce qui lui était arrivé.
Alors qu'il récupérait à la suite des coups qu'on lui avait donnés, il a été le témoin de certains des sévices qui allaient plus tard être révélés par les grands médias aux Etats-Unis. Dans le couloir qui longeait sa cellule, il a vu un homme complètement nu qu'on terrorisait avec un chien d'attaque. Il a vu la "pyramide de corps nus" de prisonniers, avec les gardiens américains hilares à l'arrière-plan, dont la photo qui devait circuler plus tard avait fait scandale.
Et il a vu aussi 4 soldats arracher les vêtements d'une femme irakienne, mais il a tourné le dos parce qu'il était gêné pour elle. Il ne sait pas ce qu'elle est devenue ensuite. Quand ses plaies ont été suffisamment cicatrisées, il a été transféré d'abord au camp d'Abou Ghraib, où il est resté un mois, puis au Camp Bucca, un centre de détention contrôlé par les Américains. Situé dans le sud de l'Irak, au sud-ouest désertique de Basra, à quelques kilomètres de la frontière koweitienne, Bucca est un endroit aride qui reçoit jusqu'à 10000 détenus, dont beaucoup sont des "détenus de sécurité". La possibilité pour les Forces Américaines de perpétuer ces détentions est restée dans le vague dans le nouveau Statut des Forces US.
La définition de "menace impérative sur la sécurité " s"applique à quelqu'un qui n'a peut-être pas commis de crime, mais qui est quand même détenu parce qu'il pourrait en commettre un. Même les autorités militaires des US admettent qu'environ 70% de ces détenus ne sont pas des insurgés.
Aswad est resté au camp pendant 9 mois, depuis la fin de l'hiver 2003 jusqu'à l'été torride suivant. Les conditions y étaient épouvantables.
30 hommes partageaient des tentes de toile de 12 m sur 6. Ils dormaient sur des matelas peu épais posés à même le sol et n'avaient que deux petites couvertures légères pour se protéger du froid. En été, les températures montaient jusqu'à 60° et rien ne permettait d'échapper à la canicule. Au printemps, les mouches et les fourmis envahissaient le camp. Les toilettes étaient constituées d'un tonneau coupé en deux. Quand il était plein, les détenus avaient l'ordre de le vider. Les rations de nourriture étaient maigres et souvent immangeables.
Au cours de toute cette période, le Comité International de la Croix Rouge venait visiter le camp régulièrement. C'est grâce à eux que la famille d'Aswad avait appris qu'il était incarcéré, plusieurs mois après sa disparition.
Après une année passée là-bas, Aswad a été ramené à Abou Ghraib. On lui avait fait mettre une salopette bleue à la place de celle, orange, qu'il portait et il avait été exhibé devant les caméras de télévision avec plusieurs autres détenus. Les commentaires du reportage expliquaient qu'il s'agissait de terroristes qui venaient d'être capturés au combat à Fallouja.
Des années après, les voisins d'Aswad lui faisaient remarquer à propos de ce reportage: "Comment pouvais-tu être un terroriste arabe de Fallouja alors que tu étais en prison à ce moment-là?".
N'ayant apparemment été déplacé que pour cette pantalonnade devant les caméras, Aswad était ramené au camp 15 jours plus tard.
A cette époque, le Camp Bucca se développait et les tentes de toile étaient remplacées par des préfabriqués. La prison commençait à ressembler à une structure pénitentiaire permanente. La population carcérale explosait, à cause, entre autres, de la recrudescence des opérations militaires.
Le périmètre de la prison de 3 Kms comptait 12 unités, six de part et d'autre d'une route caillouteuse non goudronnée.
Au coin de chaque unité, des gardiens avec des armes automatiques montaient la garde dans des tours de bois de 3 étages.
La qualité de la nourriture commençait également à s'améliorer, trois repas par jour y étaient servis (du pain du fromage, de la confiture et du thé pour le petit déjeuner et le repas du soir; du riz et de la viande en sauce pour le midi). Peu de temps après son retour, en janvier 2005, une émeute éclatait dans la prison. L'émeute avait commencé pendant une fouille destinée à rechercher les objets interdits et où des soldats avaient profané le coran. L'émeute s'étendait alors rapidement à trois autres unités, les détenus jetant des pierres, des blocs de béton et des mottes de terre aux soldats retranchés de l'autre côté des barbelés.
De là, ils lançaient des bombes lacrymogènes et des salves de fusils aux prisonniers.
La mutinerie a cessé quand 2 soldats ont ouvert le feu avec des M16 sur les prisonniers de l'unité 5. Quatre prisonniers étaient tués et 6 autres blessés.
Une autre émeute a eu lieu au mois d'avril suivant quand les gardiens ont décidé de transférer 4 shiites religieux dans une nouvelle unité.
A nouveau, les détenus ont lancé des pierres, des blocs de béton et des mottes de terre. Certains détenus avaient confectionné des lance-pierres pour tirer sur les soldats lourdement armés qui s'étaient retranchés derrière les barbelés.
Les soldats ripostaient en projetant des gaz lacrymogènes et leur tirant dessus à balles réelles. Une vidéo prise par un soldat montre des soldats réclamant des munitions supplémentaires pour leurs fusils et qui s'esclaffent après des tirs de gaz lacrymogène particulièrement bien ciblés. Il y a eu 12 blessés côté détenus et 4 côté gardiens.
Après deux ans d'incarcération, Aswad était transféré à nouveau à Abou Ghraib.
Le 7 janvier 2006, il passait devant un tribunal irakien. Le juge a demandé à l'officier américain la raison de sa détention. L'officier a répondu qu'Aswad était entré en Irak sans autorisation. C'était la première fois depuis qu'il avait été arrêté qu'Aswad entendait les chefs d'accusation qui pesaient contre lui.
Il a nié les charges, expliquant au juge que son passeport était entre les mains des Américains – ce que l'officier américain a confirmé.
Il a prétendu qu'en fait, Aswad avait passé la frontière syrienne légalement, mais qu'il n'avait pas eu de cachet officiel côté Irak. Cette déclaration s'est vite avérée mensongère quand le juge a examiné le passeport où le cachet irakien était apposé à côté du cachet syrien. Tout était en règle. Le juge décidait alors de libérer Aswad.
En retournant à Abou Graib, l'avocat militaire lui annonçait qu'il allait être bientôt libéré. L'interprète lui a demandé s'il accepterait d'être libéré depuis Camp Cropper, un autre centre de détention situé à l'aéroport de Bagdad. Aswad a répondu que peu importait d'où on le libérait, pourvu qu'on le libère.
Il a été ramené au camp Bucca.
Deux jours plus tard, il montait dans le "happy bus" (le nom qui avait été donné au bus qui prenait en charge les prisonniers qui devaient être libérés) et il était ramené au nord, à Camp Cropper.
Onze jours plus tard, sans aucune explication, il était à nouveau conduit à Camp Bucca. Ces va-et-vient se sont produits deux ou trois fois les mois suivants.
Chaque fois qu'il montait dans le bus, il était plein d'espoir. Et chaque fois qu'on le ramenait, il avait à nouveau le moral à zéro.
Personne ne lui avait dit que les commandants militaires pouvaient rejeter les décisions prises par les tribunaux irakiens et qu'il pouvait continuer à le considérer comme une "menace pour la sécurité". On ne lui avait pas expliqué non plus pourquoi il avait fait la navette d'une prison à l'autre de si nombreuses fois.
Au cours de l'été 2007, était créé le Comité d'examen des Forces Multinationales. Chaque détenu a désormais la possibilité de s'adresser à un jury une fois par semestre pour présenter son cas, et le comité examine son dossier, non pas pour juger de son innocence ou de sa culpabilité, mais pour déterminer s'il représente toujours une menace pour la sécurité des forces de coalition, du gouvernement irakien ou des citoyens irakiens.
Le 4 septembre 2007, Aswad était présenté devant ce comité, qu'il appelle 'le Comité menteur".
Ils l'ont interrogé sur son entrée illégale en Irak et lui ont trouvé un nouveau chef d'accusation (on lui a demandé pourquoi il avait participé à un attentat contre les Américains). Aswad a expliqué qu'il était entré en Irak avec les autorisations en règle, comme le prouvait son passeport, et qu'un tribunal irakien avait ordonné sa libération. Il avait été arrêté alors qu'il dormait et il n'y avait aucune arme sur les lieux.
Il a ajouté:

"Quand un tribunal irakien prononce une peine de mort, vous êtes apparemment bien pressés de voir le condamné se balancer au bout d'une corde; et pourtant, il a été décidé en janvier 2006 que j'étais innocent et je suis toujours incarcéré. Comment cela se fait-il?".

Il a été ramené en prison.
Six mois plus tard, en février 2008, il a été à nouveau présenté devant le comité. Il ne s'agissait plus des mêmes personnes, mais les questions posées et les réponses d'Aswad étaient les mêmes.
Le 17 mars 2008, Aswad recevait les documents officiels annonçant sa mise en liberté.
Et le 18 juillet 2008, Aswad prenait le "Happy Bus" pour la dernière fois. Ce n'est que quand le Comité International de la Croix Rouge lui a confirmé que sa libération était imminente qu'Aswad s'est laissé aller à penser que ses épreuves arrivaient à leur fin.
Le 19 juillet, Aswad prenait l'avion de la Croix Rouge pour Damas. Il était enfin libre.
Alors que nous sommes tous deux assis autour d'une tasse de café, Aswad, en repensant à son internement, me dit: "C'est un système carcéral inhumain dirigé par des criminels".
Quand je lui demande ce qui, selon lui, a incité le comité à le libérer, Aswad répond qu'il n'en a aucune idée.

Ils n'en font qu'à leur tête. Il n'y a rien de rationnel là-dedans. Ils ont une belle vie, leurs enfants vont bien, et ils se fichent du reste. Nous avons un proverbe qui dit: 'celui qui a le ventre plein ne sait pas ce que c'est la faim'.

Pendant cinq ans, les seuls contacts qu'avait eu Aswad avec sa famille étaient les messages envoyés par l'intermédiaire de la Croix Rouge. Quand il a été libéré, il ne connaissait plus sa famille''.
Sa fille aînée l'a fait asseoir près d'elle pour lui parler de ses propres enfants, qu'il reconnaissait à peine. Sa famille avait souffert tout le temps de son incarcération.
Quand je lui ai demandé ce qu'avait dit sa famille sur la période où il n'était pas là, Aswad m'a dit:

"La première fois que j'ai pu les joindre par téléphone, mon plus jeune fils s'est écrié: 'mon papa, mon papa, reviens vite, nous n'avons plus personne ici'".

Son fils aîné, qui a quitté l'école à 15 ans pour aider à subvenir aux besoins de la famille, a avoué qu'il avait pleuré les deux premières années parce qu'il ne pouvait pas gagner assez d'argent pour faire vivre toute la famille. Son fils assure le transport du coton, de l'avoine et du blé après leur récolte. 44 kilos de coton rapportent environ 1 dollar US.
"Tu vois, cette situation a détruit ma famille. C'est ce que la démocratie des Etats-Unis a fait pour moi!", dit-il, avec un sourire amer et les larmes aux yeux.
Les Etats-Unis ont joué un rôle un rôle majeur dans l’élaboration de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme en 1948.
Dans son discours devant l'Assemblée Générale de l'ONU (le 10 décembre 1948, à Paris, NDT), à la suite de l'adoption du texte par les états membres, Eleanor Roosevelt a déclaré:

"Cette déclaration s'appuie sur le concept que l'homme doit être libre de se développer pleinement, et cela, grâce à l'effort de tous pour élever le niveau de dignité humaine. Nous avons fort à faire pour y parvenir et pour garantir les droits énumérés dans cette déclaration. Mais qu'ils soient présentés devant nous avec le soutien moral de 58 pays sera un grand pas en avant".

Evoquant l'*abstention de l'URSS, Roosevelt a poursuivi:

" Nous devons être clairs sur ce que liberté veut dire. Les droits humains fondamentaux sont simples et faciles à comprendre: liberté d'expression et liberté de la presse; liberté de culte; liberté de réunion et le droit de pétition; le droit d'être en sécurité chez soi et à l'abri de fouilles ou de saisies injustifiées, à l'abri d'arrestations et de sanctions arbitraires. (…)
La démocratie, la Liberté, les droits humains sont des mots qui veulent désormais dire quelque chose pour les populations dans le monde qui ne doivent pas accepter qu'un pays les transforme au point qu'ils deviennent synonymes de répression et de dictature. "

Il serait sage que nous réfléchissions aujourd'hui, après tant d'années qui se sont écoulées depuis, à ces paroles et à la politique de nos gouvernements, en particulier à cette "Guerre contre le Terrorisme".
Soixante ans plus tard, nous devons nous demander pourquoi nous, en tant que nation, nous n'avons pas su faire respecter les principes énoncés dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.
Il est du devoir de chacun de sauvegarder ces principes que nous acceptons comme allant de soi afin que d'autres puissent également en profiter. C'est l'échec de tous qui alimente le terrorisme qui se développe dans le monde aujourd'hui.

Johnny Barber a voyagé en Irak, en Israël et au Liban pour témoigner des épreuves de ceux qui sont touchés par la guerre.
Il revient de Syrie et de Jordanie où il a réuni des témoignages de réfugiés irakiens.Voir son blog ici.

Alors, Monsieur K, on se la fait, cette guerre en Iran?

Notes

NB: *"américain": pour faciliter la lecture, j'emploierai ce terme, courant en français et non ambigu en général, mais il est clair qu'il s'agit là uniquement des habitants des Etats-Unis, que d'aucuns appellent "étasuniens" (ou "usaméricains")afin de ne pas heurter les sensibilités (je ne le souhaite pas non plus ;-) ) des autres peuples des Amériques, qui eux aussi revendiquent ce terme, allez savoir pourquoi: il est des noms plus glorieux.

Eleanor Roosevelt and the Universal Declaration of Human Rights

L'impérialisme, la "guerre contre le terrorisme" et la torture

Un excellent site (parfaitement démoralisant) sur Guantanamo et les méthodes aux Etats-Unis

Avec également des articles sur Abou Ghraib, par exemple.

Des musiciens dénoncent l'utilisation de leurs chansons comme arme de torture par l'armée américaine

A Gaza, la lutte quotidienne contre la privation d’électricité

Et puis qqs titres d'articles récents en anglais concernant les violations des droits de l'homme. A voir ici

Dont:
Caught on Tape: Diabetic Man Tasered (un diabétique en crise sorti brutalement de son véhicule et tasé par la police – video)
Women Behind Bars Are Deprived of Their Basic Rights (les femmes en prison sont privées de leuers droits fondamentaux)
Gun Crazy: Firearms Proponents Want a World Where College Kids Carry (les partisans des armes veulent que les étudiants puissant porter des armes sur eux).

Evidemment, au pays de St Nicolas, nous ne sommes pas en reste, et cela ne s'améliore pas. Je vous renvoie à vos sites habituels et à la presse qui en parle quotidiennement.

DUDH:

DUDH-adoption-wb.jpg
Adoption de la DUDH à l'ONU

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits" - article 1ier de la déclaration qui énumère des droits humains, civils, économiques, sociaux et culturels, "inaliénables" et "indivisibles" en trente points.
Inspirée par la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen de 1789 et la déclaration d'indépendance américaine de 1776, la Déclaration universelle des droits de l'Homme (DUDH) a pour première origine le traumatisme engendré par la seconde guerre mondiale et le génocide des juifs par les nazis.
Le texte a été adopté définitivement le 10 décembre 1948 par les 58 Etats alors membres de l'assemblée générale de l'ONU, à l'exception de l'URSS, des pays d'Europe orientale, de l'Arabie saoudite et de l'Afrique du Sud, qui se sont abstenus.
Car la déclaration a été élaborée dans un climat de début de Guerre froide.
L'URSS et ses satellites préconisaient notamment une charte sur les "droits réels", économiques et sociaux, contre les "droits bourgeois" civils et culturels défendus par les démocraties occidentales (ces dernières craignant que la Déclaration ne devienne un outil juridique qui serait utilisé contre elles par les pays colonisés).
Mais malgré ses ambiguïtés et les arrière-pensées qui ont présidé à sa création, le texte de 1948 reste, selon le mot du juriste français René Cassin, qui participa à son élaboration, "le premier manifeste que l'humanité organisée ait jamais adopté". La DUDH a inspiré tous les traités internationaux de l'après-guerre, et est généralement reconnue comme le fondement du droit international relatif aux droits de l'Homme.
Les conventions internationales de 1979 contre la discrimination envers les femmes, de 1984 contre la torture, de 1990 sur les droits de l'enfant, la création de la Cour Pénale internationale (CPI) en 1998, découlent directement de la DUDH.

Et puis, dans ce billet, il est demandé aux lecteurs: What image opened your eyes to human rights? '
"Quelle image concernant la violation des DDH vous a particulièrement marqué(e)?''

ET VOUS?