Traduction de "Flowers Are Not Allowed"
publié dans CounterPunch, le 20 novembre 2008
Par le docteur EYAD al-SERRAJ

"Les fleurs sont interdites"

Au point de passage d'Erez

Je voulais tant venir vous voir, vous, ainsi que tous mes chers amis, pour voir le monde extérieur et respirer un peu d'air pur, pour me conforter dans l'idée qu'il existe des choses normales et des gens normaux.
Nos droits à la terre, à la liberté et à la justice ont été systématiquement violés. Et maintenant, ils s'en prennent à notre santé mentale. Leur objectif est de détruire ce qui nous reste: notre identité. C'est notre identité qui représente la plus grande menace: notre humanité, notre attachement à la famille, à Jérusalem la Ville Sainte, aux falafels, à la musique de Fairouz et aux femmes qui confectionnent des costumes traditionnels.
Cela faisait trois mois que j'attendais une autorisation de quitter le territoire pour aller voir mon médecin ou pour faire un voyage d'agrément. Toutes mes tentatives avaient échoué jusqu'au jour où, enfin, Uri Hadar a intercédé en ma faveur et a obtenu pour moi un permis d'une journée pour aller consulter mon médecin à Tel-Aviv et partir aussitôt pour Amman afin de vous rendre visite à vous et à tous ceux du *groupe de Chypre.
Le périple a commencé à six heures du matin, et donc, à huit heures, je faisais la queue du côté palestinien à Beit Hanoun, au point de passage d'Erez. Tout ce qui est ordinateur, appareil électronique, clé USB, appareil photo, radio, est interdit. Ils s'adressent à nous par haut-parleurs et nous surveillent avec des caméras.
Ouvrez votre valise, hurlent-ils dans un arabe débile. Quand la femme qui était devant moi dans la queue (nous étions cinq patients) a critiqué un ordre, on lui a ordonné de sortir tout ce qu'elle avait dans sa valise. Devant la caméra, elle a dû exhiber tous ses sous-vêtements, l'un après l'autre.
J'étais furieux. "Sommes-nous dans un spectacle de strip-tease?". Ils m'ont puni en m'obligeant à attendre trois heures et en me faisant passer trois fois au contrôle par scanner à rayons X. Ils savaient parfaitement que c'était contre-indiqué dans mon état de santé, puisque je le leur avais signalé.
Ils sont odieux.
Je suis sûre que cette femme songeait à une façon de se venger. J'espère qu'elle n'en viendra pas à envisager l'attentat suicide parce que c'est exactement ce qu'ils veulent (ils veulent nous faire perdre notre humanité et notre santé mentale en nous transformant en machines à tuer).
Le premier être humain que j'ai rencontré était une sorte de Rambo avec des lunettes noires et un rictus aux lèvres et qui portait en travers de son corps massif un énorme fusil mitrailleur. Il doit ressentir la puissance de ses muscles et de son arme et ma propre fragilité, moi, avec mon corps fêle et ma docilité à ses injonctions. Mais je n'ai pas pu me soustraire à la question: "Alors, qui a peur?", parce que moi je n'avais pas peur. J'étais en colère, mais je n'avais pas peur.
Au moment où je passais pour me rendre du côté israélien, j'ai vu des correspondants de la BBC et une poignée de journalistes qui attendaient pour se rendre à Gaza. Cela faisait 8 jours qu'on leur en interdisait l'accès.
Le même jour, 20 diplomates européens n'étaient pas autorisés à entrer à Gaza.
Le même jour, Israël décidait de réduire les approvisionnements de carburant nécessaire à l'alimentation de l'unique générateur électrique de Gaza et de fermer les frontières aux aides alimentaires de l'ONU.
Le jour même, l'armée israélienne tuait quatre Palestiniens à Gaza tout en affirmant son attachement à la trêve.
Sur le chemin du retour, après un long périple, j'avais décidé d'acheter des petites plantes fleuries pour les rapporter chez moi.
Le soldat m'a dit en hurlant: "les fleurs sont interdites".
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Photo
Le docteur Eyad al-Serra est le fondateur et le président du Gaza Community Mental Health Project.
Psychiatre résidant à Gaza, emprisonné à la fois par les Israéliens et par les Palestiniens pour s'être élevé contre les violations des droits de l'homme, il est à la tête du mouvement non-violent contre l'occupation de Gaza (International Campaign to End the Siege of Gaza ).

Site "Free Gaza movement"

Notes annexes

Le 23 août 2008, deux bateaux (Le Liberty et le Free Gaza) ont réussi à rallier la bande de Gaza pour forcer le blocus, transportant des médicaments (des prothèses auditives) et 46 activistes civils, dont une rescapée de la shoah de 84 ans.
Cette opération avait été saluée par les uns et critiquée par les autres (pour la disproportion entre la médiatisation et les difficultés des activistes et le peu d'effet qu'aurait cette action sur la population gazaouite).
Ces critiques étaient certes justifiées: l'opération avait coûté beaucoup d'argent à mettre sur pied, d'une part, et d'autre part, il y aurait peu de retombées pour les Gazaouites (à part, bien entendu, pour les malentendants bénéficiaires des largesses occidentales).
Il n'empêche qu'il vaut mieux ce genre d'expérience que l'indifférence (si ce n'est carrément du révisionnisme) généralement affichée vis-à-vis des épreuves que subit Gaza .

Free-gaza-bateau-Dignity-ww.jpg
Novembre 2008: deuxième voyage organisé par Free Gaza.

Le Dignity, un bateau de croisière, atteint la bande de Gaza fin octobre avec 27 personnalités dont 11 parlementaires européens) venant de 13 pays différents et une demi-tonne de fournitures médicales.
http://www.mondialisation.ca/index....

free-gaza-concert-contre-si.jpg
Des petits Palestiniens chantent lors du concert donné à Gaza

source des photos ci-dessus

free-gaza-bougies-www.jpg
Repas à la bougie

Manque de farine et de carburant : les boulangeries de Gaza sont menacées de fermeture totale

Site Euro-Palestine
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Une fois de plus, Gaza étranglé, Gaza affamé

Déclaration de l’Union Juive Française pour la Paix
mercredi 19 novembre 2008

La trêve durait à Gaza depuis le 19 juin.
L’armée israélienne l’a délibérément rompue le 15 novembre. En quelques heures, la bande de Gaza a été privée d’électricité, de nourriture, de médicaments. Les 7 points de passage frontaliers ont été fermés. Les 750000 réfugiés qui dépendent quotidiennement de l’aide de l’UNRWA sont menacés de famine car cette aide n’arrive plus.
Les bornes sont franchies. Assez !
Assiéger et affamer une population, c’est un crime contre l’humanité.
Assassiner sans jugement un être humain en qualifiant ce crime d’exécution ciblée extrajudiciaire est proscrit. L’armée israélienne vient d’assassiner 11 civils. Leur nombre s’ajoute aux milliers « d’assassinats ciblés » qui sont autant de crimes de guerre commis en toute impunité depuis plusieurs années.
Le droit international proscrit toute idée de « punition collective ». Le siège de Gaza a plongé la population dans le dénuement le plus total : 80% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour.
L’UJFP salue les 27 militant-e-s internationaux (parmi lesquel-le-s des élu-e-s, des Palestinien-ne-s, des Israélien-ne-s ...) qui ont brisé 3 fois le siège en envoyant des bateaux à Gaza. Le Dignity a livré une demi-tonne de médicaments de première nécessité.
Si des personnes peuvent briser le blocus de Gaza, on imagine ce que la communauté internationale, avec ses moyens financiers, économiques, militaires, maritimes, aériens et terrestres, pourrait faire pour peu qu’elle ait la volonté qui lui fait défaut. Son abstention volontaire et son silence assourdissant la rendent complice de ces crimes.
L’Union Juive Française pour la Paix rappelle que le crime contre Gaza est rendu possible par l’absence d’intervention, le silence et la complicité des Etats-Unis et de l’Union Européenne. Ceux-ci ne pardonnent pas au peuple palestinien sa résistance et son vote démocratique.
Pourtant, interrogé par la journaliste israélienne Amira Hass, le dirigeant du Hamas dans la bande de Gaza Ismail Haniyeh a déclaré que « son gouvernement était disposé à accepter un Etat palestinien au côté d’Israël dans les frontières de 1967 ».
L’UJFP demande que des sanctions immédiates soient appliquées contre l’Etat d’Israël qui viole quotidiennement le droit international et contre les Etats membres de la communauté internationale qui ne respectent pas leurs obligations au regard des normes de la 4e Convention de Genève.
L’Union Juive Française pour la Paix exige l’arrêt immédiat du siège de Gaza.

Bravo les gars (et les filles). On vous aime.