Ne les laissez pas exécuter un innocent!

Pourquoi la Cour Suprême a-t-elle rejeté l'appel de Troy? Elle n'a pas à s'expliquer et ne l'a donc pas fait. Et, donc, on ne le saura peut-être jamais.
Mais on peut se demander pourquoi ces neuf personnes ont une vision de cette affaire différente de millions d'Américains et de personnes dans le monde entier. Pourquoi ont-ils refusé une révision du procès, permettant que toutes les dépositions, non faussées cette fois-ci par les intimidations policières, soient entendues?
Pourquoi cette précipitation pour procéder à l'exécution?
Troy lui-même répète que c'est tout le système pénal qui est mis en question dans cette affaire. Une décision favorable conduirait à reconnaître le problème du harcèlement et des pressions exercés par la police, non pas seulement pour Troy, mais pour beaucoup d'autres également. Si ce recours était accordé, ce serait la porte ouverte à un afflux de demandes de révision de procès de la part de détenus – et c'est une porte que le système pénal essaie de fermer depuis une trentaine d'années.
Entre 1976 et 1995, les condamnés à mort ont obtenu un recours dans plus de la moitié des cas. Depuis, les recours au niveau fédéral ne sont acceptés que dans moins de 10% des cas.
Pourquoi?
En 1996, le Congrès a adopté la "loi sur la peine de mort effective et l'antiterrorisme", the Anti-terrorism and Effective Death Penalty Act (AEDPA), qui limite de façon srticte les possibilités des juges d'accepter les recours de la part des détenus condamnés à mort.
Clinton a salué ce nouveau texte de loi au moment où il le signait:

"Cela fait longtemps que je songe à limiter les recours auprès de la Cour Suprême pour les détenus condamnés à mort", a-t-il dit, "depuis trop longtemps, et dans trop de cas, les recours qui n'en finissent plus déposés par les détenus dans le couloir de la mort ont entravé la bonne marche de la justice. A partir de maintenant, ceux qui ont été condamnés à mort pour avoir commis des crimes odieux n'auront plus la possibilité de déposer des recours sans fin dans le but de retarder leur exécution".

Mais ce que la loi induit, c'est que les condamnés à mort qui ont un dossier solide n'ont pratiquement plus de chances de faire réviser leur procès. (…).
Cette loi est une nouvelle injustice qui s'ajoute à toute la série de celles qui constituent l'idéologie répandue qu'il faut "les enfermer à double tour et jeter la clé".
En 1976, quand l'éphémère interdiction de procéder à des exécutions capitales a été levée, on nous a promis des procès équitables. Mais l'affaire de Troy Davis montre bien que rien n'a changé – que le système est gangrené par le racisme et la partialité contre les pauvres.
Mais il n'est pas trop tard: si le gouvernement est capable de trouver des solutions toutes affaires cessantes pour renflouer Wall Street, alors, les élus de l'état de Georgie peuvent sauver Troy toutes affaires cessantes également.
Amnesty International et d'autres associations qui militent contre la peine de mort organis(ai)ent ce jeudi 23 octobre des actions pour exiger des responsables de la justice de Georgie qu'ils reconnaissent l'injustice de cette exécution et qu'ils prennent leurs responsabilités.
L'action phare de ce mouvement sera une manifestation à Atlanta sur les marches du capitole. D'après les militants, des cars entiers viendront en provenance de Caroline du Nord et de Savannah, Georgie, la ville natale de Troy.
D'autres actions sont prévues sur tout le territoire national. (…).
(Voir dans les liens donnés dans l'article original ce que nous, aussi, nous pouvons faire).

Mise à jour:

Le 24 octobre, Troy Davis obtenait un nouveau sursis.

Les balles sifflent dans le couloir de la mort en Georgie. Pour l'instant, elles ont raté leur cible. Jusqu'à quand?