Jusqu'à il n'y a pas bien longtemps, Washington était en grande majorité peuplée de Noirs, abandonnés dans les centres-villes par la middle-class (blanche) qui allait s'installer dans les banlieues et de plus en plus loin.
Pour y construire des maisons de plus en plus mahousses avec des jardins de plus en plus vastes, ornés de barbecues imposants comme des chapelles funéraires dont ils n'auraient pas le temps de se servir, faute de temps, faute d'amis.
Avec cette middle-class aisée, partaient également les emplois et les services.
Cette situation n'était, évidemment, pas tenable, les centres-villes étant laissés aux déshérités, où le chômage était rampant et les emplois précaires et sous-payés. Les grandes villes des Etats-Unis étaient grevées de dettes, avec de trop maigres rentrées fiscales et une facture d'aides sociales élevée.
Le chômage, les logements non entretenus, le délabrement des quartiers, le manque d'instruction, l'enfermement dans les ghettos ou dans les prisons, l'absence totale de perspectives constituaient le terrain idéal pour la création de zones de violence et de criminalité.
C'est alors que fin des années 1990 a été entreprise de façon plus massive la "gentrification" de quartiers entiers. Mais pas en douceur et en harmonie, évidemment. Non. En toute brutalité.
Réhabilitation des habitations, expulsion des pauvres qui, ne pouvant plus se loger ont dû s'éloigner des centres-villes pour se rendre dans des banlieues délabrées et isolées ou dans des quartiers surpeuplés et infestés par la drogue et la criminalité. A moins qu'ils ne se soient carrément retrouvés à la rue.
La middle-class aisée (essentiellement blanche, je le rappelle) et les grandes enseignes, elles, se réappropriaient les quartiers centraux des villes, y reconstituant le schéma de la banlieue huppée, ghetto sectaire et protégé.
Les municipalités se frottaient les mains. Il y avait du pognon à se faire. (NB: en 2006, on constate une baisse de la population noire, 54% -baisse de 6,2% - et une nette hausse de la population blanche -13% - depuis l'année 2000).

C'est dans ce contexte que le Centre d'hébergement Franklin School Shelter se retrouve dans l'œil du cyclone. Pas question de laisser aux pauvres ce qui peut se convertir en sonnantes et trébuchantes.

Article paru le 2 octobre 2008 dans CounterPunch
Defending the Franklin School Shelter
Par Andrew Thomaides:

Lutte pour la sauvegarde du centre d'hébergement Franklin School Shelter

Alors que le Congrès Américain siège dans la capitale pour décider d'un plan de relance de 700 milliards de dollars destiné aux riches, à quelques rues de là, les sans-abri de la ville sont abandonnés, exposés à la mort par hypothermie pendant l'hiver qui approche à grands pas.
Depuis ces deux dernières années, les sans-abri, avec le soutien d'habitants de la ville, de collectifs et d'ONG luttent pour empêcher la fermeture injuste du dernier centre d'hébergement d'urgence des sans–abris dans le centre de Washington.
Le centre d'hébergement Franklin School Shelter, situé à l'intersection de la 13° Rue et de K Street, un quartier de la ville riche et puissant, est dans le collimateur de la mairie - l'objectif de deux maires successifs, d'abord Tony Williams, puis Adrian Fenty, étant de le fermer et de le remettre aux promoteurs.
L'emplacement géographique de Franklin joue un rôle essentiel pour les deux camps dans ce conflit particulier. En fait, le lieu où est situé le centre d'hébergement explique à la fois qu'il se retrouve dans le collimateur de Fenty, le maire, et également, pourquoi sa fermeture a rencontré autant d'opposition parmi les sans abri du centre de Washington.
L'immeuble est estimé à 12 millions de dollars environ, ce qui est une aubaine pour la ville. De la même façon, le fait qu'il soit situé au coeur du quartier d'affaires (= des lobbys) du centre de Washington, attire les convoitises des promoteurs, même s'il est très cher.
Mais l'emplacement de Franklin est également un point stratégique très important pour les sans-abri, qui dépendent du centre pour survivre en hiver et s'en servent comme point de chute dans leur lutte quotidienne pour améliorer leur ordinaire. La majorité des autres centres, ou plus spécialement ceux où Fenty veut envoyer les résidants de Franklin, sont situés à près de 9 kilomètres de là, sur l'autre rive du fleuve, à Anacostia.
La distance depuis ces centres d'hébergement de repli jusqu'au centre-ville est un problème énorme pour les gens qui sont jetés à la rue de Franklin et obligés de se mettre en quête d'un lit au sud-est de Washington (tous les centres d'hébergement ayant un nombre limité de possibilités d'accueil). Non seulement les lieux d'accueil sont situés dans des endroits dangereux et infestés de drogue, mais ils sont également de 6 à 9 kms de la plupart des soupes populaires, des services sanitaires et d'autres services vitaux situés au centre-ville, dont dépendent la plupart des sans-abri au quotidien.
A partir de là, sans argent pour prendre les transports publics, les kilomètres qu'ils seront contraints de faire à pied, auront sans aucun doute des conséquences graves sur leurs possibilités de réinsertion ou pour accéder aux soins médicaux.
Peut-être pire que cela encore sera l'obstacle que constitue de toute évidence cette longue marche préalable pour ceux qui auront trouvé un emploi: il leur sera difficile d'arriver à l'heure au travail, a fortiori d'avoir pu déjeuner avant de commencer à travailler.
Un des pensionnaires de Franklin explique, par exemple, qu'il y a des autobus gratuits pour les centres de loisirs qui s'arrêtent devant les lieux d'accueil, mais leurs horaires sont aléatoires, et donc, les gens sont contraints, pour pouvoir arriver à l'heure sur leur lieu de travail de dormir dans la rue, plutôt que d'aller dans un centre d'hébergement sur l'autre rive et risquer de perdre leur emploi.
Un autre résidant de Franklin, Mike Coleman, 66 ans, un maçon à la retraite qui ne peut plus travailler à cause de problèmes de santé et vit des aides sociales, dit:

"ils vous envoient dans des quartiers dangereux. Si c'est au détriment de votre santé ou de votre tranquillité alors, pas question d'y aller. Moi, j'ai passé la nuit dans le parc".

Il ajoute que le problème le plus important concernant la fermeture de Franklin, c'est la décentralisation, expliquant qu'il va falloir qu'ils se rendent au centre-ville pour trouver de quoi manger. De plus, dit-il,

"La mairie cherche à caser tout le monde dans les 6°, 7° et 8° arrondissements. Il y a 8 arrondissements et on n'en utilise que 3. Si on accueille les uns, il faut aussi accueillir les autres".

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Mais qu'est-ce qu'ils ont contre ça?

Ce trajet à pied de 6-8 kms multiplie les dangers pour ceux qui doivent le faire tous les jours. Comme de traverser certains ponts sans passages piétons, ce qui les oblige à marcher sur la chaussée la nuit, ou bien d'aller à pied depuis le centre de soins jusqu'au centre d'hébergement. Ainsi, d'après Lewy Cannao, 66 ans, résidant de Franlin, un seul comprimé de Percocet, un puissant analgésique, se vend 30 dollars dans la rue, et donc, si vous vous promenez avec toute une ordonnance, vous allez sûrement vous faire agresser. Et, là, vous êtes cuit".
Actuellement, la politique que poursuit Fenty a mis à la rue 300 personnes, alors que nous allons bientôt entrer dans la saison froide. Heureusement, la résistance qu'ont organisée les résidants de Franklin, avec l'aide de ceux qui les soutiennent, a porté des fruits sous la forme d'une loi, la “Franklin Shelter Closing Requirements Emergency Act”.
Le 16 septembre 2008, le conseil municipal de la ville a voté un décret qui exige que le maire certifie devant le conseil municipal que pas moins de 300 personnes ont été recasées avant de faire fermer Franklin, et que pendant ce temps, le centre continue de fonctionner avec ses 300 pensionnaires. Ce décret exige également qu'avant toute décision de fermeture, le maire remette au conseil un rapport où seront indiqués, entre autres, la capacité réelle du centre d'hébergement de remplacement, les places effectivement disponibles et le lieu où il est situé, ainsi que les possibilités d'accueil d'urgence en cas de risques d'hypothermie.
Le conseil a adopté ce décret à l'unanimité (12 voix contre 1). Cette majorité écrasante en faveur de cet arrêté s'explique par les nombreuses actions menées depuis plus de deux ans, à la fois par les résidants de Franklin et par les habitants de la ville. Le maire a deux semaines pour signer ce décret ou alors y mettre son veto. Dans le second cas, elle sera à nouveau soumise au vote.
(…)
Et pendant ces deux semaines de délai, le maire a décidé d'exercer son droit, avec les terribles conséquences que cela comporte, de démanteler le centre lit par lit. Les lits ont commencé à disparaître fin juillet et de plus en plus de sans-abri ont été expulsés de Franklin. Le premier août, il ne restait plus que 270 lits sur 300 et le 25 septembre, il n'y en avait plus que 50. Le 26 septembre, la ville fermait le centre et en interdisait l'accès aux anciens pensionnaires, même pour récupérer des affaires qu'ils y avaient laissées. (…)
Alors qu'approche la date butoir du 30 septembre, la résistance continue. Les gens qui participent aux actions opposent les 700 milliards de dollars pour renflouer Wall Street et les attaques répétées contre le logement social à Washington et dans tout le pays. (…)
Le but de ces actions est de créer un précédent pour faire admettre que le logement public est un droit. Des lieux d'accueil de remplacement devraient être obligatoirement prévus quand un centre ferme, ce qui n'a pas été le cas pour Franklin (même si Fenty avait en 2006 proposé un amendement budgétaire interdisant la fermeture de Franklin avant que des structures d'accueil de remplacement soient créées dans le centre-ville).
Au début du mois, la porte parole du maire, avait déclaré que Franklin était dans un état déplorable et qu'ils ne pouvaient pas accepter que des gens vivent dans de telles conditions. Le maire tient le même discours pour tenter de justifier la fermeture du centre, qu'il prétend être insalubre.
Cependant, cette théorie est contestée par les gens mêmes qui y habitent, et à juste titre.
Ces deux dernières années, la ville a versé 2 millions de dollars pour rénover l'immeuble. Les sanitaires et le bureau de l'assistante sociale ont été refaits; on a récemment remplacé et installé une climatisation toute neuve, le système d'alarme incendie, deux chauffe-eau - des éléments qui font défaut pendant des périodes plus ou moins longues dans d'autres centres d'hébergement, ce qui fait que Franklin est non seulement habitable en l'état, mais bien plus confortable que certains centres, et il n'est certainement pas plus "déplorable" que le fait de jeter des êtres humains à la rue en plein hiver.
(…)
Le maire a présenté le 2 avril 2008 son projet "priorité au logement". Ce projet prévoyait, entre autres, la fermeture de Franklin, la création de 400 places d'accueil de secours permanentes d'ici le 1° octobre 2008 (dont, à ce jour, on n'a pas vu la couleur) et 1600 places supplémentaires d'ici à 2014. Il prétend ne vouloir fermer le centre ni pour le mettre en vente ni pour le louer.
D'accord, mais si c'est le cas, c'est quand même bizarre, voire irresponsable, que la mairie ait dépensé 2 millions de dollars d'argent public (quand, déjà, la ville réduit les dépenses sociales et se plaint de la baisse du budget) dans un immeuble, simplement pour le laisser vacant et en sommeil.
(…)
La lutte pour la sauvegarde du centre d'hébergement de Franklin n'est qu'un exemple d'action parmi tant d'autres dans toute l'Amérique pour conserver le logement social.
Une action similaire a eu lieu cette année à la Nouvelle Orléans quand la municipalité a entrepris de démolir 4500 logements sociaux. Malgré les efforts des résidants pour préserver ces logements, ils ont malgré tout été démolis, alors que la Nouvelle Orléans connaissait une grave crise du logement et une hausse brutale du nombre de sans-abri à la suite des dégâts causés par Katrina.
En fait, les travailleurs pauvres et démunis en Amérique subissent des attaques depuis ces trente dernières années, avec pour résultat actuel le fossé le plus important entre les super-riches et les pauvres depuis la Dépression de 29. Nul besoin d'être grand clerc pour comprendre qu'une grande partie du budget qui pourrait être alloué au secteur public et aux services sociaux est en fait utilisé pour financer les prisons et le complexe militaro-industriel (CMI).
Etonnamment, les Etats-Unis ont un budget militaire plus élevé que l'ensemble des budgets du monde industrialisé, y compris la Chine, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Nous dépensons trois fois plus d'argent pour un détenu (2.2 millions de personnes sont incarcérées aux Etats-Unis) que pour un élève de l'école publique et, croyez-le si vous voulez, les Etats-Unis dépensent 4 fois plus d'argent (7 milliards de dollars par an) pour arrêter et incarcérer les détenteurs de marijuana que pour les programmes pour les sans abri et les logements à prix modéré (1,92 milliards de dollars!).
Parallèlement, il y a plus de 50 millions de personnes qui n'ont pas d'assurance maladie, 200.000 vétérans de l'armée sans abri qui vivent dans la rue de façon permanente, entre 1 et 1,5 millions d'adolescents qui se retrouvent au moins une fois par an dans la rue tous les ans, et près de 13 millions d'enfants qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, et 28 millions supplémentaires qui vivent dans le dénuement le plus total.
De plus, 600.000 familles, dont 1,35 millions d'enfants, se retrouvent sans abri chaque année, constituant 50% de la population des sans-abri.
Comme on peut le constater, il y a une crise évidente dans ce pays, et les offensives, parmi lesquelles le démantèlement des logements à prix modérés, menées à la fois à l'encontre de la classe ouvrière et de la classe moyenne, sont la cause directe de l'augmentation du nombre des sans-abri.
Il faut que cesse cette mascarade.
Et, tandis que les sans abri et leurs défenseurs se battaient pour sauver le centre de Franklin, et par là même sauver des vies cet hiver, Barack Obama et John Mccain étaient à la maison Blanche pour débattre de la meilleure façon de vendre au peuple américain leur plan de sauvetage de 700 milliards de dollars. Cet argent va aller aux plus riches tandis que les démunis, eux, souffrent de ce système économique même que les riches ont inventé.
Comme le dit Dean Baker, économiste et co-directeur du "Center for Economic and Policy Research":

"Et donc, la solution proposée par le gouvernement est que les gens qui se sont conduits de façon incroyablement irresponsable, qui se sont comportés comme des truands, encaissant, ces dernières années, des dizaines de millions de dollars en salaires et en compensations vont maintenant empocher ce chèque en blanc de 700 milliards de dollars de la part des contribuables américains. C'est tout bonnement ahurissant."

(…)
Tandis que les spéculateurs de Wall Street travaillent main dans la main avec leur pote, le ministre des finances, Henry Paulson, également connu sous le nom de “Mr. Risk” (ancien PDG de Goldman Sachs, il détient 540 millions de dollars en actions GS), pour sauver leur peau ainsi que leur fortune, les ménages des classes ouvrières et des classes moyennes continuent de perdre leurs maisons, ainsi que toutes leurs sources de revenus.
Il est nécessaire d'agir en cette période de récession, mais ceux qui ont réellement besoin des 700 milliards de dollars ne sont pas ceux qui empochent déjà des dizaines de millions de dollars. Ce plan de sauvetage de 700 milliards de dollars devrait aller aux deux millions de propriétaires qui vont perdre leur maison cette année, aux millions de ménages qui vivent avec 20.000 dollars par an, aux 50 millions d'Américains qui n'ont pas de couverture médicale, et aux résidants de Franklin qui se retrouvent à nouveau dans la rue.
Malheureusement, il semble que ceux qui sont au pouvoir, y compris les deux candidats à la présidence, sont d'accord pour donner des centimes à la population et distribuer, le sourire aux lèvres, des milliards aux "banksters".
C'est à nous de reprendre et de défendre ce qui nous revient de droit.
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Note perso:
Alors voilà, on enlève du pavé tout ce qui fait tache et on passe le karcher. Et, comme ça, on reste entre gens de bonne compagnie.
Les sans-abri, sans fric, sans soutien n'ont qu'à se liquéfier le long des murs. La misère, c'est sale. On ne veut la pas voir.
Alors, pour se dédouaner, on les accuse. De tous les maux. Des leurs et de ceux des autres.
Et puis, on est trop nombreux sur cette planète. Faut bien qu'il y en ait qui meurent pour laisser la place aux autres.
Prenez les prostituées (enfin, façon de parler).
Sitôt arrivé place Beauvau, Karcher numbeur one les vire des centres-villes. Eh oui, pas propre tout ça.
Allez Hop, au boulot au bois de Boulogne. Loin.
Eh bin voi-làààà! A pus d'problème. Il est où, le problème?
Ceux qui désapprouvent vivement la prostitution sont contents et ceux qui s'en accommodent pour des tas de raisons (parfois ce sont les mêmes que les précédents, d'ailleurs), aussi.
Leurs turpitudes sont délocalisées hors de la vue du passant lambda, qui peut enfin marcher la tête haute sur le trottoir.
Et c'est bien dommage que, comme pour les sans abri de Franklin, elles soient ainsi éloignées des centres médicaux et des associations d'entraide et livrées à tous les tordus de la terre.
Plus de sans-abri allongés sur les bancs ou affalés devant les boutiques, plus de tapins à faire le pied de grue dans les rues.
On est tout de suite dans un monde meilleur.
Peu importe si les proxénètes et les gros bonnets de la drogue, eux, habitent les beaux quartiers et ont leurs entrées dans les salons feutrés de la politique et de la finance (on estime à 60 milliards d'euros les profits de la prostitution mondiale. Ca rentre dans les poches de qui, tout ça?).
Mais, espère un peu, c'est pas là-dedans qu'on va piocher pour renflouer les spéculateurs qui se sont fait du pèze sur le dos des pauvres.
Se débarrasser des effets pour occulter la cause et continuer à se faire du pognon sur la misère et les souffrances des autres.

Ah!

les ...

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 ... charognes!

Bin quoi? Qu'est-ce que j'ai dit?