Prenez la peine de mort, les Républicains sont majoritairement pour: pas la peine d'espérer de ce côté-là. Voyez les parangons de l'engeance: McCain et Palin, deux abrutis obscurantistes (redondance nécessaire).
Mais les faux-culs de Démocrates, eux, ne le disent pas forcément ouvertement, mais si on les accule, ils te répondent que "Mouis, c'est un mal nécessaire … Ah, s'il y avait mieux, évidemment …".
Pauv'cons. (Passez-moi l'expression. Elle est désormais homologuée et chasse gardée, paraît-il).
Tenez, Obama, le demi-noir qui se veut plus blanc que blanc, vous croyez qu'il a dit quelque chose sur l'affaire Troy? Pas un mot.
Monsieur fait le canard. Monsieur Lave-Plus-Blanc ne veut pas compromettre bêtement ses chances d'accéder à la plus haute marche du pays à cause d'un nègre lambda.
Monsieur Dents-Blanches-Merci-Colgate n'estime pas utile de s'exprimer sur l'exécution éventuelle d'un innocent. Monsieur J'Assume-Pas est contre la peine de mort, sauf pour …
Et Monsieur Couilles Molles n'a aucun autre avis là-dessus.
En fait, il n'en a rien à braire qu'un homme qui a passé 17 ans en prison pour un crime qu'il n'a peut-être pas commis (et que même s'il l'avait commis, dans un pays "civilisé", il serait dehors ou pas loin) soit ballotté du couloir de la mort à la salle d'exécution. Mourra, mourra pas. Bon attendez, on réfléchit encore un peu.
Allez, suspension! Qu'est-ce que vous voulez dire? Vous changez de méthode d'exécution?
Mais nan! On arrête 4/5 jours pour y voir plus clair. C'est tout. Mais ce sera quand même l'injection, t'inquiète!

De ce côté de l'Atlantique, des voix se sont élevées.
Mais le président de l'Union Européenne, lui, en voyage à NY n'a pas songé à en piper mot dans son discours à l'ONU mardi (jour prévu de l'exécution, je le rappelle), trop préoccupé par sa dernière trouvaille médiatique: sanctionner les spéculateurs et promouvoir un "capitalisme régulé" (on ne RIT pas! Et toi, Nanard, là-bas au fond, tu la ramènes surtout pas! SURTOUT PAS, j'ai dit!).

Alors, évidemment, ça passe avant.

Pourtant, il aurait eu là une occasion rêvée de justifier le prix "Humanitarian Award" d'Elie Wiesel qui lui a été remis solennellement ce lundi, et dans les ors siouplé, dans ce même New York, qui décidément, semble contraint d'accueillir tous les pitres de la terre.
Rappelons tout de même, parce que cela vaut son pesant de franche rigolade et qu'on est un peu frustrés de ce côté-là depuis un bon moment, que le prix récompense "des êtres exceptionnels qui ont consacré leur vie à combattre l’indifférence, l’intolérance et l’injustice”.

Parallèlement, il recevait le prix "de l'homme d'état de l'année" . Je me demande si on ne l'invite pas pour se marrer un bon coup, même si ces institutions ne sont pas réputées pour abriter des bandes de joyeux lurons.

Bon, où j'en étais, moi?
Ah, oui, ce malheureux Troy est suspendu. Suspendu au bon vouloir de la Cour Suprême qui examinera ou pas sa demande de révision de procès. C'est que c'est compliqué, la justice américaine.
Quand un gars a été condamné à mort et qu'il a épuisé tous ses recours, il ne peut y avoir révision de procès même si des éléments nouveaux interviennent. Pas question! Sinon, ouvaton? On finirait pas plus exécuter personne. Et ça, c'est pas juste!
Evidemment.

Mais rappelons les faits (d'après l'article: Troy Davis Deserves a New Trial –Davis mérite un nouveau procès- Amy Goodman, King Features Syndicate., 25 septembre 25, 2008. http://www.alternet.org/rights/100313/troy_davis_deserves_a_new_trial/) La journaliste Amy Goodman présente l'émission Democracy Now!

Troy-Davis-graduation-www.jpg

Lundi prochain, la Cour Suprême des Etats-Unis dira si elle accepte de réexaminer l'affaire Davis. Sinon, il sera vraisemblablement exécuté, malgré les rétractations de 7 témoins sur 9.
Troy Anthony Davis devait être exécuté par injection létale.
Mardi dernier, deux heures avant d'être exécuté par l'état de Georgie, la Cour Suprême américaine ordonnait la suspension de l'exécution jusqu'à lundi prochain. Elle avait précédemment accepté d'entendre l'affaire Davis le 29 septembre mais la Georgie avait fixé son exécution six jours avant l'audience.
Davis avait été accusé d'avoir tué en 1989, Mark MacPhail, un agent de police qui n'était pas en service, à Savannah, Georgie. Davis avait voulu porter secours à un sans abri que quelqu'un frappait violemment avec un pistolet dans un parking. En voyant le pistolet, il raconte qu'il est parti en courant. Non loin de là, se trouvait Mac Phail, responsable de la sécurité, qui, après être intervenu, a été retrouvé mort. Davis, qui est noir, clamait son innocence, mais il a été reconnu coupable et condamné à mort.
Depuis sa condamnation, sept des témoins qui ne faisaient pas partie de la police sont revenus sur leurs aveux, disant avoir subi des pressions de la part des enquêteurs de police lors de leur interrogatoire.
Certains ont désigné un autre homme comme auteur des coups de feu. Et il se trouve que cet homme est un des deux derniers accusateurs de Davis.
En juillet 2007, on annonçait à Davis qu'il allait être exécuté. Un jour à peine avant son exécution, le Comité des Grâces de l'état de Géorgie lui accordait un sursis de 90 jours.
A l'époque, les avocats de Davis réclamaient à la Cour Suprême de Georgie une révision du procès ou une audience pour présenter de nouveaux éléments.
Ces requêtes ont été rejetées par 4 voix contre 3. A la même époque, la Cour Suprême américaine se penchait sur la question de savoir si l'injection létale ne constituait pas un traitement cruel et inhabitue -, en violation donc du 8° Amendement de la Constitution - appelant à un moratoire des exécutions (la Cour, a décidé, depuis, d'autoriser son usage).
Si la Cour Suprême américaine rejette lundi le réexamen de l'affaire Davis, celui-ci sera très probablement exécuté.
Parmi ceux qui plaident la cause de Davis, il y a l'ancien président Jimmy Carter.

"Cette affaire illustre les problèmes liés à l'application de la peine de mort en Amérique. Exécuter Davis sans examiner réellement si des preuves pourraient le disculper risque de retirer la vie à un homme innocent et constituerait une grave erreur judiciaire""

John Lewis, élu au Congrès de Georgie, soutient Davis, également. Amy Goodman a rencontré Lewis à Denver, juste avant le discours de Barack Obama.
C'était 45 jours après la date anniversaire de la Marche sur Washington et le célèbre discours de Martin Luther King: "I have a dream".
Lewis a rappelé ce jour historique:

"Nous étions à Washington, nous étions plus de 250.000, des Noirs et des Blancs, des protestants, des catholiques, des juifs, des gens d'horizons différents, des riches et des pauvres … Dans beaucoup d'endroits dans le Sud des Etats-Unis, il y avait des personnes qui ne pouvaient pas s'inscrire sur les listes électorales, simplement à cause de la couleur de leur peau. Et nous avons changé cela". Pourtant, cette semaine, à la lumière des épreuves de Davis, quand Amy Goodman a indiqué que le sénateur Obama lui-même était favorable à la peine de mort, Lewis a déclaré: " C'est ennuyeux. Vous savez … à un moment donné, il faut que certains d'entre nous aient le courage de dire – et j'y viens de plus en plus - qu'en toute conscience, on ne peut pas soutenir quelqu'un qui est favorable à la peine de mort. Je pense que c'est un système barbare de l'ère des Ténèbres. Je ne pense pas qu'en tant qu'êtres humains, je ne pense pas qu'en tant que pays, je ne pense pas qu'en tant qu'état, nous avons le droit d'ôter la vie à un autre être humain. Seul Dieu peut le faire."

La peine de mort est une pratique funeste et raciste.
D'après le NAACP ,The National Association for the Advancement of Colored People, organisation qui défend les droits de citoyens issus des minorités) parmi les 3300 personnes et quelque qui attendent dans le couloir de la mort aux US, plus de 41% sont des Noirs (trois fois plus que le pourcentage des Noirs dans la population américaine).
D'après le Centre d'information sur la Peine de Mort, depuis 1973, il y a eu 130 personnes qui ont été disculpées dans 26 états différents, parmi lesquels, 5 condamnés à mort en Georgie. Il est presque certain qu'au moins 4 innocents ont été exécutés ces dernières années.
Il n'y a aucune preuve matérielle de la culpabilité de Davis"...

.................................................................................................................................................

Et en effet, l'arme du crime n'a jamais été retrouvée. Les témoins sont revenus sur leurs aveux après avoir subi des pressions pour déposer contre Davis. La victime était un policier blanc et le suspect, lui, est noir. Pas besoin d'aller chercher plus loin.
Autant dire qu'il n'avait aucune chance de se sortir de ce guêpier –dans lequel il s'était mis, apparemment, tout seul en allant se présenter à la police. Encore un qui faisait confiance à la justice de son pays.

Ce serait risible si ce n'était atrocement pathétique.
Mais, en même temps, si le président de l'Europe n'y trouve rien à redire … Qui sommes-nous pour critiquer?