StopMax: la lutte contre les supermax s'intensifie

Avec d'anciens détenus et leurs familles en tête du mouvement, la lutte pour l'abolition des supermax et pour faire interdire la détention en isolement gagne du terrain.

"Quand j'ai quitté Angola", explique Robert King Wilkerson, qui a passé 29 ans en cellule d'isolement à la prison tristement célèbre d'Angola State Penitentiary en Louisiane pour un crime pour lequel il a été par la suite innocenté, "je me suis dit: 'je suis peut-être libre, mais Angola ne sera jamais débarrassée de moi'."

Depuis sa libération, il y a sept ans, ce serment l'a conduit dans des rassemblements, des églises et des émissions-débats dans le monde entier. Au début de l'été, il était, ainsi, à Philadelphie pour la toute première conférence StopMax, où il a raconté certains épisodes, expliqué le système carcéral en Amérique et collaboré avec une foule de militants déterminés comme lui à mettre un terme au recours à l'isolement et aux autres formes de torture qui y sont liées dans les prisons aux Etats–Unis.
Wilkerson est un ancien membre des Black Panthers et un des Angola Three ("les 3 d'Angola"). Il a passé plus de 30 ans en prison pour le meurtre d'un gardien de prison, ainsi que deux autres anciens des Black Panthers, Albert Woodfox et Herman Wallace, avant d'être disculpé par l'état de Louisiane en février 2001. Albert Woodfox et Herman Wallace, eux, languissent toujours en prison. Ce sont, à ce jour aux Etats-Unis, les détenus qui ont passé le plus de temps en cellule d'isolement.
Au début de l'été, Wilkerson s'est adressé à une foule de gens composée à la fois de militants et de badauds devant la prison d'état de Philadelphie (Eastern State Penitentiary), qui a ouvert ses portes en 1829 et qui était la toute première institution créée pour accueillir les détenus condamnés à l'isolement à long terme.
Au cours de ces 40 dernières années, avec les énormes progrès technologiques en matière d'isolement et de contrôle, cette pratique, érigée en système, s'est banalisée et a été imposée à des milliers de détenus dans tout le pays, que ce soient des meurtriers, des junkies ou de simples voleurs.
Wilkerson fait partie des nombreux détenus de l'histoire récente qui ont survécu à l'isolement et qui ont contribué au succès et à la portée de la conférence de StopMax organisée par l'American Friends Service Committee (AFSC) (NDLT: organisme caritatif quaker contre les violences et l'injustice dans le monde).
Bonnie Kerness, du groupe Prison Watch, et coordinatrice de l'AFSC, dit qu'au cours de ces vingt dernières années, l'organisation a reçu un nombre "incroyable" de lettres de personnes en cellule d'isolement décrivant les abus qui s'y produisent.
Ces courriers, a-t-elle indiqué dans une interview à Alternet, racontent en détails des histoires horribles, comme, par exemple, l'utilisation de techniques de torture (donner de force des médicaments aux détenus, les attacher au lit ou à une chaise, etc.)."

"Et maintenant, nous commençons à recevoir du courrier de la part de mineurs", ajoute-t-elle, alors, nous en sommes pratiquement arrivés à un point où il est impossible de ne pas réagir".

D'après Kerness, en plus de l'accumulation de lettres de détenus, l'AFSC a constaté une augmentation des appels téléphoniques qu'elle reçoit de personnes de tout le pays qui veulent se renseigner pour aider des amis ou des membres de la famille contraints à l'isolement à garder le moral et à lutter contre les abus. La conférence, donc, dit-elle, s'inscrit naturellement dans cette logique".
L'assistance réunie à l'université Temple de Philadelphie pour la conférence était constituée d'un groupe hétéroclite de 400 personnes environ de divers milieux et de diverses sensibilités. (…)
(Il y avait là, entre autres, des membres de "United Church of Christ", des militants en dreadlocks, des danseurs de danses traditionnelles aztèques, des psychologues, des médecins, des prédicateurs indiens, des étudiants et des anars).
(…). Tous ces gens et des centaines d'autres ont passé 3 jours à élaborer des stratégies, à comparer leurs notes et à travailler avec un même objectif: mettre un terme au recours à l'isolement qui se développe de façon endémique et sans aucun contrôle dans le système carcéral américain.
Pays de prisons
Selon le "US Bureau of Prisons", les Etats-Unis ont le taux d'incarcération le plus élevé au monde, avec 2,2 millions de détenus en 2006. Et d'après une récente étude sur les prisons effectuée par le docteur Terry Kupers, conseiller en santé mentale en milieu carcéral et spécialiste de l'isolement cellulaire, sur n'importe quelle période donnée, environ 10% de l'ensemble des détenus seraient placés à l'isolement.
Ce qui peut se traduire par approximativement 220.0000 détenus placés à l'isolement dans les prisons locales, de l'état ou fédérales.
Bien que les prisons américaines aient toujours utilisé l'isolement comme mode de sanction, ce n'est pas avant les années 80-90 qu'une nouvelle sorte de prison (la supermax) a commencé à imposer l'isolement comme une méthode à long terme de gestion de la population. Avec l'augmentation considérable de la population carcérale, suite à la "guerre contre la drogue", l'isolement est devenu l'occasion rêvée pour les autorités pénitentiaires de contrôler les détenus, pour les élus de montrer qu'ils étaient inflexibles en matière de criminalité, et pour les entreprises privées de construire des institutions nécessitant davantage de technologies, et donc de faire davantage de profits.
(…) Pour ceux qui dénoncent les prisons supermax, ce sont des donjons modernes où les détenus sont enfermés 23h sur 24, où leurs plateaux-repas sont glissés par une fente dans la porte, et où ils sont souvent surveillés par des caméras au lieu de gardiens. Les détenus ont peu ou pas d'activités de plein air, et la température à l'intérieur de leur cellule peut passer, selon la saison, du froid glacial à une chaleur insupportable.
Alors que beaucoup d'entre eux subissent ces conditions un an ou deux, d'autres, ne sachant pas vraiment comment mériter d'en sortir, y passent 10, 15 ou, dans le cas de Wilkerson, 29 ans. Sans véritable possibilité de formation pour stimuler l'esprit, sans programme pour préparer la réinsertion, le système a été dénoncé maintes fois par des organismes internationaux, comme l'a fait par exemple le rapporteur spécial sur la torture des Nations Unies, qui en 1996 a déclaré que ce système était "cruel, inhumain et dégradant".
Néanmoins, d'après l'AFSC, 44 états, ainsi que le système fédéral, continuent à ce jour de s'appuyer sur les supermax.
Même si la prison supermax est présentée comme un quartier de haute sécurité pour les "pires d'entre les pires", c'est trop souvent les perturbateurs et les contestataires qui y atterrissent, à la satisfaction des autorités pénitentiaires qui les soustraient des structures destinées à la population carcérale ordinaire.
Parmi les détenus des supermax, sont surreprésentés les "avocats de prisons" – ceux qui intentent des procès, plaident en leur faveur ou en faveur des autres, ou qui, d'une façon ou d'une autre, irritent les matons. (…).
Puisqu'on envoie dans les supermax des détenus pour leur comportement à l'intérieur de la prison, plutôt que pour les délits qu'ils ont commis à l'extérieur, il y a dans ces quartiers de haute sécurité beaucoup de détenus qui sont incarcérés pour des délits relativement mineurs, tels que la possession de drogue ou le cambriolage.
Par exemple, David Tracy, un détenu de 20 ans qui s'est pendu dans une supermax de Virginie, y purgeait une peine de 2 ans et demi de prison pour avoir revendu de la drogue.
Hélas, le cas de Tracy n'est pas unique. Le taux de suicide dans les quartiers de haute sécurité est souvent le double de celui dans les prisons ordinaires. Et, selon la "Correctional Association of New York", étant donné que la population des suprermax ne représente que 10% de la population carcérale totale, plus de 40% des suicides se produiraient donc en isolement.
Ceci est dû en partie à ce que, parmi la population carcérale, le groupe le plus surreprésenté dans les quartiers d'isolement est celui des malades mentaux.
Dans certaines institutions, comme Wabash Valley Correctional Facility, dans l'Indiana, les autorités pénitentiaires ont reconnu que les malades mentaux constituaient plus de la moitié des détenus à l'isolement.
Selon David Fathi, directeur du secteur des Etats-Unis de Human Rights Watch, cela est en grande partie dû au démantèlement de nombreux services sociaux et au manque de moyens qui leur sont accordés (et plus particulièrement les grandes institutions publiques de soins psychiatriques), et qui ont coïncidé avec l'expansion des quartiers de haute sécurité.
Ceux qui ont des troubles psychiatriques, en particulier ceux qui souffrent de troubles obsessionnels du comportement, sont souvent les plus agités dans le cadre carcéral normal, et les gardiens, souvent peu outillés pour faire face aux troubles mentaux, tendent à les envoyer dans les quartiers d'isolement, que Fathi appelle "les asiles de dernier recours" (voir article: Torture in Our Own Backyards).

Résistance à l'extérieur
L'essor des supermax s'est accompagné d'un mouvement de plus en plus important pour demander leur fermeture.
Le recours à la détention en isolement de longue durée est devenu systématique en octobre 1983 quand le meurtre d'un gardien de la prison fédérale de Marion dans l'Illinois a conduit les autorités pénitentiaires à "boucler entièrement" ("lock down") tout le complexe, en enfermant les prisonniers dans leurs cellules 23 heures par jour et en limitant rigoureusement leurs déplacements et leurs communications avec les autres détenus et avec l'extérieur.
L'opposition à cette politique s'est manifestée pratiquement immédiatement (à la fois derrière les barreaux et à l'extérieur, grâce à un collectif appelé Comité pour Mettre un Terme au "Lock-Down" à Marion. Deux ans plus tard, l'AFSC publiait une brochure pour raconter en détails et dénoncer ce qui se passait à la prison de Marion. Elle ne savait pas à l'époque que cet incident allait marquer le début d'un nouveau mode de fonctionnement des prisons.
Comme la brochure, "les leçons de Marion", était distribuée dans tout le pays, l'AFSC est devenue une référence pour les prisonniers détenus à l'isolement (…).
(D'autres associations se sont créées un peu partout - comme par exemple, California Prison Focus, 1990 - au fur et à mesure que se développait ce mode de détention. D'abord parti d'initiatives locales, le mouvement prendra de l'ampleur et aura un retentissement national. En 1994 l'AFSC était à l'initiative d'une campagne nationale demandant la fermeture de ces "unités de contrôle").

D'anciens détenus et leurs familles à la tête du mouvement
Le mouvement contre les quartiers d'isolement, stimulé par une série de victoires récentes et avec, pour fers de lance, d'anciens détenus et leurs familles, est très actif depuis des années.
A la conférence StopMax de Philadelphie, c'était l'effervescence.
(…) Les taux croissants d'incarcération ont entraîné l'adhésion d'un nombre toujours plus élevé de familles et de conjoints et, grâce à Internet et d'autres moyens de communication modernes, les militants ont la possibilité de s'informer mutuellement et de transmettre le message à d'autres.
(…)
(Cependant, actuellement, les organisations se rendent compte qu'elles doivent élargir leur mouvement au reste de la population en militant en dehors de leur cercle retreint).
Le Chicano Mexicano Prison Project oeuvre dans ce sens à San Diego depuis 1993, grâce à la publication d'un bulletin trimestriel, Las Calles y La Torcida, et à l'organisation de dizaines d'ateliers (…).
"La plupart des prisonniers ne savent pas pourquoi ils sont en prison et la plupart des parents pensent que leurs enfants méritent de s'y trouver", explique Ernesto Bustillo, éducateur et membre du CMPP, dans ses ateliers. Une partie de la mission du CMPP consiste à "inculquer aux détenus de Raza une conscience politique et sociale, et éduquer la communauté de Raza sur les réalités du système carcéral."
(...) (D'autres associations travaillent dans le même sens, cherchant à faire fermer le "pipeline qui mène directement de l'école à la prison").
Une des forces essentielles de ces associations réside dans le fait que, pour beaucoup d'entre elles, les moteurs de leurs actions sont des détenus, anciens et actuels, et leurs familles.
Gale Mohammad, une des organisatrices de la campagne StopMax, fait partie de ceux-là. Elle a commencé à militer en 1997 pour faire connaître ce qui était arrivé à son mari, Tarik, tombé malade alors qu'il était en cellule d'isolement et qui était mort cette année-là. Elle explique qu'elle est stimulée par la volonté que Tarik ne soit pas mort en vain, et par sa détermination d'éviter que son fils, actuellement incarcéré, subisse le même sort. (…)

Faire changer la situation
Laurie Jo Reynolds, de l'association "Tamms Year Ten Campaign", et organisatrice de la conférence pour la section de Chicago, est venue avec un objectif précis: se renseigner sur les endroits où les militants ont réussi à obtenir des conditions humaines de détention dans les quartiers de haute sécurité afin de s'inspirer de ces méthodes d'action pour le quartier de haute sécurité de la prison de Tamms (CMAX) .
"Tamms Year Ten Campaign" a réussi à convaincre la "Commission pour les Réformes Pénitentiaires" de l'Illinois de tenir une séance publique le 28 avril. Cette séance a conduit les élus à proposer un projet de loi le 24 mai, qui mettrait un terme aux peines de détention en isolement à durée illimitée à Tamms CMAX, ferait sortir les malades mentaux des cellules d'isolement et établirait des critères clairs, et un temps limite, pour ceux qui sont affectés dans ces quartiers.
(…)
Des règles similaires ont été adoptées à New York (…).
Mais d'autres localités rencontrent bien plus d'opposition à ces réformes.
Matthew Lowen, coordinateur à Tucson du "Programme pour la Justice dans les Prisons" (Prison Justice Program) de l' AFSC, explique qu'il y a peu d'espoir qu'ils obtiennent le soutien des élus de l'état, qui "sont plutôt du genre cow-boys", alors, lui et les autres membres de l'association ont entamé une série de discussions directement avec le "Departement of Corrections" de l'Arizona.
L'antenne de l'AFSC à Tucson a effectué et publié une enquête approfondie sur l'abus du recours à l'isolement dans l'état, ce qui a donné à l'association de la matière pour négocier avec les autorités pénitentiaires chargées de l'application des peines, que Lowen espère convaincre d'engager des réformes importantes de l'intérieur.
A côté de ça, d'autres groupes luttent sur le terrain judiciaire. En 2007, les poursuites engagées par l'American Civil Liberties Union et le cabinet d'avocats Holland & Knight contre le "Department of Corrections" du Mississippi a réussi à faire réformer un système impitoyable qui, à l'époque où les poursuites ont été engagées, avait placé plus de 1000 détenus à l'isolement de longue durée dans une prison d'état du Mississippi de triste réputation (Parchman Farm).
En les "écrasant et en les faisant asseoir à la table des négociations", selon les termes de Steve Hanlon, avocat de Holland & Knight, les défenseurs ont réussi à faire chuter ce nombre à 130, sans compter les détenus qui sont encore en cours de transfert. (…)
(Cette victoire a été obtenue en revoyant le système avec les responsables de la prison qui, jusqu'alors, laissaient l'initiative du placement à l'isolement des détenus aux gardiens, sur leurs propres critères, ce qui rendait pratiquement impossible toute contestation).

La lutte contre les supermax continue
Ces stratégies ont permis de réduire sensiblement le nombre de détenus dans les sections de haute sécurité et d'en faire sortir les malades mentaux.
Mais ils n'ont toujours pas atteint leur objectif final: faire abolir le placement à l'isolement.
Toutes les tentatives de poursuites pénales qui s'appuient sur le fait que l'isolement prolongé est une "punition inhabituelle et cruelle" en violation du 8° amendement ont échoué jusqu'à présent. (…).
(Toutefois, à la suite de poursuites engagées en 1995 par 3000 détenus d'un établissement pénitentiaire de Californie, un juge du tribunal fédéral de district a décrété, d'une part que si les conditions de rétention à l'isolement approchaient des limites de ce qu'un être humain pouvait tolérer psychologiquement, elles ne pouvaient être considérées comme un "traitement inhabituel et cruel". Mais, parallèlement, le juge Henderson a décidé que les malades mentaux ne devaient pas être placés à l'isolement. Depuis lors, tous les tribunaux fédéraux confrontés à ces cas ont statué que l'isolement des personnes souffrant de graves troubles mentaux était anticonstitutionnel).
Toutefois, il y a un procès très médiatisé où s'est à nouveau posée la question de savoir si l'isolement de longue durée n'était pas un traitement "inhabituel et cruel' et où la Cour Suprême des Etats-Unis a déclaré récemment que cette question "méritait d'être étudiée".
Dans un procès civil actuellement en instance, les 3 d'Angola contestent leurs conditions de détention en cellules d'isolement et également le simulacre (selon leurs termes) de procédure de révision de ces conditions qui a permis de les garder à l'isolement pendant tant d'années. L'affaire Wilkerson, Woodfox et Wallace contre l'état de Louisiane et d'autres est encore en instance de jugement et elle pourrait avoir des conséquences d'une portée considérable.
Wilkerson a déclaré à la conférence de Philadelphie:

"A une époque je pensais que ce qui était légal avait une finalité morale. Mais les années (29 ans en cellule d'isolement sur 31 en détention) que j'ai passées à accomplir une peine pour un crime que l'état savait parfaitement que je n'avais pas commis m'ont appris que la légalité et la moralité ne vont pas de pair. La légalité n'est pas la moralité."

Wilkerson a fait remarquer au public de la conférence Stopmax que l'esclavage et les autres pratiques ignobles racistes, sexistes ou de classe étaient aussi légales à certaines périodes de l'histoire, mais que grâce à l'acharnement de ceux qui croient à la justice et à l'égalité, elles ont été abolies".

"C'est à Abraham Lincoln et à d'autres responsables politiques qu'on attribue l'abolition de l'esclavage, mais, ajoute-t-il, "en réalité ce n'est pas Lincoln. Lincoln n'a fait que répondre au souhait du peuple. Ce sont les abolitionnistes, ceux qui considéraient que l'esclavage était une pratique abominable."
"C'est la raison pour laquelle il est si important que la lutte continue".

Jessica Pupovac est éducatrice pour adultes et journaliste indépendante vivant à Chicago.

Lawyers call for release of "Angola 3," nearly 36 years after guard's murderby Gwen Filosa, The Times-Picayune, March 17, 2008
(Les avocats demandent la libération des deux "Angola 3", près de 36 ans après le meurtre du gardien)

Note perso et références:

La Louisiane: ses magnolias, le bayou, les promenades en bateau à aube, le blues, le jazz, les carnavals, les belles maisons des planteurs…
Mais c'est aussi Katrina.
Mais aussi, c'est le "Deep South", et donc, le racisme depuis les lynchages jusqu'aux incarcérations arbitraires.
Les Jena 6, les 9 de Move, les Angola 3: tout cela s'est passé en Louisiane.

Les prisons aux US:

Quelque 34 états ont opté pour le modèle supermax ces vingt dernières années, pour un coût énorme et malgré les procès qui sont intentés régulièrement pour traitement inhumain et anticonstitutionnel.
Dès 1999, 57 prisons supermax accueillaient quelque 20.000 détenus.
Dans tous les cas de figure, la violence du système carcéral est soit restée la même soit a été accrue à la suite de l'ouverture de ces quartiers de haute sécurité.
Les Noirs
D'après les chiffres du Département de la Justice, au niveau national, les Noirs constituent près de 40% de l'ensemble des détenus (pour à peine 12% de la population totale).
Si la tendance actuelle se poursuit, un Noir de sexe masculin aura 1 chance sur 3 de se retrouver en prison au cours de sa vie. Pour un Hispanique, ce serait 1 sur 6 et pour un Blanc 1 sur 17.

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Source et très bon article (en anglais):
''La Louisiane a le taux d'incarcération le plus élevé des tous les Etats-Unis avec 723 détenus pour 100 000 personnes. Et environ 13 % des Noirs entre 18 et 24 ans sont actuellement en prison''. août 2006

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Angola State Prison

La prison d'Angola

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Les détenus de régime général, eux, dorment dans des dortoirs d'environ 40 personnes avec des sanitaires sans portes. Leur seul espace intime, c'est, en tout et pour tout, un lit. Ils ne peuvent même pas afficher des souvenirs personnels.
Source et article (TB): La prison d'Angola (en français)

La prison d'Angola (décrite dans le documentaire: "The Farm" ) accueille les prisonniers de "la pire espèce", comme ils disent dans les médias. C'est la prison de haute sécurité la plus importante des Etats-Unis.
Ancienne plantation, sur le fleuve Mississippi, au nord de Baton Rouge, elle abrite plus de 5000 prisonniers et emploie plus de 1400 gardiens.
Environ 98% des détenus y resteront jusqu'à leur mort. Certains seront morts de maladie, d'autres de vieillesse, d'autres encore y auront été exécutés (NB: les détenus du couloir de la mort bénéficient actuellement en Louisiane d'un moratoire, à la suite de plaintes d'associations des droits de l'homme contre la cruauté de la mort par injection. Dès qu'ils auront trouvé une meilleure idée, les exécutions reprendront. Oh, pour ça, ils vont trouver!).

Angola était, depuis 1699, une plantation de canne à sucre où travaillaient des esclaves venus de l'Angola. La prison, appelée familièrement "The Farm" (la ferme), est construite sur 7000 hectares de terrain et bordée sur trois côtés par le Mississippi.

Le travail en prison

Ancienne plantation d'esclaves, comme la Prison Parchman de l'état du Mississippi, Angola perpétue la tradition. Toutes deux sont passées, après l'Emancipation des esclaves, de l'esclavage institutionnalisé au travail d'esclave au sein de la prison.
Pendant 30 ans, les détenus étaient "loués" aux fermiers du coin et condamnés à travailler dans les champs. Ces forçats mouraient en l'espace de quelques années suite aux brutalités que leurs gardiens, d'anciens soldats confédérés, leur faisaient subir.

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Travail dans les plantations
Source

Après les protestations parues dans la presse, les autorités pénitentiaires ont repris, en 1901, les détenus sous leur tutelle et construit la prison sur le terrain d'Angola.
Mais la violence entre détenus (toujours forcés de travailler sans être rémunérés) était terrible et la prison d'Angola s'était fait la réputation de prison la plus violente du Sud des Etats-Unis.
C'est dans les années 70 seulement que des réformes importantes ont eu lieu, les détenus étaient payés pour leur travail et des gardiens ont été embauchés (il y a actuellement 1800 personnes qui travaillent au sein de la prison). En quelques années, la criminalité chutait de 72%.
Aujourd'hui, les prisonniers travaillent toujours dans les champs et touchent 4 cents de l'heure, dont deux sont automatiquement placés sur un compte épargne, cet argent étant censé servir à leur sortie de prison.
Ce qui ne se produit, évidemment, pratiquement jamais. Non seulement parce que leurs condamnations sont lourdes, mais aussi, parce que, majoritairement pauvres et peu instruits, ils n'ont pas les moyens de prendre un avocat qui ne soit pas commis d'office ou n'ont pas de connaissances suffisantes pour préparer leur défense.

La vie en prison jusqu'à ce que la mort s'ensuive.
Une grande majorité des détenus à Angola (75%) vieillira et finira ses jours en prison.
Pire que mourir en prison, ce que redoutent le plus les prisonniers, c'est d'être enterrés dans le cimetière de la prison, dans un des cercueils fabriqués sur place, à Point Lookout Cemetery, où ils seraient condamnés pour toujours à être séparés du monde extérieur. Mais après toutes ces années, reste-t-il de la famille, des amis dehors pour leur offrir une sépulture?
Il est difficile de résoudre la question du nombre croissant de détenus qui meurent en milieu carcéral.
Depuis 1983, les décès en prison ont, au niveau national, augmenté de 550%. Actuellement, sur un an, à Angola, pour un détenu qui obtient une libération conditionnelle, il y en a trois qui meurent en prison.
(Les cercueils d'Angola. A lire.)

C'est effrayant, non?

Mais il y a pire! Attends, ne pars pas encore. C'est pas fini!

De plus en plus de prisons construisent des unités gériatriques séparées (hospices de vieux, en fait, avec personnel spécialisé ou bénévoles) pour y accueillir les détenus âgés ou handicapés.
A Angola, il y a 120 lits qui leur sont réservés. Et il y en a 120 autres dans d'autres institutions en Louisiane. De plus, l'état a remis en état un centre de détention, Forcht-Wade, pour les personnes âgées ou handicapées avec 550 lits, dont 330 sont réservées aux personnes âgées.

Ah! Quand ils disent prison "à vie", ils ne plaisantent pas avec les mots!

Voir les diverses unités construites dans chaque état pour accueillir les plus âgés:
Geriatric prison units

Voir Angola , en anglais

La devise de la prison d'Angola pourrait être:
" Vous tous qui entrez ici, abandonnez tout espoir".

Alors, si on compte bien: des ouvriers qualifiés, des artisans, peut-être même des artistes pratiquement à l'œil et dociles employés pour fabriquer à vil coût des produits pour des multinationales (IBM, Boeing, Motorola, Microsoft, ATT, Dell, Compaq, Honeywell-Packard, TWA, etc.); de nouvelles constructions avec des équipements de plus en plus spécialisés; des services (cantine, etc.) donnés en sous-traitance, des clients fidèles toujours plus nombreux et pour très longtemps. J'en oublie.

ALORS, A QUI PROFITE LE CRIME?

Katrina n'a pas fait que des victimes. Certains s'en sortent bien
Six jours après la catastrophe provoquée par l'ouragan Katrina, la police tire sur des piétons sur le pont Danziger à la NO. Deux hommes seront tués et 4 autres personnes sérieusement blessés par les nombreux coups de feu qui ont été tirés par les policiers. Une femme aura le bras pratiquement arraché.
Verdict: relaxe pour les policiers.
Il faut dire qu'alors que des centaines de sinistrés erraient dans la ville à la recherche d'eau de nourriture et d'un abri, la police et l'armée arrivée en renfort avaient l'ordre de protéger les biens des riches, d'empêcher les manants d'approcher des quartiers aisés et de "tirer pour tuer".
Alors, pourquoi se gêner?
Voir détails:
Charges dismissed against officers in Danziger bridge killings August 14, 2008

Mais ce n'est pas tout!
Mais non!
Connaissez-vous les camps de la FEMA?
On en reparlera sans doute.

Alors, les gens incarcérés au faciès,
ceux qui passent toute une vie aux oubliettes et qui sont même enterrés dans l’enceinte de la prison, parce qu’à force, il n’y a plus personne pour les réclamer, les dissidents politiques, même non-violents, même pacifistes, interdits de manifester, voire victimes de complots ou accusés de meurtre et qui finissent en prison, enfermés seuls 23h sur 24 ;
les fichages,
les écoutes téléphoniques,
les espionnages de mails,
les désossages d’ordinateurs – tout cela aux dépens des libertés individuelles,
les camps de la FEMA, prêts à fonctionner,
les prisons secrètes à l’étranger,
Guantanamo,
la torture,
les invasions de pays étrangers sous des prétextes fallacieux,
le massacre constant d’innocents,
la peine de mort,
les pots-de-vin et les largesses aux chefs d'état étrangers pour garder la mainmise sur le monde.
J’en passe.
Alors, il faut arrêtez de répéter comme des perroquets que c’est la plus grande démocratie au monde : cela n’est PAS CREDIBLE !
C’est la plus grande prison au monde.
C’est la plus grande imposture de l’histoire.