Bonne guerre, mauvaise guerre?

L'escalade future en Afghanistan

Toutes les guerres ont leur synopsis: pour la première guerre mondiale, c'était "la guerre pour mettre fin à toutes les guerres". La seconde guerre mondiale, c'était "la guerre contre le fascisme".
Celle d'Irak a été vendue comme la guerre pour mettre fin aux armes de destruction massive; puis pour renverser Saddam Hussein; puis pour instaurer la démocratie. Et en fin de compte, il s'est avéré que c'était un coup monté de toutes pièces. Fondé sur un mensonge. Ancré dans une imposture.
Mais l'Afghanistan, c'est la "bonne guerre", qui vise ceux qui nous ont attaqués", selon les paroles d'un journaliste. C'est la "guerre de nécessité", affirme le New York Times, pour vaincre le "pouvoir des Taliban et d'Al-Qaida".
Barack Obama, lui, différencie la "mauvaise guerre" en Irak de la "bonne guerre" en Afghanistan, une des pièces maîtresses de sa campagne présidentielle. Il propose de faire cesser la guerre en Irak et de redéployer les forces militaires américaines afin de "terminer le boulot en Afghanistan". S'il est élu, annonce-t-il, il enverra 10000 soldats de plus en Afghanistan. "C'est une guerre qu'il nous faut gagner".
Pratiquement personne, ni aux Etats-Unis, ni à l'OTAN, n'appelle à négocier avec les taliban. Même le New York Times écrit dans son éditorial que ceux qui veulent discuter avec les taliban "se leurrent".
Mais le gouvernement des taliban n'a pas agressé les Etats-Unis, c'est notre ancien allié, Osama Bin Laden qui l'a fait.
Al-Qaida et les Taliban ne sont pas du tout la même organisation (si on peut vraiment appeler Al-Qaida une "organisation"), et personne ne semble vouloir prêter attention à ce que les Taliban disent eux-mêmes.
Nous devrions.
Un récent sondage d'opinion en Afghanistan indique que, alors qu'une majorité d'entre eux n'aime pas les taliban, 74% des sondés sont favorables à des négociations et 54% disent qu'ils soutiendraient un gouvernement de coalition avec des taliban.
Ce sondage effectué par le "Canadian Globe and Mail" montre qu'il existe des divisions profondes dans le pays et qu'une majorité de la population ne se prononce pas sur l'issue de la guerre (40% pensent que l'actuel gouvernement d'Hamid Karzai, allié des US et de l'OTAN, va gagner, 19% que ce sera les talibans et 40% répondent qu'il est "trop tôt pour se prononcer").
Il y a également une forte ambivalence concernant la présence de troupes étrangères. Seulement 14% des personnes interrogées souhaitent leur départ immédiat, et 38% veulent un retrait définitif d'ici trois à cinq ans. En somme, les Afghans ne veulent pas d'une victoire à l'arraché.
Ils ont aussi une opinion bien plus nuancée sur les taliban et Al-Qaida. Alors que la majorité d'entre eux est opposée aux deux groupes (13% soutiennent les taliban et 19% Al-Qaida), 29% seulement considèrent que les premiers sont une "force politique unie".
Mais cette opinion ne correspond pas au synopsis des Occidentaux qui décrit l'ennemi comme une bande de fanatiques très disciplinés.
En fait, les taliban semblent avoir évolué, depuis leur création par la CIA, l'Arabie Saoudite, et les services secrets du Pakistan pendant la guerre en Afghanistan contre l'Union soviétique, en un ensemble de courants polyglottes composés, entre autres, d'islamistes zélés et de nationalistes. Le chef taliban Mullah Mohammad Omar a déclaré à l'Agence France Presse au début de l'année: "nous nous battons pour libérer notre pays. Nous ne sommes pas une menace pour le monde."

Ces paroles devraient faire réfléchir Obama, le New York Times et l'OTAN. L'invasion en 2001 avait été facile parce que les taliban s'étaient aliéné l'immense majorité des Afghans. Mais le poids de l'occupation, le nombre croissant de victimes civiles, et la prise de conscience que l'objectif de cette invasion était d'anéantir Al-Qaida et les taliban et non pas de tirer l'Afghanistan de son extrême pauvreté, transforment actuellement la résistance en une guerre de résistance nationale.
Aucune puissance étrangère n'a gagné de guerre en Afghanistan. Les raisons pour lesquelles tout est allé de plus en plus mal pour les Etats-Unis et ses alliés ne sont pas un mystère.
Avec l'intensification des attaques aériennes américaines, il y a eu de plus en plus de victimes civiles ces deux dernières années. Près de 700 personnes ont été tuées les trois premiers mois de cette année, une très forte augmentation par rapport à l'an dernier. Au cours d'un incident récent, 47 invités d'une noce ont péri dans la province d'Helmand. Dans une société où les querelles entre clans, tribus et familles font partie du quotidien, cet acte isolé a fait naître une haine qui restera tenace pendant des décennies.
Anatol Lieven, qui enseigne l'histoire des conflits armés au King's College de Londres, explique qu'une des motivations majeures derrière cette résistance croissante c'est la colère qu'engendre la mort de membres de la famille ou de voisins.
Les victimes civiles semblent avoir joué un rôle dans l'attentat contre un camp militaire américain près de la frontière pakistanaise et qui a fait 9 morts et 15 blessés. L'ancien gouverneur de la province a déclaré au "New York Times" que la population locale avait probablement aidé les agresseurs à cause de l'indignation qu'avait soulevée le 4 juillet dernier une attaque aérienne américaine et qui avait tué 22 civils.
Lieven explique que c'est comme si l'Afghanistan devenait une sorte de domaine de chasse virtuel dans lequel les US et l'OTAN se livreraient à l'élevage des terroristes mêmes qu'ils comptent chasser ensuite.
Selon Reto Stocken de la Croix Rouge, "de vastes territoires dans le sud, le sud-est, l'est, et également de plus en plus dans l'ouest", sont dans une "situation d'urgence", ce qui a pour conséquence "une insécurité constante et l'absence de services vitaux".
Une fois qu'une population se rebelle contre une occupation (ou simplement reste neutre), il y a peu d'endroits au monde où l'occupant se retrouve du côté des vainqueurs. L'Afghanistan, vaste territoire avec une topographie décourageante, ne fait certainement pas partie de ceux là.
Dans un article du Der Spiegel, Ullrich Fichter explique que si on jette un coup d'œil sur une carte au quartier général de la force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) près de Kandahar, on pourrait avoir l'impression que l'Afghanistan a été maîtrisé.

"Des petits drapeaux de couleurs indiquent l'emplacement des troupes de l'OTAN dans tout le pays, les Allemands au nord-est, les Américains à l'est, les Italiens à l'ouest, les Britanniques et les Canadiens au sud, et, au milieu de ceux-ci, sont éparpillés des drapeaux turcs, néerlandais, espagnols, lithuaniens, australiens et suédois".

"Mais ces drapeaux sont illusoires", dit il, illustrant ses propos par le récit de sa visite au gouverneur de la province d'Helmand dans sa résidence à Lashkar Gah: deux hélicoptères rasent le sol à grande vitesse pour aller atterrir sur un terrain de football; les journalistes revêtent des gilets pare-balles et montent dans des véhicules blindés. La résidence du gouverneur se trouve à moins de 300m de la zone d'atterrissage.

"Le gouverneur raconte que la moitié des cantons de sa circonscription échappe à tout contrôle. Les alliances constituées de taliban et de barons de la drogue contrôlent les villages, et aucun des grands axes routiers n'est à l'abri des attentats à la bombe, des bandits de grand chemin et des kidnappeurs", dit-il.

Les Nations Unies considèrent qu'un tiers du pays est "inaccessible" et près de la moitié, est à "haut risque". Le nombre d'engins explosifs improvisés – EEI- (NDLT: bombes artisanales) a été multiplié par cinq en 2008, et les attentats autour de Kaboul ont augmenté de 70%. Le gouvernement national actuel sort peu de Kaboul. Le président Karzai est surnommé "le maire de Kaboul".
D'après Der Spiegel, les taliban remontent actuellement vers le nord, vers la province de Kunduz, exactement comme ils l'avaient fait en 1994 quand ils avaient quitté leur base de Kandahar et s'étaient mis en route pour prendre le contrôle de tout le pays. L'"Asia Times" dit que la stratégie des insurgés est de couper les routes d'approvisionnements logistiques de l'OTAN qui partent du Pakistan et de créer un "couloir stratégique" depuis la frontière jusqu'à Kaboul.
Le gouvernement Bush a envoyé récemment 3200 "marines" à Helmand, et les Etats-Unis ont déplacé un groupe de porte-avions sur le Golfe d'Oman pour pouvoir disposer de davantage d'aide aérienne.
L'amiral Michael Mullen, chef d’état-major des armées des Etats-Unis, réclame le déploiement de quelque 10.000 soldats supplémentaires.
60.000 troupes des Etats-Unis et de l'OTAN sont actuellement stationnées en Afghanistan. Mais une grande partie des troupes de l'OTAN est d'abord employée à la reconstruction et au développement (la fable qui avait été vendue aux populations européennes pour leur faire accepter l'engagement dans le conflit), et seulement accessoirement à la lutte armée.
L'armée afghane aligne, de son côté, environ 70000 soldats, mais seules deux brigades et une unité de l'état-major sont considérées comme capables de fonctionner de façon autonome.
Selon la doctrine américaine de guerre contre-insurrectionnelle, cependant, il faudrait au moins 400.000 soldats en Afghanistan pour avoir ne serait-ce qu'une chance de "gagner" la guerre. Mettre sur le terrain 10.0000 soldats américains de plus n'aura pratiquement aucun effet.
Alors que la situation continue de se détériorer, il se trouve des voix, et parmi elles celles du gouvernement Karzai et des deux candidats américains à la présidentielle, pour préconiser une extension du conflit au Pakistan, remake, en quelque sorte, de l'invasion du Laos et du Cambodge qui avaient eu lieu quand la situation au Vietnam avait commencé à devenir incontrôlable. Ces deux invasions n'ont pas été une catastrophe seulement pour les envahisseurs, mais elles ont été la cause directe du génocide au Cambodge.
Quoi qu'on fasse, une "victoire" militaire en Afghanistan n'est simplement pas envisageable. La seule alternative possible c'est d'entamer des négociations avec les taliban et de chercher à impliquer les états de la région (l'Iran, le Pakistan, la Russie, le Turkménistan, le Tadjikistan, la Chine et l'Inde) avec un intéressement à la clé.
Mais faire cela voudra dire laisser tomber la fable sur le conflit afghan et reconnaître que la guerre est de plus en plus une politique qui n'a pas sa place dans ce nouveau millénaire.

Conn Hallinan est analyste politique pour "Foreign Policy in Focus".

Note perso

Vous avez remarqué? Pas un mot sur les troupes françaises. Pas un mot.
Quelle claque pour notre petit gouverneur de province et ses laquais cafards!
Et pourtant, il s'en donne du mal pour se faire remarquer et se mettre en scène avec son costume de couturier trop grand pour lui, son téléphone portable qui n'arrête pas de sonner et sa montre qui tourne autour du poignet comme une roue de hamster en cage.
Ainsi, son voyage-éclair en Afghanistan à la suite de la mort de dix soldats. Voyage grotesque d'un chef d'état qui, contre toute éthique militaire, s'en va dans le pays en guerre désigner ses soldats à la vindicte de la population locale.
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Puis, il y a la photo avec des militaires en larmes.
Lui, les mains dans les poches, détaché, un rictus sur les lèvres, l'air de dire:"allez, reprenez-vous mon brave, ça va passer, c'est pas si grave que cela, après tout. Vous en verrez d'autres. Je m'en occupe."
Euh, ce serait possible que vous ne fassiez RIEN? ... Ah? Ah,bon.

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Il faut dire aussi que ces petits cons l'ont dérangé en plein pendant ses vacances au cap Ferret., chez les riches.
Ils pouvaient pas attendre septembre comme tout le monde pour les mauvaises nouvelles?

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Hommage en Afghanistan. Avec deux ministres très affectés. Par le discours, sans doute.
A moins qu'ils aient le fou rire. Ca arrive souvent dans les moments de douleur intense.
Photo: AFP/ Olivier Laban-Mattei

Un gars en haute couture qui s'en va faire sa pub à l'autre bout de la planète. D'accord, on ne lui demande pas de se déguiser en golfeur
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ou de se mettre en treillis avec tout l'attirail
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... comme Bush, mais un peu de pudeur, tout de même.

Discours en Afghanistan
Quand le "chef des Armées" s'est rendu au quartier général du commandement régional de Kaboul de l"'Isaf" de l'Otan, en périphérie de la capitale, il a déclaré (toujours avec son français approximatif de parangon de l'inculture et de la vulgarité):

"Je tenais à vous dire que le travail que vous faites ici, il est indispensable (...). Pourquoi on est ici ? Parce qu'ici se joue une partie de la liberté du monde. Ici se mène le combat contre le terrorisme", a poursuivi Nicolas Sarkozy.
"Je n'ai pas de doute, il faut être là. (...) je vous dis en conscience que si c'était à refaire, je le referais. Pas la patrouille et l'enchaînement des événements, mais le choix qui m'a amené à confirmer le choix de mes prédécesseurs d'envoyer l'armée française ici".

C'est vrai que d'autres avaient commencé avant lui. Pas plus futés. Mais il n'était pas obligé d'en rajouter une grosse louche sitôt installé sur le trône.

Vidéo:


Sarkozy devant les cercueils des militaires à Kaboul



De la désinvolture. On n'improvise pas un discours funèbre, surtout quand on n'a aucune empathie naturelle.

Pour justifier la présence française dans ce coin du monde abandonné des dieux, il évoque: « un combat essentiel contre la barbarie, l'obscurantisme et le terrorisme ».
Rien de moins. Sauf que, tout de même, il y a bien plus de morts du côté des "barbares", femmes et enfants compris, et que les "civilisés", eux, se sont fabriqué des armes qui leur permettent un bien meilleur abattage.

Quant à l'obscurantisme, il est bien mal placé pour partir en croisade.

Aux Invalides, la cérémonie dont j'ai eu un aperçu sur le ouèbe était tout aussi fallacieuse que les paroles qui sortent de sa bouche déformée.
Nous vivons une époque pathétique.

Regardez donc un bout de la vidéo.


Alors, avons-nous des raisons de nous engager dans des guerres contre les populations civiles? Contre des pays pauvres?
Pourtant, Nicolas Sarkozy avait déclaré : “aucune armée étrangère n’a réussi dans un pays qui n’était pas le sien
http://www.ldh-toulon.net/spip.php?...
Bin, oui, quoi, tout le monde peut changer de discours, non?
Même plusieurs fois.
Même tout le temps.

Alors, pourquoi s'engager dans un conflit perdu d'avance et pour une cause bidon, si ce n'est par cruauté et par vice?


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Des personnages à l'image de la planète: ravagés

bush-grimace-www-.jpg sarko-sans-raybans-www.jpg Des grimaces

Bush-farenheit911-www.jpg sarko-londres-grimace-www.jpg Vide sidéral

bush_beach_volley-www.jpg sarkozy-jogging-www.jpg the show must go on


Et puis, un peu d'élégance encore ...
Pour la route, alors.

bush-finger-wb.jpg
Casse toi, pov'con?

Photo beach Volley ici
Autres photos: AFP ou Reuters