baghdad-disney-www.jpg
Projet de parc d'attraction

Je vous présente: DisneyIrak, l'endroit le plus triste au monde

Un investisseur américain projette d'ouvrir un immense parc d'attractions à Bagdad, non pas par bonté d'âme, mais comme il le dit: "pour faire du profit".

"Je suis un homme d'affaires. Je ne suis pas ici parce que je pense que vous êtes des gens sympas. Je pense qu'il y a de l'argent à gagner" a dit Llewellyn Werner venu expliquer son projet de grand complexe de loisirs qu'il compte construire, je vous le donne en mille, à Bagdad.
"J'ai également le sentiment merveilleux que nous agissons dans le bon sens – nous allons employer des milliers d'Irakiens. Mais pratiquement tout dans ce projet vise à faire rentrer de l'argent".

On en est là. Nous ne faisons même plus semblant.
Au fil des ans, alors que s'estompent les souvenirs et les excuses, l'invasion de l'Irak apparaît sous son vrai jour: un fantasme consumériste. Le Grand Centre commercial américain du Moyen Orient, le Disneyland du désert.
Et puisque nous gaspillons déjà des milliards en sacs de paquetage, pourquoi ne pas faire tomber un milliard ou deux de plus dans ce gouffre financier? L'argent est le nerf des affaires.
Et dans le cas du parc d'attractions de Bagdad, le "BZEE" (Baghdad Zoo and Entertainment Experience), l'atmosphère pourrait bien y être explosive.
Si vous arrivez à faire abstraction des balles, des EEIs (engins explosifs improvisés), des pannes de courant, et, eh bien, de toute l'occupation, alors, autant vous payer du bon temps.
"Dans le sud de la Californie, il y en a qui tirent des coups de feu depuis les voitures, et tout le reste", explique le vice PDG de "Ride and Show Engineering" , John March, dont la compagnie s'est vu attribuer le contrat pour développer le site, qui jouxte la Green Zone et pour lequel le Pentagone a fait accélérer les démarches.
"Il y a du danger partout, vous voyez. Ce qui est le plus important, c'est que ça va être colossal pour Bagdad. " a-t-il dit à Bill Hemmer, un des blablateurs de Fox news . Si par " colossal ", il veut dire que cela va être une cible gigantesque, alors March, qui a refusé de répondre à nos questions, a parfaitement raison. C'est également colossal au niveau financier pour C3, la holding de fonds d'investissements que gère Werner: ayant déjà eu le feu vert du Pentagone et l'aval du Général David Petraeus, Werner a obtenu pour une somme "non divulguée", selon Le Times online, un bail de 50 ans pour ce qui était autrefois le terrain qui abritait le zoo de Bagdad, pillé et laissé dans la désolation.
A l'heure actuelle, il construit promptement toutes sortes de sites: un skatepark, un musée, une salle de concert, des attractions diverses et d'autres en projet. Jusqu'à présent, Werner a reçu 500 millions de dollars de la part de ses investisseurs mystérieux, qui sont pratiquement introuvables (très rare à l'ère d'Internet) et a réussi à s'associer dans un certain nombre d'entreprises partout en Irak. Le skatepark doit ouvrir ce mois-ci, et des ensembles résidentiels et hôteliers vont suivre, dont Werner détient les droits exclusifs.
Et même si leur gestion est donnée à des Irakiens, les bénéfices iront à l'Amérique. Exactement comme presque toutes les réserves de pétrole du pays.
"Même l'idée d'importer les divertissements typiquement américains dans l'enfer de Bagdad est absurde", explique Dahr Jamail, écrivain et journaliste, qui, contrairement à ses collègues, s'est risqué en dehors de la Green Zone sans être encadré par un détachement militaire. "Regardez simplement comment ces infrastructures sont seulement construites. "
"Et ça c'est seulement le début des problèmes, explique Sharon Weinberger, correspondante de "Wired" pour la section "Danger room", et qui travaille sur le Pentagone et sur d'autres complexes du "capitalisme de catastrophe" . Le BZEE finira probablement par être construit, mais qui peut dire s'il sera encore debout quand la fumée se sera dissipée?".

"Même s'ils parviennent à sortir ce projet de terre, la survie immédiate du parc d'attraction, comme pour toute entreprise commerciale, dépendra alors de la stabilité et de l'aptitude du gouvernement irakien à contrôler la violence et à garantir la sécurité des personnes" dit Weinberger.
"Si la situation se détériore à Bagdad, je pense que l'idée que le parc sera épargné est, hélas, au mieux, naïve".

Ce qui semble particulièrement naïf, cependant, c'est de penser que toute entreprise commerciale américaine lancée dans les miasmes de la reconstruction de l'Irak est une opération menée en toute bonne foi.
De Halliburton à Bechtel en passant par Blackwater et bien d'autres, le pays a été l'épicentre de la fraude et de la corruption, et il ne s'agit là que du soi-disant secteur privé.
Le secteur public s'est montré tout aussi lamentable: à ce jour, la guerre a coûté des centaines de milliards de dollars et des centaines de milliers de vie. D'ici à la fin de la guerre, ces chiffres pourraient être multipliés, et la dernière chose dont on aura besoin, c'est bien d'un fonds d'investissement de Los Angeles qui cherche à planquer son fric dans un partenariat public-privé qui n'arrange personne.
Même si Werner a obtenu le terrain avec la bénédiction des autorités irakiennes, ce ne sont pas ces dernières qui ont fermé les usines nationalisées après l'invasion.
C'est Paul Bremer , l'administrateur américain, qui a été chargé du pillage. En d'autres termes, si l'Amérique et ses partenaires privés veulent absolument le BZEE, ils l'obtiendront. Et sans discussion.
(…).
Mais attention: l'échec marque la fin de ce stratagème économique, pas le début.
Il a toutes les apparences d'une arnaque réussie, depuis sa mise en route accélérée suspecte jusqu'à ces sommes d'argent occultes qui changent de mains pour acheter des terrains qui appartenaient autrefois à d'autres et qui pourraient bien être repris de force sitôt après que l'encre sur les contrats aura séché.
Mais cela suffit à certains acteurs économiques pour faire sortir de terre un projet aussi compromis; la réussite n'est que le résultat de ces échanges de capitaux, qui auront déjà eu lieu et dont l'argent aura été empoché quand on aura estimé que le BZEE est une catastrophe totale.
Exactement comme l'invasion de l'Irak.
(…).

Scott Thill dirige le magazine en ligne "Morphizm"

NB:
Certains liens ont été rajoutés par mes soins. Et les mots en gras ne le sont pas dans le texte initial.
L'image est tirée de "Mondialisation.ca":
"La propagande de guerre: Disneyland va s'installer en Irak, un pays dévasté par la guerre"
Article de Michel Chossudovsky
....................................................................................................................................................

Note perso:

Les béotiens! Les béotiens ET les salauds!
Non seulement ceux qui auraient d'ores et déjà acheté des billets d'entrée pourraient bien ne plus être là pour l'inauguration, mais, en plus, imaginer seulement imposer leurs attractions en carton pâte, coûteuses et à vomir alors qu'ils ont semé la désolation dans le pays, c'est le sommet de l'abjection.
Non seulement ces gens-là, membres d'une caste exclusive d'aspirateurs de fric et de tueurs en série, ont privé les enfants irakiens d'une famille, d'une éducation, d'une enfance, sans parler des privations matérielles quotidiennes (eau, électricité, nourriture, soins, toit etc.) mais tout ce qu'ils trouvent, en compensation, c'est venir leur agiter la queue du mickey sous le nez.
Et même pas pour essayer de les distraire (à la limite, on se dirait, ils sont vraiment cons, mais cela part de bons sentiments), non, pour se faire du bon gros pognon qui rentrera direct dans les poches des spéculateurs.
Evidemment, en exigeant que le gouvernement local assure la sécurité de leur parc de merde. Ils n'ont que ça à faire.
Aucun remords, aucun état d'âme. Des prédateurs. Des coucous sanguinaires.
D'autre part, imposer leur pauvreté culturelle dans une ville au passé culturel phénoménal où ils se sont empressés de piller (ou de laisser saccager) les trésors millénaires (notamment au musée archéologique dont les collections couvrent 7000 ans d'histoire) le jour même de l'invasion, alors que, parallèlement, ils protégeaient les sites pétroliers, c'est abject.
Oui, mais voilà, il n'y a rien à dire: les Etats-Unis sont un pays "démocratique". Et critiquer serait de l'anti-américanisme.

Cette ignominie dépasse, évidemment, toutes les autres, puisque la population en Irak est depuis 18 ans l'objet d'attaques violentes et de coups de boutoir insoutenables et que le pays a été délesté non seulement d'une partie de son patrimoine mais également de son pétrole, de ses services publics, de ses usines nationalisées et de … centaines de milliers d'habitants.

Mais l'invasion commerciale de quelques multinationales n'est pas nouvelle: elle s'est opérée partout ailleurs dans le monde, plus pacifiquement, en apparence, certes, mais tout aussi inexorablement.
Des sites historiques ont été détruits pour être remplacés par une de leurs immondes franchises, que ce soit de malbouffe, de boissons sucrées ou de supermarchés. Des sites magnifiques ont été défigurés par une de ces verrues, blocs de bétons vulgaires et sans âme.
Quant à leurs usines implantées à l'étranger, elles détournent sans vergogne les ressources naturelles des habitants (l'eau, en particulier), polluant au passage l'air et les terrains cultivables et posant, par là même, de graves problèmes sanitaires et environnementaux aux populations locales.
Et je ne parle pas des terrains agricoles dévolus aux agrocarburants, ce qui enlève les produits de base de la bouche des autochtones, raréfie les produits, qui sont ainsi soumis à la spéculation.
Ni des forêts qui sont décimées pour être remplacées par des élevages de bovins destinés à la production de viande compressée et uniformisée.
Un désastre planétaire à tous les niveaux.
Et si on se décidait à véritablement boycotter ces sangsues?
Pour commencer.