Les classes moyennes américaines ne pourront bientôt plus en endurer davantage

(larges extraits de l'article)

Que cela nous plaise ou non, l'Amérique est au milieu de changements économiques révolutionnaires qui font disparaître les classes moyennes.

"Je suis mère célibataire avec un enfant de 9 ans à charge. La nuit pour ne pas avoir froid, mon fils et moi nous enlevions tous les coussins du divan et les entassions sur le sol de la cuisine. J'accrochais une couverture à la porte de la cuisine et nous dormions là, à même le sol. En février, nous n'avons plus eu de bois et j'ai brûlé le mobilier de la salle à manger de ma mère. Nous n'avons pas d'eau chaude, aussi, nous faisons chauffer l'eau sur le poêle et le versons dans la baignoire. (…)
Extrait d'une lettre d'une mère célibataire qui vit dans une ville du Vermont au sénateur Bernie Sanders.

Il y a quelques semaines, j'ai reçu un coup de fil d'une personne qui travaille dans le bureau de Bernie Sanders, sénateur du Vermont.
Sanders voulait me parler d'une opération menée récemment par ses services pour collecter des renseignements sur les difficultés économiques de ses électeurs. Il a envoyé un courrier sur sa liste e-mail en demandant aux habitants du Vermont de leur parler de leurs problèmes financiers.
Il pensait recevoir, au mieux, quelques dizaines de réponses; il en a reçu plus de 700 la première semaine seulement. Certains, comme l'extrait ci-dessus, étaient les récits classiques des familles monoparentales qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Plus déconcertantes, cependant, étaient les histoires que Sanders a reçues de personnes qui avaient deux, voire trois emplois, de familles où les deux parents avaient au moins un emploi régulier – en d'autres termes, des gens en général considérés comme faisant partie de la "middle class".
Ainsi, ce courrier qui a été envoyé par le propriétaire d'une entreprise de nettoyage:

"Mon père, âgé de 90 ans vit dans le Connecticut. Il est tombé malade récemment et il m'a demandé de venir le voir. J'aimerais bien tout lâcher pour aller le voir, mais il m'est pratiquement impossible de réunir la somme nécessaire pour payer l'essence pour le voyage. Je gagne plus que l'an dernier mais, pour la première fois depuis de nombreuses années, je n'ai pas assez d'économies pour payer les impôts fonciers de ce trimestre. Et l'échéance tombe demain.

(…)
Sanders a reçu des lettres de gens qui ont un emploi et qui en sont réduits à souper "de céréales et de pain grillé", ou d'un homme de 71 ans qui a été obligé de retourner travailler pour pouvoir payer le chauffage et les taxes foncières (…)
Ce qui revient le plus souvent, c'est que quand on travaille, et même quand on est deux à travailler, cela ne prémunit pas de la pauvreté. Pas des difficultés financières, attention, non, de la pauvreté. C'est-à-dire ne pas pouvoir manger ni se chauffer normalement– sans parler des consultations chez le médecin ou le dentiste, qui ne sont plus considérées depuis longtemps comme des prestations allant de soi pour les classes moyennes.
Les raisons invoquées dans presque tout le courrier qu'a reçu Sanders sont la hausse importante du prix du fuel et de l'essence qui ont explosé, la baisse des salaires, la réduction des avantages sociaux, et l'augmentation considérable des impôts fonciers (un phénomène dont j'entends parler à chaque étape de la tournée électorale, et qui, me semble-t-il, a un lien direct avec les réductions d'impôts de Bush et, donc, la diminution de l'aide fédérale accordée aux états). Et tout cela cumulé mène à une seule chose.
"La classe moyenne est en train de disparaître" dit Sanders. "Dans les faits, nous ressemblons de plus en plus à un pays du Tiers Monde".
Et voici le problème: personne n'a besoin de moi ou de Sanders pour comprendre que ça craint ici et que les temps sont plus durs économiquement qu'ils l'ont peut-être été depuis fort longtemps.
Nous avons tous vu les chiffres – le revenu médian a baissé d'environ 2500 dollars ces sept dernières années, le taux d'épargne des ménages américains est égal à zéro pour la première fois depuis la Grande Dépression, et 5 millions de personnes sont tombées en dessous du seuil de pauvreté depuis le début de la décennie.
Et même sans avoir vu les statistiques, pratiquement tout le monde sait à quoi s'en tenir.
Si vous lisez cet article et que vous vous êtes rendu au travail en voiture ou si vous avez payé des factures, vous savez mieux que moi que tout est parti en vrille. Au cours des tournées électorales, j'entends des histoires de remboursements de prêts immobiliers, de faillites personnelles et d'agents de recouvrement qui suffisent à vous faire flipper grave.
Rien de tout cela n'est un secret. Mais ce qui reste non dit, c'est que c'est une question de classe délibérément minimisée par le consensus médias/classe politique occupés à vendre à la population une version de la réalité où les ressentiments de classe, voire les distinctions de classe, n'existent pas. Notre "débat national" ignore les sujets tels que "nantis/démunis", "riches/pauvres", "employeurs/employés.
Mais nous vivons de plus en plus dans une société où toute l'action politique est concentrée d'un côté de la ligne qui sépare tous ces groupes, au détriment de ceux qui sont de l'autre côté.
Nous avons un gouvernement qui dépense deux milliards et demi par jour en Irak, qui servent à subventionner essentiellement les piscines de ses partenaires privés en *Virginie du Nord, à une période où le fuel et le transport individuel sont sur le point de rejoindre pour la classe moyenne la couverture médicale dans la liste des produits de luxe.
La possibilité de se chauffer et de posséder un véhicule personnel échappe à la classe moyenne à cause de l'explosion des dépenses d'énergie – ces coûts cachés de la politique d'emprunt national que nous appelons "dépendance au pétrole étranger", "étranger" voulant dire ces pays, arabes et chinois, qui nous prêtent l'argent pour financer nos guerres.
Et alors que nous avons tous entendu parler de l'énorme gaspillage et de l'inefficacité des dépenses militaires, on ne nous répond qu'en termes de "corruption" ou de simple inefficacité, et non pas de ce dont il s'agit réellement, à savoir, de l'expression profonde de nos priorités nationales, un moyen de prendre l'argent aux personnes ordinaires qui ont des difficultés et de le redistribuer non pas vers le bas, mais tout en haut, à des initiés qui transforment vos impôts en bénéfices nets.
Vous voulez un exemple? Sanders en a un bon à vous donner. Le sénateur affirme qu'il demande depuis des années une augmentation des subventions pour le programme d'aide fédérale aux soins médicaux (Federally Qualified Health Care (FQHC) program), qui finance les centres de soins locaux dans tout le pays, qui donnent tous les ans la possibilité à 16 millions d'Américains d'avoir accès aux soins.
Il demande une rallonge de 798 millions de dollars cette année, ce qui constituerait un budget total de 2,9 milliards de dollars, c'est-à-dire environ ce que nous dépensons en Irak en deux jours.
"Mais pour 5 milliards de dollars par an" ajoute Sanders, "nous pourrions garantir à tous les Américains les soins médicaux fondamentaux. C'est ce que cela coûterait, 5 milliards."
En l'état actuel des choses, cependant, Sanders s'est battu pour obtenir n'importe quelle rallonge budgétaire. Il avait réussi à ce que le projet de loi de l'an dernier sur les services sociaux de la santé et du travail ("Labor, Health and Human Services") prévoie une augmentation de 250 millions de dollars au budget de ce programme, mais Bush a opposé son veto à ce projet, et "nous avons fini avec une somme bien inférieure".
Okay, maintenant, tenez-vous bien. Alors qu'il nous est impossible de trouver 5 milliards de dollars pour ce simple programme, et que Sanders a dû se battre bec et ongles, ne serait-ce que pour obtenir une petite rallonge de 250 millions de dollars, somme qui a ensuite été considérablement réduite, voici ce qui se passe parallèlement.
D'après un récent rapport du GAO (U.S. Government Accountability Office – Cour des comptes US), le département de la Défense destine d'ores et déjà au rebut des pièces détachées qui ont coûté des centaines de millions de dollars, et pas des pièces usagées, non, mais des pièces neuves qu'ils n'ont pas encore reçues! En fait, le rapport du GAO révèle que plus de la moitié des pièces détachées actuellement commandées par l'Armée de l'Air (US Air Force) – d'un montant de quelque 235 millions de dollars, c'est-à-dire la somme même que Sanders n'a pas pu obtenir pour le programme de santé l'an dernier - sont déjà destinées à la décharge! Notre gouvernement achète des tas de conneries qui coûtent au Ministère de la Défense des centaines de millions de dollars juste pour les balancer direct à la poubelle!
"Ils prévoient de se débarrasser de ces stocks alors qu'ils ne sont même pas encore parvenus à destination" dit Sanders.
D'après ce rapport, nous dépensons plus de 30 millions par an et nous employons plus de 1400 personnes simplement pour stocker tout le matériel de défense dont nous n'avons pas besoin.
Par exemple, nous avons déjà des milliers d'ailettes pour les avions, mais il y en a encore 7460 en commande, pour un coût de 2 millions de dollars, et qui iront aussitôt rejoindre celles qui sont déjà destinées au rebut.
C'est la raison pour laquelle il faut bien vous méfier quand vous entendez John McCain affirmer qu'il va se pencher sur le gaspillage dans les programmes d'aides publiques afin de résoudre la crise budgétaire, ou quand vous êtes d'accord avec ce qui se dit sur les droits de succession.
Nous sommes en plein milieu d'un mouvement politique qui vise à concentrer les fortunes personnelles entre de moins ne moins de mains tout en faisant porter sur les travailleurs la charge des dépenses publiques.
Abroger les droits de succession (les supprimer définitivement d'ici 2010, comme cela est proposé, ferait économiser 30 milliards de dollars à la seule famille Walton – de Wal-Mart) et sacrifier les programmes d'aides sociales tout en alimentant constamment un magot militaire perpétuellement gonflé - pour gaver ceux qui tirent profit des guerres absurdes, pour compenser les gaspillages de l'Etat et pour entretenir les résidences gigantesques de Virginie du nord: tout cela devrait faire partie du débat sur "qui récupère quoi du gâteau national".
Mais ce débat n'aura pas lieu parce que nous allons passer l'automne obnubilés par les diversions habituelles, orchestrées par les médias qui vont nous bassiner avec : la voix de la femme d'Obama est-elle ou non irritante, les *badges avec le drapeau américain, *Jeremiah Wright et d'autres conneries du genre.
Bernie Sanders est un des rares responsables politiques du pays qui soit suffisamment intelligent et sensé pour comprendre que l'avenir de la politique américaine va nécessairement donner lieu à quelques débats directs et conflictuels.
Le clivage *"blue states"/"red states", entretenu depuis des années à cause de certaines divisions largement accessoires sur le plan géographique, sur les questions de religion ou d'autres problèmes sociaux, va finir par céder la place à un vrai débat fondé sur une réalité économique brutale de plus en plus commune aux états, qu'ils soient "rouges" ou "bleus".
Notre réalité économique est aussi brutale que cela parce que, que cela nous plaise ou non, nous sommes au cœur de changements économiques révolutionnaires.
Ironie du sort inimaginable, l'effondrement de l'Union Soviétique a permis au capitalisme mondialisé de se placer en état d'assujettissement politique, quand il a laissé se transformer la Chine et les diverses dictatures ou semi-dictatures de pays pauvres en ateliers de misère de la planète.
Cette évolution, qui a imposé la délocalisation de la production à l'étranger, a détruit la société civile, ne laissant qu'une économie de services qui ne peut tout simplement pas faire vivre une classe moyenne nombreuse et prospère que les gouvernements précédents se sont toujours efforcés à la fois d'encourager et de protéger.
Le parti démocrate qui était autrefois le moteur derrière la plupart des changements, qui affirmait de façon si éloquente à l'époque du New Deal que notre société serait globalement plus riche et plus puissante si le gâteau était mieux réparti pour créer une base solide de consommateurs aisés – ce parti a paniqué pendant les années Nixon et a choisi de se mettre en adéquation avec le financement des grandes entreprises privées.
En conséquence, tout le débat entre les deux grands partis s'est résumé à savoir à quelle allure il fallait démanteler les rares avantages sociaux restants qui permettaient aux classes moyennes d'exister – immédiatement selon les Républicains, un peu moins immédiatement selon les démocrates.
Les Républicains voulaient récupérer la Sécurité sociale, système à la base de la pérennité de la classe moyenne, pour la confier aux intérêts privés – ce qui est une façon élégante de dire qu'ils voulaient s'approprier une énorme part de l'argent public pour l'investir dans les compagnies mêmes, les IBM, les Boeing, les GM etc., qui exportent nos emplois à l'étranger. Ils veulent que les classes moyennes américaines financent leur propre appauvrissement! Les Démocrates disent non, gardons la sécurité Sociale plus ou moins telle quelle, et laissons cet appauvrissement se produire naturellement.
Actuellement, nous avons une nouvelle série de problèmes épouvantables dans le domaine de la propriété foncière et des dépenses énergétiques.
Dans les deux cas, la dynamique de base, il s'agit pour les transnationales se s'abattre sur l'épargne des classes moyennes. Parce que ces mêmes compagnies financent les campagnes électorales, on n'entend pas beaucoup parler de faire payer l'addition en partie au secteur privé, ou à forcer les compagnies d'énergie à réduire leurs bénéfices indécents pour le bien de tous.
On entendra, en revanche, parler de renflouements sur le dos du contribuable et de diverses absurdités comme la suspension des taxes sur l'essence pendant l'été que propose McCain (une solution amusante – supprimer les impôts encaissés par l'Etat pour pouvoir payer les taxes perçues par les compagnies d'énergie).
Au bout du compte, il y a fort à parier que quand les classes moyennes finiront par toucher le fond, et que cette crise aura encore empiré, la nécessité obligera notre gouvernement civil (s'il en reste quelque chose d'ici là) de faire pression pour qu'on en vienne à la seule solution possible.
"Il va falloir que les entreprises privées américaines réinvestissent dans notre société", dit Sanders, "c'est aussi simple que cela."
Ces campagnes électorales surréalistes que nous avons eues ces derniers temps (ces productions hollywoodiennes de compétitions sportives pompeuses, où on faisait son choix par rapport à la coiffure des candidats, au nombre de décibels et aux campagnes de dénigrement sophistiquées), elles étaient plutôt divertissantes le temps que cela a duré, et étaient sans aucun doute utiles à fournir à des branleurs veinards comme moi des emplois lucratifs*.
Mais on ne peut plus se permettre cela désormais.
Il nous faut quitter ce monde de paillettes et revenir à la vraie politique – et nous lancer dans des débats extrêmement sérieux. Comme: comment empêcher qu'une multitude de gens meurent de faim et de froid. Ou se voient confisquer leur logement, ou leur véhicule.
L'Amérique a longtemps répugné à parler de classes sociales; nous nous plaisions à nous imaginer dans la colonne des nantis, du moins potentiellement, suffisamment en fonds pour pouvoir nous permettre de gâcher notre force politique dans des débats stériles mis en scène, une fois tous les quatre ans, comme des émissions de jeux.
La réalité est bien différente, et c'est peut-être l'année où nous allons tous être forcés de l'admettre.

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Notes sur l'article
La Virginie
Le nord de l'état, proche de Washington DC, abrite des agences gouvernementales (dont la CIA et le Pentagone), de nombreuses sociétés privées sous contrat (juteux) avec l'Etat américain (en particulier avec le ministère de la Défense) et, donc, certaines des grandes fortunes d'Amérique. Six comtés de Virginie font partie des vingt premiers comtés d'Amérique (sur 3142) où le revenu médian est le plus élevé.

"badge avec le drapeau américain": il a été demandé à Obama, dans une interview, pourquoi il n'en portait pas un.
Et il a dû se justifier. Ce qui prouve bien le niveau du débat politique dans les médias.
C'est exactement ce qu'essaie de faire le prez ici: détourner l'attention sur les vrais problèmes en mettant constamment en avant sa vie privée et son mannequin-chanteur.
Jeremiah Wright, un pasteur noir aux opinions radicales: Encore un obstacle dressé devant Obama.
Red states (états traditionnellement majoritairement Républicains) et blue states (majoritairement démocrates)
http://en.wikipedia.org/wiki/Red_st...
Matt Taibbi
A couvert la campagne présidentielle de 2004
En anglais: http://en.wikipedia.org/wiki/Matt_T...
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La "middle class"

Le terme de "middle class" (traduit, pour éviter les lourdeurs, par "classes moyennes") comprend, au bas de l'échelle, les petits cadres, les employés de bureaux, les artisans, les enseignants, etc. et remonte jusqu'à la classe très aisée ("upper middle-class": cadres sup, professions libérales, diplômés de prestigieuses universités, chefs d'entreprise).
La middle-class américaine, selon le modèle choisi, peut recouvrir entre 25% et 73% des ménages.
Ce terme, cependant, représente dans l'esprit des Américains une population qui vit de façon plutôt confortable.
En apparence. Puisque beaucoup repose sur le crédit. Emprunts pour faire des études supérieures et s'assurer un emploi rémunérateur, emprunts pour la maison, pour le (les) véhicule(s), etc. Et donc, les réductions de salaire, l'apparition de problèmes de santé non couverts par l'assurance ou la perte d'un emploi peuvent être dramatiques.
Ainsi, actuellement, la hausse brutale du prix de l'essence les touche de plein fouet. En effet, les classes moyennes s'étant éloignées des centres-villes, elles dépendent souvent quotidiennement de leur véhicule personnel.

Quant aux autres classes sociales, il y a la "working class" - classe ouvrière (ouvriers d'usine, travailleurs manuels sans qualifications, etc.) dont personne, selon Chomsky, ne se revendique vraiment (ceux qui se trouvent tout en bas de l'échelle parlent plutôt en terme de "classes défavorisées).
Et le sommet de la pyramide est constitué par un très faible pourcentage de gens extrêmement riches (classes dirigeantes, PDG d'entreprises, etc.).

Et ce sont ces élites financières qui bénéficient des largesses de l'Etat, que soit sous forme d'exonérations d'impôts ou de droits de succession (un projet gouvernemental qui a été dénoncé par Bill Gates et Warren Buffet, tout de même), de protection des acquis (ainsi la création d'une couverture médicale universelle a toujours été rejetée par les dirigeants politiques à la solde des puissants lobbies) ou bien de contrats juteux (comme en Irak, pour Halliburton ou Blackwater, société militaire privée sous contrat avec le Pentagone, et bien d'autres ).
Les saisies, les expulsions, les faillites personnelles deviennent si courantes que de nombreuses personnes songent au suicide. Certaines passent à l'acte.
Pendant ce temps, la majorité de ceux qui les ont fait plonger ont toujours pignon sur rue. Barbara Ehrenreich, dans l'article ci-dessous (en anglais) suggère plutôt de se relever les manches et de marcher sur Wall Street, comme dans les années trente.
Suicide Spreads as One Solution to the Debt Crisis

Voir cette interview de Noam Chomsky parue dans le Grand Soir
Très intéressant
Il y explique, entre autres (parce qu'il aborde bien plus de sujets), qu'entre les Républicains et les Démocrates, la politique est sensiblement la même, la politesse en moins ou en plus.
Ce qui m'amène à parler de l'Obamania que l'on constate aux US, mais aussi chez nous, hélas.

Mais qui est donc Barrack Obama?

barak-obama-www.jpg

Un pur produit marketing.
Avec "nouveau" écrit dessus, comme pour les paquets de lessive.
Comme Royal a été mise en avant par les socialos parce que c'était une femme, Obama a été propulsé en tête parce qu'il était noir.
Et d'ailleurs, contre qui s'est-il battu pour l'investiture? Contre une femme.
Il aurait été en concurrence avec un homme blanc, l'engouement pour la campagne aurait été bien moindre et quel qu'en soit le vainqueur, la victoire de l'un eût été amère pour ceux du camp adverse.
Deux candidats issus des "minorités" et que les jeux du cirque commencent!
D'ailleurs, la campagne pour l'investiture a été interminable.

Vous voyez, un Noir a pu accéder à la candidature suprême aux USA alors que nous en France … disent les Français.
D'abord, ce n'est PAS un Noir-noir. Il est quand même un peu blanc par sa mère américaine,non?
Est-ce qu'un "tout-Noir", aurait pu être choisi pour l'investiture? Rien n'est moins sûr.
Ensuite, il fait "propre sur lui", mince, élégant (costards - et le reste - de très bonne facture), beau sourire, coiffure nette. Il a l'air honnête et sincère et, ce qui ne gâche rien, c'est un bon orateur et il a du charme.
Voilà pour l'image.
L'emballage, en quelque sorte.
Ce n'est pas un Noir que les Américains éliront éventuellement, c'est un produit formaté et agréé par les multinationales qui versent le pognon (Et les fonds affluent à tel point qu'Obama a renoncé aux fonds publics de campagne).
Obama fait partie du sérail. Il ne se lancera pas dans des mesures sociales farfelues qui fâcheraient les multinationales qui lui font confiance, allez! C'est un bon garçon.

Son programme
Si vous avez suivi la campagne, vous avez bien dû vous rendre compte qu'il n'a strictement rien dit d'important. Clinton non plus d'ailleurs.
Elle a passé son temps à l'attaquer sur des détails (des accusations sordides parfois, d'ailleurs) et lui, à parer les coups.
En meeting, il a soigneusement collé au plus près au public qu'il avait en face de lui, mais sans rien lâcher d'essentiel et de compromettant, surtout.
Voici ce qu'en dit Chomsky dans l'article cité ci-dessus.

"Ceux qui sont derrière Obama, ceux qui gèrent sa campagne, ont créé une image qui n’est, pour l’essentiel, qu’une page blanche. Sa campagne s’appuie sur des termes comme « espoir », « changement », « unité » - autant de slogans creux prononcés par quelqu’un de gentil, qui présente bien, qui cause bien - ce que les commentateurs appellent une « rhétorique gagnante » - et du coup chacun est libre d’interpréter cette page blanche.
Nombreux sont ceux qui croient y lire leurs espoirs d’un changement progressiste. Lors de la campagne, comme l’a très bien souligné le Wall Street Journal, les enjeux n’ont pratiquement pas été abordés. C’est la personnalité des candidats qui compte et qui est mise en avant.
Il est vrai que le soutien à Obama est un phénomène populaire, et je crois que ce phénomène montre la désaffection de la population pour les institutions. Les gens s’accrochent à l’espoir que quelqu’un pourrait défendre leurs idées. Et même si Obama ne l’a jamais confirmé, il ressemble à ce « quelqu’un ».

Exactement.
Mais ce manque de clarté prouve bien qu'il ne veut pas effaroucher l'électorat démocrate habituel, et en particulier les pauvres et les minorités dont il a besoin pour se faire élire.

Mais qu'il n'y a aucune illusion à se faire, cependant:
Il n'y aura pas de révolution sociale;
Pas de couverture médicale universelle;
Pas de changement de politique, ni en matière de défense (n'a-t-il pas voté les rallonges budgétaires pour l'armée, n'est-il pas favorable à l'envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan; ne s'est-il pas déclaré prêt à revoir sa position sur le retrait des troupes en Irak, etc.) ni en matière de justice: il a avoué être partisan de la peine de mort "dans certains cas";
Pas non plus, probablement, de remise en cause fracassante de la torture illégale ou de l'enfermement illégitime de pseudo-terroristes;
Pas de mise en accusation, non plus de Bush et d'autres hauts responsables pour crimes de guerre et abus de pouvoir.
D'ailleurs, Obama n'a-t-il pas récemment voté pour un nouveau projet de loi permettant d'espionner les communications de simples citoyens (FISA)? Et n'a-t-il pas approuvé la décision de la Cour Suprême de rejeter l'interdiction du port d'armes à Washington?
Alors s'il n'est pas élu, ce ne sera pas parce qu'il est "noir", mais parce que les Républicains auront tout fait pour faire élire leur poulain (ils détiennent tous les postes-clés).
Et Obama a toutes ses chances parce que, cette fois-ci, ils se sont choisi un vrai bourrin et qu'il est clair que les gros donateurs de campagne se sont, eux, majoritairement, choisi Obama.
Sans doute pour donner le temps aux Républicains de se refaire une virginité.
Entretemps, vaseline et gomina!

Alors un article titrait récemment: Pourquoi n'y a t il pas un Obama en France?
MERCI bien!
On a assez de soucis comme ça ici, on ne va pas s'encombrer d'un gars pareil, juste parce qu'il est plus présentable que celui qu'on s'est dégotté.
Ah, parce qu'il est NOIR? Mais, quand on a une certaine conscience politique, on ne vote pas pour une couleur de peau, mais pour les idées qu'il y a derrière.
On devrait.
Quant à trouver extraordinaire qu'il y ait un Noir à l'élection présidentielle américaine, je dirais plutôt: il était temps!
La plupart des ancêtres des Noirs américains étaient en Amérique bien avant ceux des autres.