Noces de plombs en Afghanistan
Par emcee le samedi 19 juillet 2008, 20:09 - Moyen Orient - Lien permanent
Les avions militaires américains ont bombardé cinq cérémonies de
mariages.
En Afghanistan.
L'autre guerre coloniale.
L'autre mensonge.
L'autre carnage.
Voici un article de Tom Engelhardt, tiré de Tomdispatch
Posted July 15, 2008.

"Ceux qui s'invitent à la noce: raids américains sur cinq cérémonies
de mariage en Afghanistan".
Histoire courte concernant "jusqu'à ce que la mort nous sépare" des guerres
de Bush.
C'est un événement
familial. Sous le coucher de soleil de carte postale, devant une croix et
un autel beiges édifiés avec la pierre calcaire du Texas qui a également servi
pour la construction du "ranch" familial, tête nue, vêtue d'une robe de mariée
d'Oscar de la Renta, la mariée de 26 ans prononce ses voeux.
Sont présents plus de 200 membres comptant la famille élargie et les amis,
parmi lesquels les 14 "demoiselles d'honneur", vêtues de robes courtes de
styles divers et de sept couleurs différentes qui rappellent la palette de
couleurs des fleurs sauvages du Texas (dans les bleus, verts, lavande et "rouge
rosé").
Sous le chapiteau installé dans un bosquet éclairé par des guirlandes
lumineuses, le père de la mariée, George W Bush, ouvre le bal avec sa fille sur
l'air de "You are so beautiful".
Les médias sont tenus à distance respectable, mais les vœux de mariage échangés
dans l'intimité comprendront sans aucun doute, la phrase: "jusqu'à ce que la
mort nous sépare".
Cela s'est passé au début du mois de mai de cette année.
Moins de deux mois plus tard, à l'autre bout du monde, se déroulait une autre
noce qui rassemblait toute une famille.
De la mariée, nous ne connaissons ni l'âge ni le nom. Aucun reporter ne se
bousculait pour se rendre dans son coin perdu de montagne en Afghanistan près
de la frontière pakistanaise. Nous ne savons pratiquement rien d'elle si ce
n'est qu'elle se rendait à pied dans le village voisin, de toute évidence tôt
dans la matinée, avec un groupe de 70-80 personnes - dont la plupart étaient
des femmes - qui l'escortaient pour aller à la rencontre du marié, comme le
veut la tradition.
C'est alors qu'est apparu un (ou des?) avion américain, veillant à ce qu'elle
ne prononce jamais ses vœux. "Selon ce qu'un témoin a dit à la BBC, "le groupe
s'était arrêté pour se reposer. L'avion a surgi et les a bombardés".
Haji Amishah Gul, le gouverneur de la province a expliqué au "British
Times":
"A ce jour, nous avons enterré 27 personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants. Dix autres ont été blessées. L'attaque s'est produite à 6h30 du matin. Il n'y a que deux hommes parmi les morts, le reste ce sont des femmes et des enfants. La mariée en fait partie.
Les porte-parole de l'armée américaine ont catégoriquement démenti cette
version des faits. Il prétendent que des rebelles taliban "avaient été
'clairement identifiés' dans le groupe". "Rien d'anormal. Leur propagande
habituelle" a déclaré le lieutenant Nathan Perry.
Malgré les récits des blessés, dont des femmes et des enfants, qui ont été
emmenés dans un hôpital du coin, le capitaine Christian Patterson, officier
chargé des médias pour la coalition, persiste à dire:
"Ce n'était pas une cérémonie de mariage , il n'y avait ni femmes ni enfants. On ne nous a signalé aucune victime civile". Dans leurs conclusions, les enquêteurs afghans, désignés par le président Hamid Karzai, diront plus tard qu'en tout 47 civils ont été tués, dont 39 femmes et enfants, et neuf autres blessés.
Voici un autre
échantillon de ce que disent les Américains sur cet incident: "l'armée US a
nié les allégations selon lesquelles ses soldats … ont tué des dizaines de
personnes au cours d'une cérémonie de mariage … 'Nous avons essuyé des tirs
hostiles et nous avons riposté' a déclaré le général de brigade General Mark
Kimmitt, directeur adjoint des opérations … Il a ajouté qu'il n'y avait aucun
signe que les victimes faisaient partie d'une noce".
Oh, au temps pour moi. Kimmitt niait, en fait, que les invités d'une autre noce
avaient été décimés (c'était en mai 2004, dans le désert occidental en Irak,
près de la frontière syrienne). Dans ce cas-là, la noce était terminée depuis
longtemps. Les festivités terminées, les invités étaient de toute évidence
couchés quand les avions US sont arrivés. Il y avait eu plus de 40 morts, parmi
lesquels des femmes et des enfants, des musiciens et un célèbre chanteur
irakien spécialiste des mariages qui avait été engagé pour la
circonstance.
D'après Rory McCarthy du "Guardian", qui a
interviewé certains des blessés à l'hôpital, 27 membres d'une seule famille
sont morts à la suite du raid aérien.
En réponse aux rapports sur ce massacre de 2004, le Général de division James
Mattis, a posé la question suivante: "Combien de personnes se rendent en
plein désert à une centaine de kilomètres de toute civilisation pour célébrer
un mariage?"
Et dans un e-mail où il répondait aux questions d'un reporter du New York
Times, le général Kimmitt
formulait plus tard ce qui, selon les normes de l'armée US, pouvait
ressembler à un aveu … :
"Etait-il possible qu'il y ait eu une quelconque célébration? Certainement. Les
crapules font aussi la fête.
Aurait-il pu s'agir d'une rencontre entre combattants étrangers et passeurs? C'est une possibilité.
Aurait-il pu y avoir en même temps une fête? Certes. Néanmoins, une noce qui a lieu dans un coin perdu du désert sur une ligne où sont acheminés les clandestins met la naïveté à rude épreuve".
Ces remarques de Mattis et de Kimmitt méritent, bien entendu, de figurer
directement dans les annales des citations célèbres de l'armée US, juste à côté
de ce classique de l'époque vietnamienne: "Il était devenu nécessaire de
détruire la ville pour la sauver".
Mais revenons aux dommages collatéraux de la noce en Afghanistan.
Voyez ce passage d'un article du Guardian dont le titre est: "Aucune excuse
de la part de l'armée US pour le pilonnage de la noce"
"Les Afghans affirment que les invités de la noce, qui fêtaient l'événement près du village d'Deh Rawud, dans la région montagneuse du Oruzgan, au nord de Kandahar, avaient tiré des coups de feu en l'air (une tradition Pashtun lors d'un mariage) quand les avions américains les ont attaqués. Mais un porte-parole américain a décrété hier que ces tirs n'étaient pas cohérents avec l'esprit d'une noce, affirmant que c'était les avions qui avaient été visés. 'Normalement, des tirs de joie partent dans toutes les directions; ils ne visent pas une cible spécifique', explique le colonel Roger King de la base aérienne de Bagram. 'Dans cette affaire, ceux qui étaient dans l'avion ont eu l'impression d'être traqués et pris à partie par les tirs'".
C'est ça l'Afghanistan (pas en juillet 2006, cependant, mais quatre ans
auparavant, quand au moins trente personnes qui assistaient à un mariage
avaient été massacrées, la plupart d'entre elles étant, à nouveau, semble-t-il,
des femmes et des enfants).
Voici comment Abdullah Abdullah, le ministre des Affaires Etrangères afghan de
l'époque a décrit l'attaque aérienne américaine: "Elle a tué toute une
famille de 25 personnes. Personne n'a été épargné. Voilà quelle est l'étendue
du désastre.
Oh, et puis, n'oublions pas le tout premier massacre perpétré lors d'une
noce dans les guerres de Bush.
Vers la fin décembre 2001, un bombardier B-52 et deux B-1B, qui utilisaient des
armes de précision, ont rayé de la carte tout un village dans l'est de
l'Afghanistan (et ensuite, au cours d'une seconde attaque, ont abattu les
Afghans qui creusaient les décombres).
A l'époque, il avait été déclaré que des Taliban et des chefs d'Al-Qaida
avaient été tués "dans leur sommeil". Il avait été également soutenu que des
missiles anti-aériens avaient été tirés sur les avions américains. Un
porte-parole du commandement central américain publiait un message de
satisfaction après l'attaque ainsi formulé: "les rapports qui ont suivi
indiquent qu'il n'y a eu aucun dommage collatéral".
Sauf, bien sûr, comme l'a écrit Rory Carroll, à l'époque correspondant en
Afghanistan pour le "Guardian":
"Des chaussures, des jupes d'enfants, des cahiers maculés de sang, le cuir chevelu d'une femme avec des nattes poivre et sel, des caramels enveloppés dans du papier rouge, les décorations pour des noces. La chair carbonisée dont les morceaux noircis restaient collés aux décombres aurait pu être celle des acolytes de Ben Laden mais les survivants ont affirmé qu'il s'agissait de ce qui restait des agriculteurs, de leurs femmes et de leurs enfants, et des invités de la noce."
En fait, d'après Tim McGirk du Time Magazine, sur les 112 Afghans qui
faisaient partie de la noce, seules deux femmes avaient survécu. En ce cas
précis, il semblerait que les Américains avaient reçu de mauvais renseignements
d'un responsable afghan qui cherchait à régler ses comptes et avaient agi en
conséquence.
On arrive ainsi à quatre célébrations de mariage décimées grâce à la puissance
aérienne américaine en Irak et en Afghanistan depuis fin 2001. Et il y en a
probablement eu au moins un de plus.
En mai 2002, on avait dit que les hélicoptères américains avaient tué dix
personnes qui participaient à une noce et en avaient blessé beaucoup d'autres.
Un communiqué de l'Agence France Presse de l'époque révélait:
"Il y avait un mariage dans le village. Quand les invités ont tiré des coups de feu en l'air pour fêter l'événement, les hélicoptères américains qui survolaient le secteur se sont peut-être imaginé que c'étaient des tirs hostiles. Un avion a ensuite bombardé le secteur pendant plusieurs heures."
Sur cet incident, toutefois, on a beaucoup moins d'informations.
Tous ces "incidents" ont en commun certaines caractéristiques:
Les déclarations quasi-instantanées de l'armée américaine, par exemple, selon
lesquelles ceux qui avaient été touchés étaient des ennemis, et non pas les
participants à une noce;
Le refus de reconnaître d'avoir provoqué une hécatombe en la reléguant au rang
de "dégâts collatéraux" ordinaires en temps de guerre;
et, surtout, le fait le plus frappant c'est que, pour aucun de ces massacres
qui concernaient des personnes en fête, les Etats-Unis n'ont présenté d'excuses
sincères.
Les médias traditionnels tendent à reprendre de tels événements comme des
"on dit que".
Bien entendu, "on" ne dit en réalité plus rien, puisque "on"
est mort. Mais vous saisissez l'idée. Comme pour le plus récent bombardement
d'une noce en Afghanistan, les articles sur le sujet (en général des dépêches
d'agences) sont relégués dans les pages en fin de journal, celles que
pratiquement personne ne lit.
En fait, l'article de base sur le massacre de personnes qui célèbrent un
mariage se retrouvera sans aucun doute mélangé dans le bref résumé d'autres
événements concernant des victimes ou des événements dramatiques dans la région
en question.
Les termes employés pour décrire les événements sont en général anodins, et
dans le style de l'armée, édulcorés (sauf dans de rares occasions comme dans
les excellents articles de Caroll dans le "Guardian".
Nous, Américains, n'avons connu qu'une seule expérience de massacre par frappe
aérienne depuis la Seconde Guerre Mondiale, les attentats du 11 septembre. Et
vraisemblablement personne n'est prêt à oublier cet épisode, car il nous a
bouleversés au plus profond de nous-mêmes. Et vous savez à quel point ces morts
ont été médiatisées, jusqu'aux pages spéciales remplies de biographies de
personnes qui se sont trouvées au mauvais endroit au mauvais moment, avec les
rappels constants de la sauvagerie des tueurs d'Al-Qaida (et c'était vraiment
de la sauvagerie).
Ces célébrations de mariages, cependant, ne reçoivent pas une telle
attention.
Au départ, elles sont automatiquement considérées comme suspectes – jusqu'à ce
que des comptes-rendus nous parviennent au compte goutte depuis les hôpitaux,
les villages dévastés, et les cimetières, mais alors, le temps que
l'information parvienne jusqu'à nous, il est souvent trop tard pour que la
presse s'y intéresse. Et quand cela arrive, leurs morts sont mises sur le
compte d'une
bombe tombée par erreur ou bien dues à ces salves de joie destinées à fêter
le mariage, ou bien encore il n'y a pas d'explication du tout.
Rien de barbare là dedans, même si on peut avoir la certitude que ces civils
n'étaient guère moins surpris que les victimes du 11 septembre.
Pour leurs morts, il n'y a pas eu de récit de leur vie. Personne dans la partie
du monde où nous vivons ne songe à les honorer, ni à archiver leur mort. Des
familles entières ont été décimées, les morts et les blessés se comptent par
centaines, mais qui s'en soucie?
La vérité, c'est ceci: dans les guerres de Bush, le chanteur de la fête meurt,
la mariée n'a aucune chance de se faire la belle, et la noce pourrait s'appeler
"mon grand, mon énorme mariage à dommage collatéral".
Et c'est ainsi que nous sommes devenus un peuple qui s'immisce dans les
cérémonies de mariages, des intrus qui se pointent sous de faux prétextes,
dévastent tout, sans présenter l'ombre d'une excuse, et qui refusent de
retourner chez eux. C'est un bilan extraordinaire, vraiment, et qui montre la
nature de la guerre
aérienne de l'administration Bush non pas contre le terrorisme mais pour
semer la terreur d'une façon particulièrement brutale. Et cependant, ici, au
terme de la toute dernière cérémonie nuptiale, aucun journaliste n'a eu,
semble-t-il, la moindre pensée pour notre passé de destructions de célébrations
de noces.
Ainsi va la vie.
Tom Engelhardt, editor of "Tomdispatch.com", is co-founder of the
American Empire Project and author of "The End of Victory
Culture".
NB: les liens dans le texte renvoient à des articles
(intéressants) en anglais.
Notes et références:
Reportage sur un de ces massacres
Afghanistan: ces noces sanglantes de Kakarak dont on ne doit rien
savoir
14 août 2002
... Femmes afghanes
en burqa ... 
Une de ces deux photos a été prise sous le règne des talibans, l'autre
après la "libération".
On voit bien l'amélioration au bout de sept ans!
Les photos ont été prises ici:
LA TRAGÉDIE
AFGHANE - CHRONOLOGIE / HISTOIRE
D'autres photos ici
Afghanistan: le point sur les forces déployées
Par Marie Simon, mis à jour le 01/04/2008
Afghanistan Is Not a Good War by Ron Jacobs / July 19th, 2008
Commentaires
vive la vie!!!
vive la vie!!!
Quand je pense que les chances pour que ce soit le gouvernement américain lui-même qui ait orchestré les attentas du 11/09( certains hauts dirrigeants U.S en fonction à l'époque parlent de manoeuvres militaires concernant; prise d'otages à bord d'un avion de ligne, et écrasage sur un des sites pillier de l'économie mondiale et centre de documentations de certaines agences américaines)je me rend compte de ce que ce gouvernement fasciste est capable de faire assumer à son propre peuple; j'ai peur de seulement imaginer ce qu'il est capable de faire subir à quelque peuple, ethnie, région que ce soit, pour arriver à ses fins déplorables.merde...
Emcee, c'est si bien raconté. Tu étais sur place au moment de l'événement ?
As-tu déja rencontré beaucoup d'afghans et de taliban ?