L'Islam en est-il véritablement resté au XIIe siècle pour ce qui est des droits des femmes?

Avant le 11/09/01, les médias reléguaient les articles sur les femmes dans les sociétés islamiques à la fin du journal et dans les pages d'infos locales. Depuis 9/11, ces mêmes articles paraissent à la une en énormes caractères.
Ce changement de discours a coïncidé avec le lancement de la "guerre mondiale contre le terrorisme" de Bush, où les va-t'en-guerre divers et variés se sont mis à se servir de la condition féminine dans la religion islamique pour illustrer la prétendue duplicité de nos "ennemis", et pour justifier une série d'"interventions" militaires (à savoir des invasions) par les forces occidentales.
Aux Etats-Unis, pratiquement tout le monde est actuellement convaincu que la plupart des femmes dans les sociétés islamiques sont en butte à une persécution atroce et que c'est entièrement dû à la religion musulmane.
Mais ces affirmations ne reposent sur pratiquement rien de solide (on nous abreuve essentiellement de reportages détaillés sur des atrocités commises dans des états théocratiques comme en Arabie Saoudite et en Iran, même si les musulmans de ces pays ne représentent que 6% de l'ensemble des populations musulmanes).
Si vous demandez à l'Américain moyen comment il en est venu à être persuadé que les femmes souffrent énormément dans les sociétés islamiques, il vous répondra: "Mais, tout le monde sait ça!".
Mais il n'y a, à ma connaissance, aucune donnée empirique indiquant qu'une majorité islamique seule implique davantage l'assujettissement des femmes que d'autres co-variables comme le développement économique, la possibilité d'être élues, une culture politique attachée à l'Etat de droit ou leur accès aux études supérieures.
En d'autres termes, on compare bêtement la condition des femmes en Arabie Saoudite et en Suède pour justifier de la supériorité occidentale, mais on n'entend guère d'arguments fondés sur l'idée que les femmes dans les sociétés islamiques "traditionnelles" connaîtraient un statut social inférieur à celles qui vivent dans les communautés orthodoxes chrétiennes, juives ou hindoues. Pensez à l'Eglise orthodoxe orientale, qui regroupe la plus grande communauté chrétienne du monde.
Ou voyez la République Démocratique du Congo, où les femmes sont sans doute encore plus maltraitées qu'ailleurs, et où il y a 80% de chrétiens et 10% de musulmans.
Ou bien allez dans l'Utah, où des dizaines de milliers de fondamentalistes mormons estiment que les femmes sont littéralement la propriété de leurs pères et de leurs maris.
Bien sûr, les fondamentalistes mormons représentent l'exception qui prouve la générosité infinie et l'égalité qui règnent dans les pays occidentaux, alors que toute décision de justice caricaturale et ignoble prise contre une femme par la famille Saoud est inlassablement décrite comme le symbole de toute la culture islamique.
Comparer le "monde musulman" au reste du monde pose un problème de rationalité – comment peut-on ne considérer, au sein d'une société, que le rôle de l'islam, sans prendre également en compte les dizaines d'autres paramètres qui peuvent peser sur le destin des femmes?
J'aurais pensé, par exemple, que l'économie d'un pays jouerait un rôle bien plus déterminant pour l'émancipation des femmes que la religion de son peuple. Un certain nombre d'études montrent que dans les économies de services et d'industrie (c'est-à-dire celles des états riches), les femmes bénéficient d'autonomie et de liberté individuelle, de droits civils et politiques et ont accès aux études supérieures.
Cela, grâce à la valeur de leur travail à l'extérieur de chez elles, dans la population active. Les femmes qui gagnent leur propre salaire dans le monde du travail exigent les pleins droits politiques et les protections sociales légales.
Dans les économies pauvres, avec un secteur agricole important et où beaucoup dépendent pour vivre de l'extraction des matières premières (exploitations pétrolières ou minières), la situation des femmes est souvent bien plus difficile, parce que la valeur de leur travail est plus importante si celui-ci se fait sous la contrainte et si elles doivent rester cloîtrées près de chez elles.
Ces destins différents de femmes dans divers pays s'expliquent par la structure économique et non pas par le "choc des civilisations". C'est la deuxième thèse que je trouve la moins crédible.
Aucun de ces arguments n'est une défense de l'islam, ou de la place que les femmes y occupent (j'ai peu d'attirance pour la religion, quelle qu'elle soit, et certainement aucune envie de me poser en défenseur d'une quelconque religion, de ses rites et de ses coutumes).
Il s'agit ici de démontrer que nous avons des notions floues sur la question et que nous avons tendance à idéaliser l'Occident "libéral".
Le 8 mars, c'était la journée internationale des femmes, et un nouveau sondage d'opinion a été publié pour l'occasion. Les conclusions vont, sans aucun doute, en étonner plus d'un.
D'après une nouvelle enquête de WorldPublicOpinion.org réalisée dans 16 pays du monde, il y a une majorité écrasante de sondés pour dire qu'il est important que les femmes "aient l'égalité totale des droits" et la plupart répondent que c'est très important. Et ceci est vrai aussi bien dans les pays musulmans que dans les pays occidentaux.
Dans presque tous les pays, la plupart des gens ont conscience qu'au cours de leur vie, les femmes ont eu accès à une plus grande égalité. Néanmoins, l'immense majorité souhaite que leur gouvernement et l'ONU jouent un rôle plus actif pour lutter contre la discrimination sexuelle.
La défense de l'égalité des droits hommes-femmes est très forte dans les pays musulmans. Une large majorité des sondés dit que c'est important en Iran (78%), en Azerbaïdjan (85%), en Egypte (90%), en Indonésie (91%), en Turquie (91%) et dans les territoires palestiniens (93%).
Ce n'est pas une surprise pour moi, mais je ne me serais pas laissé embobiner non plus avec le "péril jaune" ou la "menace communiste" des générations précédentes.
La classe politique américaine ne s'est pas soudain découvert par hasard un solide intérêt pour l'égalité des femmes. Comme pour la promotion des droits de l'homme pendant la Guerre Froide, il y a un objectif géopolitique à cela.
Les Etats-Unis sont dans un état de guerre permanent depuis les années 40 (si nous ne sommes pas dans une guerre "chaude" (réelle) notre société est toujours sous la menace constante des gros nuages qui s'amoncellent et nos dirigeants politiques sont trop heureux de nous servir cette version tant qu'elle paie politiquement.
Mais ce n'est pas suffisant d'être simplement sous la menace confuse d'adversaires lambdas (ce serait de la géopolitique de base), nous nous battons de façon permanente pour notre survie contre des forces qui sont totalement pernicieuses et qui n'ont qu'un but: notre anéantissement total.
C'est devenu un aspect central de la culture politique en Amérique. Nous avons connu un glissement de la Seconde guerre mondiale vers la guerre froide puis la guerre contre la drogue pour finir par la guerre contre le terrorisme, et pour chaque épisode, la cruauté pure de nos ennemis a été le thème récurrent, comme l'a été notre capacité à ignorer les mêmes exactions quand elles étaient commises par les Etats-Unis ou ses alliés.
Et maintenant, nos ennemis sont les sinistres populations basanées du monde musulman, avec leurs coutumes effrayantes et étranges et leur prétendue tendance à l'islamo-fascisme.
Le problème avec ce scénario est clair: le monde occidental majoritairement chrétien a beaucoup plus d'influence politiquement et économiquement que le "monde musulman" (dont la majorité s'est délivrée du colonialisme il y a à peine 50-75 ans) et, plus clair encore, il a des centaines de milliers de troupes postées sur le sol de plusieurs pays à prédominance musulmane, alors que l'inverse n'existe pas.
En d'autres termes, la "menace" d'une invasion islamique de l'Occident est tout aussi réaliste que le risque que ma douce grand-mère puisse un jour massacrer Mike Tyson.
C'est là qu'entre en jeu la fascination sans bornes (et relativement récente) qu'on porte aux épreuves que subissent les femmes dans les sociétés musulmanes.
La totale perfidie de l'Islam (son obscurantisme présumé, son fondamentalisme soumis, sa brutalité envers les faibles, et surtout, ses visées expansionnistes) est nécessaire (et parfaitement adapté) au scénario sur la guerre contre n'importe quelle cause, et qui, donc, d'après moi, mérite qu'on s'y intéresse de plus près.
Réfléchissez un instant à la phrase qu'on entend constamment actuellement, à savoir "l'islam en est resté au XII°s", et qui implique que la participation des femmes à la vie civique est un critère essentiel.
Ici, ce n'est pas tant pour dire que l'islam est un système injuste, mais pour insinuer que l'"Occident", lui, a connu d'énormes avancées au XIII°s.
La vérité est que le suffrage universel a été instauré en 1979 en Iran, cinq ans avant que les femmes du Liechtenstein n'obtiennent le droit de vote. Il a été instauré en 2000 au Bahrayn, 12 ans après que la Cour Suprême en Suisse a ordonné au canton obstiné d'Appenzell Innerrhoden d'accepter le droit de vote pour les femmes.
Les Portugaises ont obtenu le droit de vote en 1976, les femmes en Suisse en 1971 (les deux après ma naissance) et c'est dans le courant de la vie de ma mère, enfant du baby boom, que les femmes en Italie, en Belgique et au Japon ont obtenu le droit de vote.
En ce qui concerne la participation des femmes à la vie publique, certaines parties du monde musulman (eh non, il n'est pas monolithique) ont quelques décennies – et non pas "siècles" – d'écart avec l'occident.
Y a-t-il des preuves que le monde musulman n'a pas progressé? Pas du tout; en ce début de siècle le droit de vote a été accordé aux femmes au sultanat d'Oman, au Koweït, au Qatar et dans les Emirats Arabes Unis.
Des mouvements pour les droits des femmes existent dans tous les pays du monde; jamais nulle part les femmes n'ont obtenu de droits sans luttes.
Et si on compare ce qui est comparable, parmi les pays occidentaux développés, les Etats-Unis ne sont guère en position de critiquer quiconque sur la condition féminine. Nous sommes au 71° rang mondial pour le pourcentage de femmes à avoir un mandat électif, avec à peine 16% de femmes.
C'est un rang nettement inférieur non seulement à celui de la plupart des pays européens, mais c'est une bien piètre performance aussi par rapport au Soudan, au Pakistan, aux Emirats Arabes Unis et en Ouzbékistan.
Selon le Wall Street Journal, à expérience et qualifications égales, les femmes gagnent 16% de moins que les hommes au niveau mondial. Aux Etats-Unis, l'écart de salaire hommes-femmes atteint 22%.
Une étude réalisée par des chercheurs de l'Université de Californie montre que les femmes occupaient seulement 11% des sièges dans les conseils d'administration des entreprises privées dans cet état de Californie si libéral et détenaient environ un poste de direction sur 12.
Et comme je l'ai dit dans un autre article, alors que l'économie a énormément bénéficié de l'arrivée massive des femmes sur le marché du travail, notre société de libre entreprise a bien moins réussi que pratiquement tous les autres pays du monde (y compris ceux qui sont censés être "arriérés") à s'adapter à la population active moderne.
D'après le Harvard's Project on Global Working Families (Projet de Harvard sur les familles qui travaillent dans le monde), les Etats-Unis sont parmi les cinq pays sur 168 où les femmes ne bénéficient pas de congé de maternité obligatoire sous une forme ou une autre.
Sur ces cinq pays, le seul autre pays développé, c'est l'Australie, où les femmes ont droit à un congé parental d'une année entière dans solde. Ce qui place les Etats-Unis (le pays le plus riche de la planète) dans la même catégorie que le Lesotho, la Papouasie Nouvelle Guinée et le Swaziland.
Alors, tu as peut-être fait beaucoup de chemin, petit chéri occidental, mais tu n'es pas encore rendu, ni même près de l'être.
En résumé, augmenter la participation des femmes dans la vie civique, politique et économique c'est un noble combat, et un combat extrêmement important. Mais s'attacher essentiellement à la condition féminine dans les pays islamiques soit pour éviter de se poser des questions sur l'infamie de nos propres inégalités soit pour justifier l'hégémonie occidentale, ce n'en est pas un.

Joshua Holland is an AlterNet staff writer.
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Notes et références

Tout n’est pas binaire donc, comme on veut bien nous le faire croire. Les « pays musulmans » ne sont pas une pâte homogène faite d’archaïsmes, de totalitarismes, de terrorisme opposée à la pâte occidentale faite de démocratie, de solidarité, de liberté et d’égalité.
Alors, il faudrait sortir des idées toutes faites, ne pas parler pour ne rien dire ou répéter ce qu'on a entendu et vaguement assimilé, et qui nous conforte dans nos préjugés.

Quelques liens: Betty Crocker, Not Bin Laden
Article par Doris Bittar, une Libanaise qui habite aux US depuis le milieu des années 60.
Elle parle de la condition féminine dans le monde arabe (en anglais). Intéressant.
Le monde musulman:
Au-delà des fantasmes, les chiffres
Et une analyse rare des régimes arabes et des mécanismes qui empêchent les évolutions. Monde Diplo.
Les régimes arabes modernisent... l’autoritarisme
La famille Saud et les Bush: une longue amitié (en anglais)

Droit de vote et parité en France et en Europe. Curieusement, on constate qu'à l'issue des dernières législatives, le pourcentage des femmes siégeant à l'assemblée nationale est de 13,9% (moyenne européenne: 22,4%). En Suède, ce taux est de 45, 3%! Voir ici
L'avortement à travers le monde
L'Iran, ce n'est pas le Pérou, mais il existe une opposition, même si elle est sous haute surveillance, voire réprimée.
Communiqué de protestation contre le refus de visa opposé à Tamara Farid, membre de la Ligue Etudiante des Droits Humains, invitée à participer à la Journée mondiale des Femmes en France pour témoigner de la situation de la jeunesse féminine irakienne. 10 mars 2008.
Vous en avez entendu parler?
Les conditions de vie des femmes en Pologne de plus en plus catastrophiques
Les femmes du Congo face aux séquelles des viols

Femmes dans la politique en France
Le gouvernement français est composé d'un certain nombre de femmes (presque moitié-moitié).
Deux servent d’alibis, de potiches et de gravures de mode dans les voyages officiels, dont une est complètement caractérielle, une autre s'est entourée de cathos, dont un prêtre, celle de l'économie nous raconte des salades avec aplomb, une est à la santé ce que Mireille M. aurait pu être à la culture, et celle de la culture, personne ne connaît son nom – et d'ailleurs, cela n'a aucune importance. Etc.
Elles n'ont pratiquement aucun pouvoir puisque leurs déclarations sont désavouées dans les heures qui suivent.
Des femmes aussi sectaires, incompétentes et menteuses que leurs homologues masculins. Une parité pratiquement exemplaire, il est vrai. Rien à dire là-dessus.
En voici, par exemple, une qui gère son ministère comme on gère une paroisse. Christine B. recrute un prêtre catholique et une femme membre des commandos anti-avortement
Dans cet article, on lit, entre autres:

Au-delà de ses propres engagements, Mme Boutin s’est entourée de personnalités connues pour leur proximité avec des mouvements catholiques conservateurs. C’est le cas de son directeur de cabinet, le préfet Jean-Paul Bolufer, issu de la droite catholique dure et militante, réputé pour ses prises de position contre l’avortement ou l’homosexualité.
C’est également le cas de Christine de Chefdebien, sa conseillère technique chargée de la politique de la ville et des relations avec les acteurs locaux. En 1992, elle avait été condamnée à quatre mois de prison avec sursis et 3 000 francs d’amende - une peine ramenée en appel à 5 000 francs - pour avoir participé à un commando anti-avortement dans le service gynécologique du centre hospitalier de Pau.

L'Eglise Catholique Romaine assise à la droite du président.
« Emmanuelle Mignon, 40 ans (…) signant plusieurs des discours les plus controversés de Nicolas Sarkozy sur la religion : à Saint-Jean-de-Latran, à Riyad (Arabie saoudite) et devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Un triptyque détonant qui fait craindre aux laïques que Dieu lui-même ait pris ses quartiers à l'Elysée ».
Extrait de : Emmanuelle Mignon, la mère supérieure de l'Elysée
Le Monde, 22.02.08
L’offensive calculée de l’enseignement catholique contre la laïcité

Laïcité et religions.

Si les imams et autres rabbins s'engouffrent dans une brèche, c'est que celle-ci aura été déjà largement ouverte par tous les cathos déjà dans la place et qui ont l'oreille du petit chef.
Mais, malgré cette évidence, on joue à se faire peur avec l'invasion musulmane, les terroristes armés jusqu’aux dents et on monte en épingle tout incident ayant trait à la religion musulmane, en occultant le reste, menace bien plus crédible et dont la mise à exécution est bien plus imminente.
Tout le monde derrière le drapeau de la laïcité et derrière le président qui fait pourtant entrer sciemment les loups les plus féroces dans la bergerie. Mais qu'importe: "mission accomplished", nous, la gôoche, c'est pour la laïcité et la défense des femmes opprimées, évidemment.
Y a-t-il eu des pétitions sur cette ingérence dans les affaires publiques par l’Eglise? Des actions de grande envergure dans les médias, des unes assassines, des levées de boucliers de tous les laïques convaincus que compte la France en certaines circonstances?
Bien sûr que non.
Tout cela est passé à l'as, sauf par les vrais défenseurs de la laïcité, que personne n’écoute. Mais si un imam franchit le perron de l'Elysée, tout ce beau monde bien conditionné grimpe aux rideaux.
On a les choix qu'on mérite. En toute absence de conscience.
Je lis fréquemment dans les commentaires :"On s'était débarrassés ses curés, on ne va pas se faire dicter les lois par les imams ».
Il faudrait peut-être utiliser sa tête avant de se jeter sur le clavier.
"Débarrassés des curés?" Même pas en rêve!
Comme on l’a vu, n'est-ce pas D’ABORD notre président qui fait sans cesse référence à la religion, qui demande un retour à la morale religieuse, qui place le prêtre au dessus de l'instituteur, qui fait des discours devant toutes les congrégations religieuses en multipliant les provocations, qui attise les haines raciales, parle du «manque d'imagination et de courage des peuples méditerranéens» et qui encourage avec insolence l’installation d’écoles catholiques dans les quartiers difficiles avec les sous du contribuable alors que, par ailleurs, il coupe les vivres à l’Ecole publique?
Ne sont-ce pas ses affiliés qui demandent qu’on revienne, par pure idéologie réactionnaire et stupidité fondamentale, à la blouse grise, à la non-mixité des années 50 (au nom du père, du fils et de la « modernité »), entre autres joyeusetés?
Alors, c'est comment, le XXI° siècle, si ce n'est un retour au XIX°s, voire au Moyen âge, qui arrange tous les bénis oui oui et les obscurantistes de tous poils?
Vous n'avez pas l'impression, peuple de France si fier de vous et de l"exception française", d'être aussi con que l'Américain de base qui a cru aux armes de destruction massive et à la restauration de la liberté, de la démocratie et de la libération des femmes en Irak?
Et encore, quand on n'a pas de culture politique, qu'on n'a pas le recul ni les moyens nécessaires pour juger, on est, limite, excusable.
Ceux que je n'excuse absolument pas, ce sont ceux à gauche qui dirigent (ou militent dans) des partis politiques et qui crient avec les loups, tout en récitant le même chapelet de récriminations qui constituent leur fonds de commerce depuis des décennies afin de faire venir les électeurs et compter leurs moutons.
Et puisqu'on parle de laïcité, je vais un peu rafraîchir la mémoire de ceux qui en parlent le plus sans en savoir plus que les autres.
Quelques précisions lexicales tout d’abord
Athée : Qui nie l'existence de Dieu. (Jusque là, ça devrait aller. Quoique)
Agnostique : Qui pense que l'absolu est inaccessible, et qui est donc sceptique vis-à-vis de la religion et de la métaphysique.
LAÏCITÉ. Principe de séparation dans l'État de la société civile et de la société religieuse. La laïcité est un des grands principes sur lesquels repose, avec l'obligation et la gratuité, l'enseignement public français.
Le principe de la laïcité n'est pas absolu : l'Alsace et la Lorraine demeurent sous le régime du Concordat de 1801.
Donc, évidemment : Contrairement à ce que l’on pense communément, on peut être profondément laïque ET croyant. De même que ce n'est parce qu'on est athée qu'on est automatiquement laïque.
Mais je ne l’apprends à personne ici. Hein?

Rappel de certains textes
(extraits)
Article 1er de la loi du 9 décembre 1905 " concernant la séparation des Eglises et de l'Etat" : " La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public ".
Treizième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 : " La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'Etat ".
Article 1er de la Constitution du 4 octobre 1958 : " La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ».
La laïcité est un ordre institutionnel, pas une philosophie anti-religieuse.
C'est ainsi que l'ont conçue les législateurs à une époque où les pratiquants étaient autrement plus nombreux et où les tensions étaient exacerbées entre le camp des laïcs et celui des religieux.
Dans son bilan de cent ans de laïcité, la ligue de l’Enseignement rappelle : « La Loi de 1905 (...) ne marque pas le triomphe de la République laïque sur l’Eglise catholique ; elle traduit une volonté de pacification dans un contexte d’affrontements (...). Sa seule finalité est de régler les conditions de l’exercice des cultes au sein de la République ».
Une loi élaborée par des sages, en quelque sorte.
Le contrat social laïque .
Le régime applicable aux cultes depuis 1905 garantit pleinement le respect égal de la liberté de conscience aussi bien pour les croyants que pour les athées et les agnostiques, l'égalité entre les cultes et la neutralité de l'Etat, notamment de ses services publics, à leur égard.
Lorsque la République inscrit la laïcité à l'article 2 de la Constitution (et dans le Préambule), elle admet qu'il y a pluralisme de convictions ou de religions, qu'elle n'en favorise aucune et qu'elle se met en mesure de régler les problèmes de leur expression et de leur tolérance mutuelle.
Sphères publiques et privées.
La Loi de 1905 définit trois espaces (et non pas deux, comme on l'entend communément), dont les frontières ne sont pas forcément étanches et stables:
L’espace privé (intime) de l’individu et de la famille,
L’espace public social (lié à la société civile),
Et l’espace public civique (de l’Etat).
Ce n’est donc pas si simple, contrairement à ce qu'on veut le croire, dans une société qui devient de plus en plus binaire:
Les religions, comme les autres groupes sociaux s’expriment à la fois dans l’espace privé et dans l’espace public social (associations, manifestations, ports de signes religieux ...).
Ce qui est de l’ordre de l’intime (choix privés religieux, mais aussi sexuels, ou culturels) peut devoir être affiché de façon collective (plus ou moins durable) dans l’espace social pour combattre des inégalités ou une discrimination. Et cela peut se traduire par l’exigence de représentation de la communauté discriminée dans l’espace civique.
Et c'est là qu'intervient l'Etat, soumis au contrôle du juge.

Cette loi est le fruit d'une réflexion de longue haleine - et non pas, comme le sont les lois actuellement, une décision prise sur un coup de tête au gré de l'actualité ou sous la pression populaire populiste de la population manipulée par des machiavels aux petits pieds.
A contrario, il a fallu bien des conflits et bien des armistices pour en arriver à la loi de 1905.
Alors, à vouloir changer les lois au coup par coup, on les vide de leur substance et soit, on les rend inapplicables, et donc caduques, soit arbitraires.
A demander que ce gouvernement change les lois existantes, c’est faire confiance au diable pour créer le paradis sur terre.
Et ça me fait vraiment bouillir de voir combien d'ignorants et d'imposteurs se prévalent de cette loi sur la laïcité pour influer ou légiférer sur des textes qui vont justement servir à la vider de leur sens.

Avec le principe de laïcité, c'est l’Etat qui est la source unique de la loi et du droit (Code Civil ).
Les religions n’interfèrent pas dans l’établissement des lois et du droit.
Ou du moins, c'était le cas général jusqu'à présent.
Le président (celui qu'on a eu le bonheur de se dégotter grâce à l'incurie conjointe de tous les partis politiques réunis), lui, a une toute autre idée et, tôt ou tard, il y arrive.
Avec la complicité active ou passive d'une écrasante majorité de Français.
Eh oui, même de ceux de "gauche de gauche", hélas.
Surtout pas aller à contre-courant des émotions populaires. Il faut dire qu'il y a tellement peu de mesures qui soulèvent et indignent les foules aujourd’hui …
Alors, ce beau consensus, ça fait rêver.

Pour l'"affaire du voile", en 1989, Jospin avait, après avis du conseil d'état, , émis une circulaire, sachant que la laïcité impliquait la neutralité de l'Etat, de ses fonctionnaires, des programmes d'enseignement et de ses locaux, et que n'y figuraient pas ces impératifs pour les usagers, dont les élèves à qui était garantie la "liberté de conscience". (NB : les laïques purs et durs, eux, englobent les élèves dans la notion de neutralité, ce qui n’est pas clairement inscrit dans la loi – d’où les confusions et les divergences).
En 1994, la circulaire Bayrou faisait la différence entre signes religieux "discrets" et signes "ostentatoires".
Jésuite et discriminatoire. Et inapplicable, en fait, à moins de définir une certaine taille et de se promener avec une règle dans la poche, ce qui confine au ridicule.
C'est en 2004, alors que les esprits s'apaisaient (on ne dénombrait plus que 150 cas environ de « foulards » en France) qu'a été votée la loi sur les signes religieux à l'école après une commission Stasi fort médiatisée (et dont les autres conclusions avaient fort peu été écoutées, mais qui s’en préoccupe? L’unique but était le foulard) qui avait tout de même omis d'entendre les élèves concernées. Un détail, évidemment.

La laïcité est-elle en danger aujourd’hui?

Jusqu’à ce jour, aucun des présidents de la république, garants de la Constitution, n’avait remis en cause le principe de laïcité.
Depuis 2007, le nouveau "président" (je n'arrive pas à m'y faire ... et je crois que lui non plus) tente de déséquilibrer, voire de détruire les principes fondamentaux de la République (cf., entre autres, le "ministère de l’identité nationale", le refus de régularisation des étrangers, les rafles, les interpellations au faciès, les centres de rétention, les séparations familiales, la tentative de contournement des décisions du conseil constitutionnel…).
Le 20 décembre 2007, le président de la République française est devenu chanoine d’honneur de la basilique Saint Jean du Latran.
Rien d’exceptionnel, l’usage de décerner au chef de l’Etat français ce titre remonte à … Louis XI en 1482.
Mais, jusque là, il n’y avait pas eu de bouleversement dans le rôle de représentation du chef de l’Etat français.
Or le discours que le président présumé de la République Française a prononcé au Latran sur l’identité française et la laïcité, était en rupture totale avec la réserve traditionnelle qu'attendent les citoyens de leur chef d'Etat.
Il y a affirmé, entre autres: « Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes".
Si le fait chrétien, catholique mais aussi protestant, a eu une grande importance dans la construction nationale française, il n’exprime pas à lui seul l’identité nationale.
Celle-ci s’est construite sur plusieurs héritages, anciens donc, et nouveaux, comme les Lumières et la Révolution française.
Et enfin, la France est aujourd’hui une société multiculturelle, à la fois diverse du point de vue religieux et philosophique, et sécularisée.
Il a ajouté: «J’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout».
La laïcité, c'est la laïcité, c'est un terme absolu et lui accoler une adjectif, c'est vouloir délibérément l'affaiblir. En outre, il est clair que la laïcité négative serait donc : ne pas « considérer la religion comme un atout », c’est-à-dire ne pas faire entrer la religion de plain-pied dans l’espace public civique.
Il décrète également que la «morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme, quand elle n’est pas adossée à une espérance ».
Encore une manipulation.
En effet, non seulement les religions n’ont pas le monopole de la morale ni de l’espérance, mais certains de leurs courants sont, à l’évidence, pourvoyeurs de fanatisme.
Puis, opposant délibérément deux personnages emblématiques de l’époque de la "guerre des deux France":

"Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ».

(On notera au passage : « pasteur ou curé », choix délibéré de retour aux « racines chrétiennes ». ).
A la suite d’un tel discours, on ne peut que douter de la sincérité du président quand il dit s’engager « à ne pas modifier les grands équilibres de la loi de 1905 ».
Et moi, ça me fait bien plus peur que les moulinets de prêtres, d'imams ou de rabbins, ou autres.
Si le principe de laïcité est garanti par le chef de l'Etat, les religieux (oui, même les imams …) resteront à leur place. Comme cela a été (plus ou moins, certes) le cas jusqu'à présent. Mais en en privilégiant certaines, il se met hors la loi et provoque sciemment les autres.
Or, nous avons pu constater que, si ce qui revient le plus souvent dans les discours (à savoir le véritable programme) de cet énergumène sans foi ni loi n'est pas mis en place immédiatement, il le sera à un moment ou à un autre.
Irrémédiablement. Surtout s'il s'en défend la main sur le cœur.
Et on ne peut compter sur personne dans le paysage politique actuel pour revenir là-dessus s’il y a un jour « changement de majorité ».
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Dans un Etat de droit (= système institutionnel dans lequel la puissance publique est soumise au droit, instrument privilégié de régulation de l’organisation politique et sociale), ce sont les textes et les institutions qui prévalent et c'est le chef d'état qui est chargé de veiller à ce qu'ils soient respectés.
Est-ce le cas?
Le foulard à l'école
J'en ai déjà parlé, mais revenons sur certains points.
D'abord, si on considère que les textes de loi ont une certaine valeur, et non pas qu'ils doivent être détournés au bénéfice de l'air du temps ou sous une poussée de fièvre populiste, on doit s'en tenir à ces textes.
Je les ai cités plus haut, je les rappelle:
"La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'Etat".
"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances".
Voilà des textes bien sujets à caution. Tellement sujets à caution que
1°- quand sont entrées à l'école des élèves avec les cheveux couverts d'un foulard, manipulées ou pas, ce fut un tollé quasi-général, en particulier chez les profs et les chefs d'établissement qui se sont avérés incapables de gérer cette situation et se sont mis à ameuter la France entière, avec la complaisance avide des médias, en s'insurgeant contre ces violations du principe de laïcité et en invoquant la « neutralité » à l'école.
2° - Depuis 1989, les membres des équipes pédagogiques se sentaient quand même menacés par cette circulaire Jospin qui ne réglait rien définitivement, alors que des cas de foulards se présentaient toujours, même si c’était infinitésimal.
Car dans l'immense majorité des établissements scolaires, il n'y avait pas l'ombre d'un fichu, mais tout ce beau monde vivait la peur au ventre.
Et c'est alors que s'apaisait cet engouement des écolières pour ce couvre-chef, honni pour diverses raisons fort obscures et souvent inavouées, qu'une nouvelle provocation du ministre de l'intérieur de l'époque a permis de faire monter la mayonnaise, bien aidé par les médias et toute la société civile.
Commission à grand renforts publicitaires, reportages ciblés sur ces passionarias de l'islam, exacerbation de l'opinion et tollé sur fond d’invasion arabe imminente.
Evidemment, il ne s'agissait nullement de diversion et de manipulation puisque nous traversions une période sereine, peu troublée par les coups de boutoir des idéologues installés au gouvernement et que la France s'ennuyait. Les profs, surtout, qui n’avaient que des motifs de satisfaction.
Tout cela mènera à la loi de 2004. Les profs sont contents: ils n'auront plus à se colleter avec des gamines enfoulardées. Force est revenue à la loi. On avait arrêté les musulmans à Poitiers. Voire sur tout le territoire.
Les filles qui ne se conformeront pas seront irrémédiablement rendues à leurs familles et exclues définitivement de l'Ecole Publique.
Une grande victoire sur la laïcité. Même si, détail, celle-ci impose :" l'égal accès de l'enfant à l'instruction … ".
Mais ce n'est pas grave, il ne s'agit probablement que d'une poignée de filles et si elles sont trop connes pour se laisser manipuler par des obscurantistes, c'est tant pis pour elles.
Et, curieusement, s'insurger de ces aménagements de la loi sur l'éducation pour toutes, même si elles sont musulmanes, c'est devenu, en vrac: être "pro-voile", islamo-gauchiste, islamo-fasciste, droits-de-l’hommiste (appellation jusqu’à récemment homologuée FN), anti-féministe, raciste et évidemment, antisémite, voire anti-américain (ça mange pas de pain). J'en passe. Tous les amalgames sont possibles.
Quant aux justificatifs de ceux qui soutiennent l'interdiction du voile: c'est le symbole de l'oppression des femmes, de la soumission à la religion, cela implique l'alliance avec les barbus et favorise le … communautarisme.
Eh oui, c'est devenu le sport national: c'est celui qui le dit qui y est. Comme ceux qui proclament aujourd'hui que ce sont les Droits de l'Homme qui ont fait le plus de mal à l'humanité. Ben voyons !
Favoriser le communautarisme, c'est, donc, vouloir s'en tenir aux textes sur la laïcité.
Ils étaient trop cons, nos ancêtres, tiens! Et puis, je ne sais pas vous, mais, moi, j'ai constaté que, depuis cette loi, il y a de plus en plus de femmes qui portent le foulard dans la rue. Brusque retour à la religion (invisible avant la fameuse doctrine du « choc des civilisations ») ou défi à ceux qui les montrent du doigt comme étant responsables de tous les malheurs de cette France qui serait, sans eux, un pays idyllique d'amour, d'égalité et de tolérance?
"Oppression des femmes"? Les femmes, ces petites choses fragiles incapables de penser par elles-mêmes, qui portent un foulard choisiraient donc d'exhiber leurs souffrances de façon ostentatoire.
Mais, si elles souffrent, suffit-il de leur demander de faire tomber le foulard pour faire disparaître tous leurs maux, comme toutes les autres femmes, qui, elles, évidemment, sont libérées depuis belle lurette de tout joug, que ce soit à la maison ou sur leur lieu de travail?
A moins qu'il n'y ait encore et toujours ce vieux fond de, au choix:
condescendance, paternalisme, post-colonialisme, racisme, islamophobie, dont on se défend mais qui est là, sous-jacent, et ne demande qu'à s'exprimer sous d’autres noms.
Les femmes ne mettent un foulard qu’avec l’aval d’un maître à penser (une femme n’ayant par essence aucun libre-arbitre, évidemment) : Dieu, mari, père, frère, fils …
A moins que le maître à penser ne soit un de ces grands couturiers, tout soucieux de la soulager de son carcan ou quelque publicitaire tout investi dans l'émancipation de la femme.
Sûr, d'aucuns vous diront: mais il ne faut ni l'un ni l'autre !
Bon, alors, finalement, d'après toi, mec, toi tu as l’air de savoir, elle doit s'habiller comment, la femme ? Comme elle veut ou comme TU veux?
Oui, mais COMMENT ?
Parce que, d’un coté, t’as ceux qui ne veulent pas voir un cheveu, une oreille, un cou et les autres, qui, au contraire, disent que c’est pas normal qu’on veuille leur cacher tout ça. Ils revendiquent le DROIT de voir.
Comme quand je vais chez le boucher, moi, je veux voir la barbaque. Et si elle est faisandée, je prends pas. Même pas je la calcule.
Après, il y a ceux qui disent que c’est le symbole de la " soumission à Dieu" et qui jugent si les signes sont "ostentatoires » ou pas. A petite croix petite soumission (voire pas du tout), à grand foulard, grande soumission.
Evidemment, on voit que ça !
Et la religion, c'est sans doute le PIRE qui puisse arriver, puisque tout le monde est prêt à prendre les armes pour faire légiférer sur-le-champ.
Foin du harcèlement, des violences domestiques, des viols, des emplois précaires, des galères diverses. Là où tu souffres le plus, c'est quand tu es sous l'emprise de Dieu (oui, Dieu Himself! Tu sais, celui qui n’existe pas pour ces détracteurs, justement).
Et si tu as un foulard, c'est juste pour montrer combien tu es contente de souffrir pour ta bonne cause.
Quoi, ce sont encore les femmes victimes qui sont sur le banc des accusés.
Quoi, à la Libération des femmes ont été tondues pour expier pour les collabos.
Quoi, les femmes dans les guerres se font violer et torturer devant leur famille pour faire plier l’ennemi.
Tu veux mon poing dans la gueule, espèce d’islamo-gauchiste antisémite pro-Hamasbollah.
Et fourbe avec ça !
Qu’elles enlèvent leur foulard et après on cause !
(au passage, combien de ces censeurs ont rencontré et parlé à ces femmes, foulard ou pas foulard - et à combien d'entre elles?).
Lire:
Débat "Laïcité à l’école" : Cette loi ne résoudra ni les discriminations subies par les femmes, ni la montée des intégrismes religieux.

Derrière la Loi foulardière, la peur
par Alain Badiou, philosophe, écrivain et professeur à l'école normale supérieure.
Et : Le corps des femmes n’est pas un champ de bataille.

Résultat : toute cette agitation autour des foulards permet d'occulter toute question sociale et toute réflexion sur les vraies causes de la casse sociale, l'explosion des inégalités et la ghettoïsation.
Au grand soulagement des responsables politiques et syndicaux de tous bords, tous préoccupés par la préservation de leur fonds de commerce et de leur place au chaud de professionnels de la politique.
En ignorant les problèmes des quartiers pauvres (discrimination à l'embauche, non mixité, absence de structures publiques éducatives, etc.), on favorise la création d’une société dans la société, où se perpétuent les traditions et où les chefs religieux deviennent les seuls interlocuteurs attentifs et crédibles.
Un système qui arrange bien les élites car il permet ainsi de contenir la population, de la montrer du doigt et, au besoin, de la réprimer en donnant la charge.
Avec l’aval du reste de la population.
Même si c'est avec la bonne volonté de l'ours de la fable.
Brailler contre le foulard, c’est s’attaquer au symptôme et non pas aux maux.
Mais qu’importe !
Ceux qui ont élaboré patiemment la loi sur la laïcité, ceux qui ont planché sur la Charte des Droits de l’Homme, ceux qui ont siégé au Conseil national de la Résistance doivent aujourd’hui tourner dans leur tombe comme des poulets dans une rôtissoire.
…………………………………………………………………………………………….……
Et, la diversion avec le foulard ayant fait long feu, d’autres ont pris le relais.
Avec toujours les mêmes ingrédients.
Et toujours la même effervescence.
Il suffit d’un fait divers connoté "musulman", c’est-à-dire arabe, disons-le, et HOP, voilà la France entière redevenue, l'espace d'un instant, juriste, laïque, féministe, anticléricale et ... triomphalement islamophobe.
Comme elle sait si bien le faire, comme un brave petit soldat à qui on ne demande pas de réfléchir mais de monter au front sans se poser de questions, à la plus grande joie du roitelet qui pourra poursuivre, avec l’aval de toute la classe politique, le démantèlement de toutes nos institutions. Du pain bénit.
C’est ce qui s’est produit encore récemment avec l’affaire de l’annulation du mariage. Nouvelle aubaine. Inespéré.

Une décision de justice prise le 1° avril fait brusquement surface deux mois plus tard … Et prend une ampleur énorme au détriment de la vie privée de ce couple, et de la femme, en particulier, qui n'en demandait pas tant, sans doute.
Brusquement révélée à la une d’un quotidien national, l’histoire se répand comme une traînée de poudre. Les personnalités montent au créneau, les journaleux s’emparent de l’info, les claviers crépitent.
La France entière s’étrangle d’indignation et chacun y va de sa propre version des faits. Même si on n’en sait pas plus que le PV du jugement.
Oui mais voilà : le couple concerné est musulman et le mari a osé demander l’annulation du mariage parce que la mariée n’était pas vierge, clause qui avait été dûment évoquée entre eux avant le mariage et dont le futur époux avait fait la condition sine qua non.
L’épouse d’un célèbre juriste est, parmi la flopée de féministes de salon, la première à réagir, déclarant , pas moins, qu’elle a « honte de la justice française ». Elle aurait pu demander quelques précisions à qui de droit, mais elle n’y a peut-être pas pensé sous le coup de l’émotion.
(Signalons au passage que cette personne détient 10% des parts de l'entreprise humanitaire Publicis).
Et elle sera suivie par toute la clique habituelle de ceux qui se jettent sur les micros en écumant dès qu’ils entendent « musulman » et qu’ils ont un alibi en béton pour casser de l’arabe (liberté d’expression, défense des femmes, laïcité, etc.).
L’assoce NpNs, en perte de vitesse et de crédibilité surtout après la défection de qui nous savons, n’est pas en reste. Sa présidente parle de « véritable fatwa contre la liberté des femmes ». Eh oui, on voit bien ce que tu veux dire.
La droite mais surtout, hélas, tous les autres (eh, oui, le PC et la LCR compris, ainsi que, curieusement, la LDH, qui a pourtant des juristes éminents en son sein), s’insurgent.
Même certains députés européens y vont de leur communiqué.
Une seule voix, curieusement, se fait discordante: celle de la ministre de la Justice, qui elle, refuse de faire appel de la décision. Dans mes bras, Rachida !
Ca, c’était le vendredi.
Hélas, briefée par le chef (m’enfin, pov' conne, tu vois pas que c’est bon pour nous ça !), revirement dès le dimanche.
Ah, un beau gâchis. Et encore des lois de la République qui vont passer à la trappe avec l’assentiment bruyant de tout ce beau monde.
Je ne reviendrai pas sur les faits, ils ont été fort bien expliqués ici et ici
Bernard Langlois, dans le Politis du 5 juin, démontre remarquablement qu’on ne doit pas penser avec ses tripes, mais avec son cerveau.
Et El Ryu parle de cette affaire de sa façon toute originale et pleine d’intelligence.
Mais pendant que certains réfléchissent, les commentaires s’enflamment :
annulation de la loi sur l’annulation, mariages forcés, soumission de la femme, voire séquestration, violence domestique, mais aussi tradition judéo-chrétienne, viande hallal, interdiction du porc, foulard … (Oui, et il y en a même pour vouloir interdire le foulard dans la rue. Réservé à la "sphère privée" qu'il serait. Tu le portes au lit, par exemple, et le reste du temps, tu l'enlèves! pauvres débiles!).
Bref, tout ce qui remonte à la surface du cloaque à ces moments-là.
Mais tout le monde (ou presque) est content : la ministre de la justice a fait appel.
On va voir ce qu’on va voir.
Mais toute cette bronca pour aboutir à quoi?
Au mieux, à ce que l’annulation du mariage soit confirmée (mais quand ?). Sinon, les deux ex-futurs mariés devront entamer une procédure de divorce (et qui va payer les frais d’avocats, et, donc les pots cassés?).
Alors, voilà une femme, défendue par la France entière, qui avait, le 1° avril, obtenu l’annulation de son mariage - qui était, donc, libérée une fois pour toutes de tout lien avec son obscurantiste de mari d'un soir et pouvait enfin tourner la page - après deux ans d’incertitudes et de stress, qui est contrainte par ces idiots inutiles de prolonger indéfiniment ses épreuves (et, pourquoi pas, de repartir vivre avec lui).
Je rappelle qu’elle a une vingt aine d'années. Beau départ dans la vie d’adulte. Sans parler de l’ostracisme dont elle pourrait être la victime, surtout après autant de battage.
Cette femme doit remercier le ciel tous les jours d’être "aimée par des cons".
Mais ... si cela ne bénéficie pas à cette jeune femme, A QUI donc cela profite-t-il ? Eh bien toujours aux mêmes.
Aux médias qui font leurs choux gras de cette histoire, n’hésitant pas à piétiner la vie privée de citoyens vulnérables.
Aux « philosophes » de ce siècle qui ne perdent pas une occasion pour casser de l'arabo-musulman afin de répandre leur idéologie du choc des civilisations.
Mais surtout et c’est, si c'est possible, le plus grave, parce que ce sera durable et peut-être définitif, aux têtes chercheuses du gouvernement en train de fomenter le démantèlement du système judiciaire, celui des lois sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat et de la Constitution que l'autocrate au pouvoir et sa garde plus ou moins rapprochée appellent de tous leurs vœux.

Dérisoire, évidemment, à côté de la défense des femmes contre les contrats entre couples sur la virginité. Ce qui relève pourtant (voir textes sur la laïcité) de la liberté d’opinion – qu’on soit d’accord ou pas sur ces clauses - encore vaguement en vigueur en France et, pourtant si chère à certains, mais dans certains cas.
Et, encore et toujours cette « exception musulmane » qu’on veut montrer du doigt. Aucun journaliste, pas une "personnalité", n'ont fait remarquer que cette tradition d'abstinence avant le mariage était une pratique courante également dans les milieux chrétiens et juifs (cf aux US, où Bush et sa bande en ont fait le critère N°1 - voire le seul - de la lutte contre les grossesses précoces et le Sida). Un détail inintéressant, sans doute.

(Réformes de la justice, ici)
Bravo, fossoyons, fossoyons, il ne restera bientôt plus que des trous béants.
La gôche au service du régime le plus liberticide qu’on ait connu en France.
Joli coup. On en redemande.

Vous avez des doutes ?

Regardez. Tous aux ordres. Tous derrière. Pour aller dire aux autres ce qu’il faut faire!
Pitres.
Ce serait risible si ce n’était triste. Triste à pleurer. Vraiment.

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Mais, oui, TOUS:
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Tous derrière l’imposteur m’as-tu-vu : la France va dire au Liban ce qu’il doit faire …
Pathétiques pantins.

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Annexes : Et puis, c’est dans l’air du temps :
En Italie, le cavaliere du pape

Se passer de la justice.
Demander au simple quidam (en l’occurrence les FAI) de surveiller et sanctionner (suspension de la connexion) les sites qui leur paraissent inadéquats.
Le gouvernement et la « Charte de l’Internet » d’inspiration Orwellienne

In memoriam :
Bouna et Zyed.
Accusés en 2005 par le premier ministre et son ministre de l'intérieur d'être des voyous le jour même de leur mort dans un transformateur EDF. Quand on a seize ans, il vaut mieux griller en qualité de voyou que d'innocent. Au moins, on ne finit pas martyr.
Salis par les plus hautes instances de l’Etat et jamais réhabilités par ceux-là mêmes.
Une bande de malfrats de haute volée qui mentent pour flatter les plus bas instincts d’une population crédule et malléable. Pôvre !
Il s’agit pourtant d’un mensonge sur une qualité essentielle. L'honnêteté. (Mais d'aucuns te diront que c'est ringard comme notion).
Je demande l’annulation du vote de mai 07 !

Publicité et libération des femmes:

Femmes des années 50-60

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Aujourd'hui,, le carré Herm*s
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Mouhaha!

Haute-couture

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Mai 68 revisité par les publicitaires
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Alors, qui sont les dindons de la farce?

NB: LES COMMENTAIRES SONT MODERES, et seuls seront publiés ceux qui seront sensés (arguments étayés par des documents fiables et non pas discussion de café du commerce avec chiffrage arbitraire) - ce qui exclut les propos racistes, les contrevérités, les clichés, les ricanements débiles, les insultes et toutes les remarques idiotes qu'on trouve déjà abondamment sur le ouèbe.

(NB2: Je recommande vivement la lecture du doc attaché. Un grand moment)