Comment fabriquer une crise alimentaire

(adapté)

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(Photo: Luis Acosta / AFP-Getty Images)

Quand des dizaines de milliers de personnes ont organisé des manifestations au Mexique l'an dernier pour protester contre l'augmentation de 60% du prix de la tortilla, de nombreux spécialistes ont désigné comme responsables les biocarburants.
A cause des subventions agricoles gouvernementales, les agriculteurs américains consacraient de plus en plus de terres agricoles pour cultiver du maïs pour les agrocarburants plutôt que pour la consommation alimentaire, ce qui s'est traduit par une hausse vertigineuse du prix du maïs.
Le fait d'être passé du maïs pour les tortillas au maïs pour les agrocarburants est sans aucun doute une des causes de la flambée des prix, même si la spéculation sur la demande d'agrocarburants par les intermédiaires des transnationales a peut-être joué un plus grand rôle. Cependant, une question intéressante a échappé à de nombreux observateurs: comment diable les Mexicains qui vivent dans le pays où le maïs a été acclimaté, en sont-ils venus, au départ, à devoir compter sur les importations américaines?
On ne peut pas entièrement comprendre la crise alimentaire au Mexique sans savoir qu'au cours des années qui ont précédé la crise de la tortilla, le berceau du maïs avait été transformé en une économie d'importations de maïs par la politique de "libre-échange" sous la pression du Fonds Monétaire International (FMI), de la Banque Mondiale (BM) et de Washington.
Ce processus avait été enclenché avec la crise de la dette au début des années 80. Un des deux plus grands pays en voie de développement, le Mexique s'était vu contraint d'aller quémander de l'argent à la BM et au FMI pour rembourser les banques de prêts internationales. En contrepartie d'une caution de plusieurs milliards de dollars, il y avait ce qu'un membre du Conseil d'Administration de la Banque Mondiale a qualifié d'"interventionnisme intégral sans précédent" destiné à supprimer les droits de douane, le contrôle de l'Etat et les institutions d'aides publiques, ce que la doctrine néolibérale appelait des obstacles à l'efficacité économique.
Les remboursements d'intérêts représentaient 19% de l'ensemble des dépenses du budget de l'Etat en 1982 et 57% en 1988 alors que les dépenses en capital passaient du taux déjà faible de 19,3% à celui de 4,4%.
La réduction des dépenses publiques s'est traduite par le démantèlement du crédit public, des aides publiques aux agriculteurs, de la politique de soutien des prix, des commissions d'organisation des marchés publics, des services d'intérêt général. La libéralisation unilatérale du commerce agricole imposée par le FMI et la BM a également contribué à déstabiliser les petits producteurs agricoles. Ce coup porté à l'agriculture traditionnelle était suivi d'une atteinte encore plus grave en 1994, date de l'entrée en vigueur de l'ALENA (Accord de libre échange Nord Américain).
Même si l'ALENA comprenait la suppression graduelle, sur une période de 15 ans, des tarifs douaniers sur les produits agricoles, dont le maïs, le maïs américain largement subventionné inondait rapidement le marché , réduisant les prix de moitié et plongeant le secteur du maïs dans une crise chronique. Et c'est largement à la suite de cet accord que le Mexique s'est irrémédiablement retrouvé importateur net de denrées alimentaires.
(…) La distribution du maïs américain importé et du maïs mexicain devenait le monopole de quelques groupes transnationaux, comme Cargyl, le géant américain et Maseca, un groupe en partie américain, qui sont présents des deux côtés de la frontière. Une position leur a, ainsi, permis de se livrer à la spéculation.
En même temps, le contrôle du commerce intérieur veillait à ce qu'une hausse des prix du maïs mondial ne se traduise pas par une hausse des prix payés aux petits producteurs.
Il est actuellement de plus en plus difficile aux producteurs de maïs mexicains de ne pas finir comme beaucoup d'autres producteurs de maïs, mais également de riz, de bœuf, de volailles et de porcs, qui ont coulé à cause des avantages conférés par l'ALENA aux producteurs américains subventionnés.
Selon un rapport de 2003 du "Carnegie Endowment", les importations de produits agricoles américains ont mis au chômage au moins 1,3 millions d'agriculteurs – beaucoup ayant, depuis, émigré aux Etats-Unis.

Comment créer une crise du riz aux Philippines
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Le marché de Calamba, près de Manille.
Les prix au détail du riz ont augmenté de 30% en deux mois.
(Photo : S. Farcis/RFI)

Que la crise alimentaire mondiale ait pour origine la restructuration de l'agriculture à cause du libre échange est plus évidente dans le cas du riz.
Contrairement au maïs, moins de 10% de la production mondiale sont échangés sur les marchés mondiaux. D'autre part, la production de riz n'a pas été détournée de son usage au profit des biocarburants.
Et pourtant, ne serait-ce que cette année, les prix ont pratiquement été multipliés par trois, passant de 380 $ la tonne en janvier à 1000 dollars en avril. De toute évidence, l'inflation provient en partie de la spéculation de lobbys de grossistes à un moment où les réserves s'amenuisent.
Cependant comme pour le Mexique et son maïs, la question majeure est: pourquoi un certain nombre de pays consommateurs de riz autrefois autosuffisants sont-ils devenus dépendants des importations?
L'exemple affligeant des Philippines montre comment la restructuration économique néolibérale fait passer un pays exportateur net de denrées alimentaires en pays importateur net. (…)
Les grandes lignes de l'histoire des Philippines sont similaires à celles du Mexique.
Le dictateur Ferdinand Marcos était coupable de nombreux crimes et méfaits, parmi lesquels son incapacité à mettre en œuvre une réforme agraire, mais il ne peut être accusé d'avoir privé le secteur agricole de moyens de subsistance.
Pour empêcher une flambée de colère des paysans, le gouvernement avait versé des subventions pour l'achat d'engrais et de semences, lancé des plans de financement et construit des infrastructures agricoles.
Quand Marcos a fui le pays en 1986, il avait 900.000 tonnes de stocks de riz.
Paradoxalement, c'est au cours des quelques années suivantes avec un gouvernement démocratique que se sont taris les investissements publics. Comme au Mexique, la BM et le FMI, qui agissaient pour le compte d'investisseurs étrangers, ont fait pression sur le gouvernement de Corazon Aquino pour faire du remboursement d'une dette de 26 millions de dollars sa priorité.
Aquino a accepté malgré les avertissements de spécialistes en économie qui disaient qu'un programme de redressement ne pouvait être compatible avec un plan de remboursement de dette déterminé par les créditeurs.
Entre 1986 et 1993, 8 à10% du PIB servaient à rembourser le service de la dette –environ la même proportion qu'au Mexique.
Les remboursements d'intérêts passaient de 7% en 1980 à 28% en 1994; les dépenses en capital passaient de 26% à 16%.
En résumé, le service de la dette était devenu la priorité du budget national.
Les investissements dans l'agriculture chutaient de plus de la moitié.
La BM et ses acolytes locaux n'étaient pas inquiets, cependant, dans la mesure où ces restrictions devaient permettre au secteur privé de dynamiser le pays.
Mais la situation dans le secteur agricole s'est rapidement dégradée.
Le système d'irrigation marquait le pas, et à la fin des années 90, seulement 17% du réseau routier était goudronné, contre 82% en Thaïlande et 75% en Malaisie.
Les récoltes étaient en général très mauvaises, la production moyenne de riz étant largement inférieure à celle de la Chine, du Vietnam et de la Thaïlande, où les gouvernements encourageaient activement la production agricole.
Le programme de réforme agraire de l'après-Marcos végétait, faute de financements publics, qui avaient été la clé de la réussite des réformes à Taiwan et en Corée du sud. Comme au Mexique, les agriculteurs philippins étaient confrontés à une diminution généralisée des aides publiques – sur lesquelles ils avaient pris l'habitude de compter.
Et la réduction des programmes agricoles a été suivie de la libéralisation du commerce, l'entrée des Philippines dans l'OMC ayant les mêmes conséquences qu'au Mexique avec l'ALENA.
L'adhésion à l'OMC impliquait la suppression des quotas sur toutes les importations de produits agricoles, excepté le riz, et la garantie d'importer une partie des aliments de base pour des tarifs douaniers moindres.
Alors que le pays avait eu l'autorisation de maintenir les quotas sur les importations de riz, il avait dû laisser entrer l'équivalent de 1 à 4% de la consommation nationale au cours des 10 années suivantes.
(…) Les importations massives faisaient baisser le prix du riz, ce qui démoralisait les agriculteurs et maintenait un taux de production bien inférieur à celui des pays exportateurs, la Thaïlande et le Vietnam.
Les conséquences de l'adhésion des Philippines à l'OMC se sont répandues dans le reste du secteur agricole comme une traînée de poudre.
Inondés par les importations de maïs bon marché – dont la majorité était du maïs subventionné américain – les agriculteurs réduisaient la surface agricole consacrée à la culture du maïs, passant de 3,1 millions d'hectares en 1993 à 2,5 millions en 2000.
Les importations massives de poulets découpés, mais aussi de porcs et de légumes ont mis le secteur de la volaille au bord de la ruine et déstabilisé les autres secteurs d'activité.
Au cours de la campagne de 1994 pour la ratification de l'adhésion à l'OMC, les responsables du ministère des finances, briefés par leurs "coachs" de la BM, expliquaient que les pertes de maïs et d'autres productions traditionnelles seraient plus que compensées par le nouveau secteur d'exportation de productions "de luxe" comme les fleurs coupées, les asperges et le brocoli.
Bien peu de tout cela s'est concrétisé. Pas plus que les 500.000 emplois promis dans le secteur agricole censés être crées chaque année par la magie du marché; au lieu de cela, le nombre de travailleurs dans le secteur passait de 11,2 millions in 1994 à10,8 millions in 2001.
Et donc, l'ajustement imposé par le FMI et la libéralisation du commerce imposée par l'OMC ont rapidement transformé une économie agricole largement autosuffisante en un pays dépendant des importations au fur et à mesure que ces contraintes obligeaient les agriculteurs à abandonner.
(…)

La grande transformation
L'expérience du Mexique et des Philippines a été comparée dans chaque pays assujetti aux diktats du FMI et de la BM.
Une étude de 14 pays réalisée par la FAO "Food and Agricultural Organization" de l'ONU montre que les taux d'importations de denrées alimentaires en 95-98 ont dépassé ceux de 90-94.
Ce n'est pas une surprise, puisque un des objectifs principaux des accords agricoles de l'OMC était d'ouvrir les marchés dans les pays en développement pour pouvoir absorber les surplus de production dans les pays du nord.
Comme l'a dit en 1986 John Block, ministre de l'agriculture de l'époque aux Etats-Unis,

"l'idée que les pays en développement doivent s'auto-suffire alimentairement est un anachronisme d'une époque révolue. Ils pourraient avoir davantage de sécurité alimentaire en achetant les produits agricoles américains qui sont vendus, dans la plupart des cas, à un prix inférieur."

Ce que Block n'a pas dit, c'est que les produits américains étaient vendus à un prix inférieur grâce aux subventions, qui augmentaient de plus en plus chaque année, en dépit du fait que l'OMC était censée les supprimer progressivement.
(…) Depuis la fin des années 90, les subventions représentent 40% de la valeur de la production dans l'Union Européenne et 25% aux Etats-Unis.
Les apôtres du libre échange et les adeptes du dumping semblent être aux antipodes les uns des autres, mais les politiques qu'ils préconisent arrivent au même résultat: une agriculture industrielle capitaliste mondialisée.
Les pays pauvres sont intégrés dans un système où la production destinée aux exportations de viande et de céréales est dominée par de grandes exploitations agricoles industrielles et où les technologies évoluent constamment grâce aux recherches sur les manipulations génétiques de firmes comme Monsanto.
Et l'élimination des barrières douanières ou des mesures contre le dumping facilitent la création d'un supermarché agricole mondial, où une clientèle des classes privilégiées est approvisionnée par des groupes de céréaliers comme Cargill et Archer Daniels Midland et des distributeurs comme le britannique Tesco ou le français Carrefour.
Il y a peu de place pour les centaines de millions de pauvres ruraux et urbains dans ce marché mondial intégré. Ils sont relégués soit dans les favelas géantes à la périphérie des villes où les prix de l'alimentation sont bien plus élevés que dans les supermarchés, soit dans des réserves rurales où ils sont contraints de se livrer à des activités agricoles mineures et où ils risquent d'être frappés par la famine.
(…)
Cette situation n'est pas seulement le résultat de la déliquescence de l'autosuffisance alimentaire nationale ou de la sécurité alimentaire mais de ce que l'africaniste Deborah Bryceson d'Oxford appelle la "dé-paysantisation' – la suppression graduelle d'un mode de production traditionnel pour permettre l'accumulation intensive du capital.
Cette transformation constitue un traumatisme pour des centaines de millions de personnes, car la production paysanne n'est pas seulement une activité économique. C'est un mode de vie ancestral; et c'est la raison pour laquelle les paysans déplacés ou isolés en Inde ont préféré se suicider.
Dans l'état d'Andhra Pradesh, les suicides d'agriculteurs sont passés de 233 en 1998 à 2,600 en 2002; au Maharashtra, le nombre de suicides a été multiplié par trois: de 1083 en 1995, il est passé à 3926 en 2005. Au total, il y aurait eu environ 150.000 suicides parmi les petits exploitants agricoles.
L'effondrement des prix, dû à la libéralisation du commerce et à la perte de la maîtrise sur les semences, propriété de grandes firmes biotechnologiques, font partie d'un problème plus global.
Selon Vandana Shiva, qui milite pour une justice mondiale: "Avec la mondialisation, l'agriculteur perd son identité sociale, économique et culturelle."
Un agriculteur est aujourd'hui "consommateur" de semences onéreuses et d'engrais chimiques onéreux vendus par des multinationales influentes par l'intermédiaire de propriétaires puissants et de banques de prêts locales.
La "dé-paysantisation" est dans un état avancé en Amérique Latine et en Asie. Et si la BM arrive à ses fins, l'Afrique prendra le même chemin.
Comme le soulignent de façon pertinente Bryceson et sa collègue dans un article récent, le "Rapport sur le Développement dans le Monde 2008", qui évoque l'agriculture en Afrique, est quasiment un projet visant transformer l'agriculture paysanne du continent en une agriculture commerciale à grande échelle.
Cependant, comme dans de nombreux autres endroits actuellement, les prisonniers de la Banque Mondiale sont en train de passer de la rancoeur maussade à la franche rébellion.
Au moment de la décolonisation, dans les années 60, l'Afrique exportait des denrées alimentaires. Actuellement, le continent importe 25% des produits alimentaires, presque tous les pays étant des importateurs nets. La famine et la faim sont devenues des phénomènes récurrents; au cours de ces trois dernières années seulement, la Corne d'Afrique, le Sahel et l'Afrique septentrionale et centrale ont connu des urgences alimentaires.

L'agriculture en Afrique: de la soumission à la rébellion

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Emeutes de la faim
Source
L'agriculture en Afrique connaît actuellement une crise grave, dont les causes vont des guerres à une mauvaise gestion gouvernementale, le manque de technologies agricoles et la propagation du virus du sida. Cependant, comme au Mexique et aux Philippines, une grande partie de ce phénomène s'explique par le désengagement progressif de l'état et la suppression des structures d'aides qu'exigent les programmes d'ajustement structurel de la BM et l'OMC en échange de subventions permettant de rembourser la dette extérieure.
L'ajustement structurel a provoqué la baisse des investissements, l'augmentation du chômage, la diminution des dépenses sociales et la chute de la consommation et de la production.
Supprimer les contrôles des prix sur les engrais en réduisant simultanément les programmes de crédits aux agriculteurs a simplement conduit à une baisse de l'utilisation des engrais, une baisse de la production et une baisse de l'investissement.
D'autre part, les espérances doctrinaires, qui voulaient que le désengagement de l'état permette au marché de dynamiser l'agriculture, ne sont avérées vaines. Au lieu de cela, le secteur privé, qui avait bien constaté que la réduction des dépenses publiques augmentait les risques, n'a pas réussi à s'engouffrer dans la brèche.
Dans chaque pays, l'un après l'autre, le désengagement de l'état a provoqué un effet d'éviction de l'investissement privé au lieu des rentrées massives annoncées. Là où les groupes privés ont bel et bien remplacé l'état, selon un rapport d'Oxfam

"ils l'ont fait parfois à des conditions extrêmement défavorables pour les agriculteurs pauvres", mettant les agriculteurs dans une insécurité alimentaire encore plus grande et les gouvernements à la merci du bon vouloir de l'aide internationale".

L'"Economist", habituellement favorable au secteur privé, approuve ce point de vue, reconnaissant que "de nombreuses entreprises privées qu'on a fait venir pour remplacer le secteur public se sont avérées être des monopoles privés en quête de rentes."
L'aide que les gouvernements africains étaient autorisés à recevoir était administrée par la Banque Mondiale qui l'utilisait pour les cultures destinées à l'exportation afin de favoriser les rentrées de devises alors que les états en avaient besoin pour rembourser la dette.
Et, comme en Ethiopie au cours de la famine des années 80, cette situation a conduit à consacrer les bonnes terres arables à l'agriculture d'exportation, faisant reculer les cultures vivrières sur des sols moins fertiles, ce qui a accru l'insécurité alimentaire.
D'autre part, grâce à la BM, plusieurs secteurs économiques étaient impliqués dans ces cultures destinées à l'exportation, ce qui entraînait souvent la surproduction et faisait effondrer les cours sur les marchés internationaux.
Ainsi, le développement de la production de cacao au Ghana a provoqué une chute des prix de 48% sur les marchés internationaux entre 1986 et 1989. En 2002-03, en Ethiopie, l'effondrement du prix du café a contribué à déclencher une nouvelle crise alimentaire.
Comme au Mexique et aux Philippines, l'ajustement structurel en Afrique ne concernait pas seulement le sous investissement mais le désengagement de l'état. Avec, cependant, une différence majeure.
En Afrique, le FMI et la BM faisaient du micro management, décidant de la durée des aides, du nombre de fonctionnaires à licencier, et même, dans le cas du Malawi, de quelle quantité des stocks de céréales devait être vendue et à qui.
De surcroît, l'impact négatif de l'ajustement était aggravé par les pratiques commerciales iniques de l'UE et des Etats-Unis.
A la suite de la libéralisation des marchés, la viande de bœuf subventionnée de l'UE a mis sur la paille de nombreux éleveurs de bétail en Afrique de l'ouest et du sud. Avec leurs subventions agréées par l'OMC, les producteurs américains écoulaient leur coton sur les marchés internationaux pour un coût de production de 20 à 55% inférieur, causant la ruine des producteurs d'Afrique de l'ouest et du sud.
D'après Oxfam, le nombre d'Africains sub-sahariens qui vivent avec moins d'un dollar par jour a quasiment doublé, passant à 313 millions entre 1981 et 2001 – 46% de l'ensemble du continent. (…)
En 1999, le gouvernement du Malawi lançait un programme pour distribuer gratuitement à chaque famille de petits paysans un assortiment de semences et d'engrais. Et grâce à cela, l'année suivante, la production nationale de maïs était excédentaire.
Ce qui s'est produit ensuite, est une histoire qui devrait figurer en bonne place dans les annales des plus grandes bévues commises par l'économie néolibérale.
La BM et d'autres donateurs de subventions ont contraint les autorités à réduire, puis à supprimer ces aides aux agriculteurs, disant que cette aide faussait le marché. Sans ces apports gratuits, la production a chuté. Dans le même temps, le FMI forçait le gouvernement à liquider une grande partie du stock de céréales, soi-disant pour permettre au National Food Reserve Agency (NFRA) de rembourser ses dettes.
Quand la crise alimentaire s'est transformée en famine en 2001-02, il ne restait plus guère de stocks en réserve. Et 1500 personnes sont mortes.
Le FMI n'a manifesté aucun remords; de fait, il a suspendu les sommes qu'il versait pour un programme d'ajustement, disant:

"le secteur semi-public va continuer à poser des problèmes dans l'exercice du budget 2002/03. Les interventions de l'état dans les marchés de l'alimentaire et des autres secteurs agricoles évincent les dépenses en faveur d'investissements plus rentables."

Quand est survenue, en 2005, une nouvelle crise alimentaire encore plus terrible, le gouvernement en a eu assez de la stupidité du couple FMI/Banque Mondiale. Le nouveau président a réintroduit les subventions pour les engrais, permettant à 2 millions de familles d'acheter l'engrais au tiers du prix de détail et les semences à moindre coût. Résultat: des récoltes exceptionnelles pendant deux ans, un million de tonnes de surplus de maïs et le pays qui exportait ses céréales à destination des pays du sud de l'Afrique.
Cette insubordination du Malawi vis-à-vis de la BM aurait probablement été, dix ans en arrière, un acte de résistance héroïque mais futile.
Le contexte est aujourd'hui différent dans la mesure où l'ajustement structurel est décrié dans toute l'Afrique. Même certains pays donateurs et les ONG qui y souscrivaient naguère ont pris leurs distances par rapport à la Banque. Peut-être sont-ils motivés par la crainte que leur influence sur le continent africain ne se dégrade davantage s'ils restent associés à une stratégie oiseuse et des institutions décriées au moment où l'aide de la Chine apparaît comme une alternative à la BM et aux programmes d'aides des gouvernements occidentaux.

La souveraineté alimentaire: un nouveau paradigme?
Ce n'est pas seulement l'insubordination des gouvernements comme celui du Malawi et l'opposition de leurs alliés d'antan qui ébranlent le FMI et la BM. Il y a aujourd'hui des organisations paysannes dans le monde entier qui organisent de plus en plus la résistance contre la mondialisation de l'agriculture industrielle.
En effet, c'est grâce aux pressions exercées par les syndicats d'agriculteurs que les gouvernements des pays du sud ont refusé d'ouvrir davantage leurs marchés à la concurrence et exigé des réductions drastiques des subventions dont bénéficient les agriculteurs aux Etats-Unis et dans l'UE, ce qui a conduit à l'échec la ronde des négociations à Doha sous l'égide de l'OMC.
Les syndicats d'agriculteurs se sont regroupés au niveau international: Via Campesina fait partie des organisations les plus dynamiques . Non seulement Via vise à sortir l'agriculture de l'OMC" et dénonce le paradigme d'une agriculture industrielle capitaliste mondialisée, mais aussi elle propose une alternative, la souveraineté alimentaire.
La souveraineté alimentaire, cela veut dire tout d'abord le droit d'un pays à déterminer sa production et sa consommation de produits alimentaires et le retrait de l'agriculture de régimes commerciaux mondiaux comme celui de l'OMC. Cela signifie aussi:
Soutenir une agriculture axée sur les petits exploitants en protégeant le marché intérieur des importations à bas prix;
Payer convenablement les agriculteurs et les pêcheurs;
Abolir toute subvention à l'exportation directe ou indirecte;
Supprimer progressivement les aides gouvernementales qui encouragent l'agriculture non traditionnelle.
Le programme de Via appelle également à la fin du régime sur les Droits à la Propriété Intellectuelle liés au commerce (TRIPs), qui permet aux groupes privés de faire breveter les semences, dénonce l'agro-technologie basée sur les manipulations génétiques et réclame une réforme agraire.
Au lieu d'une monoculture mondialisée, Via propose une économie agricole internationale constituée d'économies agricoles nationales diverses qui réaliserait des échanges commerciaux en privilégiant, toutefois, la production locale.
Naguère considérés comme des vestiges de l'ère préindustrielle, les paysans sont actuellement les chefs de file de la lutte contre une agriculture industrielle capitaliste qui les destinerait aux poubelles de l'histoire. Ils sont devenus ce que Karl Marx décrivait comme une classe "en soi" dotée d'une conscience politique, ce qui contredisait ses prédictions sur sa disparition.
Avec la crise alimentaire mondiale, ils s'avancent sur le devant de la scène – et ils ont des alliés et des partisans. Car, alors que les paysans refusent de se laisser plonger doucement dans les ténèbres et qu'ils luttent contre la dé-paysantisation" certains événements au XXI°s montrent que cette agriculture industrielle capitaliste mondialisée présentée comme la panacée est, en fait, un véritable cauchemar.
Avec la multiplication des crises environnementales, l'accumulation de dysfonctionnements sociaux de la vie industrielle urbaine et l'augmentation de l'insécurité alimentaire engendrée par l'agriculture industrialisée, le mouvement des agriculteurs s'avère de plus en plus crédible, non pas seulement pour les paysans mais pour tous ceux qui sont menacés par les conséquences catastrophiques de la conception des marchés financiers vis-à-vis de l'organisation de la production, de la société et de la vie elle même.
Walden Bello
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Références Le monde à table... J'y mets mon grain de sel !
(Historique (grandes lignes). Très intéressant).

LA CRISE DE LA DETTE MEXICAINE ET LA BANQUE MONDIALE

Autre exemple: le Mali

La Banque mondiale et le FMI ont assorti leur aide budgétaire au Mali de conditions portant sur la privatisation de l’électricité et sur la libéralisation et la privatisation du secteur du coton. A ce jour, la privatisation du coton demeure une condition attachée à leurs prêts. (…) Le Mali est un pays extrêmement pauvre et n’est pas aidé en conséquence. Quatre-vingt dix pour cent de la population malienne vit avec moins de deux dollars par jour, le taux le plus élevé au monde, pourtant le montant de l’aide perçue par habitant est moitié moins élevée que l’aide fournie au Sénégal, pourtant moins pauvre. En dépit de cette situation, la Banque mondiale a délibérément suspendu une aide supplémentaire au gouvernement malien au motif que celui-ci n’a pas privatisé son industrie cotonnière. Le Mali pourrait actuellement recevoir au moins 72 millions de dollars supplémentaires. Cet argent pourrait être utilisé pour payer les salaires de 5 000 enseignants pendant les dix années à venir, dans un pays où seulement 17 pour cent des femmes entre 15 et 24 ans savent lire et écrire." …> "Oxfam International"

lire l'article ici

Malawi. Rapport de la FAO

Déclaration universelle, 1948

Article 25 Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.

Eh bien: on est bien loin du compte!
Quand on pense que les pays donateurs et parties prenantes du FMI, de l'OMC etc. l'ont signée, cette déclaration, ça donne pas envie de voyager dans le monde. Quoique. En France on n'est pas mieux lotis. Peut-être moins.
Savez-vous que notre cher président, devant la crise alimentaire, les stocks très bas, les risques accrus de famine, a aussitôt décrété le doublement du budget des dons alimentaires de la France.
WAOUH! On est les meilleurs! La gé-né-ro-si-té!
Euuuuh…. Sauf que, en 2007, l'aide publique au développement était passée de 0,47% à 0,39% du PNB. Donc, si on calcule, en fait, c'est à peine une aumône. Ca lui va bien, au chanoine.
On est confondus devant tant de cynisme. Ils ont faim? Qu'on leur donne des miettes!
Remarque, il peut toujours demander aux patrons du CAC 40 qui se sont gavés cette année de mettre la main à la poche.
Sauf que c'est sans doute déductible des impôts, ces trucs-là. Alors, c'est toujours nous qui paie, quoi.
Quant à notre brillant ministre de l'agriculture, il propose à l'Europe de "produire plus et mieux" pour exporter les excédents vers les pays du sud. On n'en attendait pas moins de mister Barnum.
On t'a pas assez expliqué que c'est JUSTEMENT ÇA qui provoquait la famine, pitre?
Indécrottables. Et ils sont tous comme ça, vous avez remarqué?
Et en ce moment, c'est un vrai festival.
Mais on en reparlera une autre fois. Là, je sens que ça va trop m'énerver.
Déjà, rien que de penser à tous ces nazes qui répètent inlassablement; on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ... gnagnagna ...
Pauvres gnoques! Et si la misère du monde, on n'allait pas la créer ailleurs pour commencer?
bouffis.