Allez travailler et finissez en prison

Récemment, plus d'une centaine d'ouvriers à Pascagoula, dans l'état du Mississippi, ont arrêté le travail pour protester contre des conditions de travail proches de l'esclavage. Ces travailleurs manifestaient contre les conditions dans lesquelles ils vivaient et travaillaient depuis qu'ils avaient été embauchés en Inde après le passage de l'ouragan Katrina.
D'après l'action en justice intentée au nom de ces ouvriers, on leur avait promis des emplois, des cartes vertes et des cartes de résidents permanents en échange d'une somme d'argent pouvant aller jusqu'à 20000 dollars par personne qu'ils avaient versée à des recruteurs agissant pour une filiale de Northrop Grumman à Bombay.
Un des organisateurs de la manifestation a déclaré:

"Au lieu des cartes vertes et des attestations de résident permanent promises, nous avons reçu des visas de 10 mois et ils nous ont fait vivre dans des conditions épouvantables, entassés à 24 dans une caravane appartenant à la compagnie. Nous étions pris au piège, avec d'une part, une montagne de dettes à rembourser dans notre pays et d'autre part, la menace constante d'être expulsés que faisaient peser sur nous les patrons dans le Mississippi".

Quand les travailleurs ont voulu s'organiser pour protester contre ces conditions, les meneurs ont été licenciés.
Mais cette histoire n'est que la partie émergée de l'iceberg.
Dans des circonstances similaires à celles que subissent les ouvriers engagés par des compagnies américaines et britanniques pour travailler à la reconstruction désastreuse de l'Irak , la reconstruction de la Nouvelle Orléans et le reste de la côte sud touchée par l'ouragan Katrina en 2005 n'est qu'une longue liste d'abus contre ceux (américains de souche ou étrangers) qui ont été engagés par diverses entreprises.
Un rapport publié récemment par la "New Orleans Worker Justice Coalition" n'est qu'une énumération sans fin de corruption des entreprises, d'abus que subissent les salariés et de violations illégales et immorales des droits de l'homme.
En outre, dans le Mississippi, à partir du 1 juillet 2008, travailler sans papiers sera considéré comme un crime.
Toute personne qui travaillera sans document officiel "sera passible d'une peine d'emprisonnement d'un an minimum et de cinq maximum, ou d'une amende de 1000 dollars minimum et de 10000 maximum ou les deux à la fois".
En outre, ceux qui auront été reconnus coupables d'avoir travaillé illégalement n'auront pas droit à la liberté sous caution.
Dans l'Iowa, les agents fédéraux d'ICE (Immigration and Customs Enforcement) ont arrêté des centaines de salariés d'Agriprocessors, Inc, une usine de conditionnement de la viande. La raison donnée par la police c'est que les ouvriers utilisaient des faux numéros de sécurité sociale.
Evidemment, sans numéro de sécu, on ne peut pas travailler et on ne peut pas en avoir un sans un quelconque statut légal officiel (statut qui devient de plus en plus difficile à obtenir à l'heure actuelle). Une situation inextricable de plus dans la vie d'un immigré aux Etats-Unis.
Parallèlement, à Danbury, Connecticut, un tribunal a déclaré légale la possibilité que des policiers se fassent passer pour des recruteurs de travailleurs journaliers afin d'arrêter les hommes et femmes qui recherchaient du travail dans la ville. Ces travailleurs ont alors été expulsés.
Dans le comté de San Diego, il est prévu de construire deux grands centres de rétention pour y incarcérer les sans-papiers pour une durée indéterminée. Haliburton espère enlever le contrat.
En Caroline du sud, en Georgie et dans certains autres états, des lois ont été votées qui interdisent l'utilisation d'une autre langue que l'anglais sur le lieu de travail.
Imaginez un instant un pays où certains habitants ont plus de droits que d'autres. Ces habitants peuvent avoir l'emploi de leur choix. Ils habitent dans des quartiers loin de ceux qui ont la peau basanée et des revenus inférieurs. Ces derniers n'ont pas la possibilité de choisir leur emploi. En partie parce que la loi ne le leur permet pas, en partie à cause de leur niveau d'instruction et de leur place dans la société. Tous doivent posséder des papiers qui mentionnent également leur statut social, même si ce statut est essentiellement déterminé par la couleur de leur peau. Sans ces papiers (surtout s'ils ne sont pas blancs), ils sont arrêtés. Si eux, ou les membres de leur famille ne peuvent pas présenter ces papiers officiels, ceux qui sont arrêtés, une fois libérés, sont condamnés à vivre dans l'ombre, se demandant constamment s'ils vont être dénoncés par leur employeur ou par ceux qui leur en veulent.

Le pays dont je parle, c'est l'Afrique du Sud du temps de l'apartheid. Maintenant, depuis la création de l'ALENA et des autres soi-disant accords commerciaux, il n'y a plus de frontière économique entre le Nord et le Sud.

Si on fait un petit effort d'imagination supplémentaire, il est possible de voir en ces territoires du Mexique et d'Amérique Centrale la réplique des bantoustans, les Etats-Unis figurant la ville du Cap.
De plus, les papiers officiels que doivent avoir sur eux les immigrés aux US peuvent être comparés aux laissez-passer que les Noirs en Afrique du Sud devaient présenter quand ils circulaient sur le territoire de cette Afrique du sud gouvernée par les Blancs. Si leurs laissez-passer n'étaient pas en règle ou s'ils n'en avaient pas, les Noirs étaient susceptibles d'être arrêtés. De la même façon, si les divers papiers officiels que les immigrés doivent pouvoir présenter chaque fois qu'on les interpelle ne sont pas en règle, ou s'ils n'en ont pas, ils seront arrêtés.
Ces immigrés sans papiers doivent vivre dans l'ombre, se demandant constamment s'ils seront dénoncés par leur employeur ou par ceux qui leur en veulent. S'ils vivent dans certains endroits des Etats-Unis on s'apercevra peut-être qu'ils n'ont pas de papiers lors d'un barrage de police pour un contrôle d'identité.
Evidemment, de multiples façons, ces deux exemples historiques ne se ressemblent pas, mais c'est cette sensation de peur sous-jacente qui est semblable … On ne sait si une majorité de citoyens américains approuve les mesures énumérées ci-dessus visant les immigrés. En tous cas, l'absence de réaction de la part de ceux qui réprouvent les mesures visant à déshumaniser les sans-papiers permet à ceux qui s'acharnent à détruire la vie des immigrés de se faire entendre bien plus, espérons-le, que leur nombre le leur permet. Il en va de même pour la volonté de la population américaine de fermer les yeux sur les rafles qui brisent des familles entières et sur la mise en détention de milliers de personnes pour aucune autre raison que le fait qu'elles n'ont pas de papiers en règle. Cette volonté laisse supposer que ceux qui sont pris et envoyés dans des centres de rétention ne sont pas aussi humains que des "vrais Américains".
Si nous avons tiré quelque leçon des états totalitaires, nous aurions dû apprendre que nous devrions nous méfier de ceux qui définiraient un être humain en des termes toujours plus restrictifs.

Ron Jacobs is the author of "The Way The Wind Blew:A History of the Weather Underground".

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Note perso

Faire venir temporairement la main-d'œuvre des pays pauvres avec mensonges et contrats bidon, voilà l'idée .
La fameuse "immigration choisie".
Et, parallèlement, traque incessante des immigrés sans papiers. Créations de centres de rétention. Détention à durée indéterminée. Expulsions. Séparation des familles.
Question de faire croire qu'on veut se débarrasser des va-nu-pieds, des criminels et terroristes potentiels.
Voilà le destin d'êtres humains tel qu'il est inscrit dans le schéma putride des groupes financiers et de leur bras armé, les partis politiques dominants de la planète.
Cruauté, cynisme, âpreté au gain, veulerie. J'en oublie. Tout ça pour toujours plus de pognon.
Et quand ces gens-là parlent de justice et de droits de l'homme, il y a du mouron à ce faire, car c'est qu'il y a à la clé encore plus de misère et de désespoir pour les populations touchées.
Alors, on le voit, la chasse aux sans papiers en France n'est pas une invention locale sortie de l'imagination (ça se saurait :-) ) de P'tiMinus, évidemment, mais elle s'inscrit en droite ligne de cette idéologie malsaine mise en place par les responsables politiques et leurs commanditaires.
Et tout ce beau monde se bourre les poches convulsivement. Avec l'accord béat de populations fortes de leurs privilèges et perfusées à la pureté de la race occidentale (blanche) et à la nocivité des pays pauvres.
Et tant qu'il n'y aura pas une prise de conscience générale, cette situation perdurera.
Hélas, c'est pas demain la veille que la France s'éveillera. Ni les autres.
"On ne peut pas accueillir toute la misère du monde".
Et pourquoi? Tout est fait pour, non? Dans les pays pauvres qui sont pillés, par exemple, ce qui contraint les populations à se déplacer.

Addendum

Cela n'a rien à voir, mais quand même tout à y voir aussi: l'assemblée nationale a fini par voter le texte sur les OGM. Cela devient une habitude. On refourgue le texte tel quel et on fait revoter tant que ce n'est pas conforme aux vœux d'une bande de malfrats et d'usurpateurs.
Et peu importe si la population est majoritairement contre et peu importe s'il en va de la santé des citoyens et de l'avenir du pays.

Allez, les Irlandais, COURAGE!