Assez de poigne pour être président?

La Chine, le Tibet et les Olympiques de la propagande

Les dernières manifestations au Tibet et la répression par les autorités chinoises ont fait revenir les sempiternels sermons des pays occidentaux sur l'oppression et le contrôle illégitime qu'exerce le gouvernement chinois sur les Tibétains.
Bien que je n'aie pas de sympathie particulière pour les autorités chinoises (je pense que leur régime est cruel), il y a lieu ici de situer les événements dans un contexte historique.
De nombreux tibétains se considèrent comme autonomes ou indépendants, mais il n'en reste pas moins que le gouvernement de Beijing estime que le Tibet fait partie de la Chine depuis plus de deux siècles.

Les Etats-Unis ont clairement attesté leur position en 1943:

"Le gouvernement des Etats-Unis a pris en compte le fait que le gouvernement chinois affirme depuis longtemps son droit de suzeraineté sur le Tibet et que la Constitution chinoise compte le Tibet parmi les régions qui forment le territoire de la république de Chine. Le gouvernement américain n'a à aucun moment émis d'objection à l'une ou l'autre de ces affirmations".

Après la révolution communiste, en 1949, les autorités américaines se sont montrées plus ambiguës à ce propos.
Alors même que les Chinois s'en prenaient aux manifestants tibétains, la police de New York City matraquait les manifestants pour le "Tibet libre" devant le siège des Nations Unies et menaçait littéralement de les tuer.
Tout cela est enregistré sur cassette vidéo.

Le Washington Post publiait récemment un article expliquant que la population chinoise approuvait majoritairement la répression contre les manifestants tibétains.
Le titre de l'article était: "les actes de répression du gouvernement de Beijing majoritairement soutenus par la population. La fierté ethnique alimentée par la propagande gouvernementale." L'article expliquait comment les autorités de Beijing avaient "éduqué" l'opinion publique sur le Tibet "grâce à la propagande'.
Il s'agit là d'une conception plutôt intéressante. Imaginez que le Washington Post ou tout autre organe de presse classique en Amérique explique que si les Américains soutiennent la guerre en Iraq c'est à cause de la propagande gouvernementale qui leur a été inculquée.
Pareil pour ceux qui soutiennent la guerre en Afghanistan …
Pareil pour ceux qui ont approuvé le bombardements en Yougoslavie ….
Pareil pour plusieurs dizaines d'autres invasions, bombardements, renversements de gouvernements, et divers crimes de guerre commis par les US sur une période s'étendant sur plus d'un demi-siècle.

Le ministre des affaires étrangères allemand a prévenu la Chine que sa réaction face à la crise au Tibet pourrait compromettre le bon déroulement des JO de Beijing. "Le gouvernement fédéral allemand dit au gouvernement chinois: de la transparence! Nous voulons savoir exactement ce qui se passe au Tibet". Il a aussi averti la Chine qu'elle devait éviter toute violence dans le conflit avec les manifestants tibétains.
Les organisations de défense des droits de l'homme ont exigé que C*ca®, Visa®, Gen*ral El*ctric® et d'autres compagnies internationales précisent quels accords ont été passés avec le gouvernement chinois en vue des prochains JO.
Le ministre des affaires étrangères français a laissé planer la menace d'un boycott de la cérémonie d'ouverture des Jeux à cause de la réaction de la Chine envers les manifestants.
Et le président du parlement européen a déclaré que les pays européens ne devraient pas écarter la possibilité de menacer la Chine de boycotter les jeux si les violences se poursuivaient au Tibet.
C'est sympathique de voir se réveiller la conscience de l'Occident. Ils sont super forts pour ça, quand la cible n'est pas un des leurs, et, en particulier, s'il s'agit d'un pays communiste.
En 1980, 62 pays - parmi lesquels les Etats-Unis, le Canada, l'Allemagne de l'ouest, le Japon et Israël - ont boycotté les JO de Moscou pour protester contre l'invasion de l'Afghanistan l'année précédente.
Quatre ans plus tard, Les JO avaient lieu à Los Angeles.
Pas un seul membre du "Monde Libre" ne les a boycottés, alors que l'année précédente, les Etats-Unis avaient envahi la Grenade et renversé le gouvernement, avec bien moins de motifs politiques que les Russes n'avaient d'envahir l'Afghanistan.
L'invasion de la Grenade était aussi peu légitime et morale que l'invasion de l'Irak en 2003.
L'Union Soviétique et 13 de ses alliés ne se sont pas rendus à Los Angeles, mais quand les Russes ont annoncé le boycott, ils n'ont parlé que d'inquiétude concernant des problèmes de sécurité.
Le président Reagan avait déclaré à l'époque de l'invasion de la Grenade que c'était "une colonie soviéto-cubaine qui se préparait à construire un bastion militaire important pour exporter le terrorisme et saper la démocratie, mais nous sommes arrivés juste à temps".
On aurait pu penser que Moscou aurait cité la Grenade au moins pour la satisfaction de jeter à la figure de Washington l'Afghanistan et le boycott de 1980. Le fait que les Russes n'en aient pas fait mention montre bien leur manque d'intérêt pour ce minuscule état insulaire et pour son prétendu avenir en tant que bastion militaire soviétique.
L'administration Reagan, avec l'énormité et la diversité des mensonges qui ont accompagné l'invasion de la Grenade, détenait là sans doute un record, jusqu'à ce que l'administration Bush le pulvérise 20 ans plus tard en Irak.

"Assez de poigne pour devenir président?"

Genghis Khan est "trop mou" d'après certains électeurs.
Un des thèmes récurrents de la campagne d'Hillary Clinton est qu'elle a plus le genre d'expérience requise pour traiter des questions de sécurité nationale et d'affaires étrangères que Barack Obama.
Dans une publicité célèbre de la campagne de Clinton, on entend:

"Il est trois heures du matin, vos enfants dorment paisiblement; mais il y a un téléphone à la Maison Blanche qui sonne; il se passe quelque chose de terrible quelque part dans le monde et on demande aux électeurs qui ils voudraient qui réponde au téléphone et bien sûr ils voudraient que ce soit Hillary avec sa formidable expérience.
(Si elle a un jour expliqué en quoi consistait cette merveilleuse expérience, j'ai loupé l'épisode. Peut-être s'agit-il de son expérience de mort imminente en Bosnie?).

Caractéristique de la clique de plus en plus nombreuse des partisans conservateurs de Clinton, le Washington Times apportait récemment son soutien à cette thèse. Le journal de droite avait interviewé un groupe d'"officiers de l'armée à la retraite, de cadres de l'industrie et de responsables actuels de la défense, majoritairement conservateurs" où ils signalaient le manque d'expérience d'Obama en matière de sécurité nationale.

Et voilà. Et il en va ainsi depuis de nombreuses années. Qu'est-ce donc que cette fixation sur l'expérience pour prétendre être élu? Ce n'est pas sorti de l'imagination d'Hillary Clinton.
Si je dois faire réparer ma voiture, je cherche un mécanicien spécialiste dans le type de véhicule que je possède.
Si je devais me faire opérer, je me mettrais en quête d'un chirurgien très expérimenté et spécialiste de ce genre d'intervention.
Mais quand il s'agit de donner un mandat électif à quelqu'un, la condition sine qua non, c'est son programme ligne politique.
Sur quel candidat porteriez-vous votre choix?
Sur celui qui est absolument contre tout ce qui vous tient à coeur mais qui a occupé des postes importants, ou sur celui qui partage vos convictions sur tous les points importants mais qui n'a jamais encore été élu?
Y a-t-il l'ombre d'un doute sur quelle personne porterait notre choix, en général?
Alors, pourquoi donc cette question de l'"expérience" revient-elle si souvent sur le tapis dans les campagnes électorales?

Dans un sondage national récent, on a demandé à des électeurs inscrits comment ils voyaient les candidats en matière de politique étrangère et de sécurité nationale.
43% estiment qu'Obama ne serait "pas assez ferme" (probablement à cause du facteur "expérience"), alors que seuls 3% pensent qu'il serait "trop ferme".
Pour Clinton, les pourcentages sont de 37% et 9%.

Les preuves sont accablantes: des dizaines d'années de politique américaine très ferme (non: brutale) au Moyen Orient ont augmenté considérablement les actes de terrorisme contre les Américains; pareil en Amérique Latine il y a quelques dizaines d'années en arrière.
Et pourtant cette logique reste une notion totalement inconnue de la majorité des électeurs américains, qui pensent que ce qui marche, c'est la poigne (même s'ils savent que cela ne marche pas avec les Américains – voir la réaction au 11 sept).

John Mc Cain - qui se glorifie d'avoir largué un nombre incalculable de bombes sur le Vietnam, qui n'avait jamais fait de tort ni à lui, ni à son pays avant que lui et son pays ne l'envahissent, qui maintenant parle de bombarder les populations en Iran, et qui nous dit qu'il est prêt à rester en Irak pendant une centaine d'années - est encore considéré comme "pas assez ferme" par 16% des sondés et "trop ferme" par seulement 25% d'entre eux.
Que faut-il donc aux Américains pour qu'ils réalisent que l'un de leurs candidats est un psychopathe sanguinaire? Comme les deux détraqués qu'il va peut-être remplacer.
Comment notre immense expérience de 225 ans de démocratie en est-elle arrivée là?
Et pourquoi fait–on fréquemment référence à Mc Cain en le qualifiant de "héros de guerre"?
Son avion de combat a été abattu, il a été capturé et fait prisonnier pendant plus de cinq ans. Qu'y a-t-il d'héroïque là dedans?
Dans la plupart des autres professions, on appellerait un tel bilan un échec.

Winston Churchill a dit: "le meilleur argument contre la démocratie c'est une conversation de cinq minutes avec un électeur de base".
Et si cela ne marche pas pour vous, essayez une conversation de cinq minutes avec pratiquement n'importe quelle personnalité politique américaine. Ce machin qu'on appelle la démocratie continue de servir de substitut à l'émancipation des êtres humains.

Une dernière réflexion concernant Obama: s'apprête-t-il à prendre de la distance par rapport à Martin Luther King, comme il l'a fait avec son propre pasteur, le révérend Jeremiah Wright  ?

King a dénoncé avec virulence la guerre du Vietnam et traité les Etats-Unis de "pays le plus violent du monde". Comme Wright, il a été vivement condamné pour ses propos.

Comme l'a dit TS Eliot: 'l'humanité ne peut guère supporter la réalité".

William Blum is the author of Killing Hope: U.S. Military and CIA Interventions Since World War II, Rogue State: a guide to the World's Only Super Power. and West-Bloc Dissident: a Cold War Political Memoir.
He can be reached at: BBlum6@aol.com

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Note perso

La Chine et l'Occident

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Alors, boycott ou pas boycott?

D'abord, les pays occidentaux nous baladent pour nous faire croire qu'ils s'intéressent aux droits de l'homme, juste pour dire. On a vu comment, ailleurs.
En réalité, c'est un bras de fer politique et, en fin de compte, je suis prête à parier qu'il n'y aura qu'un boycott "allégé" (juste histoire de montrer à la Chine qu'on existe, et qu'on a l'opinion publique avec nous et qu'elle ne peut pas tout se permettre sous prétexte qu'elle nous tient à la gorge, hein?).

Personnellement, je ne suis pas pour le boycott, comme ça, au dernier moment, alors que des villes ont engagé des frais considérables pour cette mascarade.
Frais considérables sur le dos de qui?
Sur le dos des populations pauvres, évidemment.
Qui ont été délogées, déplacées (vers où? Tout ce beau monde s'en fiche, évidemment. Tout ce qu'il veut, c'est ne pas les avoir en travers de son chemin) pour construire de magnifiques équipements éphémères pour que nos athlètes musclés et intègres puissent évoluer dans un environnement aseptisé propice à la saine émulation du sport et à l'amitié entre les peuples.
Ces pauvres qui ont servi d'esclaves (on dit de "bénévoles" quand on est poli!) pour qu'il ne manque pas un bouton de guêtre à la fête des multinationales et de la gonflette, l'exotisme en plus.

Et qui, encore, en pâtira, si les municipalités prennent le bouillon?
Les pauvres, évidemment. Mais par définition, ils ont moins à perdre que les riches, non? Alors de quoi se plaindraient-ils? (Quand t'as trois fois rien au départ, c'est presque une promotion que de de te contenter de rien).
Pas de logement? Pas d'aides sociales? Un pauvre, ça survit partout. Y a qu'à voir: il y en a toujours plus, c'est dire si ça a la peau dure.
Un riche, lui, il tiendrait pas cinq minutes.

Le boycott, c'est le sommet de l'hypocrisie occidentale (je ne parle, évidemment pas des défenseurs sincères des droits de l'homme mais de l'"élite" politico-économico-médiatique et du cloaque dans lequel elle évolue).
Et, QUI a choisi la Chine pour les JO?
Le Comité Olympique, qui, on le sait, agit en toute indépendance. (Comme RSF, d'ailleurs, mais c'est une autre histoire).
Etait-ce un hasard? Que nenni!
En choisissant la Chine, ils savaient pertinemment:
Que les droits de l'homme n'y étaient pas respectés (loin de là!);
Que les problèmes existaient déjà au Tibet (et ailleurs);
Que rien ne serait réglé entre-temps;
Et qu'ils n'en avaient rien à braire de tout ça s'il y avait du méga-pognon à se faire et la possibilité de s'attirer les bonnes grâces de la Chine, question de la faire adhérer à leur grand projet humanitaire d'hégémonie mondiale.
Choisir la Chine, c'était l'amener à en venir à grands pas aux normes occidentales et la faire accueillir les multinationales pour qu'elles puissent y prospérer comme ailleurs (qui donc y construit des tours de plusieurs dizaines d'étages en lieu et place des habitations traditionnelles, qui, elles, sont rasées sans pitié par ces béotiens?).

La dramaturgie est désormais élaborée. Les Tibétains se sont révoltés à point nommé.
En scène pour l'acte I: l'Indignation internationale.

Alors, boycott? Pour moi, c'est NON.

En revanche, agissons pour que les JO, ce grand cirque stupide et factice, cette imposture qui produit des montagnes de bénéfices pour les intérêts privés et des montagnes de déficits pour les services publics, soient définitivement jetés avec les immondices de l'histoire.
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Tibet: où est la vérité?

Voici des articles du Grand Soir (il y en a d'autres sur le site) qui livrent une réflexion plus poussée sur le sujet, hors des sentiers battus et des discours officiels partisans.
http://www.legrandsoir.info/spip.ph...
http://www.legrandsoir.info/spip.ph...