Les Irakiennes disent non à l'occupation américaine et non à la violence des islamistes: les progressistes américains les soutiendront-ils?

Les femmes en Irak résistent à l'occupation

Depuis le bombardement de l'Afghanistan, l'administration Bush a remis au goût du jour le vieux cliché colonial que l'intervention militaire US est destinée à sauver les femmes musulmanes de sociétés despotiques. Comme l'a dit Laura Bush:"le combat contre le terrorisme est aussi le combat pour les droits et la dignité des femmes".
Il n'y a pas beaucoup de femmes au Moyen Orient pour la croire: cet argument ne s'adresse en fait qu'à la population américaine.

En Irak, les femmes savent pertinemment que malgré tous les discours de Bush sur les droits des femmes et sur la démocratie, les Etats-Unis ne veulent pas d'une authentique démocratie en Irak.

En définitive, si la décision revenait à une majorité d'Irakiens, combien d'entre eux auraient approuvé la législation sur le contrôle du pétrole irakien par les Etats-Unis, qui remet la plus précieuse ressource de l'Irak entre les mains de grands groupes pétroliers américains ?
Combien d'Irakiens auraient été d'accord pour que soient installées dans leur pays d'énormes bases américaines dont le seul but est de permettre d'autres interventions militaires dans la région du Golfe?
Dans tout le Moyen Orient, et, à vrai dire dans le monde entier, les Etats-Unis ont choisi de soutenir des dirigeants despotiques qui violent systématiquement les droits des femmes. Pour la bonne raison que les droits des femmes font partie intégrante des droits démocratiques, et que les droits démocratiques sont une menace pour le contrôle de la région par les Américains.
Le fait que les Etats-Unis aient utilisé les droits des femmes pour rallier les suffrages en faveur de leurs guerres dans le Moyen Orient sert parfois à soutenir la thèse selon laquelle les droits des femmes, d'une part, sont "inconnus" dans la région et, d'autre part, servent d'instrument à la "domination occidentale".
C'est ce que disent les conservateurs dans les pays islamiques qui s'opposent aux droits des femmes.
C'est ce que disent également certains progressistes américains qui pensent que condamner l'intervention américaine en Irak, c'est soutenir tout groupe qui résiste contre les Etats-Unis, même si certains se réclament clairement des droits de l'homme.
Mais les Droits de l'homme ne se résument pas à une seule alternative. L'occupation américaine est illégale et injuste, comme l'est la violence à l'encontre des femmes en Irak.
Alors comment pouvons-nous traiter la question de la violence des islamistes contre les femmes sans partir du préjugé raciste que la violence faite aux femmes en Irak découle d'une façon ou d'une autre de l'Islam?
D'abord, nous devons admettre qu'aux Etats-Unis, les débats sur la violence contre les femmes au Moyen Orient ont lieu dans un climat d'hostilité vis-à-vis de l'islam et des pays musulmans.
On a tous entendu des platitudes sur les épreuves terribles que subissent les musulmanes qui ne sont guère mieux que les attaques racistes qui servent à justifier une intervention américaine dans ces pays. C'est pourquoi la politique destinée à lutter contre les violences faites aux femmes au Moyen Orient doit également comprendre la lutte contre la violence de la politique étrangère américaine et contre l'islamophobie en Amérique et la prise de conscience que le racisme et le sexisme s'inscrivent dans la "guerre contre le terrorisme" des Etats-Unis.
Si on comprend les liens qui existent entre s'opposer à la violence contre les femmes en Irak et s'opposer à la violence commise par les Etats-Unis, on peut alors répondre à ceux qui disent que défendre les droits des femmes au Moyen-Orient c'est imposer les "valeurs occidentales" dans les pays musulmans.
Ici, la crainte d'avoir l'air d'approuver l"impérialisme culturel" conduit les gens à se taire sur la violence faite aux femmes. Mais se taire n'est pas excusable face aux violations graves des droits de l'homme. Ce n'est pas non plus la condition nécessaire pour éviter d'être accusé d'impérialisme culturel, car les droits des femmes ne sont pas "occidentaux" par nature.
Les femmes au Moyen-Orient ont derrière elles des siècles de luttes politiques et syndicales, de jurisprudences et d'éducation destinées à défendre leurs droits au sein de leurs sociétés.
Comme le dit Haifa Zangana, auteure et activiste irakienne: "l'erreur principale c'est de s'imaginer que les femmes en Irak sont les victimes silencieuses et impuissantes d'une société contrôlée par les hommes et qu'elles auraient un besoin urgent d'être 'libérées'. Cette image cadre parfaitement avec l'idée plus générale que les Irakiens seraient des victimes passives qui applaudiraient à l'occupation de leur pays. La réalité est bien différente".
La théorie selon laquelle les droits des femmes ne seraient qu'un concept "occidental" est non seulement fausse, mais aussi prétentieuse.
Après tout, les fondements intellectuels de la civilisation (l'écriture, les maths et les sciences) sont nés en Orient. Ces activités seraient-elles alors "étrangères" et "inadaptées" en Occident?
Les droits de l'homme, le féminisme, la littérature et les sciences sont tous des aspects de notre héritage humain commun. Il faudrait être méfiant chaque fois qu'on dit d'une personne qu'elle appartient ou pas à une certaine société, surtout quand cette étiquette est utilisée pour dénier les droits de la personne.
La soi-disant "communauté occidentale" n'a pas le monopole de la démocratie, des droits des femmes, ou de toute autre valeur que les Etats-Unis prétendent "apporter" en Irak.
Les intellectuels de droite aiment parler de "choc des civilisations" qui séparerait les Etats-Unis du Moyen-Orient. Mais le véritable choc n'est pas entre les démocraties "occidentales" et les théocraties "orientales"; il est entre ceux qui soutiennent l'ensemble des droits de l'homme, y compris le droit des femmes à ne pas subir de violences et ceux qui cherchent le pouvoir économique et politique pour quelques privilégiés aux dépens de la majorité de la population mondiale.
Dans ce choc, nul n'est prédestiné à être d'un bord ou d'un autre en vertu de sa culture, sa religion ou sa nationalité.
Nous nous positionnons selon nos principes et nos actes. Et nous qui voulons défendre les droits de l'homme en Irak, nous devrions chercher à écouter les progressistes irakiens , parmi lesquels des milliers de femmes, qui se battent à la fois pour les droits des femmes dans leur pays et pour le droit de leur pays à se libérer de la domination américaine.

Yifat Susskind is communications director of MADRE, an international women's human rights organization. She is the author of a book on US foreign policy and women's human rights and a report on US culpability for violence against women in Iraq, both forthcoming.

Références
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Source
La violence contre les femmes sous l'occupation américaine. L'autre guerre en Irak. Par Yifat Susskind (en anglais)
http://www.counterpunch.org/susskin...