Femmes en Irak: les deux guerres
Par emcee le samedi 29 mars 2008, 18:29 - Moyen Orient - Lien permanent
Les femmes en Irak: les oubliées du monde occidental.
L'administration Bush, pour justifier l'invasion de l'Irak, avait prétendu
vouloir y restaurer la démocratie et faire cesser les violences faites aux
femmes.
Aujourd'hui, ils ont mis en place un pouvoir sectaire à leur botte et les
femmes irakiennes luttent seules, au péril de leurs vies, cernées de toutes
parts, traquées par les islamistes, lâchées par la communauté internationale,
incapable de mettre fin au bourbier qui résulte de l'occupation US, et ignorées
par les "progressistes" occidentaux.
Voici un article de YIFAT SUSSKIND, paru le 19 mars 2008 dans "Counter Punch" "Iraqi Women Say No to US Occupation, No to Islamist Violence: Will US Progressives Stand with Them?"
Les Irakiennes disent non à l'occupation américaine et non à la
violence des islamistes: les progressistes américains les
soutiendront-ils?
Les femmes en Irak résistent à l'occupation
Depuis le bombardement de l'Afghanistan, l'administration Bush a remis au
goût du jour le vieux cliché colonial que l'intervention militaire US est
destinée à sauver les femmes musulmanes de sociétés despotiques. Comme l'a dit
Laura Bush:"le combat contre le terrorisme est aussi le combat pour les
droits et la dignité des femmes".
Il n'y a pas beaucoup de femmes au Moyen Orient pour la croire: cet argument ne
s'adresse en fait qu'à la population américaine.
En Irak, les femmes savent pertinemment que malgré tous les discours de Bush
sur les droits des femmes et sur la démocratie, les Etats-Unis ne veulent pas
d'une authentique démocratie en Irak.
En définitive, si la décision revenait à une majorité d'Irakiens, combien
d'entre eux auraient approuvé la législation sur le contrôle du pétrole irakien
par les Etats-Unis, qui remet la plus précieuse ressource de l'Irak entre les
mains de grands
groupes pétroliers américains ?
Combien d'Irakiens auraient été d'accord pour que soient installées dans leur
pays d'énormes bases américaines dont le seul but est de permettre d'autres
interventions militaires dans la région du Golfe?
Dans tout le Moyen Orient, et, à vrai dire dans le monde entier, les Etats-Unis
ont choisi de soutenir des dirigeants despotiques qui violent systématiquement
les droits des femmes. Pour la bonne raison que les droits des femmes font
partie intégrante des droits démocratiques, et que les droits démocratiques
sont une menace pour le contrôle de la région par les Américains.
Le fait que les Etats-Unis aient utilisé les droits des femmes pour rallier les
suffrages en faveur de leurs guerres dans le Moyen Orient sert parfois à
soutenir la thèse selon laquelle les droits des femmes, d'une part, sont
"inconnus" dans la région et, d'autre part, servent d'instrument à la
"domination occidentale".
C'est ce que disent les conservateurs dans les pays islamiques qui s'opposent
aux droits des femmes.
C'est ce que disent également certains progressistes américains qui pensent que
condamner l'intervention américaine en Irak, c'est soutenir tout groupe qui
résiste contre les Etats-Unis, même si certains se réclament clairement des
droits de l'homme.
Mais les Droits de l'homme ne se résument pas à une seule alternative.
L'occupation américaine est illégale et injuste, comme l'est la violence à
l'encontre des femmes en Irak.
Alors comment pouvons-nous traiter la question de la violence des islamistes
contre les femmes sans partir du préjugé raciste que la violence faite aux
femmes en Irak découle d'une façon ou d'une autre de l'Islam?
D'abord, nous devons admettre qu'aux Etats-Unis, les débats sur la violence
contre les femmes au Moyen Orient ont lieu dans un climat d'hostilité vis-à-vis
de l'islam et des pays musulmans.
On a tous entendu des platitudes sur les épreuves terribles que subissent les
musulmanes qui ne sont guère mieux que les attaques racistes qui servent à
justifier une intervention américaine dans ces pays. C'est pourquoi la
politique destinée à lutter contre les violences faites aux femmes au Moyen
Orient doit également comprendre la lutte contre la violence de la politique
étrangère américaine et contre l'islamophobie en Amérique et la prise de
conscience que le racisme et le sexisme s'inscrivent dans la "guerre contre le
terrorisme" des Etats-Unis.
Si on comprend les liens qui existent entre s'opposer à la violence contre les
femmes en Irak et s'opposer à la violence commise par les Etats-Unis, on peut
alors répondre à ceux qui disent que défendre les droits des femmes au
Moyen-Orient c'est imposer les "valeurs occidentales" dans les pays
musulmans.
Ici, la crainte d'avoir l'air d'approuver l"impérialisme culturel"
conduit les gens à se taire sur la violence faite aux femmes. Mais se taire
n'est pas excusable face aux violations graves des droits de l'homme. Ce n'est
pas non plus la condition nécessaire pour éviter d'être accusé d'impérialisme
culturel, car les droits des femmes ne sont pas "occidentaux" par nature.
Les femmes au Moyen-Orient ont derrière elles des siècles de luttes politiques
et syndicales, de jurisprudences et d'éducation destinées à défendre leurs
droits au sein de leurs sociétés.
Comme le dit Haifa Zangana, auteure et activiste irakienne: "l'erreur
principale c'est de s'imaginer que les femmes en Irak sont les victimes
silencieuses et impuissantes d'une société contrôlée par les hommes et qu'elles
auraient un besoin urgent d'être 'libérées'. Cette image cadre parfaitement
avec l'idée plus générale que les Irakiens seraient des victimes passives qui
applaudiraient à l'occupation de leur pays. La réalité est bien
différente".
La théorie selon laquelle les droits des femmes ne seraient qu'un concept
"occidental" est non seulement fausse, mais aussi prétentieuse.
Après tout, les fondements intellectuels de la civilisation (l'écriture, les
maths et les sciences) sont nés en Orient. Ces activités seraient-elles alors
"étrangères" et "inadaptées" en Occident?
Les droits de l'homme, le féminisme, la littérature et les sciences sont tous
des aspects de notre héritage humain commun. Il faudrait être méfiant chaque
fois qu'on dit d'une personne qu'elle appartient ou pas à une certaine société,
surtout quand cette étiquette est utilisée pour dénier les droits de la
personne.
La soi-disant "communauté occidentale" n'a pas le monopole de la démocratie,
des droits des femmes, ou de toute autre valeur que les Etats-Unis prétendent
"apporter" en Irak.
Les intellectuels de droite aiment parler de "choc des civilisations" qui
séparerait les Etats-Unis du Moyen-Orient. Mais le véritable choc n'est pas
entre les démocraties "occidentales" et les théocraties "orientales"; il est
entre ceux qui soutiennent l'ensemble des droits de l'homme, y compris le droit
des femmes à ne pas subir de violences et ceux qui cherchent le pouvoir
économique et politique pour quelques privilégiés aux dépens de la majorité de
la population mondiale.
Dans ce choc, nul n'est prédestiné à être d'un bord ou d'un autre en vertu de
sa culture, sa religion ou sa nationalité.
Nous nous positionnons selon nos principes et nos actes. Et nous qui voulons
défendre les droits de l'homme en Irak, nous devrions chercher à écouter les
progressistes irakiens , parmi lesquels des milliers de femmes, qui se battent
à la fois pour les droits des femmes dans leur pays et pour le droit de leur
pays à se libérer de la domination américaine.
Yifat Susskind is communications director of MADRE, an international women's human rights
organization. She is the author of a book on US foreign policy and women's
human rights and a report on US culpability for violence against women in Iraq,
both forthcoming.
Références

Source
La violence contre les femmes sous l'occupation américaine. L'autre
guerre en Irak. Par Yifat Susskind (en anglais)
http://www.counterpunch.org/susskin...

Commentaires
C'est bien connu que George W BU$H est un fervent partisant du droit des femmes , ils couper les crédits pour l'avortement (ex : au Kenya).
En Irak c'est encore pire , il y eu un nouveau code de la famille réactionaire qui a remplacé celui qui dattait de Saddam et qui était le plus progressif de tout le monde arabe.
Ce texte est, stratégiquement une merveille.En effet, il ne reste presque plus rien des discours merveilleux que tenaient les US pour justifier leur guerre : la sécurité, la démocratie, les droits de l'Homme se sont évanouis.
Il ne reste que la cause des femmes, et elle était dans l'argumentaire développé contre le CDH par Finky et consorts dans leur tribune du Monde L'Onu Contre Les Droits De L'Homme.
C'est pourquoi cet article de YIFAT SUSSKIND tombe à pic.
Merci pour vos commentaires.
En efffet, T34, G Bush a tout fait, dans son pays et à l'étranger, pour réduire la liberté des femmes. Comme baisser considérablement les crédits du planning familial en faveur des associations partisanes qui prônent l'abstinence, entre autres exemples.
Et ce n'est pas parce qu'il y a pire, qu'il faut saluer le moins pire.
@gg,
Comme j'avais zappé cette pétition contre l'ONU, j'ai procédé à des recherches. Facile de trouver la pétition immédiatement sur gogol (signée, entre autres, par le sinistre G*asguen), mais peu aisé d'en trouver une analyse.
Dans ce forum, des arguments étayés pour ceux qui, comme moi, ont laissé passer l'info. Parmi ces arguments, les écrits (que je n'avais pas encore lus) du sous-préfet démis de ses fonctions ipso facto.
http://www.yabiladi.com/forum/read-...
@ emcee
Ne crois surtout pas que je salue Saddam.
@ T34: Je n'y ai même pas songé. J'avais bien compris cela.
Saddam était ce qu'il était, à savoir un dictateur cruel, mais les femmes, à l'époque, étaient libres d'aller travailler hors de chez elles, avaient accès à l'éducation et ne vivaient pas sous la terreur constante.
Tout n'était pas rose, certes, mais cela n'a rien à voir avec ce qu'elles subissent depuis l'invasion, censée, rappelons-le, servir à les libérer.
Quelle ignominie!
Sans parler des atrocités qu'elles subissent, ou dont elles sont constamment menacées, elles doivent faire tous les jours face à des épreuves: alors que les US ont fait main basse sur les ressources de leur pays, elle doivent se débattre au quotidien sans eau, sans électricité et sans pouvoir sortir de chez elle.
Mais on va m'accuser d'anti-américanisme primaire si je dis cela.
Saddam était un dictateur, mis en place par les USA.
Qui se souvient que les USA ont soutenu l'Irak lors de la guerre contre l'Iran ?
Que le but était alors d'empêcher l'Iran de botter le cul du dictateur mis en place par les USA ?
Le monde = les USA.
http://www.legrandsoir.info/spip.ph...
L'article de Chomsky à ce titre est plus qu'éloquent, et TOUS les pays qui prétendent appartenir à l'ONU ou autre farce, soutiennent cet état de fait. Jamais les USA n'auraient du être autorisés par l'ensemble du monde à poser le début d'une semelle en Irak.
Pour faire une comparaison, si un seul pays pensait à boycotter la Chine d'une façon ou d'une autre pour ses actions au Tibet, il devrait boycotter les USA pour ses actions dans le monde entier. Un million de morts au Tibet en plusieurs décennies, un million de morts en Irak en combien d'années ?
Les Etats-Uniens qui réfléchissent sont les premiers à être de vrais "anti-américains primaires" ... c'est une position qui est indispensable aujourd'hui et il faut le hurler aussi fort que possible, en corrigeant peut être au passage, et en précisant : USA et pas Amérique, cet amalgame qui légitime de fait l'emprise des USA sur le continent américain.
Au lieu de ça, on continue à se tripoter entre intellectuels sur des sujets aussi creux que "oui mais bon, l'afghanistan, comprenez, faut quand même éradiquer AlQuaida, le terrorisme tout ça, vous savez, ces barbus affreux méchants..." "pis bon, faut quand même arrêter Ben Laden hein, il est méchant celui là..." etc etc...
Je ne sais pas ce qui a poussé Chirac à l'époque à dire "fuck" aux USA, mais à mon avis l'Histoire se souviendra de ça, et si d'autres avaient suivi son exemple ... enfin avec des si...
Je suis entièrement d'accord avec toi, coco.
Les US installent des brûlots partout dans le monde avec la complicité active ou passive des Occidentaux.
Le problème, c'est que chaque fois, en fait de démocrates, ils installent au pouvoir - ou confortent ,des dictateurs à leur botte , en les corrompant, qui plus est, empêchant les peuples de se déterminer par eux-mêmes, empêchant les peuples d'élire un démocrate à la tête du pays, empêchant l'élaboration d'une constitution et d'un programme cohérent en faveur de la population, empêchant toute avancée puisque les progressistes, sous le joug d'autocrates sanguinaires, sont pris dans l'urgence et sauvagement réprimés et ne peuvent donc pas se faire entendre, et encore moins participer à la construction de leur pays. c'est machiavélique.
L'article le dit bien: la démocratie est l'ennemie des US.
Et la démocratie devient l'ennemie même dans les pays occidentaux, à l'heure actuelle.
Il n'y a plus en France de gardien de la Constitution, qui est allègrement bafouée.
Mais une majorité de Français a l'air de s'en accommoder.
Quant à Chirac, j'ai une théorie, elle vaut ce qu'elle vaut, mais je pense qu'il a voulu au départ faire le matamore par rapport aux US, pour montrer que, lui, il ne donnait pas un blanc-seing aux US (on sait qu'il était capable d'impulsions, sur lesquelles il revenait ensuite). Et qu'ensuite, pris dans le tourbillon de la popularité qu'avait suscitée sa déclaration, il n'a plus pu revenir en arrière.
Je ne vais pas redire ce qui a déjà été dit et à quoi j'adhère totalement, mais juste nuancer une phrase de Coco sur l'ONU. L'ONU n'a pas soutenu l'invasion de l'Irak. A ce titre (et à d'autres), elle me semble être la seule organisation d'envergure ayant un semblant d'intelligence et d'utilité. Le problème est surtout que les USA se torchent avec les décisions de l'ONU pour montrer que ce sont eux les chefs, et que le reste du monde n'a pas son mot à dire. L'ONU n'est pas l'OTAN ou le G8.
très bon article, merci de nous le proposer
@ céleste: merci.
Moogle, en effet, pour ce qui est de l'ONU, elle aboie et la caravane passe outre.