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Des dizaines de personnes tuées au cours de raids à Gaza

- Plus de 50 personnes sont mortes au cours de combats avec les Israéliens.
- L'Observer révèle les obstacles que rencontrent les personnes gravement malades pour aller se faire soigner à l'extérieur de Gaza

L'armée israélienne a tué au moins 60 Palestiniens hier (près de la moitié étant des civils, dont quatre enfants) au cours de la plus violente attaque dans la Bande de Gaza depuis que le groupe islamique Hamas a pris le pouvoir en juin dernier. Ces derniers décès portent à 80 le nombre de Palestiniens tués depuis qu'un tir de roquette en provenance de Gaza avait tué un Israélien de 44 ans dans la ville de Sderot. Deux soldats israéliens sont également morts au cours de l'offensive. Tard la nuit dernière, trois missiles tirés par un hélicoptère israélien frappaient le bâtiment abritant le premier ministre du gouvernement du Hamas, Ismail Haniyeh.
Selon les témoignages, s'il n'y a pas eu de victimes, mais le bâtiment a été détruit.
Ce dernier massacre survient en même temps que les conclusions d'une enquête réalisée par "The Observer" révélant qu'Israël fait à nouveau délibérément obstruction au transfert à l'extérieur de Gaza de malades nécessitant des soins urgents, cela, dans le but d'intensifier encore sa politique de punition collective vis-à-vis des Palestiniens.
Le nombre de morts n'a cessé de grimper au cours de la journée d'hier alors que les troupes israéliennes bombardaient les militants palestiniens qui tiraient des roquettes et des mortiers sur Israël.
Cette opération survient à la suite des déclarations, la semaine dernière, de Matan Vilnai, le vice-ministre israélien de la Défense, où il menaçait la population de Gaza d'un "holocauste" si les tirs de roquettes ne cessaient pas.
Un résident raconte les combats autour du camp de Jabaliya et les conditions atroces qu'ont connues les populations civiles quand les forces israéliennes y ont pénétré. Cette incursion semblait être le prélude à une éventuelle invasion israélienne et est survenue quelques jours à peine avant la visite annoncée de la secrétaire d'état américaine, Condoleezza Rice, avec pour objectif de faire progresser les négociations de paix.
La nuit dernière, les Etats-Unis ont appelé à l'arrêt des violences et déploré les pertes de vies humaines dans la Bande de Gaza.
"Il y a une nette différence entre des attaques terroristes à la roquette qui visent des civils et des actes d'autodéfense", a déclaré le porte parole de la Maison Blanche. Devant l'augmentation du nombre de victimes, les dirigeants palestiniens ont menacé d'annuler les négociations de paix avec Israël.

Parallèlement, Israël était accusé de durcir encore sa politique d'obstruction à l'encontre des malades dont l'état nécessite de sortir de Gaza pour subir un traitement approprié (malgré un arrêt de la Haute Cour d'Israël qui stipule que "même les grands criminels ont droit aux soins médicaux").
Officiellement, Israël autorise tous les mois des centaines de Palestiniens à franchir la frontière pour aller se faire soigner. Mais, comme l'a établi l'Observer, ces chiffres ne rendent pas compte de l'opacité d'un système de plus en plus inhumain où on décide arbitrairement de ceux qui auront le droit de franchir le barrage d'Erez, le point de passage principal.
Ce système, d'après les professionnels de la médecine palestiniens, a déjà causé la mort prématurée d'un certain nombre de Palestiniens. Et, alors que se multiplient les condamnations d'Israël pour la punition collective qu'il inflige aux Gazaouis, cette question est devenue emblématique de l'attitude intraitable d'Israël.
C'est une loterie avec des pertes de temps considérables, où l'obtention d'un permis peut prendre des mois et où un patronyme qui ressemble trop à celui d'un militant recherché peut suffire à se voir refuser un traitement médical (même pour ceux dont la vie est en danger).
Certains affirment qu'au cours des entretiens avec le Shin Bet (Services Généraux de Sécurité israéliens), on a fait pression sur eux pour qu'ils deviennent agents de renseignement. Ces allégations sont étayées par neuf déclarations sous serment de patients à Gaza, recueillies par l'association israélo-palestinienne "Physicians for Human Rights Israel" (PHR, Médecins pour les Droits de l'Homme en Israël), qui affirment avoir subi des pressions pour qu'ils collaborent avec Israël en échange des soins.
Là où les conséquences de la politique israélienne sont le plus évidentes, c'est quand on voit la foule qui se presse désespérément devant le cabinet du docteur Bassam al-Badri, où une masse de gens bloque le couloir et envahit sa petite salle de consultation. Les bons jours, il y a une centaine de personnes; les mauvais, ce nombre est multiplié par deux. Il y a des femmes qui souffrent d'un cancer du sein, des hommes qui ont des fractures aux jambes, des personnes âgées dont les yeux sont voilés par la cataracte.
Badri représente le seul espoir d'obtenir un permis pour aller se soigner en Israël, en Jordanie ou en Egypte. Son travail consiste à adresser des lettres pour l'orientation des patients au ministère de la santé palestinien.

''Nous rédigeons 700 à 800 lettres par mois. Mais toutes ne sont pas prises en compte. En décembre dernier, les autorités de Gaza ont autorisé 669 transferts sanitaires. Et parmi ceux-là, 156 ont été refusés par Israël et 132 cas sont encore en attente. La moitié ou le tiers de ceux qui viennent ici ne reçoivent aucune réponse de la part d'Israël" explique Badri.

Dans le cabinet de Badri, il y a Nariman Hamouda, une jeune femme timide de 28 ans accompagnée par sa mère Kawkab.
Au cours de la première Intifada, dans les années 80, la sœur de Kawkab, qui avait Nariman dans les bras, a fait une chute qui a provoqué des lésions graves au coude de la petite fille. Bien qu'elle ait été soignée en Israël, Nariman, qui a fait une nouvelle chute l'an dernier s'est vu refuser l'entrée dans le pays. Et aujourd'hui, elle effectue une nouvelle demande.
"On ne sait pas pourquoi ils l'ont refusée" dit Badri. "Parfois, ils choisissent une victime expiatoire dans une famille. Parfois, c'est parce le nom ressemble à celui de quelqu'un d'autre, ou parce que quelqu'un de la famille est recherché."
Pour ceux à qui on refuse un laissez-passer, le seul espoir, c'est le PHR, qui s'adresse à la Haute Cour pour les cas graves. La déposition du Shin Bet sur les raisons de son refus de laissez-passer est entendue en dehors de la présence des avocats des requérants. Le mois dernier, la cour composée de trois juges a d'abord refusé d'examiner un seul cas, puis n'a accepté d'entendre que les requêtes concernant des personnes qui mourraient à coup sûr si elles ne recevaient pas de soins "le jour même".
"Depuis que Gaza a été déclarée 'entité hostile' en septembre dernier" explique Miri Weingarten du PHR, "la situation a énormément empiré".
La définition de ce qu'est un cas humanitaire grave est devenue extrêmement cynique". Mais même ceux qu'on autorise à sortir du territoire (comme Abdul Kader Munzir, 19 ans, blessé par balles à l'estomac alors qu'il était allé porter secours à sa tante pendant un raid israélien) disent qu'on leur a fait subir un traitement inhumain.
La première fois qu'on l'a autorisé à franchir le barrage d'Erez", raconte son père Munzir, on a obligé Abdul et sa mère à attendre de 8 heures du matin à 5 heures du soir. Puis, on leur a dit de repartir chez eux. Sa mère leur a dit: Il faut absolument que nous passions aujourd'hui. Si on ne nous laisse pas sortir, il va encore falloir attendre cinq mois'".
Bien qu'il soit resté 20 jours à l'hôpital en Israël, on ne s'est pas du tout occupé de lui.
Au lieu de ça, on l'a renvoyé à Gaza en lui disant de déposer une nouvelle demande. Il y a ceux qui n'y parviendront jamais et qui perdront la vie dans les arcanes du système d'orientation des patients.
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ET ... Dans le Guardian aujourd'hui, autre témoignage:

Une seule balle, une autre victime – et aucun espoir de trouver un médecin.
Rory McCarthy in Jabalia; The Guardian, Monday March 3 2008

Il y a d'abord eu une explosion dans la rue. Puis, le sifflement d'une seule balle qui a pénétré directement dans l'appartement à l'étage au-dessus de qu'habite Raed Abu Saif, et où sa fille Safa venait de se rendre. C'était samedi après-midi, à 4 heures environ.
Abu Saif s'est précipité à l'étage où il a trouvé sa fille Safa, 12 ans, allongée par terre dans la salle de séjour. Elle avait un trou dans la poitrine, là où la balle était entrée et un dans le dos là où elle était ressortie. Elle a agonisé pendant trois heures.
A l'extérieur, dans le quartier de Zimmo Square, à l'ouest de Jabalia, dans la Bande de Gaza, il y avait maintenant une forte présence militaire, avec des tanks et des soldats et les détonations du combat qui faisait rage. C'était trop dangereux pour que les ambulances puissent passer et trop dangereux pour qu'Abu Saif puisse partir à pied en transportant sa fille. Alors, il est allé chercher des pansements, a refermé les blessures comme il a pu et l'a tenue dans ses bras pendant qu'elle perdait son sang.

"Elle m'a dit qu'elle avait mal, qu'elle ne pouvait pas respirer'", dit-il, "Quelques minutes avant de mourir elle m'a dit d'arrêter d'appuyer sur sa blessure, que ça l'empêchait de respirer. Je ne faisais que caresser ses cheveux. Puis j'ai vu ses yeux se convulser. J'ai mis la main sur son cœur, il avait cessé de battre".

La mère d'Abu Saif portait un drapeau blanc que la famille avait confectionné avec morceau de drap. Sa femme, Samar, est venue avec eux dans la rue, portant le corps inanimé de Safa. Un tank israélien était garé un peu plus loin et dirigea les phares sur eux. Par deux fois, le tank a tiré en l'air juste au-dessus de leur tête, racontent-ils, jusqu'à ce qu'ils finissent par renoncer et retourner chez eux passer la nuit dans l'appartement, la famille, six autres enfants et Safa.
Ce n'est qu'hier qu'Abu Saif a réussi enfin à se rendre sans encombres à la morgue de l'hôpital, où le corps de sa fille était préparé pour l'inhumation. Mais la mère de Safa et ses frères et sœurs, dans l'impossibilité de rejoindre le cortège funéraire, était restés à la maison autour de laquelle se déroulaient les combats. Sur les toits d'immeubles voisins étaient postés des soldats israéliens. C'est de là, pense la famille, qu'a été tirée la balle qui a tué Safa.

Selon certaines estimations, les opérations militaires israéliennes de ces cinq derniers jours ont tué au moins une centaine de Palestiniens, parmi lesquels de nombreux civils. Pour la journée de samedi seulement, le "Palestinian Centre for Human Rights" a compté 49 victimes civiles; l'agence Reuters indique que les autorités médicales palestiniennes en ont dénombré une soixantaine. Deux soldats israéliens et un civil ont été tués dans la ville de Sderot, en Israël.

Même mesuré sur l'échelle de la violence que connaît Gaza, c'est un bilan terrible. La première réaction est arrivée hier quand Mahmoud Abbas, le président palestinien, a suspendu les négociations de paix avec Israël, jusque là infructueuses, peu avant la visite de Condoleezza Rice qui espérait relancer les négociations.
Puis, en Cisjordanie, il y a eu des manifestations de soutien à Gaza, à Ramallah et Hébron (où les troupes israéliennes ont abattu un garçon de 14 ans).
Les dirigeants d'Israël justifient ces opérations avec virulence. "Personne au monde ne peut nier qu'en visant le Hamas les chances de paix seront renforcées", a déclaré à Jérusalem le premier ministre israélien, Ehud Olmert.
Certes, beaucoup des Palestiniens qui sont morts étaient des militants, dont certains responsables de tirs de roquettes sur les villes en Israël.
On pouvait voir des soldats du Hamas à Jabalia avec leurs uniformes de combat noirs, certains étant armés, et un avec ce qui ressemblait à un détonateur. Mais qu'il y ait des civils, dont des enfants, parmi les morts et les blessés, c'était inévitable.
Hier, dans la journée, on a vu une foule de plusieurs centaines de personnes dans un cortège funéraire transporter dans les rues une petite fille, Salsabeel Abu Jalhoum, morte à l'âge de 21 mois.
Il y en a eu beaucoup d'autres, comme Mohammad Maboheh, un garçon de 16 ans, qui a été abattu alors qu'il était sur le balcon, dans le quartier d'Abed Rabbo de Jabalia, et dont le père était aux soins intensifs hier soir après avoir reçu une balle dans la poitrine.
Et puis, il y a Mustapha Banna, 20 ans, allongé sur un lit de l'hôpital Kamal Adwan, bourré de sédatifs, après que ses jambes ont été broyées par un obus israélien qui a explosé près de sa maison à Beit Lahiya jeudi après-midi. Une roquette palestinienne avait été tirée quelques minutes avant par des militants dans un champ voisin.
Et puis, il y a eu Eyad et Jacqueline Abu Shabak, des frère et sœur de 16 et 17 ans, abattus vers minuit vendredi dans la salle de séjour de leur maison dans le quartier d'Abed Rabbo de Jabalia, à peine à quelques centaines de mètres du lieu où Safa allait trouver la mort plus tard ce jour même.
Eyad a reçu une balle en pleine poitrine et est mort un peu plus tard à l'hôpital, sa sœur, touchée à la tête, est morte à l'endroit même où elle est tombée. Leur oncle, Hatim, 32 ans, était assis devant la tente funéraire hier et disait ouvertement qu'il désapprouvait lui aussi les tirs de roquettes des militants palestiniens. Puis, il a dit: "Mais nous, nous sommes coupables de quoi?".