Regardez les choses en face, Cardinal. Vous avez votre part de responsabilité dans le nombre effarant d'avortements dans notre pays.

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Je suis d'accord avec Son Eminence quand il parle de la détresse que suscite la mort d'enfants qui ne verront pas le jour; mais sa politique ne sert qu'à accroître le taux d'avortements.
Qui porte la plus grande responsabilité pour la mort d'enfants à naître dans ce pays?
J'accuse le plus haut dignitaire de l'Eglise catholique en Angleterre et au Pays de Galles, son Eminence le Cardinal Cormac Murphy-O'Connor.
Je l'accuse d'être en partie responsable du taux d'avortements anormalement élevé.
Mais d'abord, disons que je suis d'accord avec le cardinal sur un point. "Quelles que soient notre foi religieuse ou nos convictions politiques," écrit Murphy-O'Connor, le nombre d'avortements au Royaume-Uni, "ne peut être qu'une source de détresse et de profonde angoisse pour chacun d'entre nous".
Tout à fait. Mais pourquoi ce nombre a-t-il autant grimpé? Serait-ce la montée du progressisme? Le défaut d'abstinence?
Aussi étrange que cela puisse paraître, les faits prouvent le contraire. La semaine dernière, le cardinal a dissout le Conseil d'Administration d'un hôpital au nord de Londres. Il avait accepté qu'un service de médecine générale s'installe dans les locaux de l'hôpital où les médecins, comble de l'horreur, informaient les femmes sur les méthodes de contrôle des naissances.
Bien que financé en partie par la Sécurité sociale (le NHS), St John & St Elizabeth's est un hôpital catholique, qui interdit aux médecins de prescrire des contraceptifs ou d'adresser les femmes à des services qui pratiquent l'avortement. Le cardinal dit qu'il veut que l'hôpital apporte une aide médicale à ce qui va "véritablement dans l'intérêt de l'être humain".

A de nombreuses reprises, Murphy-O'Connor a lancé des attaques contre l'avortement et la contraception. C'est à cela qu'il sert: l'objectif principal de la plupart des religions étant d'exercer un pouvoir sur les femmes.
Mais même si nous ne sommes pas d'accord avec cette position, nous ne remettons guère en question la cohérence ou les effets d'une telle politique. Il est temps de s'y mettre. La façon la plus efficace d'empêcher la mort d'enfants à naître, c'est d'encourager la contraception.
Dans l'histoire de la plupart des pays qui accèdent aux technologies médicales modernes, il y a une période où les taux de contraception et d'avortement augmentent simultanément. Les fondamentalistes chrétiens laissent entendre que ces deux tendances sont étroitement liées, et les attribuent à ce que le pape appelle "la mentalité laïque et relativiste".
En réalité, c'est un signe de transition démographique.
Quand les sociétés connaissent de plus en plus de prospérité et que les femmes ont de meilleures perspectives d'avenir, elles ne désirent pas avoir beaucoup d'enfants. Dans les premières années de cette transition, il est souvent difficile et peu ancré dans les moeurs de chercher à se procurer des contraceptifs, alors les femmes ont également recours à l'avortement pour limiter le nombre de naissances.
Mais, comme le montre une étude publiée dans le journal "International Family Planning Perspectives", sitôt que le taux des naissances se stabilise, l'utilisation de contraceptifs continue d'augmenter tandis que le nombre d'avortements baisse. Dans ce cas précis, une tendance résulte de l'autre: "la hausse de l'utilisation de contraceptifs a pour effet une baisse du nombre d'avortements". Le nombre d'avortements chute quand 80% de la population utilise des moyens contraceptifs efficaces.
Une enquête publiée par le "Lancet montre qu'entre 1995 et 2033, le taux d'avortements provoqués dans le monde est passé de 35 pour mille femmes par an à 29. Cette période coïncide avec le développement de la "culture laïque mondialisée", que déplore vivement le pape.
Quand on analyse les chiffres, il est clair que, sauf dans l'ex-Union Soviétique, le nombre d'avortements est plus élevé dans les sociétés conservatrices et religieuses.
Dans la partie d'Europe occidentale où une majorité de la population est peu pratiquante, le taux moyen d'avortements est de 12 pour mille femmes.
Dans les pays européens du Sud où la religion a plus d'influence, ce taux est de 18 pour mille.
Aux Etats-Unis, où la fréquentation des églises est encore plus élevée, il y a 23 avortements pour mille femmes, le pourcentage le plus élevé de tous les pays riches.
En Amérique centrale et du sud, où l'église catholique a le plus d'influence, les pourcentages sont de 25 et 33 respectivement. Dans les sociétés très conservatrices de l'Afrique orientale, c'est 39 pour mille.
Le seul qui échappe à cette règle, c'est le Royaume Uni, où le pourcentage est supérieur de 6 points à celui de nos voisins d'Europe occidentale.

Je ne dis pas qu'il n'y ait qu'une seule cause à cela: les chiffres indiquent également qu'il y a eu des changements démographiques. Mais il est clair que les convictions religieuses ne contribuent guère à faire baisser le nombre d'avortements et contribuent énormément à le faire augmenter.
Les pourcentages les plus élevés de tous les pays (44 pour mille) se trouvent dans l'ex-Union Soviétique car, sous le régime communiste, il était pratiquement impossible de se procurer des contraceptifs. Mais, grâce à un meilleur accès à la contraception, c'est également là qu'on constate la chute la plus spectaculaire: en 1995, le pourcentage des avortements était deux fois plus élevé.
On a vu une légère hausse du nombre d'avortements en Europe occidentale, attribuée, aux Etats-Unis par le Guttmacher Institute, à l'immigration de personnes peu informées sur la contraception".
L'explication est, en d'autres termes, logique: davantage de contraception entraîne une diminution des avortements.

Il y a également une relation évidente entre l'éducation sexuelle et la baisse des taux de grossesses non désirées. Un rapport de l'UNICEF montre qu'aux Pays Bas, où le pourcentage d'avortements est le plus faible, une baisse importante des grossesses non désirées chez les adolescentes résulte du fait que la société est à la fois relativement inclusive et plus ouverte sur les questions de sexe et d'éducation sexuelle, y compris sur les moyens contraceptifs.
En revanche, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, où les pourcentages de maternités précoces sont les plus élevés de tous les pays développés, même si, officiellement, il existe une "information et des services concernant la contraception, il règne une atmosphère étriquée faite de gêne et de secret".

Un article paru dans le "British Medical Journal" établit qu'il existe quatre programmes au Royaume Uni qui ont pour objectif de dissuader les adolescents d'avoir des rapports sexuels.
Le journal a découvert qu'il y avait, au cours de ces stages, une augmentation du nombre des grossesses parmi les partenaires de jeunes gens qui y participaient.
Cela n'est pas surprenant. Les adolescentes ont des rapports sexuels, quoi que leur disent les adultes, et celles qui sont le moins informées sur la contraception sont celles qui courent le plus de risques de tomber enceintes.
Plus les autorités religieuses et la presse conservatrice condamnent la contraception, l'éducation sexuelle et les rapports avant le mariage, et plus le nombre d'avortements est élevé.
Et le cardinal contribue donc à maintenir le nombre de grossesses non désirées à un niveau élevé.

Mais les souffrances que son Eglise fait subir aux femmes dans les pays riches ne sont rien à côté du calvaire qu'elle leur inflige dans les pays pauvres.
Car, comme le signale l'article du Lancet, il n'y a pas de lien entre la légalisation sur l'avortement et le nombre d'avortements. Les femmes qui n'ont pas accès aux contraceptifs chercheront tout autant à avorter en cas de grossesse non désirée.
Un rapport de l'OMS montre que près de la moitié des avortements dans le monde sont illégaux et facteurs de risques élevés.
En Afrique orientale et en Amérique Latine, où les conservateurs religieux veillent à ce que l'avortement ne soit pas légalisé, il n'y a pratiquement que des avortements clandestins.
Parmi les méthodes employées: avaler de l'essence de térébenthine ou de la javel, enfoncer des baguettes ou des cintres dans l'utérus, broyer l'abdomen, ce qui fait souvent éclater l'utérus et tue la patiente…
L'OMS estime qu'entre 65000 et 70000 femmes meurent chaque année des suites d'avortements illégaux, et que 5 millions de femmes souffrent de complications graves. L'organisation explique que ces effets sont les "conséquences visibles de ces lois restrictives".
J'espère que *David Cameron, qui parle d'imposer des restrictions à la loi sur l'avortement au Royaume Uni, visualise bien ces solutions de rechange.
Quand le pape dit à l'évêque du Kenya (le pays au monde où la crise est la plus aiguë) qu'ils doivent défendre "à tout prix" les valeurs familiales traditionnelles face aux associations qui offrent des avortements sans risques, ou quand il se rend au Brésil pour y dénoncer le programme de contraception, il condamne les femmes à mort.
Quand George Bush supprime les aides aux associations de planning familial qui font de l'information sur les avortements médicalisés, il veille, paradoxalement, à ce que les contraceptifs soient remplacés par les foeticides sordides.
Ces gens–là propagent la misère, la maladie et la mort.
Dire qu'ils se disent "pro-vie".
George Monbiot

Notes annexes:

Cameron: leader du parti conservateur britannique "You're out of step with women, Cameron" (tu n'es pas dans le coup, avec les femmes, Cameron)

Illustrations tirées majoritairement de :
http://www.feesdulogis.net/NOVEMBRE...

Sur le site, de très bons articles, également, sur l'histoire du féminisme.

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Tout savoir sur l'IVG
http://martinwinckler.com/

USA: avortements illégaux (fr)

A catastrophe for the conservatives: abstinence leads to pregnancy
May 14, 2004 (anglais)
(Catastrophe pour les conservateurs: l'abstinence entraîne une augmentation des grossesses non désirées)

Avertissement:
Que l'on comprenne bien: ni Monbiot, c'est clair, ni moi-même ne préconisons l'avortement comme moyen de contraception, évidemment.
Il y a actuellement divers moyens de contraception et il est facile (en France, en tout cas) de s'en faire prescrire, même si on a moins de 18 ans.

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L'avortement, cependant, doit rester accessible à toutes les femmes et se pratiquer en milieu médical dans les conditons d'hygyène requises.
Comme le dit Monbiot, une femme qui ne désire pas mener à terme une grossesse cherchera une solution pour avorter, que ce soit dans une clinique ou dans des conditions épouvantables mettant gravement sa vie en danger et compromettant ses chances d'avoir des enfants au moment où elle le désirera.

Note perso
La roue tourne, ne l'oublions jamais. C'est parce que nous sommes passif-ves ou résigné-e-s que les conservateurs peuvent revenir à la charge contre nos acquis de façon incessante.
Et ce qui était acquis finit par ne plus l'être à personne.
En France, où on aurait pu se penser relativement à l'abri grâce à la loi de 1905 sur la laïcité mais également à la désaffection des fidèles, on constate une recrudescence des assauts des religieux et de leurs adeptes intégristes pour remettre en cause la liberté des citoyens et surtout des femmes.
Cela, bien orchestré par un ministre de l'Intérieur fanfaron devenu, depuis, président caractériel, ainsi que par ses éminences grises, fondamentalistes revanchardes.
Et le prez, qui se découvre, brusquement et contre toute évidence, des convictions religieuses, s'en va faire des génuflexions dans toutes les boutiques et arrière-boutiques confessionnelles, et se permet même de recevoir, en grand pompe (sur duo de talonnettes), l'émissaire international de la scientologie ou d'envoyer un message de félicitations à quatre diacres catho intégristes
Sa Petitesse ne nous épargne vraiment RIEN.
Mais il aurait tort.
Combien sommes-nous à nous indigner?
Et pourtant, nous devrions tous déjà être dans la rue (pour cela et pour plein d'autres raisons, d'ailleurs).
Ces entorses incessantes au principe de laïcité ne sont pas des fanfaronnades anecdotiques: elles préjugent d'une volonté de retour à l'obscurantisme, à la mainmise de l'Eglise sur notre vie quotidienne et sur la société civile, et à l'anéantissement de la République indivisible, laïque, démocrate et sociale, telle qu'elle est définie par la Constitution .
Mais la Constitution, qu'est-ce que c'est, de nos jours? Un vieux bout de parchemin que l'on réécrit au gré des humeurs d'une minorité sans scrupules et sans culture.

Autres documents:

Interventions policières contre les centres d'IVG:

En Espagne''

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Source

Et en Italie, par Céleste

Et sur ce blog, autre billet