Spielberg: la compassion sélective
Par emcee le lundi 25 février 2008, 23:31 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Le réalisateur a renoncé à son rôle de consultant pour l'organisation des
cérémonies d'ouverture et de clôture des JO 2008 de Beijing, justifiant son
désistement par le fait que la Chine ne cherche pas à user de son influence
auprès du gouvernement soudanien sur le dossier du Darfour.
Cette prise de position serait certes louable si, par ailleurs, Spielberg
n'avait pas soutenu publiquement la politique du gouvernement Bush en Irak et
n'avait fermé les yeux sur ce qui se passe en Somalie, ces deux pays où les
Etats-Unis sont directement impliqués.
C'est ce qu'explique Stephan Gowans, l'auteur de l'article: "Chauvinist
in Humanitarian Drag - Steven Spielberg, Faux Humanitarian", publié le 16
février 2008 dans ''Counterpunch''
Un chauvin déguisé en humanitaire
Steven Spielberg, le faux humanitaire
Steven Spielberg, le réalisateur américain, a renoncé au poste de conseiller
artistique pour l'organisation des JO- 2008 à Beijing parce que la Chine n'a
pas suffisamment fait pression sur le Soudan pour faire cesser le conflit au
Darfour.
La Chine exploite des gisements pétroliers dans cette région du Soudan ravagée
par la guerre et Spielberg veut que Beijing use de son influence pour faire
cesser le conflit dans l'ouest du pays.
Affirmant que "le gouvernement soudanien porte l'essentiel de la
responsabilité" de la catastrophe humanitaire au Darfour, Spielberg accuse
la Chine de ne pas "faire davantage pour stopper les souffrances humaines
incessantes là-bas'".
"Les liens économiques, militaires et diplomatiques entre la Chine et le
Soudan impliquent que la Chine a la possibilité et le devoir d'exercer des
pressions pour faire évoluer la situation ", explique Spielberg.
Mais si Spielberg demande que la Chine exerce son influence sur Khartoum, il
n'a fait aucune déclaration, à ma connaissance, pour exiger que Washington use
de son influence pour faire cesser les catastrophes humanitaires bien plus
dramatiques en Somalie et en Irak, toutes deux étant directement imputables aux
agissements de son propre pays, et donc y mettre fin devrait être parfaitement
de la compétence du gouvernement américain.
Car l'aptitude de la Chine à faire cesser le conflit au Darfour est bien plus
aléatoire.
Jan Eliasson, l'envoyé spécial de l'ONU au Darfour indique que trois des quatre
groupes de rebelles qui combattent les forces soudanaises au Darfour refusent
tout accord de paix.
Et c'est cela qui pose problème à Khartoum, et a fortiori à la Chine, sauf si,
pour faire cesser le conflit, Khartoum se résout à capituler et à céder le
Darfour et ses ressources pétrolières aux rebelles et à leurs alliés
occidentaux. Cette solution conviendrait, bien entendu, aux stratèges du
Département d'état américain, sans parler de l'industrie pétrolière
américaine.
En revanche, mettre fin aux catastrophes humanitaires bien plus terribles en
Somalie (avec 850.000 personnes déplacées, la Somalie est considérée comme la
catastrophe africaine la plus dramatique et la moins médiatisée) et en Irak (4
millions de réfugiés et des centaines de milliers de morts suite à l'invasion
américaine), c'est directement du ressort de Washington.
Il suffit que les Etats-Unis donnent l'ordre à l'Ethiopie, qu'ils ont chargée
d'envahir illégalement la Somalie, de retirer ses troupes.
Si les Ethiopiens refusent, leur supprimer l'assistance militaire importante
dont Washington gratifie le régime de Meles sera un moyen de pression
suffisant.
Pour ce qui est de la tragédie en Irak, il ne peut y avoir de meilleure
solution que le retrait immédiat des troupes étrangères.
Le retrait des troupes ne devrait inspirer aucune crainte de guerre civile
généralisée. Les recherches mêmes du Pentagone montrent que les Irakiens
attribuent les tensions entre différentes factions sectaires à la présence
militaire US et souhaitent vivement le départ des Américains.
Si une guerre civile devait s'ensuivre, cela ne pourrait guère être pire que ce
que les Etats-Unis ont fait subir à l'Irak avec les pertes de vies humaines,
les corps mutilés, les épidémies, la famine, et l'absence de logement et qui
est bien plus terrible que le drame que connaît le Darfour.
Si les liens de la Chine avec le gouvernement du Soudan leur donnent la
possibilité et leur confèrent le devoir de faire pression pour faire changer la
situation au Darfour, la visibilité de Spielberg et sa qualité de citoyen
américain ne lui donnent-elles pas la possibilité et l'obligation de faire
pression sur son propre gouvernement, responsable de souffrances humaines
beaucoup plus terribles?
A l'automne 2002, Spielberg a déclaré qu'il ne "pouvait pas ne pas
soutenir" la politique de l'administration Bush en Irak.
Aujourd'hui il cherche à discréditer la Chine par rapport au Soudan, un autre
pays riche en pétrole où Washington souhaite un changement de régime.
Et pour Spielberg, le mieux c'est d'occulter les catastrophes humanitaires
engendrées par les Etats-Unis en Somalie et en Irak.
Cette attitude est-elle celle d'un humanitaire ou d'un chauvin dont l'intérêt
pour les souffrances d'autrui s'arrête là où les intérêts de la classe
dominante américaine sont en jeu (et les sert, donc) ?
Stephen Gowans is a writer and political activist who lives in Ottawa,
Canada
Complément d'information
Darfour:
Les
enjeux.
Irak:
Chomsky :
la volonté des irakiens n’est toujours pas prise en compte.
Contre-info.
L’Irak
occupé dans l’œil du cyclone (dec 2007). A l'Encontre.
Irak :
Comment acheter une armée ? Alejandro Nadal. LGS.
Et puis, lettre ouverte
en faveur des réfugiés irakiens à ce qui nous est échu comme président .
Gisti.
Si on me demande mon avis, je dirai qu'il vaudrait mieux communiquer par
SMS.
Note perso

Darfour: les bonnes causes pour les bons effets.
Quand l'Occident focalise sur un conflit en occultant les autres, c'est qu'il y
a anguille sous roche.
Moi, ça me fait bien marrer de voir les condamnations fermes d'autres pays
par les Etats-Unis. Et par les Occidentaux en général, acteurs ou
complices.
Quand on sait ce qu'il y a derrière la tête de la classe politique (et des
grands groupes privés), quand on voit les crimes qu'ils commettent à l'étranger
(invasions illégales de pays, aides militaires massives, vente d'armes, pillage
des ressources, main basse sur leurs services publics, embargo sur la
nourriture et les médicaments, massacre de populations, destruction
d'infrastructures vitales, j'en passe) on peut se demander en qualité de quoi
ils s'arrogent le droit de donner des leçons aux autres.
Quant à la Chine, ces mêmes responsables occidentaux qui la condamnent (à juste
titre, certes) pour les violations des droits de l'homme, se bousculent pour
leur vendre toutes sortes de gadgets dangereux (comme des centrales
nucléaires), et leurs entreprises s'empressent d'y délocaliser leur production,
bien contentes que les esclaves chinois, tenus en laisse et privés de tout
droit, fassent baisser les coûts de production des futilités qu'ils fourgueront
à prix d'or aux gogos occidentaux.
Et malgré les cris d'orfraie que poussent à l'occasion les responsables des
entreprises privées quand sont dénoncés un peu trop fort les abus commis dans
leurs usines sous-traitantes, la situation perdure, évidemment.
Sinon, ça ne servirait à rien de délocaliser, hein? On aurait les mêmes à la
maison. Quoique, ça ne saurait tarder.
Plus cynique encore, le monde occidental montre maintenant la Chine du doigt à
cause de la pollution.
Elles sont où, les usines délocalisées, je répète? Et tout le reste, comme les
véhicules et les avions qu'ils se démènent pour être les premiers à leur
refiler?
Et qui c'est qui leur envoie des
montagnes de déchets électroniques, par la même occasion?
Peut-être bien les Africains. Ils sont partout, ceux-là.
Sans compter que quelqu'un sait qui a choisi la Chine pour organiser les JO, ce
vaste rassemblement informel et philanthrope où communient bienfaiteurs de
l'humanité et athlètes intègres?
En conclusion, je dirai que le réalisateur Spielberg qui fait de la morale à la
petite semaine pourrait peut-être bien nous expliquer en quoi il pense que
l'invasion de l'Irak ou de la Somalie sont des opérations "à soutenir".
Et quelle légitimité spécifique il accorde à son président de faire martyriser
des êtres humains, couper les vivres et assassiner des populations innocentes
sur toute la planète.
Ben, oui, qu'on rigole, au moins.
C'est pas tous les jours qu'on en a l'occasion.
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Voir les vidéos sur le recyclage des déchets électroniques.
Ames sensibles s'abstenir.
http://www.desourcesure.com/futurte...
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C'est tout chaud, ça vient de sortir:
USA : les victimes de l’agent orange sont déboutées par la justice
américaine
http://contreinfo.info/article.php3...
Héhé. On attend une déclaration fracassante des Spielberg. Mais, il est vrai,
c'était il y a quarante ans, il y a prescription aujourd'hui, Monsanto a
disparu du paysage et les Nord-vietnamiens étaient vraiment un peuple sans
merci.
Rappelez-vous comme ils étaient méchants, avec leur air sournois et implacable,
et leurs petits yeux bridés.
Commentaires
Et l'Arabie, c'est où, dites? Précisément en face de la Somalie, de l'Ethiopie, et du Soudan, qui n'en sont séparés que par l'étroite mer Rouge. Si bien qu'apporter du riz à Mogadiscio, sauver les enfants du Darfour, armer jusqu'aux dents Addis-Abeba et massacrer l'Irak sont, d'un point de vue light brent une seule et même chose : tu vois, ma chère emcee, qu'il y a plus de cohérence qu'il n'y parait dans les élans contradictoirement guerriers et humanitaires de Steven Spielberg.
Néfé, gg!
Ce n'est certes pas une découverte (cf le lien "les enjeux" qui mène à un article précédent sur mon blog) mais avec toute l'intox médiatique et même dans les milieux de "gauche", ces choses-là valent la peine s'être re-dites. Comme quoi, le monde entier se fait berner par l'humanitaire états-unien et autre (avec BK-tête-dans-le-sac-de-riz en figure de proue).
Et cela fait un moment qu'ils essaient d'éliminer la Chine de cette partie du monde.
Alors, profitons des JO pour mettre tout cela sur la table.
Les JO, c'est de la merde.
... désolé pour cette remarque profonde, mais ça me gave...
quand je pense que l'autre jour un trou de balle de politique pleurait pour "le droit à l'information sportive" ... on croit rêver !!!
de l'info qui t'explique un peu le comment du pourquoi, jamais, mais les résultats en direct live de troupes de tarés sur-gavés de produits dopants, oui !!
il est évident que du haut de sa haute connaissance des enjeux politico-économiques du monde, Spielberg est tout à fait désigné pour nous les briser avec ses leçons de morale !
bref
Ah, Coco, on est bien d'accord. Les JO, c'est une des plus vastes escroqueries existantes.
Les villes s'endettent pour des décennies (aux dépens de leurs habitants), les populations pauvres (évidemment) sont délogées (et éloignées le plus possible, mais, ça, ça arrange les autorités) pour construire des structures qui pourriront sur place, les "athlètes" sont gonflés de chez EPO (ils en chopent un ou deux, de tps en tps, mais jamais la vedette, forcément, faut bien encore la presser comme un citron) et qui c'est qui gagne le mickey? évidemment, encore les multinationales.
Dettes publiques, bénéfices privés. Comme d'hab. Sauf que là, c'est à très grande échelle.
C'est honteux.
Londres est en train de se mordre les doigts (si je puis dire).
Après tout le cirque qu'ils nous ont fait, entre Paris et Londres. Mouhaha!
Ouais... tant que vivra l'esprit du cadavre moisi de coubertin !