Un chauvin déguisé en humanitaire
Steven Spielberg, le faux humanitaire

Steven Spielberg, le réalisateur américain, a renoncé au poste de conseiller artistique pour l'organisation des JO- 2008 à Beijing parce que la Chine n'a pas suffisamment fait pression sur le Soudan pour faire cesser le conflit au Darfour.
La Chine exploite des gisements pétroliers dans cette région du Soudan ravagée par la guerre et Spielberg veut que Beijing use de son influence pour faire cesser le conflit dans l'ouest du pays.
Affirmant que "le gouvernement soudanien porte l'essentiel de la responsabilité" de la catastrophe humanitaire au Darfour, Spielberg accuse la Chine de ne pas "faire davantage pour stopper les souffrances humaines incessantes là-bas'".
"Les liens économiques, militaires et diplomatiques entre la Chine et le Soudan impliquent que la Chine a la possibilité et le devoir d'exercer des pressions pour faire évoluer la situation ", explique Spielberg.
Mais si Spielberg demande que la Chine exerce son influence sur Khartoum, il n'a fait aucune déclaration, à ma connaissance, pour exiger que Washington use de son influence pour faire cesser les catastrophes humanitaires bien plus dramatiques en Somalie et en Irak, toutes deux étant directement imputables aux agissements de son propre pays, et donc y mettre fin devrait être parfaitement de la compétence du gouvernement américain.
Car l'aptitude de la Chine à faire cesser le conflit au Darfour est bien plus aléatoire.
Jan Eliasson, l'envoyé spécial de l'ONU au Darfour indique que trois des quatre groupes de rebelles qui combattent les forces soudanaises au Darfour refusent tout accord de paix.
Et c'est cela qui pose problème à Khartoum, et a fortiori à la Chine, sauf si, pour faire cesser le conflit, Khartoum se résout à capituler et à céder le Darfour et ses ressources pétrolières aux rebelles et à leurs alliés occidentaux. Cette solution conviendrait, bien entendu, aux stratèges du Département d'état américain, sans parler de l'industrie pétrolière américaine.
En revanche, mettre fin aux catastrophes humanitaires bien plus terribles en Somalie (avec 850.000 personnes déplacées, la Somalie est considérée comme la catastrophe africaine la plus dramatique et la moins médiatisée) et en Irak (4 millions de réfugiés et des centaines de milliers de morts suite à l'invasion américaine), c'est directement du ressort de Washington.
Il suffit que les Etats-Unis donnent l'ordre à l'Ethiopie, qu'ils ont chargée d'envahir illégalement la Somalie, de retirer ses troupes.
Si les Ethiopiens refusent, leur supprimer l'assistance militaire importante dont Washington gratifie le régime de Meles sera un moyen de pression suffisant.
Pour ce qui est de la tragédie en Irak, il ne peut y avoir de meilleure solution que le retrait immédiat des troupes étrangères.
Le retrait des troupes ne devrait inspirer aucune crainte de guerre civile généralisée. Les recherches mêmes du Pentagone montrent que les Irakiens attribuent les tensions entre différentes factions sectaires à la présence militaire US et souhaitent vivement le départ des Américains.
Si une guerre civile devait s'ensuivre, cela ne pourrait guère être pire que ce que les Etats-Unis ont fait subir à l'Irak avec les pertes de vies humaines, les corps mutilés, les épidémies, la famine, et l'absence de logement et qui est bien plus terrible que le drame que connaît le Darfour.
Si les liens de la Chine avec le gouvernement du Soudan leur donnent la possibilité et leur confèrent le devoir de faire pression pour faire changer la situation au Darfour, la visibilité de Spielberg et sa qualité de citoyen américain ne lui donnent-elles pas la possibilité et l'obligation de faire pression sur son propre gouvernement, responsable de souffrances humaines beaucoup plus terribles?
A l'automne 2002, Spielberg a déclaré qu'il ne "pouvait pas ne pas soutenir" la politique de l'administration Bush en Irak.
Aujourd'hui il cherche à discréditer la Chine par rapport au Soudan, un autre pays riche en pétrole où Washington souhaite un changement de régime.
Et pour Spielberg, le mieux c'est d'occulter les catastrophes humanitaires engendrées par les Etats-Unis en Somalie et en Irak.
Cette attitude est-elle celle d'un humanitaire ou d'un chauvin dont l'intérêt pour les souffrances d'autrui s'arrête là où les intérêts de la classe dominante américaine sont en jeu (et les sert, donc) ?

Stephen Gowans is a writer and political activist who lives in Ottawa, Canada

Complément d'information

Darfour:
Les enjeux.

Irak:

Chomsky : la volonté des irakiens n’est toujours pas prise en compte. Contre-info.

L’Irak occupé dans l’œil du cyclone (dec 2007). A l'Encontre.

Irak : Comment acheter une armée ? Alejandro Nadal. LGS.

Et puis, lettre ouverte en faveur des réfugiés irakiens à ce qui nous est échu comme président . Gisti.
Si on me demande mon avis, je dirai qu'il vaudrait mieux communiquer par SMS.

Note perso

cartoon-chine-google-patric.jpg

Darfour: les bonnes causes pour les bons effets.
Quand l'Occident focalise sur un conflit en occultant les autres, c'est qu'il y a anguille sous roche.

Moi, ça me fait bien marrer de voir les condamnations fermes d'autres pays par les Etats-Unis. Et par les Occidentaux en général, acteurs ou complices.
Quand on sait ce qu'il y a derrière la tête de la classe politique (et des grands groupes privés), quand on voit les crimes qu'ils commettent à l'étranger (invasions illégales de pays, aides militaires massives, vente d'armes, pillage des ressources, main basse sur leurs services publics, embargo sur la nourriture et les médicaments, massacre de populations, destruction d'infrastructures vitales, j'en passe) on peut se demander en qualité de quoi ils s'arrogent le droit de donner des leçons aux autres.
Quant à la Chine, ces mêmes responsables occidentaux qui la condamnent (à juste titre, certes) pour les violations des droits de l'homme, se bousculent pour leur vendre toutes sortes de gadgets dangereux (comme des centrales nucléaires), et leurs entreprises s'empressent d'y délocaliser leur production, bien contentes que les esclaves chinois, tenus en laisse et privés de tout droit, fassent baisser les coûts de production des futilités qu'ils fourgueront à prix d'or aux gogos occidentaux.
Et malgré les cris d'orfraie que poussent à l'occasion les responsables des entreprises privées quand sont dénoncés un peu trop fort les abus commis dans leurs usines sous-traitantes, la situation perdure, évidemment.
Sinon, ça ne servirait à rien de délocaliser, hein? On aurait les mêmes à la maison. Quoique, ça ne saurait tarder.
Plus cynique encore, le monde occidental montre maintenant la Chine du doigt à cause de la pollution.
Elles sont où, les usines délocalisées, je répète? Et tout le reste, comme les véhicules et les avions qu'ils se démènent pour être les premiers à leur refiler?
Et qui c'est qui leur envoie des montagnes de déchets électroniques, par la même occasion?
Peut-être bien les Africains. Ils sont partout, ceux-là.
Sans compter que quelqu'un sait qui a choisi la Chine pour organiser les JO, ce vaste rassemblement informel et philanthrope où communient bienfaiteurs de l'humanité et athlètes intègres?
En conclusion, je dirai que le réalisateur Spielberg qui fait de la morale à la petite semaine pourrait peut-être bien nous expliquer en quoi il pense que l'invasion de l'Irak ou de la Somalie sont des opérations "à soutenir".
Et quelle légitimité spécifique il accorde à son président de faire martyriser des êtres humains, couper les vivres et assassiner des populations innocentes sur toute la planète.
Ben, oui, qu'on rigole, au moins.
C'est pas tous les jours qu'on en a l'occasion. ........................................................................................................................................
Voir les vidéos sur le recyclage des déchets électroniques.
Ames sensibles s'abstenir.
http://www.desourcesure.com/futurte...
....................................................................................................................................
C'est tout chaud, ça vient de sortir:
USA : les victimes de l’agent orange sont déboutées par la justice américaine
http://contreinfo.info/article.php3...
Héhé. On attend une déclaration fracassante des Spielberg. Mais, il est vrai, c'était il y a quarante ans, il y a prescription aujourd'hui, Monsanto a disparu du paysage et les Nord-vietnamiens étaient vraiment un peuple sans merci.
Rappelez-vous comme ils étaient méchants, avec leur air sournois et implacable, et leurs petits yeux bridés.