Versailles 2008: la Cour et ses laquais détrônent le peuple souverain.
Par emcee le jeudi 7 février 2008, 18:04 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent

(Montage: JPM)
Après avoir lu des commentaires absurdes et erronés sur les tenants et
abrutissants du congrès de Versailles, le 4 février, je voudrais rappeler à
toutes fins utiles à ceux qui trouvent cette démarche "normale" et légitime, et
ne comprennent pas l'indignation des citoyens que:
1) Le référendum du 29 mai 2005 a posé une question très claire après une
longue période d'étude minutieuse du projet, de discussions et de débats. Les
citoyens qui ont voté NON à ce référendum n'ont donc pas voté sur une impulsion
ou en toute méconnaissance de cause (voire en flagrant délit de bêtise
incommensurable), comme on a voulu le laisser entendre.
Ni pour "sanctionner le gouvernement", ni parce qu'ils auraient été
manipulés.
Ce qui est contredit non seulement par ce que je viens de dire, mais,
également, par le fait 1) que le principal parti d'"opposition" appelait
lui-même à voter OUI, 2) que tous les grands médias ont donné aux partisans du
OUI une large audience, laissant les partisans du NON figurer uniquement dans
des créneaux confidentiels et/ou dûment encadrés par les autres – dirigeants
politiques, vedettes du show-biz ou animateurs-journalistes qui braillaient à
qui mieux mieux pour empêcher toute contradiction audible à leur délire
d'Europe "aux Droits de l'Homme renforcés" ou autre plombier polonais.
S'il y a eu manipulation et désinformation, donc, elle n'est certes pas du côté
des partisans du NON.
2) Que le vote des citoyens est censé être souverain et ne saurait être
remis en cause (et ce déni est, d'ailleurs, en France contemporaine une grande
première et une forfaiture, la notification officielle que les "élites"
politiques ne souhaitent pas s'embarrasser de l'avis du peuple. Ca a un nom:
"oligarchie").
Et que cette jurisprudence impliquerait alors que l'on peut contester la
légitimité de toute élection – dont celle de M. Le Président de Notre
République Bananière, qui n'a, lui, obtenu QUE 53% des suffrages contre 55%
pour le NON au TCE.
Nous attendons donc une réaction du PS à cet effet.
Mais peut-être s'abstiendront-ils?
3) Que la candidate PS proposait dans son programme d'organiser un nouveau
référendum. Passons, d'ailleurs, sur l'incongruité d'une démarche "Rien ne va
plus, refaites vos jeux", simplement motivée par le fait qu'il s'agissait de
remettre sur le tapis un projet concocté par les élites libérales pour lier les
Européens pieds et poings à l'économie de marché et destiné à être imposé de
gré ou de force aux populations.
Mais pourquoi donc le PS, puisqu'il faut encore le citer, n'a-t-il pas tout
fait, puisqu'il s'y disait favorable, pour qu'un référendum soit organisé et
a-t-il décidé cette mascarade de l'abstentionnisme, sachant que c'était
cautionner la voie parlementaire?
Mais, certains ne trouvent rien à redire à ces grandes manipulations. Ils
opposent des arguments bien peu convaincants.
On entend, par ex: il n'y a eu que 2 pays qui se sont opposés (la France
et les Pays-Bas): l'Espagne a dit OUI au référendum et les autres se sont
prononcés en faveur du TCE par voie parlementaire.
D'abord, on peut avoir des doutes sur l'opinion des citoyens des autres pays
quand on voit qu'en France, ceux-ci s'y sont opposés à 55% alors que, par voie
parlementaire, la nouvelle mouture du traité calquée sur la précédente a
recueilli, sur 893 parlementaires ayant participé au vote, 560 voix, et encore,
parce que 152 faux culs se sont "abstenus" (alors que là aussi, comme pour le
référendum, cela aurait dû être OUI ou NON!) contre *181. Ce
qui fait, en comptant les abstentionnistes, 712 pour sur 181 contre (et en
pourcentage, apparemment, plus de 70%! - je laisse aux forts en maths le soin
trouver le chiffre exact).
70% POUR le traité cette fois-ci, et 45% en
2005! Cherchez l'erreur.
Si c'est toujours la "démocratie", qu'on vienne m'expliquer pourquoi. Mais
faudra sacrément argumenter parce que je suis plutôt sceptique de nature.
(*je ne voudrais pas faire du mauvais esprit, mais est-ce que
parmi ceux-là, il n'y en aurait pas eu en "service commandé", question de ne
pas mettre tous les œufs dans le même panier, si vous voyez ce que je veux dire
…).
Quant à l'Espagne, le *référendum n’était que consultatif, la ratification
finale devant ensuite avoir lieu au parlement, selon leurs critères à eux et
quelle que soit la réponse populaire.
- Pour mémoire, le référendum du 20/02/05 - organisé dans la précipitation,
sans que les citoyens aient reçu personnellement le projet de TCE et où les
électeurs n'avaient pas à se prononcer sur la partie III - a eu pour résultat:
76,73 % de OUI, mais avec un taux d’abstention de … 57,68 %!.
Autant dire que les Espagnols ont vite compris qu'ils étaient consultés,
mais que leur opinion comptait pour des prunes. Un peu comme par ici,
quoi.
J'ai lu aussi: "Ben quoi, vous vous focalisez sur ce truc insignifiant
et vous ne vous inquiétez pas de ce qui se passe en France".
Mais mon brave, c'est affligeant, si tu n'as pas encore compris que ce qui
se passe en France, c'est ce qui est prévu à l'échelle européenne – et par
Bruxelles, qu'on t'enlève le droit de décider de ton sort et de celui du pays,
qui seront réglés par des technocrates nommés à Bruxelles, des représentants
des états membres fort complaisants (genre DSK ou pire, s'il y en a), et qui
feront où les multinationales leur diront de faire;
Si tu ne comprends pas que ce traité européen permet de tout administrer et de
tout niveler par le bas sans que tu aies ton mot à dire;
Que les services publics seront tous livrés et plus vite que ça (ça a déjà
commencé largement, et qui c'est qui veut ça?) aux groupes privés et que si tu
veux te soigner, envoyer tes enfants à l'école, profiter d'une maigre retraite,
etc., il te faudra t'endetter toute ta vie – ou renoncer;
Que tu ne pourras plus moufter si ton entreprise est délocalisée en Pologne ou
en Bulgarie pour "réduire les coûts" et toi avec, si tu veux garder
ton boulot;
Et que tu devras courber l'échine si ton patron décide de t'imposer 60 heures
par semaine - dimanches compris - au tarif minimum sous prétexte que c'est ça
ou il embauchera quelqu'un d'autre pris dans le vivier européen qu'ils se sont
constitué (pourquoi tu crois qu'ils virent les Africains, pour te faire plaisir
seulement?).
Si tu ne comprends pas que le président que tu auras élu fièrement grâce à ta
carte d'électeur bidon ne sera plus qu'un gouverneur de province sans aucune
marge de manœuvre, mais plein de pognon - faut bien récompenser
l'allégeance;
Si tu ne comprends pas que c'est le début de la fin de la démocratie et de la
liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes, tu ferais aussi bien d'aller
t'acheter un cerveau neuf: celui que tu as, il n'est plus en état de
fonctionnement.
J'exagère? Demande aux déçus du sarkozisme si ce qu'on prédisait ne
s'est pas réalisé. Et ce n'est pas fini.
Et l'Europe telle qu'ils nous l'ont construite pierre par pierre? En quoi
a-t-elle contribué aux avancées sociales? Tu m'expliques?
Europe des peuples ou Europe des pipeau-les?
Je recherche là-dedans le vote de mon parlementaire de ma région à
moi:
http://www.assemblee-nationale.fr/1...
Et, pour des infos plus complètes et plus étayées:
Etienne Chouard: "On se fout de nous" avec le traité
européen
http://www.rue89.com/2008/02/04/eti...
La grande illusion. Le Monolecte
http://blog.monolecte.fr/post/2008/...


Commentaires
Je mets un lien chez moi :je suis écoeurée par cette forfaiture de ceux qui nous représentent normalement (bien payés par nous même pour nous trahir)Faudra du courage pour la suite.
Merci, Turandot.
Oui, du courage. Parce qu'ils nous narguent, de toute évidence. Ils ont quand même osé, si près des municipales!
C'est là que les Sarkozystes de tout poil vont débarquer pour te dire que c'est tout a fait normal que de refaire passer le traité en fourbe puisque c'était dans le programme de Sarko, qu'il a été voulu par 53% des gens (prendre les chiffres du premier tour, c'est déjà plus réaliste mais ça fait moins "majorité" alors c'est pas la peine), et que donc on applique tout sans moufter ni protester. Ainsi, on réussit à faire penser que 53% des gens sont pour le traité, y compris les votes souverainistes ou extrême-droite qui se sont reportés sur Sarko. Perso, j'ai du mal a croire qu'entre les deux tours, les électeurs de Stylo aient pu changer à ce point d'avis sur l'Europe. Avec la même logique, on déclare que puisque la Royale était aussi pour, tous les gens qui ont voté pour elle (ou contre Sarkozy) étaient pour. Emballé c'est pesé, on a nos 100% de gens pro-TCE, on fait difficilement mieux comme légitimité.
En 2005, les gens savaient pas ce qu'ils faisaient, ils votaient n'importe comment. En 2007, là par contre, c'est tout a fait en connaissance de cause qu'ils ont voté, la preuve, tout s'est passé comme prévu et le président choisit par TF1 a été élu. C'est la démocratie à la carte : quand les gens sont d'accord et moutonnent comme il faut, c'est bien, on a toute légitimité pour faire tout et n'importe quoi, ça devient forcément "démocratique", mais quand ils osent voter autre chose, ça veut dire que la démocratie va mal...
Et puis surtout, il fallait pas retoucher le projet, juste le réécrire un peu. Parce que tu comprends, on a le choix entre ce traité qui va faire entrer l'Europe dans l'avenir, nous moderniser, toussa, ou alors rien (ou le traité de Nice), et là ça serait vraiment le bordel, genre on risque la guerre nucléaire avec le Soudan, des pluies de grenouilles et la fonte des glaciers. Comme ça, le choix est plus simple pour ce peuple qui est même pas fichu de voter comme on lui dit à la télé. On allait quand même pas le faire voter pour une assemblée constituante, avec des idées diverses, une vraie légitimité démocratique, etc...
Je suis entièrement d'accord avec ce que tu dis.
C'est la première fois, me semble-t-il, qu'on nous rebat les oreilles avec "c'était dans son programme, il ne nous prend pas en traître, vous avez perdu, vous devez la fermer maintenant".
D'abord, un candidat n'est pas le "président de tous les Français" et son programme ne saurait être un blanc-seing qu'on lui donnerait, même en votant pour lui.
C'est une conception perverse de la démocratie que l'autre moité des citoyens qui n'a pas voté pour lui soit brusquement contrainte de courber l'échine sans rien dire, sous prétexte que le candidat fait "ce qu'il a promis".
Ce qui, bien sûr, est, en plus, faux pour un certain nombre de points de son programme. Pour ex, l'augmentation substantielle du minimum vieillesse qui est passée à la trappe - ce qui est de l'abus de confiance vis-à-vis des personnes âgées.
Il réalise tout ce qu'il a suggéré aux nantis, ça oui, mais il s'est bien gardé de le dire explicitement.
Comme il s'est gardé d'annoncer clairement qu'il allait s'augmenter sitôt arrivé de je ne sais plus de combien %, qu'il allait faire le tour des dictatures pour essayer de fourguer ses centrales nucléaires, qu'il profiterait des visites officielles pour s'octroyer des vacances de milliardaire aux frais du public et des groupes privés sitôt la visite bâclée, qu'il emmènerait dans ses bagages des VRP et ses copains bouffons, qu'il fermerait les tribunaux d'instance de sa propre autorité, sans concertation aucune avec les professionnels, etc.
Il a aussi promis (bien qu'il soit maintenant frappé d'amnésie): "je serai le président du pouvoir d'achat". Qu'en est-il?
Il a promis qu'EDF-GDF ne seraient pas privatisés. Où en sommes-nous?
Il a promis qu'il ne mentirait pas, or il est pris tous les jours en flag.
J'en oublie.
Alors qu'on cesse de nous gonfler avec cela.
D'autre part, qu'ils arrêtent de nous raconter des conneries sur les Français ont voté NS, donc, ils étaient d'accord pour un vote parlementaire pour le TCE.
Ceux qui ont voté pour lui ont voté pour qu'il les débarrasse des bougnoules, pour que ceux-ci cessent enfin d'égorger les moutons dans leur baignoire, pour qu'il fasse lever leurs feignasses de voisins le matin, et pour qu'il leur enlève tout moyen de subsistance s'ils n'obtempérent pas, pour qu'il mette en taule à tour de bras, enfants compris, pour "remettre la France au travail" et pour la "rupture", qui comme la cassure sociale" n'est que du pipeau de bonimenteur.
Et ce sont ces gens-là qui vont nous dire qu'on n'a pas notre mot à dire?
Ca me ferait mal.