Il ne s'agit pas de sexualité
La politique des maternités précoces

S'il fallait des preuves pour confirmer la nature indécente du débat politique en Amérique, l'augmentation la plus importante depuis quatorze ans du taux de maternités précoces, selon le National Center for Health Statistics (centre national des statistiques sur la santé), en fournit l'occasion.
L'administration Bush a, dès le départ, transformé ce débat en une discussion sur les vertus de la virginité; et ce cynisme sert encore à donner des explications tordues sur cette augmentation de 3% des maternités précoces (pour un taux qui était déjà supérieur à celui de tous les autres pays occidentaux).
Bien plus intéressantes encore, cependant, sont les véritables questions qui préoccupent les jeunes générations concernant leurs perspectives d'avenir en Amérique.
Toutes les analyses sur cette récente augmentation des maternités précoces signalent l'échec avéré de l'éducation à l’abstinence sexuelle, pour laquelle l'administration Bush a d'ores et déjà dilapidé plus de 700 millions de dollars, approuvée en cela docilement par les Démocrates.
Le fait que quiconque ait seulement pris la peine d'enquêter sur l'efficacité des sermons sur l'abstinence sexuelle auprès des adolescents est, en soi, plutôt étonnant dans ce contexte. Cependant, maintenant que les spécialistes ont démontré qu'on a imposé de force un jargon artificiel, sexiste et dogmatique pour convaincre les jeunes générations de ne pas avoir de rapports sexuels, on pourrait penser que des représentants politiques autres que marginaux feraient campagne pour une véritable éducation sexuelle et pour l'accès à l'avortement pour toutes les femmes.
Au lieu de cela, si, en privé, ils se disent favorables à une éducation sexuelle adaptée aux différents groupes d'âge et au droit à l'avortement, la plupart des Américains ont accepté passivement la criminalisation de l'avortement, la prolifération des "gag-rules" (loi de bâillonnement, de la presse ou du Parlement; limitation des débats sur les questions importantes) et la distribution de millions de dollars destinés aux causeries sur les vertus de la chasteté en Amérique et à l'étranger.
Ce n'est pas le rôle d'une société de préconiser la virginité. Le choix d'avoir des rapports sexuels consentis relève de la sphère privée et se traite dans le cadre familial. Parce que les expériences sexuelles précoces peuvent être liées à diverses formes de pressions, surtout pour les filles, encourager une réflexion libre sur l'indépendance sexuelle est certainement plus efficace que renforcer les tabous sexuels traditionnels. Quand les rapports sont non protégés, ou qu'ils se font sous la pression ou sous la contrainte, ils peuvent entraîner des troubles affectifs graves. Donc, si une société se soucie de la santé et de la productivité de ses membres, elle peut assurément défendre la mise en place d'une solide éducation sexuelle destinée à informer les adolescents sur leurs droits et sur les règles de prévention.
Certes, les Etats-Unis s'inquiètent du caractère récurrent de ces grossesses précoces et des écueils qui en résultent pour les mères et leurs enfants. S'il y a beaucoup d'exemples de jeunes mères formidables et de familles élargies qui aident les jeunes parents, il n'en reste pas moins que les maternités précoces sont source d'ennuis pour les personnes concernées et pour leurs ressources, et qu'elles sont liées au manque d'instruction, à la pauvreté et à la prison. On a beaucoup parlé de cette hausse récente des maternités précoces parce que les spécialistes et les non-spécialistes ont le sentiment qu'elle n'est ni accidentelle, ni négligeable.
S'il était aberrant de remplacer l'éducation sexuelle par des cours sur l'abstinence, cela n'explique pas complètement cette nouvelle hausse.
Si Bush était le seul responsable de cette situation, alors les US n'auraient pas d'ores et déjà été les détenteurs du record mondial.
Contredisant Hillary Clinton qui affirmait au New York Times que l'éducation sexuelle avait fait baisser les taux de maternités précoces dans les années 90, le professeur John S. Santelli de l'Université de Columbia reliait cette baisse au cours des mandats de Bill Clinton aux conséquences de l'épidémie de SIDA. En effet, l'inquiétude est un moyen efficace de contrôle social, mais ce motif, à nouveau, ne suffit pas à expliquer le comportement des adolescents.
Le Sida est apparu à une époque où, comme jamais auparavant, on discutait franchement des rapports sexuels. Ce n'est pas une coïncidence si cette période de liberté a connu un changement culturel spectaculaire en matière de sexualité, comme le prouvent la culture pop et les travaux sur les viols, l'exploitation sexuelle des enfants et la sexualité des adolescents.
Et c'est à l'apogée de cette époque, marquée par des films comme "Boys Don't Cry", des manifestations populaires de sensibilisation sur le sida sponsorisées par des grands groupes privés, et la mode de l'androgynie, que les Américains ont élu G Bush.

Elargir le débat au-delà de la sexualité

Les gens décident d'avoir ou de ne pas avoir des enfants selon les opportunités concrètes que leur offre leur société. L'Allemagne de l'est et l'Allemagne de l'ouest ont toutes deux connu un baby boom dans les années 60, mais si les taux de natalité à l'ouest atteignaient un pic en 1965, ceux de la RDA continuaient de grimper. Les taux de divorces y étaient 3 fois plus élevés qu'à l'ouest, et beaucoup d'enfants étaient conçus par des jeunes femmes de 18 ans ou moins.
Même si la contraception n'était pas complètement répandue, l'accès à l'avortement pour les femmes est-allemandes était possible; et les pourcentages d'avortements étaient plus élevés qu'à l'ouest. Cependant, les perspectives de progrès social et économique étaient plutôt faibles, et l'Etat accordait des appartements aux familles. Dans une société marquée par la pénurie, avoir des enfants donnait aux jeunes couples la possibilité de quitter le foyer parental.

Par rapport à nos homologues européens, nous sommes un pays de démesure, depuis notre taille jusqu'à nos taux d'emprisonnement, nos taux d'avortement, et nos inégalités. Un système judiciaire relativement dur, un piètre filet social, et l'énorme fossé entre les riches et les pauvres, tout cela devrait nous faire comprendre les raisons du taux anormalement élevé de naissances précoces chez nous par rapport à l'Europe occidentale.
Les inégalités sont spécialement criantes à cet égard. En effet, si l'espoir, en Amérique est souvent représenté par l'idée d'égalité et de possibilités de mobilité économique, des études récentes constituent quelque peu un rappel brutal à la réalité. En mars 2007, le New York Times rendait compte d'un phénomène qui s'est produit à peu près en même temps que l'augmentation des maternités précoces:
"Les inégalités entre les revenus se sont nettement accrues en 2005, les 1% les plus riches en Amérique (avec des revenus annuels supérieurs à 348.000 dollars) empochant la part de PIB la plus élevée depuis 1928".
En 1928, les 1% les plus riches possédaient 23,94% de la richesse du pays. Puis, pendant environ 50 ans, la répartition des richesses est devenue progressivement plus équitable.
En 1976, les 1% les plus riches ne percevaient que 8,86 % du PIB. Au cours des 29 années qui ont suivi, le fossé s'est à nouveau élargi, les 1% les plus riches touchant finalement 21,93% du PIB. Les riches, brusquement, s'enrichissaient encore.
En 2005, les études ont démontré que le revenu global avait augmenté aux US, mais pour les 90% au bas de l'échelle des salaires, le revenu avait chuté. Les 1% les plus riches en Amérique totalisaient un revenu supérieur à celui des 90% les plus pauvres. Depuis ce rapport, l'écart entre les revenus s'est encore creusé.

Parallèlement, Newsweek rapportait une augmentation de 6% des coûts pour une année universitaire. Les chiffres officiels indiquent que les frais de scolarité annuels pour des études universitaires sur quatre ans s'élèvent en moyenne à 23.712 dollars dans le privé et 6.185 dans les universités publiques.
La confédération syndicale aux Etats-Unis, l'AFL-CIO (American Federation of Labor- Congress of Industrial Organizations) dénonçait les pertes d'emplois et la crise du chômage sous l'administration Bush: "Le pays a perdu des emplois au cours des 25 mois sur les 31 de la présidence de Bush, le record le plus désastreux à ce jour pour un mandat présidentiel depuis Herbert Hoover".
A la suite d'une enquête sur la mobilité économique aux US, la Brookings Institution (NDLT: Institut de recherches gouvernementales) publiait en novembre dernier ses conclusions qui montrent que la "classe moyenne a autant de chances de se retrouver dans l'un ou l'autre des quintiles" et "seuls 1/3 d'entre eux sont susceptibles de grimper l'échelle sociale".

De plus, explique l'auteur de l'étude: "Ce qui est frappant, c'est que près de la moitié (45%) des enfants noirs dont les parents faisaient partie de la classe moyenne se retrouvent dans le dernier quintile, par rapport à 16% des enfants blancs".
Ce qui n'est pas étonnant c'est que, bien que le taux de natalité ait augmenté chez les Blancs, les Latinos et les Indiens, la hausse récente du taux de grossesses précoces est plus importante chez les Noirs.
Les gens réagissent, rationnellement et émotionnellement, aux dispositions que prend la société pour leur donner des garanties.
Quand on croit à ses chances, on préserve son avenir. A l'inverse, si on n'a aucun espoir en l'avenir, on tombe dans l'autodestruction. Pour beaucoup d'adolescents en Amérique, dont les expériences dans leurs communautés respectives reflètent cette épidémie de statistiques déprimantes, il y a peu d'alternatives.
Dans une société où les opportunités sont rares et où la vie devient de plus en plus difficile, attendre un enfant apporte un élément positif à un "vote de défiance".

Le rapport du NCHS (National Center for Health Statistics) incitera sans doute à rétablir une véritable éducation sexuelle, mais cette mesure salutaire ne sera probablement pas suffisante pour compenser les difficultés psychologiques et matérielles qu'impose toute une série relativement récente d'inégalités économiques.
Là où les politiques des deux bords se trompent, c'est quand ils croient que l'espoir peut se donner dans les discours et pas dans la réalité. On ne peut pas raconter aux gens, mêmes aux adolescents, que la vie en Amérique est juste.
Faire des discours sur la sexualité, c'est bien, dans la mesure où cela contribue à éviter la transmission de maladies et à lutter contre les pressions, mais parler d'espoir, d'égalité, de justice et de chances, sans prendre les mesures pour redistribuer les richesses à grande échelle, c'est parler pour ne rien dire.

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Notes annexes:

Voyage au pays des maternités précoces (2003). Diplo.

Abstinence: les cours comportent des aberrations scientifiques.

Etats-Unis : l’abstinence sexuelle en chute libre

Les Anglo-saxons et leurs idées lumineuses: Un simulateur de grossesse pour adolescents précoces.

Remarque:

Enseignement de l'abstinence en lieu et place d'une véritable éducation sexuelle:
Outre le fait que cela relève de l'idéologie des néo-cons fous de Dieu, il est clair que les résultats ne sont pas plus probants:
- Pas d'effet dissuasif (cela ne freine pas l'âge des expériences sexuelles). Les études montrent qu'il n'y a aucune différence quant à l’âge du premier rapport entre ces enfants et d’autres enfants n’ayant pas suivi ces campagnes sur l'abstinence.
- Empêche une véritable prévention contre les MST et autres problèmes, comme les maternités précoces, la sensibilisation sur les moyens contraceptifs étant plus ou moins occultée – quand ils ne sont pas carrément discrédités.
- Entraîne une méfiance tenace contre les moyens contraceptifs qui peut se prolonger à l'âge adulte.

En anglais:

Statistiques des naissances 2006 par le NCHS

College costs

Are U.S. Policies Killing Women?By Michele Kort.
http://www.alternet.org/reproductiv...

Note perso:

Bush a réussi le tour de force en 7 ans de rendre les riches immensément riches, en leur octroyant des avantages indécents (subventions, baisse des impôts, exonération des charges, contrats juteux, etc.) et de faire plonger dans la pauvreté des centaines de milliers, voire des millions de personnes.
Il a trompé la population avec sa guerre pour le "Bien et le Mal", dilapidant des milliards de dollars pour aller massacrer des innocents - au détriment également du bien-être des citoyens américains; ET il a imposé la religion en lieu et place de la politique. Etc. (voir d'autres billets sur ce blog).
Aujourd'hui tout s'écroule et nous avec. Que va donc trouver, pour traiter la question, Mister Stupid, aveuglé par son idéologie putride (Mensonges, cupidité, oligarchie, injustices flagrantes, bondieuseries, criminalisation des pauvres et des immigrés)?

Et en France, me direz-vous?

Il faut être sacrément handicapé mentalement pour continuer à nier l'évidence. Tous les ingrédients se mettent progressivement en place pour en arriver à ce même résultat (je SAIS, je me répète, mais on ne sait jamais, des fois que j'arrive à en convaincre d'autres):
Entre autres, distribuer aux riches (paquet fiscal, exonérations de toutes sortes – dont des droits de succession); réduire les charges des entreprises (et autres cadeaux); refuser d'augmenter les bas salaires, voire les ponctionner davantage; taxer tous azimuts; récupérer les avantages donnés aux plus pauvres (redevance TV, franchises, etc.); casser le code du travail; casser la sécu; privatiser les universités; vider les écoles et mettre les élèves entre les mains des juges et des policiers; constituer des fichiers sur tout le monde; ET imposer de FORCE la religion dans le domaine public.
Mensonges, cupidité, oligarchie, injustices flagrantes, bondieuseries, criminalisation des pauvres et des immigrés.
Cherchez l'erreur.

Sur le fondamentalisme chrétien, voici un billet fort intéressant

Et l'"intelligent Design" (les créationnistes font du rentre-dedans pour imposer leur dogme).

Marche contre l'avortement.
Pitoyable, mais terrifiant.

Ce n'est qu'un début, hélas.
Rappelez-vous: faire le deuil de mai 68, jeter aux oubliettes le programme du Conseil National de la Résistance, fouler aux pieds la Déclaration Universelle des Droits de L'Homme, dénaturer peu à peu la Constitution à des fins partisanes, dans un grand souci d'inégalité.
A force, on va remonter au Moyen Age. XXI°: le siècle de l'Obscurantisme.

Remplacer tous ces trucs poussiéreux par la "laïcité positive" ou la "politique de civilisation", des slogans imbéciles et vides qui n'auront l'aval que des gogos, prêts à tout pour refuser d'admettre qu'ils se sont laissé berner.

Un exemple: le pouvoir des chats.
Sarkoment?
Mais non! Rappelez-vous: "Je ne vous tromperai pas, je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas".
Mais, QUI l'a cru?
Exactement 18 983 138 couillons. Mais certains ont, paraît-il, été touchés par la grâce et le repentir.
Le remède? La bonne vieille douche froide, apparemment. (Quoique, ils font baisser la cote de popularité de leur coq de compétition avant les élections pour faire aller voter les gens. Alors, allez savoir).

Voir la vidéo explicite: (avant/ après: les discours du chanoine mickey se suivent et ne se ressemblent pas toujours ... Pourtant, il a aussi dit: "Ce que je dis, je le fais", mais, bon, si on doit tout prendre au pied de la lettre ...).

Agenda

LE 24 JANVIER, GREVE DE LA FONCTION PUBLIQUE:
qu'est-ce qu'ils vont bien pouvoir nous trouver pour faire diversion? La dernière fois, c'était un divorce. Un mariage, peut-être?

LE 4 FEVRIER: TOUS A VERSAILLES
http://www.tousaversaillesle4fevrie.... Signer la pétition.

Le PS: le déballonnage.
Et ils n'ont même pas honte de nous rouler dans la farine avec leurs grosses ficelles, ces chiens puants (pardon, les chiens, c'est juste pour dire)!
Les cons osent tout. Michel Soudais. Politis.

Nel Obs du 23/01:
Voici ce qui nous attend encore. Ce salopard ne va plus rien nous laisser, une fois son mandat terminé!
Sarkozy prépare une révision de la loi de 1905:

Et selon le Canard Enchaîné, "les congrégations religieuses ne seraient pas les seules concernées par ce 'toilettage'". Les Témoins de Jéhovah ou l'Eglise de Scientologie pourraient obtenir les nouveaux avantages et ainsi "bénéficier de la bénédiction de l'Etat", précise le Canard qui rappelle la réception de Tom Cruise, "vitrine de la Sciento", par Nicolas Sarkozy lorsqu'il était ministre des Finances.
Le président avait tenu à clarifier son attachement à la laïcité en tant que "respect de toutes les croyances et non un combat contre les religions" dans ses vœux aux responsables religieux, le 17 janvier, après avoir prononcé un discours très critiqué à Ryad sur l'héritage "civilisateur" des religions. Ces différentes déclarations ont fait éclater une polémique et déclenché l'inquiétude des plus attachés au principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Et qu'est-ce qu'elle nous dit la feuille de chou de JD? "inquiétude des plus attachés au principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Tout se passe comme si c'était dans la logique des choses et que les "plus attachés" aux petits principes archaïques et frileux de la république étaient des vieux croûtons incapables d'accepter les changements lumineux que propose l'enfoiré. Ils sont, ainsi, encore prêts à faire allégeance à cet usurpateur?
Pays de meeeeeeerde!