Sept mesures pour créer un campus universitaire façon Département de la Sécurité intérieure

Le must à offrir dans un pays de sécurité intérieure? L’iTaser, une arme avec lecteur MP3 et casque intégrés, avec laquelle vous pouvez envoyer une décharge électrique de 50000 volts tout en écoutant votre musique préférée.
Ce nouveau Taser, présenté lors du salon de l’électronique pour les particuliers à Las Vegas, sera disponible en rouge, en rose et même couleur léopard. Tous ceux qui auront un iTaser pourront ainsi lancer ce qui deviendra peut être le premier accessoire « sécurité intérieure » chic et choc dans l'un des 47 états où le port du Taser est légal.
La société qui fabrique cette arme, Taser International a déjà vendu 160.000 modèles, moins design, à des particuliers. Selon Rick Smith, fondateur et PDG du groupe: "Les articles de protection individuelle peuvent être à la fois beaux et fonctionnels".
En novembre 2006, le Taser a soudain défrayé la chronique sur les campus universitaires quand un étudiant de l'Université de Floride, qui avait posé une question brutale à John Kerry a été empoigné, "tasé", puis maîtrisé par la police du campus. Les paroles qu'il avait prononcées alors : "Ne me tase pas, mec!" ("Don't Tase me, Bro!,") se retrouvent maintenant sur des badges, des T-shirts et des sonneries de téléphone portable.
Grâce, en grande partie, à lui et à la publicité faite lors de l'incident, le verbe "taser" faisait partie de la liste des mots de l'année 2007 du New Oxford Dictionary, le dictionnaire de citations « Yale Book of Quotations » le plaçait en tête des citations les plus marquantes de l'année, et nous tous, nous avons pressenti que quelque chose de nouveau pourrait bien être en train de se passer dans les « tours d'ivoire » de l'Amérique.
Comme l'indique plus bas Michael Gould-Wartofsky, cet incident ne donnait qu’une toute petite idée de l’omniprésence des dispositifs de sécurité intérieure sur les campus.
L'article remarquable de Michael Gould-Wartofsk (paru à la fois dans "The Nation Magazine" et sur le site "Tomdispatch.com") donne de précieuses informations sur l'ancrage considérable de cette nouvelle sécurité intérieure dans tous les aspects de notre vie quotidienne.

Comment réaliser un campus signé sécurité intérieure en sept étapes
(Article de Michael Gould-Wartofsky)
Des périmètres délimités pour la liberté d'expression, des pistolets Taser, des caméras cachées, l'exploitation des données, un programme d'études sur la nouvelle sécurité, des sociétés de sécurité privées … Bienvenue au nouveau campus relooké Sécurité Intérieure.
De Harvard à l'UCCLA, la tour d'ivoire se transforme aujourd’hui à toute allure en un des tout derniers miradors de la forteresse Amérique. Les soldats de la lutte contre le terrorisme, ayant porté leur attention sur la « radicalisation violente et le terrorisme interne" ("violent radicalization and home-grown terrorism", selon la formule utilisée dans un projet de loi de la Chambre des Représentants), ont entrepris de s'attaquer à ce traditionnel foyer de radicalisation, l'université.

Les sept étapes pour réaliser un campus dans l'optique sécurité intérieure et pour mettre au pas l'université:
1. Cibler les protestataires
L'état guerrier s'étant attiré des manifestations hostiles, le campus universitaire est devenu pour lui de plus en plus un stand de tir, avec pour cibles les étudiants contestataires. La cible N°1 du gouvernement? Les organisations pour la paix et la justice.
De 2003 à 2007, un nombre indéterminé d'entre elles s'est retrouvé dans le collimateur du système TALON ("Threat and Local Observation Notice") du Pentagone, un programme d'espionnage interne conçu soi-disant pour traquer les "menaces terroristes potentielles" dirigées contre le Département de la Défense lui même. (…).
Dans plus de 10 universités et facultés, les policiers font à la fois office d'agents du FBI à plein temps et d'employés d'une des cent unités nationales qui luttent contre le terrorisme. Ces agents à la double casquette sont allés frapper à la porte d'étudiants protestataires dans diverses universités, et dans un des cas, ils ont aussi fait subir un interrogatoire à un professeur de faculté originaire d'Irak sur ses opinions contre la guerre.
Les agents du FBI, ou leurs alter ego sur les campus, n'effectuent pas toujours tout le travail eux-mêmes. L'administration du campus s'en charge aussi à leur place, en créant des "périmètres de liberté d'expression ", qui en réalité limitent la liberté d'expression, et sévit contre ceux qui enfreignent le règlement.
Par ex, des étudiants des universités de Hampton et de Pace risquaient l'exclusion définitive pour avoir distribué des tracts contre la guerre, tracts considérés comme "matériel non autorisé".
2. A l'attaque!
De nombreux postes de police des universités deviennent de véritables arsenaux, équipés d'un large éventail d'armes depuis les Tasers et les fusils à grenaille jusqu'aux fusils à pompe et autres fusils semi-automatiques.
La politique du "prêt à dégainer", qui a débuté dans les années 90 avec le programme" Guerre contre la criminalité", s'est encore aggravée au moment de la "Guerre mondiale contre le terrorisme" du président actuel. Et chaque massacre dans un établissement scolaire (le plus récent ayant eu lieu à Virginia Tech) remet à nouveau de l'huile sur l'embrasement sécuritaire.
Selon le Département de la justice, deux tiers des universités arment leur police aujourd'hui.
L'acquisition de ces armes était auparavant réservée, en général, aux unités spéciales militaires et aux "équipes du SWAT (équivalent du GIGN) .
Par ex, les fusils AR-15 (apparentés aux M-16) font maintenant partie de l'arsenal de la police de l'Université du Texas.
En avril dernier, la City University of New York s'est dotée de dizaines de pistolets semi-automatiques.
Actuellement, des états comme le Nevada envisagent même d'autoriser le port d'arme au personnel de l'Université.
La plupart des armes utilisées sur les campus sont toutefois moins "létales", comme les pistolets à balles en caoutchouc ou à grenaille dont on se sert lors de manifestations d'étudiants.
Reste, cependant, le Taser, l'arme électrochoc qui a été récemment condamnée par l'ONU pour être une "forme de torture".
Le Taser a été utilisé par la police de l'UCCLA en novembre 2006 à plusieurs reprises sur un étudiant américano-iranien qui n'avait pas ses papiers d’identité pour entrer à la bibliothèque universitaire.
3. Garder un œil (ou des centaines) braqué sur l’université.
La surveillance est devenue un secteur en pleine expansion au niveau national (et qui s'implante actuellement au cœur des Universités américaines). En fait, les universités connaissent une explosion de la surveillance électronique des étudiants et du personnel sur les campus. Un nombre sans cesse croissant de sites universitaires sont désormais équipés de caméras en circuit fermé - permettant de saisir le moindre mouvement de ceux qui y circulent - des caméras souvent implantées dans des endroits tenus secrets ou dissimulés à la vue de tous, parfois même dans les salles de cours.
L'"Association Internationale des Administrateurs de la police sur les campus universitaires" (International Association of Campus Law Enforcement Administrators) déclare que des caméras de surveillance ont réussi à s'implanter dans la moitié de l’ensemble des facultés du pays, leur nombre ayant été multiplié par deux, trois, voire dans quelques cas par dix, depuis le 9/11. Ces caméras ont plus particulièrement proliféré dans les universités privées. A l’université de Pennsylvanie, on en compte plus de 400, à Harvard et à Brown environ 200 chacune.
Ailleurs, il peut s'avérer difficile d'être renseigné sur les endroits où sont implantées les caméras et ce qu’elles sont censées filmer.
L’Université du Texas, par ex, a dû affronter des étudiants en journalisme qui réclamaient la transparence, décidant cependant, in fine, de tenir secret le lieu où étaient implantées ses caméras. Parfois, néanmoins, la finalité de la pose d'une caméra semble tomber sous le sens. Prenez le cas de Hussein Hussein, professeur dans le département de biotechnologie animale à l’Université du Nevada, à Reno. En janvier 2005, cet éminent professeur respecté de tous a découvert qu’une caméra cachée avait été placée carrément dans son bureau.
4. L’exploitation des dossiers des étudiants.
Ces dossiers ont été, ces dernières années, livrés à la merci de toutes sortes d’exploitations de données à des fins d’enquêtes, de recrutement, ou de recherches tous azimuts.
De 2001 à 2006, appliquant un programme intitulé "Project Strike Back" (Projet "la Riposte"), le Département de l’Education avait collaboré avec le FBI pour éplucher les dossiers des 14 millions d’étudiants qui faisaient une demande d’aide fédérale chaque année. L’objectif ? "Dénicher des étudiants potentiellement intéressants » a expliqué, énigmatique, un porte parole du FBI, en particulier ceux susceptibles d'avoir des liens avec « une activité terroriste potentielle ».
Le programme "Strike back" était abandonné discrètement en juin 2006, quelques temps après que des étudiants de Northwestern University on révélé le pot aux roses. Mais à peine un mois plus tard, dans un rapport vivement controversé, la "Commission sur l’avenir des études supérieures", qui dépend du Département de l’Education, recommandait la création d’une base de données fédérale qui regrouperait les activités et les études poursuivies par les étudiants dans tout le pays.
Ce n’est un secret pour personne que le Pentagone, de son côté, espère établir sur les campus des centres de recrutement pour les forces armées. En fait, le Département de la défense (DoD) a établi, dans cette optique, sa propre banque de données. Ce programme contient les données de 30 millions de jeunes gens âgés entre 16 et 25 ans.
D’après un porte-parole du Pentagone, le DoD collabore avec des sociétés privées de commercialisation et d’exploitation de données, qui, en échange, vendent au gouvernement des tonnes de renseignements sur les étudiants et d’autres recrues éventuelles.
5. Rechercher les étudiants d’origine étrangère, refouler ceux qui n’ont pas de papiers
Avec la bénédiction des services de douanes et de l'immigration, l’"Immigration and Customs Enforcement" (l'ICE), le Département de Sécurité intérieure (le DHS), s’est constitué une banque de renseignements détaillés sur les étudiants étrangers et les personnes à leur charge pendant tout leur séjour aux US. Dès octobre 2007, l'ICE annonçait qu’il s’occupait activement de 713.000 étrangers sur les campus et s'était constitué une base de données avec 4,7 millions d’entrées. (…).
L'ICE a également participé à vider le campus de sécurité intérieure de ceux qui ne sont pas nés sur le territoire national. L’American Immigration Law Foundation estime que seulement 1 sur 20 immigrés clandestins qui obtiennent un diplôme du secondaire va ensuite s’inscrire à l’Université, beaucoup parce qu’ils ne peuvent pas payer les frais de scolarité, mais également parce qu’ils ont de bonnes raisons d’avoir peur : l’ICE a renvoyé dans leur pays bon nombre de ceux qui parvenaient à entrer en faculté, et pour certains avant même qu'ils aient pu obtenir un diplôme.
6. S’imposer dans les programmes, les salles de cours et les laboratoires de recherche.
Inutile de dire que tous les étudiants ne sont pas considérés comme des menaces à la sécurité intérieure. Bien au contraire. Beaucoup d’étudiants et de membres de la faculté sont considérés comme d'éventuels atouts.
Pour exploiter ce potentiel, le Département de Sécurité Intérieure a lancé son propre cursus avec son "Office of University Programs" (OUP), destiné dit-il, à "encourager une culture de sécurité intérieure au sein de la communauté universitaire".
Le bilan à ce jour est impressionnant: le Département de Sécurité Intérieure a accordé, depuis 2003, 439 bourses d’études fédérales, ce qui permet de payer la totalité des frais de scolarité aux étudiants dont le profil correspond à "l'entreprise de recherche de sécurité intérieure". Deux cent vingt sept écoles remettent actuellement des diplômes ou des attestations de fin de cycle en « sécurité intérieure », un cursus qui comprend 1800 cours. (…).
L’OUP s’est aussi assuré la collaboration de chercheurs et de laboratoires pour "mettre en adéquation les conclusions scientifiques et les priorités de sécurité intérieure".
Pour l'année fiscale 2008 seule, il est prévu d'attribuer 4,9 milliards de fonds fédéraux à la recherche liée à la sécurité intérieure. Les subventions correspondent à 16 thèmes de recherche choisis par le DHS, contenant les directives présidentielles, la législation et quelques vagues conseils scientifiques.
Mais attendez, ce n’est pas tout: le DHS a créé et financé ses propres "Centres d’Excellence », des instituts de recherche installés dans des dizaines d’universités dans toute l’Amérique. Le tout dernier centre est destiné à l’étude de la "radicalisation violente et du terrorisme interne", conçu pour combattre ceux qui "adoptent ou encouragent des convictions extrémistes … pour promouvoir des changements politiques religieux ou sociaux".
(…).
7. Privatiser, privatiser, privatiser
Evidemment, la sécurité intérieure n’est pas un département uniquement, pas non plus simplement un nouveau réseau de surveillance et d’exploitation de données – c’est de gros sous qu'il s'agit.
Rien d'étonnant alors que les universités aient, ces dernières années comme jamais auparavant, conclu des partenariats avec les sociétés du secteur privé directement intéressées par ces recherches.
Ainsi, le programme START (Study of Terrorism and Responses to Terrorism) compte Lockheed Martin parmi les membres du bureau consultatif.
D'après le président du Centre pour la Protection et la Défense des Aliments, celui-ci dépend d’un groupe de travail de ce secteur industriel même comptant parmi ses membres Wal-Mart and McDonald's, qui proposent "de conseiller et de diriger" la recherche.
Alors que d’énormes sommes d’argent rentrent dans les caisses de l'université grâce à ces sponsors privés, d’énormes sommes d’argent en resssortent pour honorer les "contrats de fournisseur stratégique" conclus avec des compagnies privées, les universités sous-traitant systématiquement les opérations de sécurité à des organismes privés comme Securitas ou AlliedBarton.
Seule une infime partie de cet argent va à ceux qui effectuent la surveillance sur le terrain et qui sont souvent les employés les plus mal payés dans les universités. Cet argent remplit les coffres de groupes privés qui n’ont guère à voir avec les conditions sur les campus.
Parallèlement, certaines universités ont développé des relations étroites avec des groupes de sécurité privée comme Blackwater, la société tristement célèbre.
En mai dernier, par ex, l’ Université de l'Illinois et son institut de formation de la police ont passé un accord avec cette société pour partager les installations et leurs programmes de formation avec les agents de Blackwater. Les journaux locaux ont révélé par la suite que le directeur du programme d'études était employé par Blackwater. A une époque où l’instruction se paie, cette collaboration est, apparemment, considérée à égalité avec des cours.
Avec ces sept étapes suivies au cours des six dernières années, l’état policier et ses citoyens ont tout fait pour donner au campus américain l’image d’un territoire fermé. Et dans ce pays de plus en plus policier les sept étapes suivantes sont, sans aucun doute, déjà en cours d’élaboration.
Cependant, cette montée de la répression n’est pas inéluctable. Ce nouveau campus hyper sécurisé s’est avéré dans l'impossibilité d’empêcher toute opposition. (…) Et cette opposition croissante a remporté quelques victoires (liberté d’expression, réglementation sur les Tasers, etc.). (…)
Cependant, si cette obsession de la sécurité perdure, les tours d'ivoire seront construites avec du *Kevlar dans le but d'obtenir des campus hyper blindés et hyper armés.

Michael Gould-Wartofsky is a writer from New York City and a recent graduate of the new homeland security campus. He has written for the Nation Online, Z Magazine, Common Dreams, and the Harvard Crimson, where he was a columnist and editor, and his work has also appeared in Poets Against the War (Nation Books). He was a recipient of the New York Times James B. Reston Award for young journalists and Harvard's James Gordon Bennett Prize for his writing on collective memory.

Notes:

  • Kevlar:fibre synthétique utilisée (entre autres) pour les gilets pare-balles.
    l’iTaser. Vidéo.. Des commerciaux montrent le produit et le testent sur un reporter télé consentant … Edifiant.

Le Taser
Campagne NON au Taser (raidh)
Article. Après les Tupperware « parties », voici les soirées Taser.
Au Canada aussi, le Taser est autorisé aux particuliers.
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En anglais:
Free-Speech Zone” ("périmètre de liberté d'expression")

Note perso:
Ces périmètres n'existent pas seulement sur les campus. Lors des déplacements de Bush, les manifestants sont mis en quarantaine, hors de la vue du cortège présidentiel et des médias.
En France, également, ce système existe.
Lors du conseil des ministres à Ajaccio (qui a coûté des millions d'€, je le rappelle), les seuls manifestants à avoir eu les honneurs des médias étaient la poignée de nationalistes rassemblés non loin de la préfecture.
En fait, les autres manifestants (CGT, etc.), bien plus nombreux, avaient été relégués, malgré leurs protestations (évidemment), devant la gare de la ville, à bonne distance de l'itinéraire prévu pour les VIPs. Le peuple n'a plus droit à la parole. On ne veut plus l'entendre, ni le voir. Ca dérange l'oligarchie.
Une telle admiration pour les méthodes iniques de Bush et de sa clique relève de la pathologie grave. Hélas, c'est nous qui en pâtissons.

Et, à lire aussi: "Deux étudiants paient très cher leur grève contre la loi Pécresse". Libé.
Et ces cons de posteurs de commentaires qui trouvent que la sanction qui leur a été infligée est normale! Bien fait pour eux, zavékapa! Et pourquoi pas perpète, puisqu'ils y sont?
Il en faut ,des abrutis, pour qu'on puisse faire la différence avec ceux qui sont dotés de discernement, mais là ça fait quand même beaucoup: on n'arrive même plus à repérer les autres.
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"Violent Radicalization and Homegrown Terrorism"

A Vancouver, un immigré tué à l'aéroport à cause des décharges électriques. video
Et puis, dans le "Guardian":
"FBI wants instant access to British identity data"
Le FBI veut que le RU constitue une base de données biométriques de criminels ou de personnes soupçonnées de crimes pour les entrer dans un fichier international à disposition de l'Amérique.
On n'arrête pas l'horreur sécuritaire.
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Etudiant « tasé » à l’U de Floride. ("Don't Tase me, Bro!")
http://www.youtube.com/watch?v=y3FF...