Spécial Noël, Noël spécial.
Par emcee le dimanche 16 décembre 2007, 01:08 - Lien permanent
Je change aujourd'hui un peu de registre pour un billet plus "festif".
Une fois n'est pas coutume.
Voici un texte qui, à l'approche des fêtes de Noël, peut donner à
réfléchir.
Sur la tradition, sur la consommation, mais aussi sur ce qu'il faut ou qu'on
peut changer.
The Problem with Christmas
By Bill McKibben, Grist Magazine. Posted December 4, 2007.
publié dans ''alternet''
Le problème avec Noël
Le problème avec Noël, ce n'est pas tant l'histoire des piles qui manquent
toujours. Pas non plus tous les chichis qui vont avec. Le problème avec Noël,
c'est que plus personne n'apprécie vraiment.
Si vous faites un sondage auprès des Américains à cette époque de l'année, vous
constaterez que ceux qui appréhendent les fêtes de Noël sont bien plus nombreux
que ceux qui les attendent avec impatience.
C'est devenu depuis longtemps une période d'agitation extrême, de dépenses
excessives, une semaine où on passe son temps à courir pour acheter des trucs
dont on n'a pas besoin.
En fait, c'est la cristallisation parfaite de l'économie américaine – la
culture de la société de consommation en Amérique concentrée sur sept jours de
folie, sept jours où les gens se prennent à espérer qu'elle passera vite pour
qu'ils puissent, le 2 janvier, retourner à l'agitation normale de leur
quotidien.
A partir de cette vérité fondamentale, voici quelques suggestions:
Remplacer le tout-venant par des produits bios, ce n'est pas régler le fond
du problème. Si pour une raison quelconque, vous devez offrir une étagère à
épices avec un moteur, alors autant en acheter une avec un bon moteur. De toute
façon, là n'est pas la question.
C'est tout le tralala qui est le problème, pas tant pour les dégâts qu'il
cause à l'environnement (bien qu'ils soient très importants) mais parce que
cela ne veut plus rien dire.
Pensez à vos amis. Vous en connaissez qui manquent de quelque chose? Ou bien,
en voyant leurs cadeaux, ils vont se dire aussitôt: "mais où est-ce que je
vais bien pouvoir encore mettre ça?"
Alors, cette trêve nous donne l'occasion de nous livrer à une réflexion sur
nos styles de vie.
Si avoir des biens matériels ne nous tient plus à cœur, quoi donc alors?
Le temps, incontestablement. Offrir du temps (un bon pour un massage du dos,
une sortie au musée, ou un repas qu'on se propose de cuisiner pour un jour
prochain), c'est un cadeau dont la valeur se calcule dans une monnaie plus
forte (si vous êtes diplômé d'économie, pensez en euros plutôt qu'en
dollars).
Ces cadeaux peuvent aussi représenter du temps déjà passé: un pot de confiture,
un tas de bois pour la cheminée.
On peut également imaginer d'offrir des cadeaux permettant de gommer cet
hyper-individualisme qui marque notre société de consommation.
Demandez-vous ce que vous préféreriez recevoir: un autre gadget ou une carte
personnalisée qui vous apprend qu'une vache a été achetée en votre nom et
qu'elle fournit du lait à une famille en Tanzanie qui n'avait jamais bu de
lait.
(NB: cette démarche est probablement plus lourde de sens pour nous les
chrétiens, car elle sert à rappeler que Noël c'est l'occasion de célébrer la
naissance d'un homme qui a dit qu'il fallait tout donner aux pauvres).
Puisque Noël est devenu depuis longtemps l'occasion de célébrer la
consommation, c'est une bonne période pour essayer de vaincre notre envie de
consommer.
Des congés plus tranquilles avec des plaisirs nouveaux (le calme, quelques
rencontres entre amis) semblent soudain plus attrayants. Et peut-être même que
cet attrait tiendra, disons, jusqu'au mois de février.
Ce serait bien, parce que notre problème environnemental , à la base, ce n'est
pas que tout ce que nous achetons demande trop d'énergie ou de matières
plastiques, ou que la peinture contient du plomb, ou que la marchandise vient
de très loin.
Notre problème environnemental vient de ce que nous consommons beaucoup trop
parce que nous avons accepté de répondre aux besoins fondamentaux des gens (la
position, le respect, l'affection) en leur offrant en échange des biens
matériels.
Et cela, jamais autant qu'en période de Noël, quand le père Noël arrive à
cheval sur le rasoir électrique Philips dernier modèle. C'est une sorte
d'accord tacite que peu d'entre nous osent dénoncer, même si nous comprenons
tous, à un certain niveau, que ça ne va pas.
Comment envisager, pourtant, de ne pas offrir un "vrai noël" à ses
enfants?
Mais à la seconde même où vous vous libérez de tout ça (à la seconde où votre
famille fait partie de celles qui échangent des livres d'occasion à Noël, de
celles qui suivent la tradition de Noël de St François en allant au parc
éparpiller des graines pour que les oiseaux puissent faire la fête aussi ou
celles qui font le choix d'aller servir la dinde dans un foyer pour sans abri),
c'est là que vous commencez à intégrer le profond secret de l'être humain que
la société de consommation avait pour but d'occulter, à savoir que ce qui nous
fait le plus plaisir est pratiquement toujours rationnel. Nous avons besoin de
nous promener dans l'air froid, de penser aux autres, de nous rendre
utiles.
Evidemment, il y en a qui diront que ce genre de comportement va porter
préjudice à l'économie (…).
Vous pouvez leur répondre: "Mais, tout ne va pas arriver d'un coup, et cela
laissera le temps à l'économie de s'adapter".
Ou bien: " Vous avez peut-être raison, mais alors, peut être que l'économie
n'est pas tout à fait un concept aussi rationnel et indiscutable qu'on aimerait
le croire si, en fait, elle dépend, pour boucler l'année, de la célébration
malsaine de la naissance du Christ".
Cette seconde réponse me plait bien. Il nous faut un baiser pour briser notre
envoûtement et un baiser (un bon pour un baiser! Ou pour une dizaine!), c'est
un cadeau merveilleux pour Noël.
Bill McKibben is the author of 10 books, most recently Deep Economy: The
Wealth of Communities and the Durable Future. He is a scholar in residence at
Middlebury College in Vermont.
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Note perso
Pour une fois, je ne suis pas entièrement d'accord avec ce que dit
l'auteur que je traduis ici, mais cet article a le mérite de suggérer une
réflexion globale que nous pouvons adapter à nos vies et nos
convictions.
Disons que je suis d'accord qu'il faut arrêter complètement avec ces noëls
factices et cesser d'acheter des cadeaux stupides qui remplissent les placards
puis les poubelles ou de consommer plein de trucs même pas bons.
En revanche, je ne suis pas d'accord, d'abord, avec l'alternative
béni-oui-oui qu'il propose: le petit Jésus dans la crèche, la bonté et la
charité, le prêchi-prêcha, les graines dans le parc et tout ce fatras
dégoulinant de bons sentiments religieux saisonniers.
Ainsi, la vache pour des pauvres en Tanzanie, ça ne passe pas du tout.
Portnawak. Pourquoi pas des bons pour des bouts de dromadaire à un touareg ou
des tickets pour des sacs de riz pour ceux qui souffrent de la faim?
Ca , c'est se faire plaisir à soi, car les pauvres Tanzaniens qui voient la
vache arriver pourraient bien se demander , eux aussi: "Mais où donc vais-je
bien pouvoir mettre ça?".
Ensuite, l'article minimise le fait que, fête païenne finalement même pour
les croyants, Noël est devenu aussi le prétexte à une consommation effrénée de
produits venus d'ailleurs, fabriqués par des esclaves, et qui contribuent à la
destruction de la planète. Produits qui s'en vont ensuite (très vite) polluer
notre environnement, quand ils ne retournent pas polluer celui des pays pauvres
à qui on refile nos déchets en échange de quelques piécettes.
J'abrège, j'en ai déjà parlé précédemment.
Mais la question est posée: si on arrêtait de se faire balader par
les marchands du temple?
Et, que pouvons-nous faire pour que les fêtes de Noël, tout en restant
un événement, fassent l'objet d'une prise de conscience collective de la
futilité et des dangers de la société de consommation?
Il y a deux ans, le Monolecte proposait son "repas
de fêtes pour bourses fluettes" qui m'avait bien plu.
Alors, ne pourrait-on mettre nos recettes (cuisine, attentions
diverses, etc.) en commun pour imaginer des fêtes, en famille ou entre amis,
joyeuses et chaleureuses, mais "décroissantes"?
(Note: comments in english are welcome)
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Et puis, voici un second article que je me suis amusée à lire et à traduire.
Un oiseau rare aux US: une personne qui ne croit pas en Dieu (et, mutatis
mutandis, je me sens en phase avec ce qu'elle dit).
Les dix raisons de ma rupture avec Dieu
Les fruits de mer, l'Iran et Britney Spears, pour n'en citer que
quelques-uns.
(''Ten Reasons Why I Broke Up
With God, Annabelle Gurwitch, TheNation, December 13, 2007'').
Par Annabelle
Gurwitch
Après son discours sur la religion la semaine dernière, il y a de fortes
chances que je ne serai jamais invitée à la Maison Blanche de Mitt Romney
si d'aventure il était élu président des US.
Ce n'est pas parce que je travaille dans une radio publique, pas parce que je
réalise des documentaires, pas parce que je milite pour une assurance santé
universelle avec cotisant unique et pour le droit des immigrés sans papiers à
obtenir le permis de conduire; c'est, en fait, parce que je n'évolue pas dans
les mêmes cercles que lui.
Athée, je sais maintenant que je n'appartiens même pas à l'Amérique selon
Romney.
Car voilà, j'ai rompu avec Dieu, mais pas vraiment à cause des grandes idées
dont parlent d'éminents païens impies comme Christopher Hitchens
Non, comme cela se passe dans la plupart des rapports humains, ce sont des
petits trucs sans importance qui m'ont rendue dingue.
Voici la liste des 10 principales raisons qui ont motivé ma rupture avec
Dieu.
En vrac:
1 . Les fruits de mer.
Mon Dieu à moi n'aurait jamais donné un si bon goût aux moules, aux palourdes
et aux huîtres pour m'interdire ensuite , à moi qui suis juive, d'en
manger.
2. "Les humbles hériteront de la Terre". Dans ma
famille, comme pour la majorité des travailleurs, non seulement les humbles
n'ont hérité de rien, mais ils arrivent difficilement à conserver leur niveau
de vie. Alors, sur ce seul point, je rejette en bloc la bible.
3. Americans Gladiators
Si Dieu existait, l'émission "Americans Gladiators" ne
reviendrait pas à la télé cet hiver.
4. L'Iran.
Si Dieu existait, une partie de notre gouvernement ne serait pas disposée à
entamer des négociations avec Ahmadinejad tandis que l'autre partie souffle sur
les flammes pour inciter à une action militaire.
5. Il n'y a pas assez de bons traiteurs chinois à
L.A.
Si Dieu existait, il ferait en sorte qu'on puisse trouver plus facilement de la
bonne cuisine chinoise à Los Angeles.
La population de L.A comprend une majorité de gens venus de NY. Alors, pourquoi
n'a-t-on pas importé sur la côte occidentale le bon vieux poulet-broccoli-sauce
à l'ail?
6. Britney Spears.
Si Dieu existait, Britney Spears ne figurerait pas parmi les sujets les plus
googlés sur Internet.
A moins que Dieu n'existe et que cela soit le signe que l'Apocalypse est
proche.
Spears a dévoilé son anatomie sur toutes les coutures. Résultat: 3 millions
d'entrées dans Google, Jonas Salk a découvert le vaccin contre la polio:
212.000 entrées.
7. Effectuer de nombreuses tâches indépendantes les unes des autres
ne s'avère pas d'une efficacité extraordinaire.
Si Dieu existait, il ne permettrait pas qu'on m'ôte l'illusion que je suis
capable d'en faire plus en une seule journée..
8. "Dieu ne vous donne jamais rien que vous ne sachiez
maîtriser".
Mon Dieu à moi n'accepterait pas qu'on invente des aphorismes stupides sur
lui.
Je suis désorganisée, je m'affole vite, j'ai peur de tout ce qui concerne la
maladie et j'ai un enfant qui a des problèmes de santé. Mon Dieu à moi saurait
que je suis loin d'être la personne idéale pour faire face à ce genre de
situation, et donc que cette phrase est stupide et ne sert qu'à culpabiliser
davantage des gens comme moi quand, fatalement, ils ne s'en sortent
pas.
9. Les trans.
La plupart des trucs de maquillage que j'ai utilisés au cours de ma carrière
d'actrice, je les tiens des travestis et les transsexuels quand j'étais
"go-go dancer" au
Pyramid Club à New York. En particulier les trucs avec la colle instantanée
"crazy glue".
Mon Dieu à moi ne supporterait pas du tout que les homos souffrent de
discrimination.
10. Le Darfour, le sida, ma crainte respectueuse pour les mystères
de la science, le fait qu'on utilise de la peinture au plomb pour les
jouets des enfants, le fait que nous admettons que des gens vivent dans la rue,
le fait que nous n'avons toujours pas de législation pour limiter la possession
d'armes à feu …
Bon, d'accord, j'ai menti. J'ai un million de 10 bonnes raisons de rejeter
le Dieu qu'invoquent les candidats républicains en particulier, bien que la
plupart des démocrates soient également engagés dans la campagne pour le
Dieu-é-thon.
Cela dit, je suis prête à admettre que je me trompe peut-être complètement sur
Dieu.
Après tout, les chaussures plates aux bouts arrondis sont redevenues à la mode,
et j'avais fait des prières pour ça, parce que c'est tout bonnement monstrueux
d'avoir à se comprimer les pieds dans des chaussures à talons hauts et à bouts
pointus.
De plus, le duo *Donny et Marie va
se reformer.
Cela semble tellement improbable qu'on puisse trouver un quelconque intérêt à
ces deux-là que même l'Immaculée Conception ne semble plausible
maintenant.
Sans parler que l'idée que l'ancien pasteur Mike
Huckabee ait des chances d'être le candidat républicain aux présidentielles
(peu après la sortie d'un film sur l'existentialisme intitulé I
Huckabee) semble aussi peu vraisemblable
que l'hypothèse que les dinosaures et l'homme ont vécu sur terre à la même
époque.
Mais si Mitt et moi nous retrouvions pour de bon à la même table un jour, il
n'essuierait aucune critique de ma part sur les Mormons.
Par rapport aux buissons ardents, aux gens changés en statues de sel, aux
fléaux et à cette gabegie générale décrits dans la bible, leurs textes sacrés,
dénichés par John Smith rédigés dans une langue complètement inconnue, semblent
une histoire parfaitement rationnelle.
Une histoire qui a été racontée dans un épisode de South
Park en trois volets – une satire si brillante que le fait même qu'elle
existe tendrait à prouver que Dieu aussi.
Writer and actress Annabelle Gurwitch is the creator
and producer of the Fired! project. The documentary Fired! which was featured
on The Sundance Channel in November 2007. Her column Fired Up appears regularly
in The Nation, and her essays have appeared in publications
including the Los Angeles Times, Glamour, Child, Premiere, and
Penthouse.
Notes:
- Donny et Marie Osmond : les frère et sœur les plus sexy et les plus commerciaux de la nombreuse famille mormone originaire d'Utah (the Osmond family ) qui a sévi musicalement surtout dans les années 70.
(NB: Je n'ai pas fait exprès de choisir tous ces textes avec la "liste des X raisons principales de". Le hasard).
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Dernière minute: Céleste me signale que le Grenelle de
Bali s'est terminé avec peu d'avancées. Les autorités américaines et leurs
marionnettistes, les multinationales, se moquent bien de sauver la
planète.
D'une façon ou d'une autre, elle est à eux, non?
Raison de plus pour ne pas leur donner de
sous.


Commentaires
même réaction que toi à la lecture du premier texte.
il pose de bonnes questions, évidemment celle du consumérisme et du gaspillage, mais la dimension chrétienne ...:-(
par contre en phase avec annabelle, discours rarissime aux états unis.
toute cette religiosité pour en arriver à être le pays le plus destructeur de la planète, tant à cause des attaques militaires que des attaques écologiques, voilà qui éclaire bien sur l'effet produit par les religions.
bon dimanche emcee, ici il neige...brrrrr
Merci, Céleste. Je suis évidemment d'accord avec ce que tu dis.
Il neige à Bologne? Bin, ici, fait pas bien chaud non plus. Mais ce n'est pas la région la plus touchée (le sud-est).
Pour le reste, je ne sais pas: je n'écoute plus des infos de son maître.
Dans un entretien, l'ancien ministre de la justice Ramsey Ckark déclare que le consumérisme et le matérialisme sont plus dangereux que l'occupation armée :
http://www.hindu.com/2007/12/17/sto...
T. intéressant. merci Anièry.
Perso, grosse "déprime" ... enfin on peut pas appeler ça comme ça, c'est pas une déprime mais une grosse fatigue, j'ai l'impression d'être aggressé de toutes parts, c'est l'époque et le gouvernement qui fait ça.
L'article sur Noel pose de bonnes bases, c'est déjà ça. Le coup du cadeau n'est pas limité à Noel, mais comme tu dis il a remplacé les relations. Qui n'a jamais entendu dire "il pense pas à moi, il ne m'offre jamais rien" ... symbole pitoyable de cette conception induite de l'existence par la possession.
J'adore l'article sur dieu, frais et marrant, on pourrait faire le même en France avec des exemples similaires !