Commerce équitable

Ce dimanche, le Costa Rica sera le premier pays où les citoyens auront eu la possibilité de se prononcer pour ou contre un accord d'échanges commerciaux.
Malgré l'argent prodigué par les grands groupes financiers, malgré l'opposition du gouvernement du Costa Rica et de l'ambassadeur des Etats-Unis, malgré des médias farouchement hostiles, les derniers sondages montrent une progression de l'opposition à l'accord de libre-échange de l'Amérique Centrale (TLC, Traité de Libre Commerce d’Amérique Centrale, ou CAFTA en anglais). L'autre jour, contre toute attente, plus de 100.000 personnes (dans un pays qui en compte 4 millions) ont défilé pour manifester contre le traité – signe qu'il y a une forte opposition au TLC.

Le libre-échange, c'est très bien pour les grands groupes internationaux qui peuvent jeter à la rue les travailleurs américains, partir s'installer en Chine ou dans un autre pays où les coûts salariaux sont faibles, employer des ouvriers pour quelques centimes de l'heure, et faire revenir leur production ici, en Amérique.
Pour ces gens-là, pour les PDG des grands groupes industriels, la concurrence libre et non faussée est une très bonne chose.
Mais pour la classe moyenne de ce pays, pour les familles d'ouvriers et pour les pauvres au Mexique et dans d'autres pays où les salaires sont bas, la concurrence libre et non faussée est une catastrophe totale.

La politique économique est de moins en moins une politique partisane.
L'immense majorité des républicains ont aujourd'hui de sérieuses inquiétudes quant aux politiques commerciales actuelles car ils considèrent, selon un nouveau sondage, qu'elles sont préjudiciables à la classe moyenne et ouvrière de ce pays. "A près de deux contre un, les sondés du parti républicain estiment que le libre-échange est néfaste à l'économie américaine, un changement d'opinion qui rejoint maintenant le point de vue des Démocrates et indique que les accords commerciaux pourraient connaître des obstacles importants avec un nouveau président.

L'existence d'une opposition croissante à la mondialisation a été confirmée par un nouveau sondage Wall Street Journal-NBC News, publié jeudi dernier à la une du Wall Street Journal, qui montrait un effilochage de l'orthodoxie du parti républicain sur l'économie.

Parallèlement, dans la page éditoriale du Wall Street Journal, les pontifes des ploutocrates, indiquaient ce qu'il pensaient qui était bien pour la population du Costa Rica. Ils avaient également deux ou trois trucs à dire à mon sujet.

Mon voyage au Costa Rica le mois dernier n'avait pas pour but de dire aux gens comment voter. C'est leur affaire, pas la mienne. L'objectif de notre visite, au républicain Mike Michaud et à moi-même, était de contribuer à contrer les mensonges qui étaient propagés au Costa Rica selon lesquels si la population là-bas, en exerçant son droit démocratique de citoyen, votait non au TLC, le gouvernement américain les sanctionnerait en les excluant, entre autres, de l'Initiative du Bassin des Caraïbes.

Si je suis en complet désaccord avec l'idéologie de droite de la ligne éditoriale du Wall Street Journal, je leur attribuerai en ces circonstances le mérite de la persévérance. Année après année, le "Journal" a persisté à se faire le champion de la concurrence libre et non faussée qui, s'ils profitaient aux grands groupes mondiaux, ont causé tant de désastres financiers à la classe ouvrière ici et à nos partenaires commerciaux à l'étranger.

Il peut y avoir des désaccords sur les vertus du libre échange sans entraves, mais il ne devrait pas y avoir désaccord sur le fait que quand le peuple d'un pays libre et indépendant comme le Costa Rica se prononce en conscience, il ne devrait pas subir de sanctions de la part de la superpuissance mondiale. Ce n'est pas cela, la démocratie.

Mary Anastasia O’Grady, auteur de chroniques au Wall Street Journal, a vanté lundi dernier les bienfaits pour la population du Costa Rica de cet accord d'échanges commerciaux.
Le Wall Street Journal avait dit exactement la même chose au peuple mexicain au cours des débats en 1993 sur l'ALENA (accord de Libre-Echange Nord Américain) .

Que s'est-il passé après que cet accord a été signé?
Au Mexique, le secteur agricole a été démantelé à cause des exportations à faible coût de la production de l'agrobusiness américain. La pauvreté a augmenté, la classe moyenne a diminué et il y a des gens qui meurent littéralement dans le désert en essayant de fuir le Mexique pour se rendre aux USA.
La classe ouvrière mexicaine souffre, les riches sont encore plus riches et nous avons chez nous aujourd'hui l'image même de l'indécence avec l'homme le plus riche du monde, le Mexicain Carlos Slim Helu, qui vient d'un pays où les millions de familles n'ont pas d'argent pour nourrir leurs enfants.
C'est peut-être le genre de développement économique que vous défendez. Ce n'est pas le mien. Il y a certainement des politiques commerciales qui peuvent être bien meilleures, qui doivent être bien meilleures.

Le Mexique et d'autres pays en développement n'ont pas été les seuls à être touchés par ces accords de libre-échange sans entraves conclus au profit des grands groupes privés. Il y a également la classe ouvrière aux Etats-Unis qui est actuellement tirée vers le fond.

Malgré l'explosion des technologies nouvelles et une augmentation considérable de la productivité, le taux de pauvreté augmente aux USA, la classe moyenne rétrécit et le fossé entre riches et pauvres se creuse de plus en plus.
Ces six dernières années, des millions d'emplois bien rémunérés ont disparu aux Etats-Unis au fur et à mesure que les compagnies ont fermé leurs portes ici pour aller s'installer en Chine et dans d'autres pays où les salaires sont bas.
Au cours de cette même période, le revenu moyen de familles en âge de travailler a chuté d'environ 2500 dollars, 8,6 millions d'Américains n'ont plus de couverture santé, 3 millions n'ont plus de retraite, et des millions de travailleurs effectuent davantage d'heures pour un salaire inférieur.
Parallèlement, le fossé entre les riches et les pauvres aux Etats-Unis est actuellement le plus important de tous les pays industrialisés et le plus important de toutes les périodes de l'histoire des Etats-Unis depuis les années 1920.

Personne de ma connaissance ne pense qu'il faudrait ériger un mur autour de ce pays. Le commerce est une bonne chose, mais ce que nous devons commencer à faire c'est négocier des accords commerciaux justes qui se préoccupent les intérêts des travailleurs en Amérique, de ceux dans les autres pays et non pas de grandes multinationales et des PDG qui contribuent à la rédaction de ces accords.

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Bernie Sanders a été élu en 2006 au Sénat américain après avoir siégé à la Chambre des Représentants pendant 16 ans. C'est le membre du Congrès le plus ancien dans l'histoire de l'Amérique à avoir été élu sous l'étiquette "indépendant".
(NB: "Indépendant" ne veut pas pour autant dire "gauchiste débridé". Disons plutôt proche d'un Fabius période ante-référendum).

Références

Costa Rica n’est pas Puerto Rico... (carte et description, entre autres. TB)
4 octobre 2007, dans rebellyon

Cela ne vous rappelle rien?

Epilogue
Et finalement, c'était quoi, le résultat du scrutin?
Le Costa Rica approuve le traité de libre-échange avec les Etats-Unis

Cela aurait été NON, cela n'aurait pas été mieux pour eux, sans doute. La démocratie ne peut se mettre en travers des intérêts du Capital. On en sait quelque chose.

Apparemment, ils vont recompter, mais ce serait étonnant que cela change quelque chose au résultat. Encore une fois les classes moyennes (et populaires?) se sont sans doute laissé abuser par la propagande acharnée des suppôts des requins de la finance – gouvernement, médias, opposition démocrate chrétienne veule, etc.

Encore un état qui tombe dans l'escarcelle des grands groupes internationaux qui vont se jeter sur ses services publics comme la petite vérole sur le bas clergé.

Décidément, les erreurs des uns ne profitent pas aux autres.

Au fait, que je vous dise, le président actuel du Costa Rica, s'appelle Óscar Arias Sánchez, et, je vous le donne, Emile, si vous ne le savez déjà, il a été prix Nobel de la Paix en 1987.
Etonnant, non?

Bien sûr, pas plus étonnant que Kissinger, ou l'Albanaise qui interdisait aux femmes dans la misère de se faire avorter, quand même.
Comme quoi, le Prix Nobel de la Paix ne signifie pas grand-chose, finalement.
Juste au cas où on en aurait douté.

Mais revenons à ce qui nous préoccupe: la propagation de la gangrène du libéralisme sur un nouveau pays.

Les Américains le subissent depuis des générations et commencent à peine à entrevoir la possibilité d'un soupçon d'arnaque quelque part.
Nous ici, comme dans les autres pays européens, on nous démantèle consciencieusement tout notre système social et nos institutions publiques pour les immoler sur l'autel des transnationales depuis plus d'une vingtaine d'années et ça ne bronche pas d'un cil (sauf les agités de service qui ne font que râler sans jamais rien proposer, of course.)
Même que cela fait 6 mois qu'on est passés à la surmultipliée et que certains ne voient toujours rien venir.
Ah, qu'elle est raide et longue, cette côte à grimper.

Alors, Costa Ricains, Costa Ricaines, BON COURAGE !
Bon courage à tous ceux et celles qui y ont cru et qui se sont investi –e- s pour le NON à cette infamie.
Ne faites pas comme nous. Restez groupir et préparez la contre-offensive.
Viiiiiiiiiiiiite!

Costa Rica
My heart's devotion
Let it sink back in the ocean

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Et le Mexique, comment ça marche?

L'ALENA, accord entre le Mexique, les US et le Canada en 1994
Propagande : http://www.dfait.gc.ca/nafta-alena/...

Et réalité (chiffres à l'appui):
http://www.monde-diplomatique.fr/20...