Les rêves qu'on brise
Par emcee le mercredi 19 septembre 2007, 10:04 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Après cet intermède hexagonal et ce coup de sang sur les pieds
nique-les nickelés français, je reviens à des affaires plus
"étrangères". Quoique…
Ici, Matt Reichel, un Américain qui vit actuellement à Paris, nous livre ses
réflexions sur son pays tel qu'il le voit après des années d'absence. Un pays
du Tiers Monde.
"Re-Defining the American Dream", publié dans
"Dissident
Voice , toujours une valeur sûre. Même si je n'ai aucun feedback
de leur part … Ingrats. 
Redéfinir le rêve américain
Par Matt Reichel / 3 septembre 2007

Jeudi dernier, le président Bush a dévoilé les nouveaux projets pour
endiguer la crise financière actuelle. Son objectif est de donner une aide
suffisante aux emprunteurs qui ne remboursent plus leurs dettes sans permettre
un renflouement total, tout en assurant également que l'accès à la propriété
resterait "au centre du Rêve Américain".
Le problème c'est que l'accès à la propriété représente un besoin d'acheter
poussé à l'excès qui mène l'économie droit dans le mur. La crise actuelle est
bien plus grave que celle qui a eu lieu il y a sept ans dans le secteur de la
technologie parce qu'elle touche de plein fouet ce qui fait que le capitalisme
fonctionne: la confiance dans le marché. Les banques d'investissement et les
organismes prêteurs ont perdu confiance dans le système de prêt en Amérique
parce que des crédits immobiliers à taux variable ont été accordés
inconsidérément à des milliers de demandeurs de prêts probablement insolvables
– cela sur une période de cinq ans qui a coïncidé avec le prétendu "essor
immobilier".
De nombreux économistes viendront voler au secours du poids lourd américain,
et feront remarquer que les indicateurs de croissance qui sont parus récemment
montrent que l'économie a enregistré une croissance de 4% au second trimestre
2007. Les 3,4% attendus ont été largement dépassés grâce aux efforts effectués
pour réduire le déficit de la balance commerciale, avec des exportations en
hausse à 7,6% et des importations en baisse à 3,2%. Ce qui a permis de
rassembler assez de capitaux pour que les entreprises parviennent à accroître
leurs investissements de 11,1%.
Evidemment, le taux de croissance ne mesure pas le bien-être des gens. En
fait, la croissance dépend largement de la demande et de la consommation de
biens et de services, de sorte qu'une forte croissance signifie, tout au plus,
qu'une société est matérialiste et non pas "bien lotie". C'est comme une
prophétie qui se réalise d'elle même: les pays qui sont assurés d'un certain
standing et où existe le désir pour des biens matériels poursuivront leur
croissance parce qu'ils continuent à éprouver le besoin de faire étalage de
leur richesse. Avec ce système, une société tout entière reste les yeux fixés
sur la courbe ascendante: les stocks augmentent, le PIB grimpe, et nous
grimpons tous!
En fait, les Américains ne sont pas "bien lotis". Ils ne le sont plus depuis
la destruction de toute forme de démocratie sociale dans ce pays. Le taux de
pauvreté reste au-dessus de 12%, écrasant celui de tous les pays européens
riches. Parallèlement, 47 millions d'Américains, environ 18% de la population,
n'ont pas de protection de santé. Et comme l'a démontré Michael Moore avec
élégance, les 82% restants sont largement sous-assurés.
De surcroît, comme je l'ai constaté au cours de mes vacances cet été quand
je suis allé rendre visite à ma famille et à mes amis, ils manquent totalement
de culture. Quand on a passé un certain temps en Europe, il devient difficile
de retourner aux Etats-Unis. On est transporté dans un univers de futilités
capitalistes, où les conversations téléphoniques se résument à discuter de la
voiture ou des télés à écran plat qu'on vient d'acheter. Ils ne cessent de
parler de leur vie de prospérité et de bonheur comme s'ils étaient tous des
petits princes et des petites princesses éparpillés dans tout l'empire, se
croyant magnifiques malgré leur tenue de golf et leur ventre
protubérant.
Même Johnny Depp a fui, choisissant d'élever ses enfants dans le sud de la
France aux côtés de Vanessa Paradis. Il assène (mais pas dit si élégamment):
"L'Amérique est débile, un peu comme un chiot stupide avec de grandes dents -
qui peut vous mordre et vous faire mal, il est agressif …. C'est comme un jouet
… un jouet cassé, peut-être. Faites votre petite enquête, vérifiez, vous
ressentirez la même chose et vous fuirez".
Cela nous amène au sujet important de l'agressivité des Américains: une
critique constructive que formulent beaucoup d'intellectuels parmi les plus
respectueux qui ont passé quelque temps aux US. Un peu comme si les critiques
d'une Amérique agressive et arrogante, nombreuses à d'autres époques, avait été
enfermées et cloîtrées quelque part. Peut-être craignent–ils d'émettre des
critiques de peur d'être taxés d'anti-américanisme à une période "d'urgence
nationale". Ou peut-être pensent ils que c'est tabou d'attaquer le grand Rêve
Américain.
Moi, d'abord, je trouve que c'est révélateur que le président ait parlé du
"Rêve Américain de devenir propriétaire de sa maison". Nous sommes à un moment
de vérité pour l'empire, car même l'empereur a reconnu que le Rêve Américain
n'a rien à voir avec la liberté et la justice. Et, bien sûr, il lui serait
difficile de glorifier ces idéaux plus nobles au cours d'un été où ils ont été
reniés par le Congrès, qui a invité la Gestapo à écouter nos conversations
téléphoniques privées et consulter nos mails. Et, certes, mon vocabulaire peut
être taxé de ridiculement outrancier mais, après des années passées à
l'étranger, je n'ai pu que tout récemment me rendre compte par moi-même de
l'étendue des dégâts sur la Terre des hommes libres ("Land of the
Free").
Les gens sont paranoïaques. Une paranoïa entretenue par des illusions de
grandeur irrationnelles, où le moindre citoyen se pense si important qu'il est
sûr d'être le prochain sur la liste des terroristes. Ceci en dépit du fait
qu'il y a pléthore d'Américains innocents qui se font agresser tous les jours,
que 4000 soldats sont revenus dans des cercueils, qu'au moment où je tape ce
texte plus de 2 millions d'Américains sont derrière des barreaux, et que près
de 300 millions sont forcés de contribuer activement à la destruction de la
planète à cause de leur dépendance aberrante à la voiture.
De toutes les raisons d'être parano dans ce pays, depuis les flics
outrageusement agressifs, jusqu'au congrès prêt à lâcher les chiens sur ses
propres citoyens, en passant par l'absence de protection sociale, les gens ont
peur que les Arabes viennent faire sauter leurs immeubles. Ils nous ont pris
deux de nos immeubles, et nous, nous nous sommes vengés en prenant deux de
leurs pays.

Rêve et ...
Bien plus de constructions aux Etats-Unis vont rester vacantes ou être
démolies à cause des saisies. Les banques finiront par être plus strictes dans
la façon dont elles accordent les prêts, exigeant peut-être que les demandeurs
de crédit n'aient pas déjà de prêt étudiant important à rembourser - une
condition qui éliminerait, quoi, 99,9% des Américains?
Les non-paiements se poursuivant à un rythme effréné et les négociations sur
la valeur de l'actif terrifiant les marchés internationaux, la prochaine grande
victime sera le dollar tout puissant. Déjà à son niveau le plus bas, la monnaie
américaine va à nouveau perdre la moitié de sa valeur au cours de l'année
prochaine, aggravant la crise boursière et la valeur des biens et des services
en Amérique.
Et alors, il y aura un grand changement. Les Américains constateront ce que
le reste du monde sait déjà depuis des années, à savoir qu'ils vivent dans un
pays du Tiers monde. Ce terme n'est pas très joli, mais ce sont les leaders du
monde économique et politique qui l'ont inventé, aussi je le trouve tout à fait
approprié dans ce cas précis.

... réalité.
(exode des pauvres après Katrina)
Pour moi, les pays développés sont ceux qui ont créé toute une structure
économique et sociale pour garantir à chaque citoyen une assurance maladie et
un système éducatif gratuit de grande qualité. Quand on n'a pas créé ces deux
grandes institutions, on n'a pas le droit de revendiquer le titre de pays
développé.
Les Américains l'ont revendiqué parce que leur beau dynamisme à Hollywood a
laissé penser qu'il existe ici de grandes richesses. Certes on trouve des
richesses mais le Rêve Américain n'a jamais permis aux masses de s'enrichir.
Aussi, quand GWB fait appel à la défense du Rêve Américain dans le but de
tenter, en vain, de sauver l'économie en Amérique, la gauche devrait répliquer
en redéfinissant le Rêve Américain. Je pense qu'il y a une gauche, cachée
quelque part.
J'en ai connu - des personnes qui, en général travaillaient pour une
organisation essentiellement financée par des gens comme la fondation
MacArthur.
Peut-être étaient-ils tellement imprégnés de l'orthodoxie de la gauche qui
oeuvre dans les organismes à but non lucratif qu'ils ont oublié de réfléchir
par eux-mêmes et de prendre position sur l'Amérique qu'ils aiment.
L'Amérique de Mark Twain, celle d'Eugene Debs, celle d'Albert Parsons, celle de
Mario Savos, celle de Kurt Vonnegut, celle d'Upton Sinclair, et celle de Martin
Luther King Jr!
Commençons à discuter de l'autre Rêve Américain: le rêve d'offrir à tout le
monde la vie, la liberté et le bonheur, même si une grande maison en banlieue
ne peut pas faire partie de l'équation.
Matt Reichel is an American expat living in Paris. He can be reached at
reichel_matt@yahoo.fr.
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Note perso
Pour ma part, "Redéfinir tous les rêves" serait plus approprié.
Parce qu'ici, nous aussi, on vit un cauchemar.
Et nous aussi, on a la statue de la Liberté. A échelle, évidemment.

Les erreurs des uns ne profitent pas aux autres.
Malgré les catastrophes que cette politique a entraînées, aux US et en GB,
l'omniprésident français persiste et signe. Mais bon, on ne peut rien
dire : si on en croit les sondages (des indicateurs béton, évidemment), il
reste une majorité de Français à ne toujours rien voir venir.
Faudrait, comme dit les Marques, qu'ils cessent de regarder
le doigt …
Et voici l'excellent article des Marques sur l'accès à la propriété promise
en France comme la panacée.
http://soumission.sociale.over-blog...
RAPPEL
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Commentaires
réapprendre à réver ... putain, te dis pas le boulot ...
parceque ce que l'imbécile prend pour son rêve, ça tient beaucoup de Pavlov , non ?
Oh, les Marques, tu es vraiment TROP pessimiste!
D'accord, c'est une montagne à grimper à quatre pattes et à mains nues.
Et alors? Il est où, le problème?
j'ai failli répondre une horreur sur les à 4 pattes et mains nues
mais je me retiens :-))
Malheureusement le reve s'achete maintenant:toutes les semaines,cela s'appele le loto...
Merci!!
C'est sur que quand t'as 40 ans de crédit, tu roules pour le systeme : métro boulot dodo et faire le moins de vague possible et en plus t'a l'impression de faire parti des d'une classe sociale superieure à celle à laquelle tu appartiens donc tu votes a droite...on comprend pourquoi un certain nombre de dirigeants incitent largement leur concitoyens à s'endetter c'est une façon d'assurer la continuité du systeme et l'asservissement de ceux qui ont tout à perdre puisque rien ne nous appartient temps qu'on a pas fini de payer le credit
Ouais. Mais on s'en fout du crédit...De la passion , bordel!
Moi je suis pour une nation de propriétaires : 85% de propriétaires (et un système économique et social développé) comme à Cuba !
en lisant ton texte je me disais que bientôt ce pourrait être une description de la France
pire encore, car les protections sociales, la santé, l'éducation de qualité, nous les avions;
certains, avant, se sont battus pour avoir des congés payés et la sécurité sociale;
laisser Sarkubu tout casser c'est renier leur mémoire, oublier le passé
Exactement, céleste. Rien n'est acquis définitivement. Et on voit encore que c'est plus facile de défaire que de faire.
Surtout quand les ânes braient avec les loups.
Tout va aller très vite et en peu de temps, avec des ficelles grosses comme des cordes, l'équipe d'imposteurs qui s'est emparée du pouvoir va démolir tout le tissu social élaboré en près d'un siècle de luttes avec l'aval d'imbéciles qu'on ne croyait, hélas, pas si nombreux en France et qui, en plus, ont l'air de se reproduire rapidement.
me voici de retour à la vie ... aprés un tit intermède informatique ...
et ce putain de sentiment de revivre chez nous ce que d'autres ont subi voici prés de 30 ans
résister c'est créer ...
mais les imbéciles ... ça ne fait que répéter ...
consommer, n'est ce pas répéter ces milliers d'heures d'injonction qu'on nous asséne ???
J'ai bien lu, les marques, que tu avais des soucis informatiques. Là, je ne ramène plus ma fraise. Les billets et les commentaires là-dessus sur ton blog pointent mon incommensurable ignorance en la matière. Je me demande même comment vous faites pour vous comprendre.
Moi aussi, j'aurais bien voulu jeter Bill par-dessus les moulins, ce #Y§%#rri qui va jusqu'au fin fond des pays pauvres fourguer sa came sous prétexte d'aide humanitaire...
Oui, mais voilà, je ne sais pas faire. Pas l'ombre d'une base.
J'espère que tout roule, maintenant.
bah, c'est simple comme bonjour en fait :p
pasque moi aussi chuis nul en bouzin infomachin ....
a priori, c'est plus complxe pour un portable ... mais un de ces 4 ....