Redéfinir le rêve américain
Par Matt Reichel / 3 septembre 2007

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Jeudi dernier, le président Bush a dévoilé les nouveaux projets pour endiguer la crise financière actuelle. Son objectif est de donner une aide suffisante aux emprunteurs qui ne remboursent plus leurs dettes sans permettre un renflouement total, tout en assurant également que l'accès à la propriété resterait "au centre du Rêve Américain".

Le problème c'est que l'accès à la propriété représente un besoin d'acheter poussé à l'excès qui mène l'économie droit dans le mur. La crise actuelle est bien plus grave que celle qui a eu lieu il y a sept ans dans le secteur de la technologie parce qu'elle touche de plein fouet ce qui fait que le capitalisme fonctionne: la confiance dans le marché. Les banques d'investissement et les organismes prêteurs ont perdu confiance dans le système de prêt en Amérique parce que des crédits immobiliers à taux variable ont été accordés inconsidérément à des milliers de demandeurs de prêts probablement insolvables – cela sur une période de cinq ans qui a coïncidé avec le prétendu "essor immobilier".

De nombreux économistes viendront voler au secours du poids lourd américain, et feront remarquer que les indicateurs de croissance qui sont parus récemment montrent que l'économie a enregistré une croissance de 4% au second trimestre 2007. Les 3,4% attendus ont été largement dépassés grâce aux efforts effectués pour réduire le déficit de la balance commerciale, avec des exportations en hausse à 7,6% et des importations en baisse à 3,2%. Ce qui a permis de rassembler assez de capitaux pour que les entreprises parviennent à accroître leurs investissements de 11,1%.

Evidemment, le taux de croissance ne mesure pas le bien-être des gens. En fait, la croissance dépend largement de la demande et de la consommation de biens et de services, de sorte qu'une forte croissance signifie, tout au plus, qu'une société est matérialiste et non pas "bien lotie". C'est comme une prophétie qui se réalise d'elle même: les pays qui sont assurés d'un certain standing et où existe le désir pour des biens matériels poursuivront leur croissance parce qu'ils continuent à éprouver le besoin de faire étalage de leur richesse. Avec ce système, une société tout entière reste les yeux fixés sur la courbe ascendante: les stocks augmentent, le PIB grimpe, et nous grimpons tous!

En fait, les Américains ne sont pas "bien lotis". Ils ne le sont plus depuis la destruction de toute forme de démocratie sociale dans ce pays. Le taux de pauvreté reste au-dessus de 12%, écrasant celui de tous les pays européens riches. Parallèlement, 47 millions d'Américains, environ 18% de la population, n'ont pas de protection de santé. Et comme l'a démontré Michael Moore avec élégance, les 82% restants sont largement sous-assurés.

De surcroît, comme je l'ai constaté au cours de mes vacances cet été quand je suis allé rendre visite à ma famille et à mes amis, ils manquent totalement de culture. Quand on a passé un certain temps en Europe, il devient difficile de retourner aux Etats-Unis. On est transporté dans un univers de futilités capitalistes, où les conversations téléphoniques se résument à discuter de la voiture ou des télés à écran plat qu'on vient d'acheter. Ils ne cessent de parler de leur vie de prospérité et de bonheur comme s'ils étaient tous des petits princes et des petites princesses éparpillés dans tout l'empire, se croyant magnifiques malgré leur tenue de golf et leur ventre protubérant.

Même Johnny Depp a fui, choisissant d'élever ses enfants dans le sud de la France aux côtés de Vanessa Paradis. Il assène (mais pas dit si élégamment): "L'Amérique est débile, un peu comme un chiot stupide avec de grandes dents - qui peut vous mordre et vous faire mal, il est agressif …. C'est comme un jouet … un jouet cassé, peut-être. Faites votre petite enquête, vérifiez, vous ressentirez la même chose et vous fuirez".

Cela nous amène au sujet important de l'agressivité des Américains: une critique constructive que formulent beaucoup d'intellectuels parmi les plus respectueux qui ont passé quelque temps aux US. Un peu comme si les critiques d'une Amérique agressive et arrogante, nombreuses à d'autres époques, avait été enfermées et cloîtrées quelque part. Peut-être craignent–ils d'émettre des critiques de peur d'être taxés d'anti-américanisme à une période "d'urgence nationale". Ou peut-être pensent ils que c'est tabou d'attaquer le grand Rêve Américain.

Moi, d'abord, je trouve que c'est révélateur que le président ait parlé du "Rêve Américain de devenir propriétaire de sa maison". Nous sommes à un moment de vérité pour l'empire, car même l'empereur a reconnu que le Rêve Américain n'a rien à voir avec la liberté et la justice. Et, bien sûr, il lui serait difficile de glorifier ces idéaux plus nobles au cours d'un été où ils ont été reniés par le Congrès, qui a invité la Gestapo à écouter nos conversations téléphoniques privées et consulter nos mails. Et, certes, mon vocabulaire peut être taxé de ridiculement outrancier mais, après des années passées à l'étranger, je n'ai pu que tout récemment me rendre compte par moi-même de l'étendue des dégâts sur la Terre des hommes libres ("Land of the Free").

Les gens sont paranoïaques. Une paranoïa entretenue par des illusions de grandeur irrationnelles, où le moindre citoyen se pense si important qu'il est sûr d'être le prochain sur la liste des terroristes. Ceci en dépit du fait qu'il y a pléthore d'Américains innocents qui se font agresser tous les jours, que 4000 soldats sont revenus dans des cercueils, qu'au moment où je tape ce texte plus de 2 millions d'Américains sont derrière des barreaux, et que près de 300 millions sont forcés de contribuer activement à la destruction de la planète à cause de leur dépendance aberrante à la voiture.

De toutes les raisons d'être parano dans ce pays, depuis les flics outrageusement agressifs, jusqu'au congrès prêt à lâcher les chiens sur ses propres citoyens, en passant par l'absence de protection sociale, les gens ont peur que les Arabes viennent faire sauter leurs immeubles. Ils nous ont pris deux de nos immeubles, et nous, nous nous sommes vengés en prenant deux de leurs pays.

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Rêve et ...

Bien plus de constructions aux Etats-Unis vont rester vacantes ou être démolies à cause des saisies. Les banques finiront par être plus strictes dans la façon dont elles accordent les prêts, exigeant peut-être que les demandeurs de crédit n'aient pas déjà de prêt étudiant important à rembourser - une condition qui éliminerait, quoi, 99,9% des Américains?

Les non-paiements se poursuivant à un rythme effréné et les négociations sur la valeur de l'actif terrifiant les marchés internationaux, la prochaine grande victime sera le dollar tout puissant. Déjà à son niveau le plus bas, la monnaie américaine va à nouveau perdre la moitié de sa valeur au cours de l'année prochaine, aggravant la crise boursière et la valeur des biens et des services en Amérique.

Et alors, il y aura un grand changement. Les Américains constateront ce que le reste du monde sait déjà depuis des années, à savoir qu'ils vivent dans un pays du Tiers monde. Ce terme n'est pas très joli, mais ce sont les leaders du monde économique et politique qui l'ont inventé, aussi je le trouve tout à fait approprié dans ce cas précis.

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... réalité.
(exode des pauvres après Katrina)

Pour moi, les pays développés sont ceux qui ont créé toute une structure économique et sociale pour garantir à chaque citoyen une assurance maladie et un système éducatif gratuit de grande qualité. Quand on n'a pas créé ces deux grandes institutions, on n'a pas le droit de revendiquer le titre de pays développé.

Les Américains l'ont revendiqué parce que leur beau dynamisme à Hollywood a laissé penser qu'il existe ici de grandes richesses. Certes on trouve des richesses mais le Rêve Américain n'a jamais permis aux masses de s'enrichir. Aussi, quand GWB fait appel à la défense du Rêve Américain dans le but de tenter, en vain, de sauver l'économie en Amérique, la gauche devrait répliquer en redéfinissant le Rêve Américain. Je pense qu'il y a une gauche, cachée quelque part.

J'en ai connu - des personnes qui, en général travaillaient pour une organisation essentiellement financée par des gens comme la fondation MacArthur.
Peut-être étaient-ils tellement imprégnés de l'orthodoxie de la gauche qui oeuvre dans les organismes à but non lucratif qu'ils ont oublié de réfléchir par eux-mêmes et de prendre position sur l'Amérique qu'ils aiment.
L'Amérique de Mark Twain, celle d'Eugene Debs, celle d'Albert Parsons, celle de Mario Savos, celle de Kurt Vonnegut, celle d'Upton Sinclair, et celle de Martin Luther King Jr!

Commençons à discuter de l'autre Rêve Américain: le rêve d'offrir à tout le monde la vie, la liberté et le bonheur, même si une grande maison en banlieue ne peut pas faire partie de l'équation.

Matt Reichel is an American expat living in Paris. He can be reached at reichel_matt@yahoo.fr.

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Note perso

Pour ma part, "Redéfinir tous les rêves" serait plus approprié. Parce qu'ici, nous aussi, on vit un cauchemar.

Et nous aussi, on a la statue de la Liberté. A échelle, évidemment.
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Les erreurs des uns ne profitent pas aux autres.

Malgré les catastrophes que cette politique a entraînées, aux US et en GB, l'omniprésident français persiste et signe. Mais bon, on ne peut rien dire : si on en croit les sondages (des indicateurs béton, évidemment), il reste une majorité de Français à ne toujours rien voir venir.

Faudrait, comme dit les Marques, qu'ils cessent de regarder le doigt …

Et voici l'excellent article des Marques sur l'accès à la propriété promise en France comme la panacée.
http://soumission.sociale.over-blog...

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