Septembre: Fête du travail en Amérique du Nord
Par emcee le vendredi 7 septembre 2007, 08:12 - Féodalité, précarité, pauvreté, Big Brother, Douce France - Lien permanent
En fait, aux USA (et au Canada), pour bien faire, ils ont deux "fêtes du travail".
Une officielle (Labor Day ), le premier lundi de septembre, qui est un jour férié, et la fête des travailleurs (journée non chômée) qui rassemble travailleurs, syndicats et partis de gauche, le Premier Mai, comme partout ailleurs.
(Apparemment, celle de septembre aurait été instaurée par calcul d'une part de politiciens et d'autre part des syndicats qui voulaient se démarquer des rouges d'Outre-Atlantique. Aujourd'hui, c'est souvent l'occasion de faire un dernier barbecue avant la reprise. Pour ceux qui ont eu la chance de s'arrêter, évidemment).
Deux célébrations par an pour les travailleurs! Quand on connaît la philosophie ambiante aux Etats-Unis, cela me semble un peu exagéré, non?
Eh, oui, licenciements, fermetures d'usine, délocalisations, remplacement des emplois ouvriers rémunérateurs par des emplois de services précaires et à temps partiel, emploi de main d'œuvre docile et corvéable, classification des salariés en groupes ethniques pour mieux diviser la classe ouvrière, embauche temporaire de main d'œuvre immigrée jetable et ré-expulsable ,
chantage, brimades et menaces patronales, j'en passe.
Mais pendant ce temps là, au camp de Babaorum, certains relèvent la tête, camarade. Des immigrés mexicains, pour la plupart placés là par une agence d'intérim, ont fait plier la direction d'une filiale de grande entreprise après deux semaines de lutte.
Victoire sur le piquet de grève
Paru dans: Dissident Voice
écrit par Lee Sustar et Orlando Sepuldeva / August 16th, 2007
et initialement dans Socialist Worker

manifestation - ("Labor day "4 sept 2006)
http://indybay.org/newsitems/2006/0...
La lutte remarquable des travailleurs immigrés en grève à la compagnie Cygnus à South Chicago, une fabrique de savon sans organisation syndicale, s'est terminée le 10 août de façon aussi incroyable que ce qu'elle avait commencé deux semaines auparavant.
A savoir, avec des dizaines de travailleurs entassés dans le bureau d'une agence de travail intérimaire qui acceptaient, à l'issue d'un vote, la proposition de l'agence de laisser retourner à l'usine plus de 100 ouvriers sans qu'il y ait de sanctions à leur égard ni de menaces de résiliations de contrats.
Les travailleurs mexicains ont gagné face à la direction d'une usine, soutenue par Marietta Corp, une grande compagnie qui fabrique des savons et des détergents pour Wal-Mart, Target et Walgreens.
Et donc, s'attaquer à Cygnus c'était s'attaquer au big business, une lutte qui n'avait pratiquement aucune chance d'aboutir.
Néanmoins, il n'y avait eu aucune hésitation quand les travailleurs avaient décidé de se mettre en grève à la suite du projet de la direction de résilier le contrat de tous ceux dont le statut d'immigré ne pouvait être examiné d'ici le 10 août.
Cygnus avait envoyé les formulaires de la sécurité sociale que les pouvoirs publics utilisent pour signifier que les numéros de sécu inscrits dans le dossier ne correspondaient pas à celui donné par les employés afin de faire peser des menaces sur les emplois des quelques travailleurs permanents de la fabrique.
De leur côté, les intérimaires avaient été avisés que la compagnie changeait d'agence intérimaire et qu'il allait falloir réexaminer leur statut en tant qu'immigrés. De semblables menaces pèsent sur les immigrés aux Etats-Unis alors que le gouvernement met en place de nouvelles lois où ces formulaires de la sécurité sociale peuvent servir à justifier la résiliation de contrats de travail, voire pire.
Ces formulaires ayant d'ores et déjà été utilisés aux Etats-Unis pour licencier des travailleurs, la direction de Cygnus a sans doute pensé qu'elle pouvait faire de même, dans la mesure où elle tenait depuis longtemps sous sa coupe ses employés, leur versant le salaire minimum, ou à peine plus, sans avantages sociaux.
En grève
Au lieu de cela, la direction s'est retrouvée avec une grève quasi générale, des piquets de grève enthousiastes et une solidarité croissante, dont l'engagement des syndicats à leurs côtés.
Les manigances pour briser la grève échouaient et de plus en plus de camions quittaient la fabrique à vide.
(…)
Aussi, près de 2 semaines après le début de la grève, la direction invitait les employés permanents à des négociations et au bout de 4 heures de réunion, elle présentait ses propositions: reprendre le travail avec les anciens salaires et l'assurance qu'il n'y aurait plus de menaces de ruptures de contrats.
Unité et détermination
Les travailleurs, n'étant là que qu'en tant que représentants des grévistes, n'ont pas accepté d'emblée. (…) Restait encore à régler le sort des intérimaires.
Après avoir entendu le compte-rendu de cet entretien, Martin Unzueta, représentant du syndicat Chicago Workers Collaborative, venu conseiller les travailleurs, proposait une solution: se rendre le lendemain matin à l'agence d'intérim et exiger le même accord. Les travailleurs reprendraient le travail ensemble ou pas du tout.
Il s'est avéré que l'agence avait préparé une lettre proposant à chaque travailleur individuellement de retourner travailler pour Cygnus. Mais les intérimaires (110 sur 118 ouvriers de la fabrique, dont certains y travaillaient depuis des années) voulaient procéder à un vote. Ce qui a été fait, avec unanimité des voix pour.
Julia, une des grévistes explique que c'est l'unité des travailleurs de Cygnus et la solidarité qui ont conduit à la victoire. " Y que los demás no piensen que no se puede, porque si se puede (personne ne doit penser qu'on ne peut rien y faire, parce qu'on peut le faire)", dit-elle.
Ignacio, un intérimaire qui travaille à la fabrique depuis 11 mois ajoute: "Une des leçons à tirer c'est que l'unité fait la force. Même si nous n'étions que de simples employés, nous avons fait trembler et évoluer une grande entreprise. Cette victoire nous revient à nous, les travailleurs, mais aussi à toute la classe ouvrière et à tous les groupes qui nous ont soutenus".
L'usine Cygnus n'est pas l'endroit où on aurait pu s'attendre à de la solidarité entre les travailleurs. Personne n'était syndiqué dans cette usine située à la périphérie sud de Chicago.
Les chauffeurs des semi-remorques qui viennent charger la marchandise repartent en trombe sans jeter regard en arrière.
Mais le 30 juillet, tout semblait différent. Les chauffeurs étonnés regardaient du haut de leur cabine ce piquet de grève improvisé, avec des panneaux et des slogans de leur cru. Beaucoup faisaient un signe de la main et klaxonnaient pour montrer leur solidarité.
Les grévistes, novices, s'organisent progressivement
Le piquet de grève s'organisait un peu mieux chaque jour (un planning avait été élaboré, il y avait distribution de nourriture et de boissons, et un mégaphone pour amplifier les slogans). Les militants de plusieurs organisations venaient rencontrer les grévistes sur le piquet de grève (comme le Chicago Workers Collaborative, le Juan Diego Community Center, l'International Socialist Organization et des militants isolés des droits des immigrés).
Le propriétaire de la maison voisine, lui-même ouvrier d'usine et immigré d'origine mexicaine, invitait les grévistes qui quittaient momentanément le piquet de grève sous un soleil de plomb à venir se reposer à l'ombre sur les marches de sa maison, stockait leurs provisions et leur permettait d'utiliser ses toilettes.
Les grévistes ne tardèrent pas à sortir un tract pour expliquer aux chauffeurs-livreurs qu'il y avait grève et pour leur demander de ne pas franchir le piquet de grève.
Un chauffeur noir non syndiqué, n'avait pas osé ne pas effectuer sa livraison. Plus tard, il est venu sur le piquet, les assurant de son soutien, et rapprochant le mouvement pour les droits des immigrés à celui pour les droits civiques de Noirs d'il y a plus de quarante ans. Sa présence a eu un véritable impact sur les grévistes, surtout que Cygnus avait joué la carte raciale en embauchant des Noirs pour briser la grève.
Des syndicats désorganisés
Le 1° août, deuxième jour de la grève, quatre représentants du syndicat International Association of Machinists (IAM) arrivaient sur le piquet de grève. Parmi eux, Gallman, un vétéran de l'époque glorieuse d'IAM dans les années 70, qui a tout de suite vu à qui il avait affaire: une salle remplie de grévistes combatifs et déterminés.
(…)
Les responsables syndicaux et les travailleurs en étaient venus les uns et les autres à la même conclusion: obtenir dans un premier temps que tout le monde puisse reprendre le travail, et garder pour plus tard les négociations sur les salaires et les conditions de travail.
(…)
Même si ces travailleurs qui, pour la plupart, percevaient le salaire minimum, n'étaient plus payés depuis une semaine, et ne recevaient pas, évidemment, d'indemnités de grève, personne ne se plaignait.
La discussion tournait uniquement autour de la façon dont on devait mener à bien la lutte.
(…)
Mais, finalement, la victoire, n'a pas été le fait du soutien syndical. Le lundi suivant, Gallman, se présentant comme le porte-parole des grévistes, demandait à parler à la direction de Cygnus, mais, sans réponse de leur part, l'affaire en était restée là.
(…)
A la fin, cependant, les travailleurs ont gagné avec peu de soutien matériel de la part des syndicats, dont l'appareil est souvent rouillé, et même dans le meilleur des cas, met du temps à démarrer.
Une seule exception; l'United Food and Commercial Workers (UFCW) qui s'était engagé à verser 500 dollars au comité de grévistes. Avec le recul, d'autres militants syndicaux ont réalisé qu'ils auraient pu faire une collecte directement à un meeting qui avait eu lieu à Chicago et qui rassemblait 17000 syndiqués.
La direction jette l'éponge
Mais si les syndicats étaient longs à la détente, la propre organisation des grévistes s'améliorait de jour en jour.
Le 8 août, le moral des grévistes est monté en flèche quand le Chicago Tribune publiait leur histoire à la une, ce qui s'ajoutait à l'importante couverture médiatique dans les journaux en langue espagnole.
(…)
Le soir même, les représentants des grévistes rencontraient la direction. Au bout de quatre heures de discussions, il devenait clair que la direction était prête à lâcher prise.
Les plateformes de chargement de la marchandise étaient vides, les camions repartaient à vide, et une énorme flaque de produit pour lave-vaisselle se répandait sur le parking - un désastre qui représentait, de l'avis des grévistes, au moins deux heures de production.
L'opération visant à briser la grève avait tourné à la farce, avec des jeunes pas plus âgés que des lycéens qui s'accrochaient aux basques d'un responsable de Cygnus qui tentait de distribuer les tâches pour l'équipe de l'après-midi.
Des palettes de liquide vaisselle avaient été déposées n'importe comment juste devant l'entrée de l'usine, très loin de la plateforme de chargement.
Les agents de la sécurité qui, deux jours auparavant, faisaient les matamores, menaçant d'arrêter ceux qui venaient soutenir les grévistes, déambulaient mollement, sans prêter attention aux journalistes qui circulaient sur le parking réservé aux employés.
La direction avait capitulé, l'agence d'intérim aussi.
Une victoire qui en cache peut-être d'autres
Les travailleurs avaient remporté une victoire qui avait des implications considérables à la fois pour le mouvement pour les droits des immigrés et pour les syndicats.
"Le mouvement syndical a beaucoup à apprendre de ces travailleurs, parce que le mouvement syndical ne peut pas être fort s'il écarte les immigrés" déclarait Martín Unzueta du syndicat "Chicago Workers Collaborative", qui a rencontré des dizaines de travailleurs ces dernières années qui voulaient se syndiquer, mais ne trouvaient pas de syndicats qui les acceptent. "Les immigrés sont prêts à se syndiquer".
Comme Unzueta, Jorge Mújica (autre responsable syndical) estime que cette victoire des grévistes de Cygnus peut entraîner d'autres avancées. "Les gens se sont rappelé comment mener une lutte", dit-il. "Nous avons l'habitude des manifestations dans la rue au Mexique. Mais quand les gens arrivent ici, ils se terrent et ne restent dans leur coin sans rien dire.
Mais toute cette démarche depuis le 10 mai de l'année dernière jusqu'au 1° mai de cette année montre qu'on peut se battre. C'était après le 1° mai de cette année qu'ils avaient demandé une augmentation. Cela n'aurait pas été possible sans les manifestations. Si les travailleurs n'avaient pas participé à une ou deux manifestations, ils ne se seraient pas mis en grève".
Edith, celle qui a mené la grève et organisé les travailleurs pour participer aux manifestations, dit que la lutte pour les salaires et les conditions de travail allait se poursuivre. "Je suis contente parce qu'alors que nous avons commencé avec la peur au ventre, nous nous rendons compte maintenant que nous pouvons réaliser beaucoup de choses en étant unis. Si le problème des intérimaires n'avait pas été réglé, nous aurions poursuivi notre action, mais avec l'aide de tous parce que nous ne sommes pas syndiqués.
Les travailleurs doivent comprendre qu'il ne faut pas avoir peur, parce qu'ici, ils ont appris que l'unité permet d'aller de l'avant".
Shaun Harkin contributed to this report.
Lee Sustar writes regularly for Socialist Worker. Orlando Sepuldeva co-wrote this article.
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+Notes et références++
USA
Quel avenir pour le mouvement des travailleurs immigrés ?
samedi 17 février 2007
http://alternatives-international.n...
Labor Day (anglais)
http://en.wikipedia.org/wiki/Labor_...
Et puis, j'ai trouvé ça, un agité contre l'immigration. Hallucinant (en anglais):
http://www.youtube.com/watch?v=4DHM...
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Hélas, le quotidien des travailleurs, c'est plutôt ça:

Cartoon par Mike Lane, dans "Baltimore Sun"
"Le pique-nique de la fête du Travail aura lieu cette année au Mexique, où est parti votre emploi"

Valeur travail
ARTICLE:
Labor Day Blues
par Rosemarie Jackowski
paru dans Dissident Voice le 1° Septembre 2007
Le blues de la fête du travail
Nous célébrons ceux qui travaillent (par opposition à ceux qui héritent de la fortune familiale et ceux dont les investissements financiers heureux leur permettent de ne pas travailler). A cause des délocalisations et de la montée du chômage, certains travailleurs connaissent l'animosité au travail.
Ci-dessous voici le genre de phrases que certains patrons disent à leurs employés (le quotidien des travailleurs sous la poigne des entreprises).
- Ecoute, peu importe si les vapeurs te rendent malade. L'OSHA (Occupational Safety and Health Administration - Administration de la santé et de la sécurité au travail) dit qu'il n'y a aucun problème.
- Je t'ai déjà dit que tu ne pouvais pas avoir ta matinée de congé. L'enterrement de ton père peut attendre le week-end.
- Syndicat, quelqu'un a dit syndicat? Virez moi ce foutu coco!
- Tu veux une augmentation??? ... ahhhhahhhahahahhhah.
- Ecoute, si tu veux la sécu, va donc au Costa Rica ou à Cuba. Les pays du Tiers Monde te donnent la sécu. Là, on est en Amérique. Tu l'aimes ou tu la quittes.
- Eh bien quoi? Ce n'est que de l'amiante!
- La prochaine fois que tu veux aller aux toilettes, tu me demandes la permission d'abord. C'est le règlement.
- Tu me dis que l'école vient d'appeler pour dire que ton enfant s'est blessé dans la cour et qu'il doit partir à l'hôpital. Qui t'a permis d'utiliser ton téléphone? Retourne travailler.
- Quelques radiations ionisantes n'ont jamais fait de mal à personne.
Imagine cela comme une aventure. Personne ne meurt plus de maladie pulmonaire à l'heure actuelle.
- Tu veux une semaine de congés payés? Va donc t'installer en France. On est en Amérique, ici.
- Bien sûr que non tu ne peux pas partir, attends la fin de ta journée. Je ne veux pas savoir si tu as des contractions toutes les trois minutes.
Rosemarie Jackowski is an advocacy journalist living in Vermont
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Et ça:
Ken Loach: "Le travail bon marché est au coeur de l'économie britannique"
http://le-poireau-rouge.blogspot.co...
Un petit coup de remonte-moral:
El pueblo unido jamas sera vencido
El Pueblo Unido - Estadio Cuscatlan
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BREVE LOCALE
C'est la rentrée!
Ca n'a rien à voir avec ce qui précède, mais en furetant sur le ouèbe, j'ai trouvé ceci:

TROP fort! Va falloir en parler à not' minisse de l'éducnat qui nous la joue petits bras en demandant aux élèves de se lever à l'arrivée du maître.
TROP facile avec les bras, M'siô!
Et puis, ça les habituerait aussi à croiser les bras pour écouter les cours, les sauvageons. Ce ne serait pas plus mal.
A part ça, le gouv supprime des profs, supprime des cours et des disciplines, met les avantagés ensemble et regroupe les repris de justesse. Et c'est sûr, ça va marcher beaucoup mieux.
Ah, ces minisses, ils ne pourront pas dire qu'ils n'ont pas tout essayé.
Cette fois-ci, c'est la méthode Coué.
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Commentaires
toujours aussi documenté, ... un régal, merci ...
à part que sur les petites phrases patronales, pas mal sont utilisables en France ... qui a dit "utilisées" !
l'éclatement des entreprises en des milliers d'entités d'exteranlisation a amené à un retour des méthodes patriarcales de "management" qui nous renvoie une centaine d'année en arrière ...
repenser notre vision de "leur" monde ... afin de mieux le combattre