Pour la droite, la couverture santé pour tous les enfants est un complot socialiste

L'opposition des conservateurs à offrir l'accès gratuit aux soins médicaux à tous les enfants en Amérique est fondamentalement anti-américaine. Imaginez un seul instant que la " ''Heritage Foundation''" … fasse publier un communiqué dans la presse pour se livrer à une attaque virulente contre les progressistes sur leur théorie selon laquelle même les enfants dont les parents auraient les moyens de les envoyer à l'école privée devraient avoir le droit à la gratuité de l'éducation.

Elle ferait mouche: beaucoup de familles en Amérique dont les revenus sont confortables envoient en effet leurs enfants dans les écoles publiques, aux frais de l'Etat, et donc les contribuables qui n'ont pas d'enfants scolarisés paient pour ceux qui en ont. Ce qui, en conséquence, lèse le secteur privé, car, si l'Ecole publique n'existait pas, beaucoup de familles payeraient pour l'éducation de leurs enfants en les envoyant dans le privé.

Donc, mettons un terme à ce système anti-américain et faisons de l'Education ce qu'elle devrait être ; une question de responsabilité individuelle et d'économie de marché.
Oh et aussi, il ne faudrait pas non plus que l'Etat impose aux enfants d'aller à l'école.
C'est ainsi que pourrait s'exprimer un candidat républicain à l'élection présidentielle: l'avenir du système éducatif en Amérique se trouve dans l'économie de marché, pas dans les modèles socialistes.

OK, au cas ou vous vous poseriez la question, je n'ai pas perdu la tête, j'établis, en fait, un parallèle.
Le véritable communiqué de presse d'Heritage dont le titre est: "Ce gamin de riches qui reçoit des aides de l'Etat est votre voisin" est une attaque virulente contre les projets de créer un système de santé universel et gratuit pour tous les enfants. Cet élargissement "supplantera(it) les assurances privées au profit d'un système de santé financé par le gouvernement".

Et ce plaidoyer de Rudi Giuliani pour le système d'assurances privées contre le "modèle socialiste" concernait non pas l'éducation mais la couverture médicale.
Mais imaginer la façon dont nous réagirions s'ils disaient la même chose de l'éducation aide à dissiper le brouillard épais qu'utilise la droite pour occulter la véritable nature de leur position sur la santé des enfants.
La vérité c'est qu'il n'y a pas de différence de principe entre dire que chaque enfant américain a droit à l'éducation et dire que chaque enfant américain a droit aux soins médicaux.

Ce n'est qu'un accident de l'histoire si nous sommes convaincus que l'accès à une éducation gratuite depuis la maternelle jusqu'à la fin des études secondaires est un droit fondamental, et que celui aux soins médicaux remboursés par l'Etat relève de "l'Etat providence" avec tout ce que ce terme comporte de péjoratif.

Et, donc, le refus des conservateurs de permettre à chaque enfant d'avoir accès aux soins médicaux gratuit est, fondamentalement, anti- américain. Je m'explique: la grande majorité des Américains pense que tout le monde a le droit de tirer le meilleur parti de sa vie. Même les conservateurs disent en général qu'ils sont d'accord avec cela.

Par exemple, N. Gregory Mankiw, l'ancien directeur du conseil économique de Bush, oppose la position des progressistes, qui, dit-il, croient en l'égalité des résultats à celle des conservateurs qui, selon lui, pensent que le but de la politique devrait être "de donner à chacun la même chance au départ et de ne pas s'étonner ou se désoler si les résultats sont entièrement différents à l'arrivée".

Cependant, un enfant qui ne reçoit pas les soins médicaux adéquats, comme celui qui ne reçoit pas une éducation correcte, n'a pas les mêmes chances dans la vie que ceux qui bénéficient des deux.

Et il est primordial d'avoir une couverture santé pour bénéficier de soins médicaux adaptés.
Le président Bush pense peut-être bien que ne pas avoir de couverture maladie n'est pas un problème (" Euh, les gens ont accès aux soins médicaux en Amérique. Il suffit, après tout, de se rendre aux urgences") mais la réalité, c'est que 9 millions d'enfants en Amérique qui n'ont pas d'assurance maladie ne sont pas soignés quand ils ont des problèmes médicaux ou dentaires, ne sont pas suivis médicalement, et doivent souvent renoncer aux visites chez le médecin à cause du coût des soins.

Actuellement, la population réalise l'importance d'une couverture maladie universelle, même si ce n'est pas le cas pour M. Bush.
Selon un sondage récent New York Times-CBS News, 94% de la population estime que le fait que beaucoup d'enfants ne disposent pas de couverture maladie est un problème "grave" ou "très grave".
Alors, comment les conservateurs peuvent-ils défendre l'indéfendable et s'opposer à ce que des enfants bénéficient d'une couverture santé? En essayant la stratégie du bon vieil "Etat–providence qui roule en Cadillac" (selon l'expression de Ronald Reagan).
C'est-à-dire pour éviter la compassion vis-à-vis de ceux qui ont réellement besoin d'aide de l'Etat, ils détournent l'attention sur les personnes censées ne pas mériter les aides gouvernementales. D'où la focalisation sur les allocations que percevraient indûment les classes aisées.

Ceux qui proposent une extension de l'assurance médicale à tous les enfants ont, comme il se doit, riposté en s'appuyant sur des faits et des chiffres. Les estimations du Bureau du Budget au Congrès montrent qu'une extension du programme national sur la couverture santé des enfants de familles aux revenus très modestes (State Children’s Health Insurance Program - SCHIP) profiterait d'abord et surtout à ceux qui en ont le plus besoin: la grande majorité des enfants qui bénéficieraient ainsi d'une couverture santé et qui, dans le cas contraire, ne seraient pas assurés.

Mais la réponse la plus fondamentale devrait être: ET ALORS?
L'éducation est gratuite pour tous, et cela ne nous pose pas de problème de savoir que les classes aisées bénéficient du système, alors qu'elles n'en ont pas besoin, parce que c'est le seul moyen de s'assurer que chaque enfant en Amérique puisse recevoir une instruction. Et de donner une chance à chaque enfant, c'est ça qui est "américain". Et c'est pour les mêmes raisons que chaque enfant devrait pouvoir bénéficier d'une bonne couverture médicale.

Notes complémentaires:

Voir: "USA : Classes moyennes en péril" dans Contre Info
http://contreinfo.info/article.php3...

En savoir plus sur le système de santé aux USA
http://www.ssp-vpod.ch/ssp/pdf/sa16...

En anglais:

Dans le Wall Street Journal
"Census Income Report Feeds Health-Care Debate"
http://online.wsj.com/article/SB118...

Et le NY Times: "A Sobering Census Report: Bleak Findings on Health Insurance"
http://www.nytimes.com/2007/08/29/o...

.........................................................................................................................................
Note perso

Attention! L'auteur de cet article parle de couverture universelle de santé. On n'en est pas encore là. Loin de là. Ce n'est même pas clairement au programme des candidats démocrates à la présidentielle.
Comment cela serait-ce possible, d'ailleurs, quand des grandes firmes pharmaceutiques, des assureurs privés et autres acteurs du secteur de la médecine privée soutiennent financièrement la campagne d'Hillary Clinton, par exemple?
Les Démocrates, pour l'instant, cherchent seulement à augmenter les sommes allouées à SCHIP (le programme gouvernemental d'assurance médicale pour les enfants) afin que davantage d'enfants qui ne sont pas couverts par une assurance puissent en bénéficier.
Ils sont dans leur rôle de gentils néolibéraux, qui accordent des miettes aux démunis tout en ménageant les susceptibilités du big bizness.
Le Congrès américain doit rediscuter en septembre de SCHIP qui permet d'assurer les familles dont les revenus –certes très modestes – sont encore trop élevés pour qu'elles puissent bénéficier de Medicaid, la couverture de santé pour les plus démunis.
Les Démocrates et une partie des Républicains élus au Congrès soutiennent un élargissement du programme.
Double V, lui, menace d'y opposer son veto.
L'argumentation des bas du front: cela risque, à force de remonter les plafonds, de faire entrer en concurrence le système de santé public et les assurances privées – et représenter un manque à gagner pour ces dernières… Bouhouhou!

Encore un exemple de l'arrogance, de l'ignominie et de la cruauté de ces dirigeants fous qui se sont emparés du pouvoir dans les pays occidentaux.
Mais ils ne pourraient pas le faire s'il n'y avait des millions de gogos qui pensent avec leurs pieds. Et qui relaient leur propagande sans discernement.
Aux USA, on a convaincu la "middle class" que pour que tout aille bien pour elle, il fallait baisser les impôts (qu'on baisse sur le revenu et qu'on augmente sous forme de ponctions diverses).
Et que ce n'était pas juste quand on se levait tôt pour aller travailler de payer pour les fainéants qui, eux, bayaient aux corneilles toute la journée.
Ce n'était pas juste, non plus, quand on n'avait pas d'enfants, de payer pour ceux des autres.
On a convaincu les gens que chacun devait se débrouiller et payer pour les prestations qu'il voulait. Et tant pis pour les canards boiteux: c'est qu'ils ne fournissaient pas les efforts nécessaires.
Résultat: les classes moyennes, sans aides gouvernementales, devant tout payer (et au prix fort) de leurs propres deniers, se retrouvent exsangues. Il ne leur reste plus qu'à travailler plus pour payer plus de factures.

S'ils le peuvent, parce que, s'ils perdent la santé (ou leur boulot - ou les deux), ils perdent tout, jusqu'à leur maison pour laquelle ils ont passé des années à bosser pour rembourser les crédits.
Soit parce que leur assurance maladie ne couvre pas tout, soit, carrément, parce qu'ils n'en ont pas.
Et leurs enfants non plus.

S'il y a de plus en plus de personnes sans assurance maladie, c'est que soit leur employeur, soit eux-mêmes estiment que c'est trop cher et que les prix augmentent chaque année.
D'autre part, il s'agit de personnes dont les revenus, même s'ils sont bas, ne permettent pas de prétendre aux aides de l'Etat. Une frange de la population qui augmente de plus en plus.


Ici et maintenant

C'est à cela qu'on vient, ici, en France (Vous le savez depuis toujours ou vous faites partie des bas du front, vous aussi?).
Ca commence par "travailler plus, pour gagner plus";
Puis on annonce des réductions d'impôts comme si on nous accordait une grande faveur ;
Puis, on dit: "l'Etat ne peut pas tout" et il faut que chacun se "responsabilise" (ce qui implique donc qu'il y a des profiteurs du système, que ce sont nos assistés de voisins et qu'on va y mettre bon ordre);
Et donc, on s'empresse de nous imposer des franchises médicales, des TVA "sociales", une journée non chômée supplémentaire, etc.;
Parallèlement, les services publics sont progressivement réduits à néant et les prix de chaque prestation privée augmentent.
Puis, acheter à crédit, devenir propriétaire … Etc. Etc. Toutes les ficelles se mettent en place.
Et c'est ainsi qu'on se retrouve enserré dans un étau. Pris à la gorge. Et sans aides de l'Etat.

Et la prospérité et la "justice", elles, sont réservées au sommet de la hiérarchie. Entre gens de bonnes compagnies.
(Tiens, par ex, alors qu'on veut enfermer de plus en plus de mineurs, la marionnette du médèfe a annoncé à leur rassemblement la fin de "la pénalisation du droit des affaires". Pourquoi ils se gêneraient, d'ailleurs quand ils ont tant d'imbéciles pour gober leurs explications).

Je comprends que ce système ait fonctionné aux Etats-Unis. Ils sont tombés dedans quand ils étaient tout petits: l'"American Dream ", l'effort individuel, le mythe du milliardaire parti de rien et tout ce qu'on leur a inculqué sous le drapeau.
Alors, qu'ils se soient laissé endormir progressivement, c'est compréhensible.

Mais que NOUS, en France, on accepte sans broncher la destruction de tout notre tissu social, bâti depuis des générations, cela dépasse l'entendement.

Il y a des cons aujourd'hui pour admettre dans la même phrase que nous avons les meilleurs services d'éducation et de santé au monde mais qu'il faut changer tout cela, parce que "ça marche pas".
Et que "ce n'est plus possible de continuer comme ça".

Bercé par la propagande politique et médiatique, le crétin répète les âneries qu'on lui assène sans se poser de questions.
Même les plus simples.
Comme, par exemple: pourquoi baisse-t-on les impôts des plus riches alors qu'on pourrait les utiliser justement pour l'Education ou la Santé?
Pourquoi l'Etat supprime-t-il des milliers de postes d'enseignants quand les jeunes qui entrent dans la vie active ne trouvent pas de boulot?
Et pourquoi veut-on faire travailler les gens jusqu'à 65 ans, quand on sait que, souvent, dans le privé, quelqu'un de 50 ans est déjà un has been et qu'il a de fortes chances d'être licencié?).

Et il paraît qu'il y en aurait 71% comme ça en France. Qui ne se posent aucune question. Heu-reux.
Arrgh. Chaque jour nous éloigne un peu plus du siècle des lumières.