Bush dit à la légende du jazz de la Nouvelle-Orléans: "N'oubliez pas de ramasser les ordures avant de partir"

Avant que l'ouragan Katrina ne détruise une grande partie de la Nouvelle Orléans et n'endommage sérieusement de nombreux sites culturels, les gens venaient de toute la ville (de tout le pays en fait) dans le quartier de Bywater pour voir le spectacle hebdomadaire du trompettiste Kermit Ruffins. J'étais à la NO peu avant Katrina et j'ai eu le privilège d'entendre Ruffins jouer. Dans un petit bar enfumé, son groupe de musiciens installé à quelques centimètres d'un public remuant, Ruffins, qui subjuguait l'auditoire, jouait de longues improvisations à partir d'arrangements populaires de R&B comme l'"Ordinary people" de John Legend.

Après le spectacle, j'ai passé vingt minutes à parler musique avec Trombone Shorty, le complice de Ruffins, prodige alors âgé de 19 ans.
Il y avait là quelques-uns des jeunes amis de Shorty, qui écoutaient notre conversation. La rue résonnait des bavardages superficiels de fêtards imbibés qui étaient sortis fumer. De l'intérieur du bar provenaient les accents d'une chanson de Stevie Wonder. Je crois que c'était "Cherie Amor". J'étais à des lieues du monde austère du jazz de la côte-est où le prix ahurissant des billets, le nombre de commandes de boissons imposées et le code vestimentaire engendrent une atmosphère guindée qui attire les gens aisés, exclut les jeunes et tient le public à distance respectable des musiciens - à qui on accorde souvent un crédit surfait.

Qui a vu Ruffins dans son élément sait que l'incompétence de Bush à gérer la catastrophe après le passage de Katrina recèle un profond mépris pour cette culture qui s'épanouissait exclusivement à la Nouvelle-Orléans. La Maison Blanche n'avait aucune idée de ce qui était en jeu quand le cyclone Katrina s'est abattu sur les côtes du Golfe du Mexique.

Pour Bush et sa clique, la Nouvelle Orléans n'était pas beaucoup plus qu'une fosse septique remplie de démocrates noirs. Et quand la ville a été inondée, leurs électeurs ont été évacués.

Hier, George W. et Laura Bush avaient invité Ruffins et son groupe de jazz, les Barbeque Swingers, à jouer à la garden-party annuelle qu'organise la Maison Blanche pour les membres du Congrès et leurs familles. Ce qu'a dit Bush à Ruffins est l'illustration de son attitude méprisante vis-à-vis de la culture de la Nouvelle-Orléans qu'il a laissé s'immerger dans les eaux de crue du Mississippi.

M. RUFFINS: Eh bien, merci de nous recevoir
Le président: Et voici Kermit Ruffins et les Barbeque Swingers, venus tout droit de la Nouvelle-Orléans, Louisiane. (Applaudissements)
M. RUFFINS Merci, merci de nous recevoir; Nous sommes contents d'être ici.%% Le président: Je suis fier que vous soyez ici. Amusez-vous tous bien...
N'oubliez pas de bien ramasser les ordures à la fin. (rires)
Que Dieu vous bénisse et bénisse l'Amérique . Merci d'être venus.

(MAX BLUMENTHAL is a Puffin Foundation writing fellow at the Nation Institute based in New York City. His work has appeared in The Nation, Salon, The American Prospect and the Washington Monthly. He is a research fellow for Media Matters for America.

La Puffin Foundation: importante organisation nord-américaine qui se consacre à soutenir le travail des artistes.

The Nation (en fr)

http://www.cairn.be/article.php?ID_...)

La Nouvelle Orléans dans City Pages
http://blogs.citypages.com/pscholte...

Quartier de Bywater:
http://en.wikipedia.org/wiki/Bywate...

Ruffins:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Kermit...

Et en anglais (plus complet):
http://en.wikipedia.org/wiki/Kermit...

Vidéos:
Kermit Ruffins - St. James Infirmary

Trombone Shorty

Et puis (presque hors sujet, mais …), Wynton Marsalis "Cherokee", solo

Addenda sur le blog de Max Blumenthal

I am told by a member of the press corps who attended the ceremony and by a reader that Bush directed his “pick up the trash” comment at the audience. I still find Bush’s comment reflective of a dismissive attitude to his New Orleanian guests.

Un membre de la presse officielle qui a assisté à cette cérémonie et un lecteur me font remarquer que son "ramassez les ordures" s'adressait au public présent. Cela ne m'empêche pas de penser que les propos de Bush reflètent bien son attitude méprisante vis-à-vis de ses hôtes qui venaient de la NO.

Voir la vidéo du discours

Ce n'est pas la première gaffe:

Bush fait un clin d'oeil à la reine d'Angleterre, et choque les sujets de cette dernière.
http://www.youtube.com/watch?v=QYx4...

Et il en a fait bien d'autres

Florilège de ses "discours"

Un imitateur de Bush

Mais, bon, faut pas oublier qu'on en a un de bien gratiné aussi à la maison. Il est peut-être moins stupide, hélas, mais il se bat dans la même catégorie. Sauf que (si on est puriste) il serait plus coq que poids lourd.

Et eux, ils n'en ont plus que pour … un an. Tandis que nous …Va savoir!

Mais eux aussi, ils ont une opposition H-i-é. Alors, tôt ou tard le balancier reviendra.