On ne prête pas qu'aux riches
Par emcee le samedi 16 juin 2007, 23:25 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Il est aux US des organismes prêteurs qui se spécialisent dans le prêt aux
pauvres, leur offrant à un taux d'usurier une avance sur le crédit d'impôts que
l'Etat doit leur reverser. Avec la bénédiction des autorités qui laissent faire
ce trafic honteux.
Voici un article édifiant, "The Disgusting Business of Milking the Working Poor", de Froma Harrop, paru dans "Common Dreams"
Le marché écoeurant des plumeurs de travailleur
pauvre
Les travailleurs pauvres font des victimes toutes trouvées. Ils sont souvent
confiants et inexpérimentés du point de vue financier, et avec des salaires qui
n'évoluent pas, ils ont un besoin pressant d'argent. Ces gens ont un emploi,
donc ils ont des rentrées d'argent régulières et un certain capital immobilier
et sont, ainsi, bons pour être dépouillés.
Le big business américain a décidé qu'il y a de l'or à se faire en
dépouillant les masses à revenu faible du peu qu'elles possèdent. Les usuriers
et les escrocs faisaient autrefois la pluie et le beau temps sur le territoire,
mais ensuite, le monde de la finance, bien plus policé que ces crétins briseurs
de jambes, a pris le relais. Les clauses légales rédigées en tout petits
caractères peuvent piéger ceux qui manquent d'instruction en leur faisant
signer des contrats de prêts scandaleux sans que cela n'émeuve les
autorités.
Vous avez tous entendu parler de J.D. Byrider, la chaîne de vente de
voitures d'occasion au message publicitaire enjoué.
En 2005, Roxanne Tsosie, aide-soignante à domicile, qui habite à Albuquerque,
Nouveau Mexique, y a acheté pour 7.922 dollars une Saturn avec 150.000 kms au
compteur. Elle a emprunté la totalité de la somme à un taux d'intérêt de près
de 25%.
Cette mère Navajo de quatre enfants pensait que ses remboursements allaient
être retirés, comme c'est l'usage, tous les mois, mais en fait, le contrat
stipulait qu'ils devaient être versés tous les quinze jours. Trois mois plus
tard, elle a déclaré forfait.
Pas de problème pour Byrider. Ils ont repris le véhicule pour le revendre à un
autre gogo en gardant les 900 dollars qu'avait déjà versés Tsosie.
Cette histoire est parue dans l'excellent dossier de "Business Week",
"The Poverty Business” ("Pauvreté-bizness"). Byrider n'affiche pas les
prix des véhicules sur le pare-brise. Ce sont les vendeurs qui évaluent le
maximum qu'ils peuvent tirer de l'acheteur pauvre, puis donnent un prix – cela,
avec l'aimable autorisation de la Bank of America. Cette pratique s'appelle"
opportunity pricing" (~ évaluation du prix au cas par cas).
Comme le signale BusinessWeek, ce qu'on vend importe peu. C'est seulement
l'appât qui sert à ferrer le poisson pour lui proposer des conditions de prêts
épouvantables. Actuellement, les compagnies peuvent même évaluer les ressources
financières des victimes potentielles avec un logiciel spécial appelé Automated
Risk Evaluator (évaluateur de risques automatisé).
Les prêteurs proposent aux travailleurs des avances d'argent sur les
rentrées suivantes. Wells Fargo et U.S. Bancorp, entre autres, se sont emparés
de ce marché florissant, demandant des taux d'intérêts annuels de 120%. Cinq
groupes de prêts de dépannages sont cotés à la bourse de New York et au
Nasdaq.
Jackson Hewitt est un service d'aide à la déclaration d'impôts sur le revenu
qui investit les quartiers pauvres. Sa spécialité est d'avancer de l'argent aux
travailleurs à faibles revenus avant qu'ils ne soient remboursés du trop-perçu
en impôts - et en empochant plus de 10% de la somme. Cet argent provient en
général des services du crédit d'impôts sur le revenu (dont bénéficient les
travailleurs pauvres) – ce qui vaut à Jackson Hewitt et ceux du même acabit le
surnom de "nouveau bureau des aides sociales".
Et plumer les pauvres en Amérique c'est maintenant possible au niveau
mondial. Les remboursements de prêts immobiliers subprime qui demandent à ceux
qui ont des revenus modestes des taux élevés et des frais importants, sont
titrisés.
Selon le Wall Street Journal, les investisseurs détiennent actuellement plus
d'un milliard de dollars en prêts subprime dans 22 différents secteurs de la
seule ville de Détroit.
Certains lecteurs penseront peut-être "C'est raide, mais s'ils sont trop
fainéants pour lire les conditions du contrat, c'est bien fait s'ils se font
plumer".
Alors, voilà une question pour vous: connaissez-vous Libor?
Libor, c'est le taux interbancaire offert à Londres (5,42 % récemment). C'est
le taux de base à court terme auquel les prêteurs de crédits subprime de
Detroit ajoutaient 9,125 de pourcentage supplémentaire. C'est sûr, les
emprunteurs n'ont pas été bien prudents, mais combien de personnes ont entendu
parler de Libor?
Dans BusinessWeek, Luisa et Rose Ajuria, deux sœurs de Chicago, racontent que,
même criblées de dettes, elles ont été étonnées et contentes quand on leur a
proposé une Mastercard Tribute.
Avec cette carte, les taux d'intérêt des prêts s'élevaient à 28%, les frais
annuels étaient de 150 dollars et il y avait des frais distincts pour 6 mois.
Celui qui la vend, c'est CompuCredit, une compagnie géante d'Atlanta
spécialisée dans l'évaluation des risques de crédit pour les pauvres. Les
Ajuria vont peut-être devoir bientôt vendre leur maison.
Collez quelques-uns de ces prêts aux travailleurs pauvres et vous les verrez
toucher le fond.
Abuser de personnes vulnérables est une pratique commerciale écœurante.
Quelqu'un à Washington a-t-il une conscience?
Providence Journal columnist Froma Harrop’s column appears regularly on
editorial pages of The Seattle Times.
Published on Saturday, June 9, 2007 by the Seattle Times
(Washington)
Notes annexes
Libor
Prêts subprime
L'immobilier résidentiel américain reste fragilisé
NB: N'étant pas fortiche en économie, veuillez me signaler s'il y a des
erreurs de termes.
En revanche le fond , lui, ne change pas: Pas de doute, c'est bien Big Finance
de chez Sam qui vient racler les fonds de tiroirs des travailleurs
pauvres.
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Note perso:
Bel exemple du cynisme et de l'arrogance de cette ère de libéralisme
décomplexé de malheur.
Et dire que grâce à une dizaine de millions de cons bornés, on a maintenant les
mêmes à la maison!
Je n'en dirai pas plus: c'est décourageant pour tout le monde.
Commentaires
Hélas, plumer un pauvre rapporte peu d'argent.
Heureusement, les pauvres sont nombreux !
et notre (façon de parler) présiment a déclaré que les ménages devaient plus s'endetter....
grrrr!
tiens! céleste, ton com' est passé direct, sans la "man'de Dio". Serais-tu déjà en Inde?
A part ça, s'endetter pour les ménages! Enfin, du rêve!
Ils en ont rêvé, sarko l'a fait.
@ JPR du Poitou: Non seulement ils sont plus nombreux, les pauvres, mais les riches, eux, ils lâchent pas leur fric comme ça. C'est gagnant-gagnant!
A part ce brave Bolloré, bien sûr, qui prête sa modeste barcasse pour qu'un ami de trente ans épuisé puisse se retaper.
À quoi sert l'argent s'il faut travailler pour en avoir ?
Je trouve tes infos en provenance des US très intéressantes, et malheureusement bien souvent prédictrices de ce que nous mijote l'autre nabot...
Comme on le voit avec les banques en premier lieu, ce sont les pauvres qui se mangent le plus d'agios, de frais et autres "punitions" ... bah oui, le tout sous le regard bienveillant de l'Etat.
Les riches ont la liberté de se servir de tout le monde et de faire de l'argent sur l'argent des pauvres, les pauvres eux ont le droit de rêver qu'ils vont un jour être à laplace des exploiteurs, le rêve libéral.
Oui, travaillez plus pour encore plus s'endetter ... et après, vous serez pris à la gorge et corvéable à merci. C'est cela le deal de Sarko.