Au chamboul'tout, on perd à tous les coups
Par emcee le jeudi 17 mai 2007, 11:36 - Lien permanent
Le nouveau prèze a annoncé qu'il y avait URGENCE. Pour TOUT.
Liquidation totale d'ici septembre.
Autant dire que ça va pas chômer durant l'été. Dans notre dos, donc.
Déjà, le Claude François de l'Elysée a déclaré vouloir sortir l'Europe de sa
"paralysie actuelle". D'entrée, ça craint.
Puis viendra, au pas de charge, tout le reste, dont la suppression effective
du droit de grève, les nouvelles atteintes au droit du travail et à la liberté
d'expression en général.
Un des chantiers de démolition les plus avancés: l'Education, avec, outre
les diverses mesures de sape prises en primaire et en secondaire, la dernière
"modernité" libérale: la suppression de la carte scolaire.
Voici, à ce propos, un témoignage envoyé par Dr Henry Tyne,
professeur d'Université en Grande Bretagne:
N… S… (NDLR: Notre Saigneur), veut en finir avec la carte scolaire et il
souhaite que les résultats de chaque établissement soient rendus publics afin
d’aider les parents à « choisir » l’école de leurs enfants. C’est le
système qui est en place en Angleterre depuis un certain moment. C’est un
système injuste et dangereux, aussi bien sur le plan éducationnel que
social.
Premièrement, ce système pousse les établissements vers un fonctionnement
qui tourne autour des résultats des élèves – si on n’affiche pas d’amélioration
d’année en année on risque de perdre des clients.
Deuxièmement, ce système fait que les « meilleurs »
établissements, très demandés, pratiquent une sélection pour ne pas avoir de
mauvais éléments (et donc pour pouvoir perpétuer les bons résultats), ce qui
veut dire que certains élèves sont parfois obligés de se rendre dans un autre
village ou quartier car l’école du coin ne les prend pas.
Troisièmement, pour les élèves qui ne sont pas casés dans les
« bons » établissements, les conséquences peuvent être graves et la
question qu’on leur posera plus tard dans la vie ne sera pas de savoir si oui
ou non ils ont été à l’école mais plutôt ce sera de savoir dans QUELLE école,
dans QUELLE université il ont été.
Quatrièmement, il y a un effet pervers de ce système qui fait que le prix
des maisons aux abords des « bonnes » écoles augmente, ce qui ne fait
que renforcer la sélection (par l’argent) dans celles-ci.
Dr Henry Tyne
Lecturer in French Linguistics
School of Humanities
University of Southampton%%…………………………………………………………………………………………………
Note perso
En vrac, quelques réflexions:
J'ajouterai que toutes ces manœuvres visent à laminer le système républicain
pour nous imposer de force le système anglo-saxon.
C'est une atteinte irréversible à l'essence même de la France, à son Histoire,
et à ses institutions.
Le "mérite"
Curieusement, pour la progéniture des familles riches, cette priorité ne
semble pas exister. Au contraire, un des projets du prèze c'est de faciliter
leur accession à l'intégralité des biens de leurs ascendants. Nés avec une
cuiller en argent dans la bouche, ils récupèrent, tôt ou tard, toute la
ménagère, en quelque sorte.
Pour l'école, c'est pareil: demande-t-on des résultats aux enfants des familles
bourgeoises pour les inscrire dans quelque école huppée?
Non, on prend les sous. C'est l'enfant pauvre qui doit montrer qu'il "mérite"
d'accéder à un peu du paradis sur terre des riches. Et on dit merci – et on
baisse les yeux, siouplé!
Communautarisme
Détruire la carte scolaire, c'est aussi, à terme, favoriser la création
d'écoles communautaires et confessionnelles, toujours sous prétexte d"'équité".
Et voilà, on enferme la population dans des ghettos, on empêche l'intégration
et, comme dans les pays anglo-saxons, on a des quartiers de Blancs et des
quartiers de basanés. Des quartiers de chrétiens et des enclos pour musulmans.
Et les vaches (sacrées) seront bien gardées.
Et ainsi, ce sont les communautés qui se chargeront de faire le ménage chez
elles et la République se débarrassera de ses devoirs de protection du citoyen.
Et comme les problèmes viennent plus souvent de familles pauvres (pour des
raisons inhérentes à leur pauvreté, mais aussi parce que les riches, eux, ont
les moyens d'éviter d'être punis. Y a qu'à voir le nombre d'impunis – partie
émergée de l'iceberg - qui se pavanent devant nous), sur qui sera rejetée
l'opprobre?
Qui sera le bouc émissaire et le dindon de la farce?
Toujours pas les riches, barricadés dans leurs ghettos dorés et qui paient en
sonnantes et trébuchantes pour se défendre et pour se protéger.
Et qui, pourquoi pas, décideront un jour, comme aux US (voir les "gated
communities"), qu'ils ne veulent plus payer pour ces fainéants de pauvres (ça a
bien commencé avec les cadeaux fiscaux successifs).
Exclus de l'école
Ceux qui ne seront acceptés nulle part seront jetés hors du système
scolaire: c'est prévu, c'est l'"apprentissage" à 14 ans (Loi de QUI? Loi
Fillon, vous savez, notre premier ministre qu'on a et qui s'est acharné contre
les retraites également, sous prétexte d'"équité".).
Mais qui voudra se charger de ceux qui auront été rejetés du système scolaire?
Certainement pas les patrons dont la vocation n'est pas de faire dans
l'humanitaire, ni dans la pédagogie.
Il feront comme en GB, rejetés de toutes parts, montrés du doigt, ils
traîneront dans la rue, puis dans les bars, puis entreront et sortiront de
prison pour y rester finalement très longtemps et, en fin de compte, ils
coûteront bien plus à la société que si on les avait intégrés dans le système
scolaire.
C'est pourtant évident, non? Même un enfant de l'école primaire pourrait faire
le calcul.
Alors pourquoi ne pas chercher des solutions pour intégrer tout le monde dans
des structures adaptées?
Eh bien, pour que la société libérale fonctionne, il lui faut des épouvantails.
Il lui faut des rejetés et des non rejetés, des riches et des fainéants, des
qui se lèvent dès potron-minet et des qui n'ont à aller nulle part (et
d'ailleurs, où iraient-ils sans pognon?), etc.
Il n'y a pas de société libérale sans binarisme. Sinon, le couillon - qui se
lève à l'aube le matin pour travailler toujours plus pour gagner toujours moins
et payer des factures toujours plus élevées pendant que le fils du patron vient
faire crisser le gravier avec sa Porsche dans la cour de l'usine - il ne se
révolterait pas contre celui à qui le patron refuse un emploi mais contre le
patron lui-même et sa progéniture assistée.
Equité
L"équité", cela veut dire, grosso modo, que les riches doivent rester riches
tout en donnant un peu aux pauvres parce que s'ils gardaient tout pour eux, ce
serait injuste.
L"Egalité", c'est autre chose. C'est ce qui est inscrit sur le fronton des
édifices officiels, voire de certaines églises, avec ses copines Liberté et
Fraternité.
Souvenez-vous.
Prenez des photos.
C'est complètement obsolète.
Par la grâce d'une poignée de fifres adoubés par une palanquée de
couillons.
C'est tout ce que j'ai à dire.
Approfondir avec: "Carte scolaire, les enjeux d’un
débat mal posé". Jean-Christophe François et Franck Poupeau. Monde
Diplo.
http://www.monde-diplomatique.fr/20...
Articles intéressants en anglais (si j'ai le
temps et la demande, je m'attellerai à la traduction).
Article paru dans le New York Times: "How the Young Poor Measure Poverty
in Britain: Drink, Drugs and Their Time in Jail"
http://www.nytimes.com/2007/03/10/w...
En gros, ça dit:
L'alcool, la drogue et la prison sont le lot des jeunes défavorisés en
GB.
La GB, derrière le glamour: Quatrième puissance économique
mondiale
Un des taux de pauvreté les plus élevés du monde industrialisé avec 3,4
millions d'enfants (plus d'un quart) qui vit dans la pauvreté et un million (1
sur 10) qui vit dans une extrême pauvreté.
D'après une étude de l'UNICEF menée dans 21 pays industrialisés, ce sont les
jeunes en GB qui sont les plus mal lotis, précédés par, devinez … les
USA.
Au temps pour B&B: qu'avez-vous donc fait de votre jeunesse,
messieurs?
Et la bande de moutons qui a veauté le 6 mai, elle le sait, ça? De toute
façon, elle s'en FOUT. Il lui suffit d'être du côté des manches!
Ne manquez pas non plus cet article du Guardian:
"Goodbye to la belle France?"
http://www.guardian.co.uk/france/st...
Mais je me demande pour qui je parle ...
Quand on voit qu'ils vont tous, dans les hautes sphères, toute honte bue, en rangs serrés, à la soupe libérale de la pire espèce, comment atteindre le citoyen ordinaire?
Commentaires
Merci pour l'info et les liens.
Au moins ce putain de gouvernement suit sa logique, entre le démantellement de l'école publique et la nomination des journalistes à des postes de responsabilité, c'est la merde qu'il était censé faire...
Beaucoup de moutons risquent de déchanter bien vite !
Oui, je suis sûre, moi aussi, que les gogos qui ont voté le 6 mai contre leurs propres intérêts vont regretter d'avoir payé si cher leur connerie !
Il est très triste de voir que beaucoup de gens ne se réveillent qu'après avoir morflé (et fait morfler d'autres, en plus)...
Sinon, j'espère que vous avez pu écouter l'excellent Noam Chomsky dans l'émission radio "Là-bas si j'y suis" !
J'ai découvert votre blog il y a peu par Rezo Net
Les billets que j'ai lu jusqu'à présent sont des perles. Quel boulot !
Bravo et surtout merci de ce travail si utile.
Tous mes respects
Stef
entièrement d'accord avec toi et merci pour cet article qui analyse parfaitement la situation.
en Italie il n'y a pas de carte scolaire: résultat des courses, à Bologne, pour la prochaine rentrée, des écoles élémentaires du quartier (logement sociaux) où vivent les immigrés , risquent de fermer par faute d'inscriptions. les bons bolognais blancs cathos rechignent à mettre leurs petites merveilles nourries aux tortellinis dans les même classes que les enfants venus d'ailleurs.
et bien sûr, le montant des subventions accordées par l'Etat (les écoles jouissent d'une grande autonomie de gestion) est calculé en fonction du nombre d'inscrits, comme d'ailleurs, le salaire du "Preside" (le proviseur).
conclusion: des classes surchargées!
affligeant de constater que le nouveau gouvernement entreprend de s'inspirer de ce qui ne marche pas dans les pays voisins!
Merci à tous les trois et bienvenue à Stef.
@carambole: J'ai essayé d'écouter Chomski mais les circonvolutions inintéressantes de Mermet m'ont vite découragée (oui, je SAIS, c'est un crime de lèse-majesté).
Je tenterai à nouveau quand je serai mieux disposée.
Je termine une traduction et je la poste d'ici ce soir ou demain matin.
A bientôt.
merci à céleste également, dont le com', antérieur au mien, était encore caché quand j'ai écrit la réponse ci-dessus.
Merci pour ce témoignage sur l'Italie: édifiant.
La France n'échappera pas non plus à tout cela, puisque la LOLF, enveloppe globale donnée aux lycées pour qu'ils se débrouillent avec, forcera les établissements à opérer des choix et à privilégier les projets des bons petits soldats.
Déjà, l'intox, c'est "les sorties scolaires et les échanges ça coûte cher et ça prend des sous pour les besoins technologiques".
Donc, les premiers seront rapidement supprimés (des fois que les élèves en apprennent trop et se mettent à se poser des questions) au bénéfice d'écrans abrutissants et de la technologie de base.
J'ai une amie qui a fait récemment un échange avec l'Italie: elle me disait que là-bas (à Crema) les profs et la direction se comportaient en VRP.
Sourires de circonstance, accueil chaleureux, dépenses de représentation. Une belle vitrine, quoi.
Chez Blair, c'est aussi catastrophique.
Et cela ne va pas s'arranger ici non plus.
Pourquoi ils choisissent un système foireux?
Pour le pognon. Y a plein de pognon dans les caisses de l'Etat à refiler à leurs amis du privé et les fonds publics sont là uniquement pour renflouer les déficits.
Ou pour replâtrer des erreurs trop voyantes.
ce qu'il y a tout de même d'un peu désespérant c'est que nous nous retrouvons toujours un peu les mêmes sur les bons blogs.
Pendant longtemps j'ai vu du poujadisme dans les attaques contre les journalistes. Leur couverture de la campagne des présidentielles a approfondi ma colère. Les timides mises au point ces derniers jours, de ci de là, alors qu'il est presque trop tard n'améliorent pas grand chose et moins encore la certitude que nous verrons parraître de courageuses critiques de détail, après
En effet, quand on lit les commentaires dans certains blogs, il y a de quoi désespérer.
Et c'est l'oeuvre, entre autres, de ces journalistes de la grande presse qui servent les intérêts des autres pouvoirs en intoxiquant les masses.
Alors, on se retrouve en petit comité à lire les infos différemment.
Combien de temps faudra-t-il encore avant qu'il y ait une réelle prise de conscience de la part de tous ceux qui acceptent actuellement sans sourciller les mensonges évidents qu'on nous assène à longueur d'antenne?