Article tiré de "Socialist Worker"
http://www.socialistworker.co.uk/ar...

"The demonisation of young people over gun and knife crime"

La diabolisation des jeunes sur la question des crimes commis avec des armes à feu ou des couteaux

Les récents meurtres de jeunes Noirs à Londres ont soulevé un débat sur "une génération violente ingérable".
Makola Mayambika explique au Socialist Worker comment les jeunes sont diabolisés aujourd'hui.

Les déclarations de Tony Blair disant qu'il appartient aux familles de régler les problèmes des violences commises avec une arme à feu ou un couteau m'a scandalisée. Blair a déclaré qu'il allait parler net, ajoutant que la violence ne serait pas éradiquée en "faisant semblant de ne pas voir que ce sont des jeunes Noirs qui la commettent". Il s'agit donc ici de rejeter clairement la faute sur les victimes.

Ses commentaires m'ont rappelé ses critiques sur les musulmans quand il a dit qu'il était de leur "responsabilité personnelle" de trouver une solution au terrorisme.

Il est faux de dire que les familles noires posent problème. Les parents noirs veulent que leurs enfants réussissent. Il n'y a qu'à voir les nombreux cours de soutien organisés le samedi par des familles noires.

Et les jeunes Noirs commencent l'école avec de grands espoirs et de très bons résultats. Et tout cela est gâché au cours de leur parcours scolaire.

Je travaille avec des enfants (blancs et noirs) qui ont des difficultés importantes. La plupart ont été exclus du système scolaire traditionnel. L'ironie c'est que la majorité d'entre eux sont des enfants très intelligents à leur façon. Mais beaucoup ont un état d'esprit particulier et donc, le problème majeur c'est qu'ils n'entrent pas dans le moule.

Même les gamins qui viennent vers nous et qui ont des problèmes pour lire et écrire ont quelque chose en eux– on voit bien qu'ils ont un véritable potentiel. Mais ils savent qu'ils ont été rejetés par le système éducatif et par la société. Beaucoup d'entre eux sont passés d'un centre à un autre.

Ils finissent par se rendre compte que, quels que soient leurs efforts, le système scolaire ne veut pas d'eux – les écoles sont trop soucieuses de maintenir leurs performances.

Les jeunes apprennent très tôt qu'être "sages" cela ne les mène à rien, alors, autant être "méchants". Ce n'est pas que les parents n'assument pas – c'est le système qui n'assume pas pour ces enfants.

Nous nous occupions d'un enfant qui avait des problèmes relationnels importants avec les enfants de son âge. Aucune école n'a voulu le reprendre, alors qu'il pouvait très bien réintégrer le système scolaire. Et donc, il a décrété qu'il avait renoncé à être "sage". A quoi cela lui servait–il de faire des efforts?

Nous avons affaire à des enfants angoissés et vulnérables. Beaucoup d'entre eux sont des victimes, non pas seulement parce que notre société abandonne la jeunesse, mais aussi à cause du traitement que le système inflige aux adultes dans leurs familles. Certains de leurs parents ont eu une vie très difficile. Le logement fait partie des éléments importants pour un enfant. C'est Martin Luther King qui disait que le fait de vivre dans un logement sans aucun confort entraîne des troubles psychologiques.

J'ai participé à un projet éducatif dans une école située dans une cité où certains ensembles étaient en cours de démolition. C'était là qu'habitaient de nombreux enfants qui fréquentaient cette école. J'ai réalisé avec eux un projet sur la poésie où ils devaient décrire leurs sentiments sur la vie dans ces appartements. Ils ont tous raconté qu'ils regretteraient leurs amis et leurs voisins, et que c'était ce qu'ils appréciaient vraiment de leur vie là-bas. Mais tous ont dit qu'ils ne regretteraient ni les rats, ni l'odeur d'urine dans les ascenseurs, ni les cafards.

Une gamine a raconté que la vie dans ces appartements, c'était comme si on était dans un film. On voyait, disait-elle, constamment des voitures de police se lancer dans des courses poursuites et des hélicoptères tourner autour des immeubles.

C'étaient des enfants de 10-11 ans. Comment peuvent-ils se sentir fiers, sûrs d'eux ou estimés à l'école quand ils grandissent dans ces conditions? Ils vivent avec les rats et donc ils ont l'impression que c'est ainsi que la société les voit. Les violences commises avec des armes à feu ou des couteaux révèlent la férocité du racisme, et l'impact du néolibéralisme – l'idée que c'est chacun pour sa peau.

L'école et la société ne rejettent pas que les enfants noirs. Les petits asiatiques ou les petits Blancs pauvres sont eux aussi déconsidérés et ont très peu de chances de réussite dans les études ou sur le marché de l'emploi. La plupart des enfants exclus veulent aller à l'école, même s'ils font semblant de jouer les durs. Leurs amis leur manquent.

Un des gamins avec qui je travaille a commis des délits. Il l'a fait pour se procurer de l'argent pour faire de la musique, la seule chose qui l'intéressait vraiment. On ne lui offre pas la possibilité de développer ses talents. Je rencontre constamment des enfants qui sont doués, en poésie ou en musique, mais le système actuel ne permet pas d'exploiter ou de valoriser cette force ou ces aptitudes.

Un des problèmes que nous rencontrons c'est le manque de moyens. Dans notre centre, par exemple, les salaires sont bas, donc le personnel ne reste pas longtemps.
La plupart de ceux qui viennent travailler ici sont des intérimaires, aussi les enfants ne peuvent pas développer une relation de confiance sur la durée. Nous n'avons pas les moyens nécessaires pour donner aux enfants le soutien dont ils ont besoin. C'est la même chose dans toute la société: on ne donne pas les moyens nécessaires pour mettre en œuvre ce qui pourrait changer la vie des jeunes.

Au lieu de cela, les réponses de Tony Blair vont vers plus de répression policière et pénale et davantage de peines d'emprisonnement pour les mineurs. La Grande Bretagne, déjà, incarcère plus de mineurs que pratiquement tous les autres pays d'Europe occidentale.

Une des raisons pour lesquelles Blair se permet des attaques en toute impunité contre la communauté noire c'est que ses membres influents n'offrent pas de véritable alternative, beaucoup ne recherchant que des solutions individuelles.
Par exemple, voyez des personnalités comme la députée Diane Abbot, sa solution aux problèmes éducatifs, c'est d'envoyer son enfant à l'école privée. Une grande partie de ces importants personnages finissent par rejeter la faute sur la communauté noire. On ne règle pas les violences avec arme sans comprendre que les enfants sont maltraités par les inégalités, le racisme et la pauvreté.

Chiffres

Couteaux – En 2004, le "youth justice board" (commission qui s'occupe des délinquants en dessous de 18 ans) a constaté que sur plus de 5000 mineurs entre 11 et 17 ans, 28% de ceux qui font des études normales et 57% de ceux qui ont été exclus du système ont déclaré avoir été en possession d'une arme blanche.

Délinquance – Environ 15% des moins de 18 ans déclarent ne pas se sentir en sécurité, et 55% des élèves exclus et 49% des mineurs ont été victimes d'un délit.

Exclusions : environ 9440 mineurs ont été exclus de l'école de façon définitive en 2004-2005. Les élèves noirs ont trois fois plus de chances d'être exclus que les blancs.

Prison – En février 2007, 2878 mineurs ont été emprisonnés. Le nombre de mineurs entre 15 et 17 ans en détention provisoire a plus que doublé ces dix dernières années, et 85% des mineurs souffrent de troubles psychologiques.

Chômage – En 2004, environ 750 000 sur 5,5 millions de jeunes entre 16 ans et 24 ans ne poursuivaient pas d'études, n'avaient pas d'emploi et se suivaient aucune formation.

Logement – D'après Shelter, une association caritative, plus d'un million d'enfants vit dans des appartements surpeuplés, humides, délabrés ou insalubres. Certains vivent dans des logements qui provoquent des problèmes de santé. Beaucoup n'ont pas la chance de recevoir une bonne instruction. D'autres souffrent d'insécurité chronique, ballottés d'un endroit à l'autre dans des logements soi-disant "provisoires".

Inégalités – malgré une hausse globale du nombre de meurtres ces 25 dernières années, les 20% de la population les plus riches ont connu une baisse du nombre de meurtres tandis que les 10% les plus pauvres (par zones) ont enregistré une augmentation de 39%.

Makola Mayambika travaille dans un centre qui s'occupe d'enfants qui présentent des troubles psychologiques et comportementaux.

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NOTES COMPLEMENTAIRES ET LECTURES:

Les faits:

GB: Quatrième meurtre par balles en deux semaines à Londres (18 février 2007)
http://www.romandie.com/infos/news2...

18 mars 2007:
http://tf1.lci.fr/infos/monde/europ...

Réactions de Tony Blair http://www.bafweb.com/2007/04/14/va...

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TONY et les solutions pour endiguer la criminalité et aider les jeunes:

Des postes de police dans les centres commerciaux et grands magasins:
http://blog.emceebeulogue.fr/post/2...

Etudes universitaires de plus en plus chères
http://blog.emceebeulogue.fr/post/2...

En complément de cet article, publiés également dans "Socialiste Worker", lire (en anglais):

Young people on their experience of gangs and violence
http://www.socialistworker.co.uk/ar...

Racism has destroyed my boys’ hope
http://www.socialistworker.co.uk/ar...

Newham Respect councillor rejects media onslaught on crime
http://www.socialistworker.co.uk/ar...

Et aussi: Blair accuse la communauté noire (en anglais).

http://www.netscape.com/viewstory/2...

http://www.guardian.co.uk/frontpage...

http://news.bbc.co.uk/1/hi/uk/65448...