(Extraits)

La pauvreté invisible dans les banlieues américaines

Le terme de banlieue en Amérique évoque des images de maisons de rêve, de pelouses magnifiques et de barbecues entre voisins, pas celles d'emplois mal payés et de maisons en vente sur saisie immobilière. Et pourtant pour la toute première fois, il y a davantage d'Américains pauvres dans les banlieues que dans l'ensemble des villes en Amérique.

Le comté de Rockingham, en Caroline du Nord, n'a jamais eu la réputation d'être particulièrement opulent, mais, jusqu'à présent, la plupart des habitants l'auraient classé spontanément dans la catégorie "classe moyenne ("middle class") aisée". Pendant des dizaines d'années, ce comté, un rectangle de terre au nord de l'état, devait sa prospérité à l'industrie du textile et du tabac, des secteurs qui, s'ils n'étaient pas toujours accueillants pour les syndicats, fournissaient, néanmoins, à la population active locale des emplois suffisamment rémunérateurs pour leur permettre d'élever une famille et de s'acheter une maison agréable quelque part.

Parmi ceux-là, Johnny Price, un Noir de 44 ans qui vit dans une maison style ranch aux volets verts dans une rue appelée Sparrow (moineau) dans un quartier résidentiel bordé d'arbres à la périphérie de la ville d'Eden. Dans le jardin de Price, il y a deux immenses chênes et dans l'allée centrale est garée une voiture familiale bleu foncé. Comparé à celui de certaines banlieues récentes, le cadre est sobre, mais pour Price, benjamin d'une famille de dix enfants dont le père est décédé quand il avait 6 ans et dont la mère a travaillé comme domestique, il témoigne des rémunérations reçues pour son dur labeur et sa ténacité, qu'il a essayé d'inculquer à ses deux enfants qui vivent avec lui depuis que lui et sa femme ont divorcé.

Mais, aujourd'hui, les temps sont plus durs. Il y a un an, Price a perdu l'emploi qu'il occupait depuis 19 ans à la suite des licenciements massifs auxquels a procédé son entreprise, Unified, une filature. Il a du mal actuellement à joindre les deux bouts avec les 1168 dollars mensuels d'indemnités chômage et, comme beaucoup dans le comté de Rockingham, ravagé ces dernières années par les fermetures d'usines, il se demande combien de temps encore il pourra assurer les remboursements de son prêt immobilier.

Les histoires de mobilité sociale descendante dans les banlieues en Amérique n'ont pas à vrai dire fait les gros titres ces dix dernières années. Les "gated communities", ces lotissements privés avec des résidences de rêve entourées de lacs artificiels et où les bureaux sont installés dans des immeubles en verre: ce sont ces images-là qui, en général, évoquent la banlieue, chic et surdimensionnée construite dans les années 90 grâce à l'essor des nouvelles technologies. Et non pas celles d'emplois mal payés, de saisies immobilières, de familles qui n'ont pas les moyens d'acheter de quoi manger ou de cotiser à une assurance maladie.

Mais si vous vous aventurez au-delà des limites d'une grande agglomération urbaine, c'est ce que vous y constaterez, en moins concentré (et donc moins visible), peut-être, que dans les quartiers urbains délabrés, mais en constante augmentation, cependant. Dans les trois comtés qui entourent Greensboro, Caroline du N, la ville située à une demi-heure en voiture au sud de l'endroit où habite Johnny Price, le taux de pauvreté a grimpé ces dernières années. Il est maintenant de 14,4 %, à peine moins que celui de la Nouvelle Orléans.

Et Greensboro n'est certes pas un cas isolé. En décembre dernier, La "Brookings Institution" a publié une enquête qui montre que de Las Vegas à Boise ou à Boston, la pauvreté dans les banlieues a augmenté ces sept dernières années, de façon peu sensible dans certains endroits mais jusqu'à 33% dans d'autres. D'après le rapport, les problèmes fiscaux et sociaux que connaissent les villes à cause du taux de pauvreté élevé se rencontrent de plus en plus dans les banlieues également".
C'est un problème réservé, pensent certains, aux banlieues délabrées de la première ceinture, celles qui sont aux abords directs des villes, des endroits où le parc immobilier est vétuste et qui ont été depuis longtemps délaissés par les habitants les plus aisés. Mais ce n'est pas le cas. D'après le rapport de Brookings, qui indique que la récession économique a également touché les banlieues de la deuxième ceinture et les banlieues éloignées ("exurbs") et que "globalement, (…) ce ne sont pas les banlieues proches qui ont le plus connu une montée de la pauvreté dans les banlieues au début des années 2000".

Le résultat, c'est que nous nous retrouvons à un tournant historique qui, curieusement, a été occulté: pour la toute première fois, il y a davantage d'Américains pauvres dans les banlieues que dans l'ensemble des villes en Amérique.

Une des raisons pour lesquelles la population n'a pas pris plus tôt conscience de ce changement, c'est que, depuis que les banlieues existent, les Américains les voient comme des sanctuaires immaculés où on se réfugie pour éviter d'avoir à se frotter aux pauvres.

Le schéma le plus courant qui vient à l'esprit (ce que déplore toute une génération de progressistes qui expliquent qu'il y a une relation de cause à effet entre la migration vers les banlieues, les problèmes raciaux et la dégradation des villes), c'est le départ en masse vers la banlieue de Blancs aisés qui habitaient les centres-villes, et qui s'est accéléré à la suite des émeutes et des troubles sociaux des années soixante.

Plus récemment, dit-on, le mouvement qui a impulsé l'expansion des banlieues n'a fait qu'empirer les choses – un paysage social plus cloisonné, des banlieues encore plus éloignées et un fossé qui se creuse encore davantage entre ceux qui ne mettent jamais les pieds en ville et ceux qui en sortent rarement.

En fait, cependant, la transformation de nombreux quartiers des centres-villes en quartiers bourgeois, à Brooklyn, à San Francisco, à Washington et ailleurs, a fait partir beaucoup d'habitants aux revenus modestes. Et contrairement à ce qui s'est toujours produit dans l'histoire des migrations aux Etats-Unis, une grande partie de ces populations déplacées ont fui vers la banlieue, en partie attirées par le nombre croissant d'offres d'emplois, pour la plupart mal rémunérés (pour faire du ménage, tondre la pelouse, servir de main-d'oeuvre dans les restaurants, les centres commerciaux et les bureaux). Alan Berube, co-auteur de l'enquête effectuée par la "Brookings Institution" explique que la "décentralisation de l'emploi mal rémunéré" est un des facteurs principaux qui a fait grimper le taux de pauvreté dans les banlieues.

Dans certains comtés, beaucoup de ces emplois échoient aux immigrés qui vont de plus en plus chercher du travail directement en banlieue plutôt que de se rendre dans les centres-villes. Dans son livre de 2004 "On Paradise Drive", David Brooks présente un portrait radieux de la magnifique mosaïque qui s'est créée grâce à l'afflux d'étrangers dans des quartiers précédemment réservés aux Blancs.
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Ce que vous verrez également ce sont les travailleurs journaliers qui se rassemblent tous les matins sur les parkings des Home Depots du comté de Nassau, Long Island, où le revenu moyen des familles atteint 87.558 dollars et le taux de pauvreté global est assez bas, mais où la demande de bons d'alimentation a augmenté de 40% depuis 2003.

Bien que le salaire horaire moyen dans le bâtiment soit de 10 dollars pour les travailleurs à la journée, beaucoup d'entre eux n'en voient pas la couleur: une étude publiée l'an dernier par l'UCLA (université de Los Angeles) montre que près de la moitié de ces salariés subissent le vol de salaire.

Un travailleur mexicain avec qui j'ai discuté un jour glacial de février m'a expliqué qu'on lui devait 400 dollars pour des travaux de plomberie qu'il avait effectués récemment. Comme la plupart de ceux qui l'entouraient il n'avait pas de manteau et ne portait qu'un sweat-shirt à capuche, et il se réchauffait les mains en les mettant en coupe devant la bouche, des vêtements chauds étant de toute évidence un luxe qu'il ne pouvait pas s'offrir. Parce que le travail est saisonnier et irrégulier,peu de travailleurs journaliers gagnent plus de 15000 dollars par an. Plus de la moitié de ceux qui sont victimes d'un accident du travail ne bénéficient pas des soins médicaux nécessaires. D'autres immigrés à Long Island occupent des emplois dont les salaires et l'horaire rappellent ceux des ateliers clandestins installés dans les villes, sauf que l'exploitation, comme tout le reste en banlieue, est plus invisible et plus dispersée. "Nous avons réalisé une enquête sur le travail domestique et nous avons découvert que les travailleurs effectuent 70 heures par semaine pour 4,03 dollars de l'heure en moyenne ", explique Nadia Marin-Molina, directrice d'une organisation pour les droits des immigrés appelée The Workplace Project, dans le comté de Nassau. Il y a peu, trois employés d'un restaurant voisin sont passés à son local pour lui raconter qu'on les payait 20 dollars pour 12 heures de travail, c'est-à-dire bien en dessous du salaire minimum même en comptant les pourboires.

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Qu'un emploi dans le secteur des services ne garantisse guère un revenu décent, ce n'est pas un scoop pour les anciens ouvriers d'usine en Caroline du Nord. Johnny Price suit actuellement des cours à Rockingham Community College, financé grâce au Trade Adjustment Act, dans l'espoir de devenir comptable. Il m'a dit qu'il ne pourrait absolument pas rembourser son crédit immobilier de 700 dollars par mois et subvenir aux besoins de ses enfants s'il travaillait comme employé de bureau dans un endroit comme Wal-Mart, qui, avec deux nouveaux supermarchés, est un employeur important dans la région.

Price gagnait 15 dollars de l'heure, plus l'assurance maladie et les congés payés. Ce qu'il espère éviter, c'est ce qui est arrivé à Jodi Wilmouth, qu'il a rencontrée à la Croix Rouge du Comté de Rockingham, qui a ouvert une banque alimentaire il y a plusieurs années dans un petit bâtiment en briques à Eden. Wilmouth gagne 6,25 dollars de l'heure comme caissière d'un grand magasin du coin appelé Beck, ce qui dit-elle ne suffit pas à couvrir ses dépenses ordinaires. Le jour où elle est passée au local, le Président Bush rendait visite à une usine Caterpillar à Peoria, Illinois. Il a déclaré plus tard que dans l'économie actuelle les "salariés gagnaient davantage d'argent".

Ada Wells, qui travaille pour la banque alimentaire n'est pas de cet avis. "Ce que nous avons, ce sont des travailleurs pauvres", explique Welles, une autre ancienne ouvrière du textile. "Quand j'ai quitté l'usine en 1999, les ouvriers les moins payés gagnaient 9 dollars de l'heure, avec, en plus, les assurances sociales et les congés payés. Maintenant, il y a des gens qui ne peuvent pas payer leurs factures d'électricité avec ce qu'ils gagnent.

Il y a des avantages relatifs à être pauvre dans d'autres endroits que les ghettos urbains de Cleveland ou de Detroit. Même s'il peut craindre beaucoup d'autres choses, Price n'a pas l'angoisse d'élever ses enfants dans un quartier jonché de fioles de crack ou recouvert de graffiti de gangs (là où il habite, il y a des pelouses taillées au ciseau à ongles et des panneaux de basket dans les allées des maisons). Ce qui donne à la pauvreté urbaine son caractère particulièrement nocif, selon de nombreux experts, c'est le fait qu'elle soit très concentrée, avec une profusion de problèmes imbriqués qui engendrent la délinquance, les taux d'absentéisme à l'école et une atmosphère de désespoir qui marque tous les aspects de la vie de quartier.

Mais la banlieue a également ses inconvénients, comme le fait que pour se déplacer il faille impérativement une voiture. Il n'y a pas de transports publics dans la plupart des quartiers excentrés, ce qui est la raison pour laquelle ceux qui viennent à la banque alimentaire de la Croix Rouge du Comté de Rockingham pratiquent le co-voiturage, un membre de quatre ou cinq familles différentes s'entassant dans un seul véhicule pour faire des économies de carburant.

Ensuite, également, la pauvreté dans les banlieues étant récente, il y a donc dans beaucoup de villes un manque cruel de services sociaux. Près de 7000 personnes sont venues à la banque alimentaire l'an dernier, une augmentation multipliée par sept depuis l'an 2000. La veille de ma visite, ils étaient en panne d'approvisionnement, un problème qui est devenu courant dans beaucoup d'endroits en banlieue. (…) "Les hôpitaux publics, les programmes d'aide alimentaire, la plupart de ces structures n'existent encore que très majoritairement dans les villes. Les petites unités qui ouvrent en banlieue sont vite submergées. Ils ne peuvent simplement pas faire face à la demande." dit Alan Berube.

Un problème encore plus préoccupant, c'est de trouver un logement abordable, la plupart des logements sociaux ayant été construits dans les centres-villes. Où habitent donc les pauvres des banlieues? Parmi les possibilités actuellement en Caroline du Nord, il y a des endroits comme la caravane en ardoise où vit Barbara Hall, 62 ans. Elle habitait autrefois dans une maison style ranch de quatre chambres avec son mari et ses enfants. C'était avant qu'elle ne divorce et perde son emploi.

(…)

Il y a bien sûr des gens dans les banlieues qui ont plus de chance car leurs maisons sont actuellement deux à trois fois plus grandes (celles des salariés de l'électronique dans le secteur prospère du triangle de la recherche en Caroline du Nord, par exemple). Mais depuis 1998, le nombre de saisies immobilières a pratiquement triplé.

Cette tendance se retrouve également dans tout le pays où il y a eu 1,2 millions de saisies immobilières en 2006, une augmentation de 42% par rapport à l'année précédente, ce qui est un des signes que le nombre de personnes qui ont des difficultés économiques dans beaucoup de banlieues dépasse et de loin les chiffres officiels.

Le comté d'Howard, dans le couloir entre Washington et Baltimore, a fait partie pendant plusieurs années des comtés les plus riches des Etats-Unis. L'an dernier, un groupe de travail sur les logements à prix modéré nommé par un responsable du comté a déclaré qu'il existe un "fossé indéniable" entre la demande de logements pour les bas revenus et l'offre, et pas seulement pour les pauvres. 70% des emplois dans le pays, dont ceux des enseignants qui débutent dans les établissements publics dont on apprécie tant le système, les policiers qui patrouillent les rues et les pompiers qui répondent aux urgences, sont payés moins de 50000 dollars par an. Parallèlement, une maison pour une famille se vend dix fois plus, 485 500 dollars et les loyers ont encore plus augmenté. Le résultat, c'est une partie croissante de la population (les fonctionnaires, les jeunes couples qui fondent une famille, les retraités, les nouveaux diplômés de l'université) ne peuvent pas se loger décemment. Selon le rapport du groupe de travail: "Il s'agit des enfants et des parents des habitants du comté. Les enseignants et les agents de police, les serveurs et serveuses dans les restaurants, les salariés des centres commerciaux, les travailleurs hospitaliers, tous ceux qui contribuent à la qualité de la vie du comté d'Howard de multiples façons".

Les difficultés sont bien pires, évidemment pour ceux qui sont véritablement pauvres, une des raisons et non des moindres étant que beaucoup d'habitants de la banlieue qui seraient éventuellement prêts à les embaucher pour s'occuper de leurs enfants ou à se faire servir par eux dans les restaurants ne veulent pas forcément les avoir comme voisins. En juin 2005, les responsables de la ville de Brookhaven, dans le comté du Suffolk, Long Island, ont fait fermer des maisons où des immigrés qui ne trouvaient pas à se loger à des prix modérés louaient des chambres. Steve Levy, responsable du comté, démocrate, a déclaré que les expulsions étaient nécessaires "pour conserver la banlieue telle que nous la connaissons".

D'autres comtés ont fait adopter des lois anti-racolage pour faire fuir les travailleurs journaliers, un autre signe qui montre qu'en banlieue, à la pauvreté, s'ajoute le sentiment de rejet.

"Les classes moyennes ici, j'en suis convaincue, ont l'impression d'être prises à la gorge, et si les responsables politiques ne proposent pas de solutions elles vont chercher des boucs émissaires", explique Marin Molina de Workplace Project. Il ne faut pas aller chercher bien loin pour trouver des raisons à leur manque de sécurité financière. D'après une enquête d'Adelphi University publiée en 2004, plus de 40% des propriétaires de maisons à Long Island ont dépensé plus d'un tiers (définition conventionnelle du taux d'endettement) de leur revenu pour le logement. Ces dernières années, un premier emploi dans la région est rémunéré 24 000 dollars, bien en dessous de la somme de 60 780 dollars dont aurait besoin, selon les estimations de l'Institut de la Politique Economique, une famille de quatre personnes pour couvrir les dépenses vitales.

Beaucoup de banlieues semblent actuellement se peupler d'une nouvelle catégorie sociale: des parents angoissés qui s'inquiètent pour l'assurance maladie, les frais d'inscription à l'université et les remboursements de leur prêt immobilier.

Répondre aux inquiétudes de ces personnes, n'est pas, bien entendu, nécessairement la même chose que s'attaquer aux difficultés des pauvres des banlieues.

(…)

Si les villes et les banlieues se retrouvent face aux mêmes difficultés, ne serait-il pas judicieux qu'elles conjuguent leurs efforts?

David Rusk, ancien maire d'Albuquerque qui milite depuis longtemps pour un développement régional plus équitable, est l'auteur d'un slogan qu'un nombre croissant d'associations et de responsables régionaux ont adopté: "Si vous êtes assez bien pour travailler ici, vous êtes assez bien pour y vivre". C'est avec cette notion à l'esprit que les rénovateurs du New Jersey se mobilisent contre une coutume affligeante connue sous le nom de "Accord de contribution régionale", terme qui semble inoffensif mais sous lequel se dissimulent les accords diaboliques qui permettent à une municipalité (généralement une banlieue riche au taux de croissance élevé) d'échapper à son obligation de construire des logements pour la population à bas revenus dans son périmètre en donnant de l'argent à une autre municipalité (généralement une ville pauvre qui a des énormes besoins d'argent) pour qu'elle en construise. L'objectif est d'empêcher carrément l'arrivée de gens "pas comme il faut" dans les banlieues.

Jon Corzine, le gouverneur du New Jersey, estime que ces accords de contribution régionale sont préjudiciables, mais n'a toujours pas approuvé la proposition de loi présentée au sénat de l'état qui l'abrogerait.

Même si Corzine change d'avis, il est peut-être naïf de penser que de telles pratiques n'existeront plus. Après tout, les banlieues ont été créées justement pour dresser des barrières entre les riches et les pauvres. C'est certainement la raison pour laquelle de nouvelles banlieues poussent comme des champignons sur des sites toujours plus éloignés, loin de la délinquance et de la misère (entendez: les pauvres noirs ou basanés) qu'on trouve dans des villes. Mais c'est un fait également que des populations moins fortunées s'acheminent quand même lentement mais sûrement vers les banlieues. Jonathan Lange, qui s'occupe de la Fondation pour les Zones Industrielles, travaille dans deux des régions les plus riches du pays: les comtés d'Howard et de Montgomery dans le Maryland. Dans ces deux endroits, la pauvreté est "peu visible, difficile à atteindre et extrêmement difficile à encadrer" dit il. Et pourtant, elle existe.
Récemment, un pasteur que connaît Lange a appris qu'il y a, à Oakland Mills, un lycée du comté d'Howard, des dizaines d'enfants sans abri. Certains de ces enfants dorment dans des voitures d'autres dans des motels bon marché, chose inconcevable pour beaucoup de leurs camarades de classe, peut-être mais qui est de plus en plus symptomatique de la population des banlieues à l'heure actuelle.

Eyal Press is a Nation contributing writer.

NOTES:

USA : 40 millions d’emplois délocalisables

http://contreinfo.info/article.php3...

Trade Adjustment Act: compensation financière ou programmes de recyclage mis en place par le gouvernement US pour compenser les pertes d'emplois dues à la libéralisation du commerce et aux délocalisations. (En Europe a été mis en place le Fonds d'Ajustement à la mondialisation).

Banlieues en Amérique (en anglais):

http://en.wikipedia.org/wiki/Suburb...

http://en.wikipedia.org/wiki/Exurb

photo-1suburbs-wb.jpg
suburbs. FerOx
SOURCE: http://www.subgenius.com/bigfist/pi...
La banlieue, telle qu'elle était présentée.

Petit résumé des docs à disposition (dont les parties non traduites de l'article ci-dessus)

Aux USA, les classes moyennes aisées, essentiellement blanches, sont allées s'installer à partir des années 70 à l'extérieur des villes, dans la banlieue ("suburbs") créant la première ceinture ("first ring"). Au fur et à mesure, les plus nantis se sont éloignés, créant d'autres banlieues, toujours plus excentrées et autonomes. La dernière génération s'appelle "exurbs", petit "paradis" artificiel avec des maisons énormes équipées high-tech et des 4X4 garés devant la porte.

Dans ces banlieues éloignées, en particulier, la voiture est le seul moyen de transport, les infrastructures de transports publics étant peu développées, sauf dans certaines banlieues-dortoirs où les salariés se rendent dans les villes pour travailler. Sinon, se trouvent à disposition dans les banlieues des centres commerciaux ("Strip malls") et des immeubles consacrés à des bureaux (office parks). Les divertissements se limitent à des activités familiales traditionnelles, souvent liés à leur paroisse. Des méga- lieux de cultes accueillent les habitants des "exurbs" le dimanche.

Les activités culturelles et diversifiées sont très rares, comme que les bibliothèques ou les centres culturels.

Les résidents des exurbs ont voté majoritairement pour Bush aux deux élections présidentielles, bien que le fossé entre républicains et démocrates se soit réduit aux récentes élections de mi-mandat, ce qui a permis la victoire des Démocrates.

Documentaire: "The end of Suburbia". Avec l'épuisement du pétrole, les banlieues sont en danger d'extinction également.

http://www.youtube.com/watch?v=Q3uv...

Small Town Project. Social responsibility
http://www.smalltownproject.org/200...

Autres docs:
http://www.martinfrost.ws/htmlfiles...

photo-2-denver_suburbs-wb.jpg
Denver Colorado. Banlieue.

photo Yann Arthus-Bertrand

http://www.yannarthusbertrand.com/y...

Photo 3

The New York Times Company

Il n'est pas facile, voire impossible, de faire de l'exercice dans les banlieues. Peu d'espaces verts, des maisons construites dans des impasses, et souvent, il n'y a même pas de trottoirs - l'espace étant réservé pour garer la (les) voiture (s).

Il faut se rendre partout en voiture : pour aller travailler, emmener les enfants à l'école, faire les courses … ou aller faire du sport (certains en sont même réduits à faire du jogging dans les allées des centres commerciaux!). Parfois même si les écoles sont à proximité, les enfants utilisent le ramassage scolaire, le trajet à pied (ou à vélo) étant trop dangereux.

Résultat: le tout automobile entraîne des problèmes de santé importants(angoisse, dépression, hypertension, obésité – en particulier chez les enfants). Les femmes qui ne travaillent pas se plaignent d'isolement et les enfants s'ennuient. Mais, dans l'esprit de l'Amérique "mainstream" (traditionnelle), rien ne vaut la banlieue.

(D'après l'article publié dans le NY Times; September 4, 2003; As Suburbs Grow, So Do Waistlines; By BRADFORD McKEE)