Grands groupes américains: maîtrise des coûts et coups tordus
Par emcee le dimanche 8 avril 2007, 20:05 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Afin d'éponger le déficit accumulé fin 2006, Circuit City, un grand groupe
américain de l'électronique, débauche les employés les mieux rémunérés pour les
remplacer par des employés qu'ils paieront deux fois moins.
Dans sa grande clémence, l'entreprise acceptera que les néo- licenciés
reviennent frapper à leur porte pour retrouver leur poste - au tarif des
nouvelles embauches, évidemment.
Rien n'arrête ces requins.
“Cost Containment” at Circuit City
par Sharon Smith
Article paru dans: www.dissidentvoice.org
5 avril 2007
First Published in Socialist Worker: http://www.socialistworker.org/
La "maîtrise des coûts" selon Circuit
City
En janvier dernier, Bobby Young, salarié de Circuit City recevait un
certificat d'excellence pour ses 20 ans de bons et loyaux services dans un des
magasins de la compagnie, à Roanoke, en Virginie. Et le 28 mars, on lui
remettait un avis de licenciement.
Quand ce père de 2 enfants de 47 ans est arrivé au travail ce matin là, on
lui a donné une lettre adressée mystérieusement à "la personne intéressée" qui
expliquait que la compagnie annulait son contrat et que la mesure prenait effet
immédiatement. Ce même jour, 3400 employés de Circuit City dans tout le pays
apprenaient la nouvelle de leur licenciement – avant d'être escortés jusqu'à la
porte de sortie par la direction.
Bob Cimino, le porte parole de la compagnie a annoncé brutalement que ces
licenciements en série, qui concernaient les employés des magasins les plus
chevronnés et les mieux rémunérés, faisaient partie d'une "initiative de
gestion des salaires" visant à les remplacer par du personnel qui serait
embauché au salaire minimum. "Cela n'a rien à voir avec leurs qualifications ni
s'ils sont efficaces ou non", a déclaré Cimino. Les employés licenciés
représentent environ 8% de l'ensemble des 40.000 salariés des 650 magasins du
plus grand détaillant en électronique aux Etats-Unis après Best Buy. Mais ces
employés, explique la compagnie, étaient payés "bien au-dessus des tarifs en
vigueur sur le marché pour leur fonction"
D'après Bloomberg News, cependant, le salaire à Circuit City est en moyenne
de 10 à 11 dollars de l'heure – ce qui correspond, justement, au salaire moyen
en vigueur. Au bout de 20 ans de carrière, Young gagnait 18 dollars, 90 cents
de l'heure, avec, en plus, la sécurité sociale. Ceux qui les remplaceront
toucheront moins de la moitié de ce salaire, sans assurance maladie.
La compagnie acceptera avec bienveillance que ses anciens employés
soi-disant surpayés postulent à nouveau pour retrouver leurs anciens postes –
mais, au salaire de base et après avoir subi 10 semaines de chômage pénibles.
Richard O’Neal, un employé licencié de Los Angeles a appris qu'il pourrait par
la suite postuler à nouveau pour son poste, s'il est prêt à travailler pour 7
dollars 50 cents de l'heure, le salaire horaire minimum en
Californie.
Mais la compagnie a refusé d'en dire plus sur ces ruptures de contrats.
Jackie Foreman, porte parole de l'entreprise, par exemple, a dit aux
journalistes qu'elle ignorait à partir de quand les prestations maladie ne
seraient plus versées aux nouveaux licenciés.
Savoir cela aurait pu permettre à Jim Hammon, employé en Pennsylvanie (qui
il y a à peine trois mois a été opéré d'un cancer), de prendre en compte sa
condition de chômeur. "Je n'ai pas les moyens de rester sans travail" dit
Hammon, lui et sa femme étant "endettés jusqu'au cou" pour rembourser les frais
médicaux.
Pas plus tard que septembre dernier, Circuit City croulait sous les
bénéfices et la direction se répandait en éloges à l'égard de ses
salariés."Grâce au travail acharné et à la motivation de nos employés dans tous
les Etats-Unis, nous avons pu réaliser nos objectifs: une forte croissance du
chiffre d'affaires net, des bénéfices bruts stables et des dépenses
maîtrisées", roucoulait Philip J. Schoonover, le super-PDG. Mais ces six
derniers mois n'ont pas été tendres avec les marges bénéficiaires de Circuit
City quand les spécialistes de la grande distribution, Wal-Mart et Target, ont
cassé les prix des télévisions à écran plat à la période des fêtes.
L'entreprise a annoncé en décembre son premier déficit depuis 9 mois tout en
préparant les investisseurs à d'autres mauvaises nouvelles après ce fiasco
imprévu pendant la période des fêtes. Les licenciements en série sont la pièce
maîtresse d'un plan de restructuration qui permettrait, au distributeur
d'économiser 250 millions de dollars dans les deux prochaines années.
Peut–être les employés licenciés seraient-ils moins amers si les cadres de
Circuit City s'étaient montrés un peu plus disposés à partager la charge de la
maîtrise des coûts. Après tout la direction porte bien plus la responsabilité
de la récente baisse que subit la compagnie que les salariés qui peinent pour
gagner leur croûte.
Schoonover et le PDG W. Alan McCollough ont, en fait, empoché à eux deux
près de 10 millions de dollars de compensation l'an dernier – dont 96000
dollars environ pour l'utilisation du jet de la compagnie pour Schoonover.
Schoonover s'attend probablement à recevoir une nouvelle augmentation cette
année pour son audacieux programme de "maîtrise des coûts". "Je suis effondré.
Je ne sais pas ce que je vais faire" disait Bobby Young, au moment où il a
appris qu'il était licencié. "Ce qu'ils m'ont fait ce n'est pas l'American
way".
Et en effet, les classes dirigeantes ont depuis longtemps modifié
"l'American way" de traiter les affaires.
Les décennies passées à briser les syndicats ont abouti à une désyndicalisation
massive, avec seulement 7,4 % de syndiqués dans le secteur privé, l'an
dernier.
Les organisations syndicales se sont battues pour qu'une vie de dur labeur
soit récompensée par la reconnaissance de l'ancienneté et un salaire plus
élevé. Mais, avec la baisse du taux de syndicalisation, ce principe se heurte à
la nouvelle idéologie des entreprises qui cherchent à se débarrasser de leurs
employés les plus fidèles et les plus productifs. Depuis 1973 la productivité a
augmenté de plus de 70% aux Etats-Unis et pourtant, le salaire moyen est
aujourd'hui inférieur à celui de 1973.
Les 3400 salariés de Circuit City servent de cobayes à la dernière
expérimentation sur la recherche de réduction radicale des salaires. Le secteur
privé en Amérique ne s'accommode plus du système de rémunération actuel à deux
vitesses avec des salaires réduits pour les nouvelles générations de
travailleurs et la possibilité pour les anciens de conserver un salaire plus
élevé jusqu'à la retraite. Si Circuit City accroît ses bénéfices en licenciant
les employés les mieux payés, cela deviendra finalement la nouvelle recette des
entreprises pour réduire le niveau de vie de la classe ouvrière.
Si ce n'est pas le cas, peut-être qu'on se satisfera de la méthode plus
subtile de Wal-Mart. L'été dernier, l'entreprise Wal-Mart a tout simplement
cessé d'accorder des augmentations de salaires à ses plus anciens employés leur
faisant clairement comprendre qu'elle se passe de leurs services. Aujourd'hui,
les entreprises préfèrent avoir de la main d'œuvre débutante interchangeable
plutôt que des salariés fidèles.
S'il n'y a rien pour l'arrêter, on peut s'attendre à ce que cette tendance
s'accélère. Les chiffres de l'Internal Revenue Service montrent que le fossé
entre les classes sociales s'est sensiblement élargi en 2005: les 1% de la
population américaine qui ont un revenu supérieur à 348000 dollars ont touché
la plus grande part du revenu national depuis 1928, juste avant la Grande
Dépression.
Seuls les syndicats, à l'époque comme aujourd'hui, peuvent rétablir un
équilibre des forces car la cupidité des entreprises est apparemment sans
limite.
Sharon Smith is a columnist for Socialist Worker and author of
Women’s Liberation and Socialism, a new collection of essays that will
be published by Haymarket Books. This article first appeared on the SW website:
www.socialistworker.org. Thanks to Alan
Maass.
Notes complémentaires
L'assurance médicale aux Etats-Unis
http://www.ligueantiamericaine.com/...
Le candidat agité verticalement désavantagé propose une franchise médicale.
Les prolos qui s'apprêtent à voter pour lui se préparent à une énorme
déconvenue. Il n'y a rien pour eux dans sa hotte.
http://lemondecitoyen.com/2007/04/0...
.........................................................................................................................................
Complément de lecture
Voici quelques excellents articles fort bien
documentés:
L’Amérique pauvre des super riches, Marco D’ Eramo.
http://www.legrandsoir.info/article...
L’organisation des soins aux Etats-Unis : la sacralisation du
« tout privé », par José Caudron.
http://www.legrandsoir.info/article...
La main-d’oeuvre américaine bat en retraite devant les forces de la
mondialisation qui diminuent leur salaire et leur protection sociale, par David
Streitfeld - Los Angeles Times.
http://www.legrandsoir.info/article...
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