Bush et la lutte contre le SIDA: la vertu tue-t-elle?
Par emcee le dimanche 25 mars 2007, 23:22 - Lien permanent
George Bush a largement augmenté les fonds destinés à l'aide extérieure en
2003. Parallèlement, cependant, il a fait voter la loi " Aids Leadership Act",
qui comporte une clause interdisant de subventionner les associations
humanitaires de santé qui encouragent l'avortement ou qui viennent en aide aux
travailleurs du sexe. Par ailleurs, un pourcentage des crédits doit être dévolu
aux prêches sur l'abstinence. Tout cela pour satisfaire les bigots qui ont voté
massivement pour lui.
Charité bien ordonnée …
Traduction de: "Bush’s Foreign Aid Surge: A New Era of
Responsibility to Fight HIV/AIDS in Africa or Bush’s Broken
Promise?"
par Aaron Sussman
paru dans: www.dissidentvoice.org
Le 18 mars 2007
Importante augmentation de l'aide extérieure des Etats-Unis: une
nouvelle ère de responsabilité dans la lutte contre le VIH/SIDA ou la promesse
non tenue de Bush?
La majorité des débats sur la politique étrangère du président GWB tournant
autour de l'invasion si décriée de l'Irak, du conflit actuel en Afghanistan et
de la tension croissante en Iran, les médias et la population s'intéressent peu
aux politiques que mène ce gouvernement en Afrique dans le cadre de la lutte
contre le HIV/SIDA. Bush, à l'origine de la décision d'augmenter sensiblement
l'aide américaine en Afrique, a fait passer les aides au développement direct
et à l'aide humanitaire de 1,4 milliards de dollars en 2001 à plus de 4
milliards de dollars par an, grâce la loi "Aids leadership Act" de
2003.
Derrière ces chiffres impressionnants, cependant, il y a des questions
sous-jacentes qui ont indigné certaines organisations internationales de santé,
ce qui a provoqué une polémique sur la distribution des aides et les priorités
à donner. Une des clauses les plus controversées du Leadership Act stipule que
les fonds fédéraux ne doivent pas être attribués "à un groupe ou à une
organisation qui ne s'oppose pas explicitement à la prostitution et au trafic
sexuel". Une telle clause, actuellement au cœur d'une bataille juridique, a
contribué à saboter l'efficacité de l'aide extérieure en matière de lutte
contre l'épidémie de VIH/Sida en Afrique.
C'est lors de son discours sur l'état de l'Union en 2003 que Bush a proposé
le Leadership Act, en disant que ce programme complet évitera 7 millions de
contaminations nouvelles, offrira un traitement à au moins 2 millions de
personnes et fournira du personnel pour s'occuper des malades du sida et des
enfants qui ont perdu leurs parents à cause du SIDA." Bush s'est félicité de la
réussite de ce projet de subvention de 15 milliards de dollars étalée sur 5 ans
dans son discours sur l'état de l'Union en 2007, affirmant que "le nombre de
personnes qui bénéficient d'un traitement efficace est passé de 50 000 à plus
de 800 000 en trois ans à peine.". Peu de gens savent que ces efforts sont
largement dus aux chrétiens (qui ont soutenu Bush en 2004) et à qui on rend
rarement hommage pour leur rôle dans la lutte mondiale contre le
SIDA".
Si les politiques de Bush ont enregistré des progrès sensibles, elles ont
fait également l'objet de sévères critiques, les stipulations d'ordre moral du
programme ayant entravé les organisations humanitaires et causé la mort d'un
nombre incalculable de personnes.
La façon dont les pays riches comme les US contribuent à l'aide extérieure a
été vivement critiquée par ceux qui disent que l'aide est bien insuffisante et
qu'elle est "essentiellement destinée à servir les intérêts économiques et
stratégiques des pays donateurs ou à profiter à de puissants groupes d'intérêts
de ces pays".
Pour servir ces intérêts, il faut souvent adhérer à certaines conditions,
comme par exemple, celles qui obligent les gouvernements à "ouvrir leur pays
aux marchés extérieurs et aux investisseurs étrangers" et à accepter la règle
de "protection des brevets" pharmaceutiques, ce qui leur barre l'accès aux
traitements bon marché.
D'après Nii Akuetteh, directeur d'Africa Action, "il faut accepter ces
contreparties et ceux qui bénéficient en général d'aides plus importantes sont
les pays qui libèrent leurs marchés pour que les compagnies américaines
puissent venir privatiser l'eau et l'électricité, par exemple, ou avoir accès à
certaines ressources".
Parmi les conditions qui font le plus de dégâts, il y a celles qui imposent
un dogme de moralité, comme la clause du Leadership Act sur les travailleurs du
sexe. Une clause qui était appliquée naguère.
Souvent, un pourcentage fixe de l'aide extérieure des États-Unis pour la
prévention du HIV/SIDA doit être attribué aux programmes d'abstinence, même si
de nombreux spécialistes de santé affirment qu'il y a des méthodes plus
efficaces. La politisation de l'aide extérieure dans certains domaines de la
santé remonte à la "Mexico City Policy", introduite par Ronald Reagan en 1984.
Cette politique interdisait aux bénéficiaires des dons américains pour le
planning familial international d'inclure l'avortement dans leurs programmes de
quelque manière que ce soit, même s'il ne s'agissait que de l'évoquer en
consultation. Cette loi internationale du bâillon ("global gag rule"),
retirée par Clinton mais ressuscitée par Bush, est responsable de la fermeture
de centres de soins médicaux vitaux, dont 5 au Kenya, qui étaient pour certains
"les seuls services de médecine de la reproduction de la région accessibles aux
pauvres". Le Leadership Act est calqué sur ce modèle avec des conséquences
dramatiques et une légalité discutable.
De nombreuses organisations ont condamné cette loi, et deux actions en
justice sont actuellement en cours, intentées par l'"Alliance for Open Society
International" et "DKT International", deux organisations qui luttent
activement contre la propagation du Sida en Afrique. L'an dernier, plus de 200
organisations humanitaires et caritatives ont signé une lettre à Bush pour
dénoncer la clause sur les travailleurs du sexe. De nombreuses organisations,
soutenues par l'ACLU, le Syndicat pour les libertés des citoyens américains, y
accusent la loi de violer les droits inscrits dans le Premier Amendement de la
constitution sur les organisations américaines.
D'après DKT International, le Leadership Act "porte atteinte à la liberté
d'expression de l'organisation pour d'autres programmes pour lesquels elle ne
reçoit pas d'aides fédérales et la contraint à tenir un discours qu'elle
n'approuve pas forcément". Bien que deux tribunaux fédéraux aient statué que la
politique de la loi transgressait le Premier Amendement, la cour d'Appel du
District de Columbia a annulé, le 27 février 2007, la décision prise dans l'
affaire DKT International.
DKT International, dont environ 16% du budget provient de l'aide versée par
USAID (United States Agency for International Development), a refusé de signer
l'engagement prévu par le Leadership Act, disant qu'il aurait pour effet de
"stigmatiser et d'exclure un grand nombre de ceux qui font partie des
populations à risque: les travailleurs du sexe". C'est la même inquiétude qui,
pour soutenir l'action de l'ACLU, a motivé les 25 organisations signataires du
dossier des "amis de la cour", réalisé avec le concours de groupes et de
personnalités divers comme La Fondation Américaine de la Recherche sur le SIDA,
Le Service Mondial des Juifs Américains, Docteurs pour les Droits Humains, le
docteur Jim Young Kim, président du Département de Médecine de Harvard de la
Médecine Sociale. D'après l'ACLU, "De nombreux organismes qui luttent contre la
propagation du VIH/sida vont souvent au devant des professionnels du sexe pour
leur distribuer des préservatifs et leur proposer de l'information sur les
mesures à prendre pour éviter les comportements à risque".
Cet argument a été mis en avant par Chris Beyrer, directeur et fondateur du
Centre pour la Santé publique et les Droits Humains à la "Johns Hopkins
Bloomberg School of Hygiene and Public Health", au cours d'une audience du
procès de l'"Alliance for Open Society International, Inc. contre USAID".
Beyrer cite les propres conclusions de l'USAID pour étayer sa déclaration:
"Offrir aux travailleurs du sexe une formation, des préservatifs, et d'autres
dispositifs de prévention est un moyen très efficace pour réduire la
propagation de la maladie au sein de ce groupe et de la population en général
(UNSAID, 2001,2004). Il faut impérativement que les membres des groupes à
risque, comme les travailleurs du sexe, participent aux programmes de
prévention (USAID, 2001)".
C'est USAID, en fait, qui a publié un rapport très intéressant pour
expliquer que ce sont la stigmatisation et la discrimination qui "poussent les
groupes à risque (par exemple, les travailleurs du sexe et ceux qui se droguent
par voie intraveineuse) à entrer dans la clandestinité, ce qui les rend
difficiles à contacter pour leur parler de prévention et qui crée ainsi des
occasions supplémentaires au VIH/SIDA de se propager au reste de la
population". Si les aspects politiques de cette question soulèvent une vive
polémique, les spécialistes de la santé sont, néanmoins, s'accordent presque
tous à dire que cette clause du Leadership Act est peu judicieuse et
dangereuse.
La plupart des spécialistes souscrivent aux propos de Paul Zeitz de "Global
AIDS Alliance" qui dit que les épidémies de VIH/ SIDA qui se développent le
plus rapidement "commencent dans le milieu des travailleurs du sexe dans les
pays émergents, et que, donc, la politique du gouvernement Bush créerait une
crise encore plus importante".
Des organismes comme DKT International travaillent essentiellement dans ces
pays à risque comme le Soudan et l'Ethiopie, qui ont les taux de contamination
les plus élevés. D'après Beyrer, des institutions comme l'Organisation Mondiale
de la Santé, UNAIDS, et la Banque Mondiale encouragent les actions auprès des
travailleurs du sexe, estimant que ce sont des moyens efficaces de lutte contre
l'épidémie. Cette efficacité a été clairement établie dans des pays comme le
Brésil (qui a refusé d'accepter les 40 millions de dollars d'aide des USA à
cause des restrictions) et en Thaïlande; cette dernière, qui connaissait des
taux de contamination record de 12% en 1991 chez les militaires, a vu chuter ce
taux à moins de 1% dix ans plus tard, cela grâce aux programmes s'adressant aux
travailleurs du sexe. D'après Lewis, "il ne fait aucun doute que la pénurie de
préservatifs en Ouganda est due aux politiques américaines. Imposer une
politique reposant sur un dogme partisan fait des dégâts en Afrique".
Le fait que ce gouvernement, malgré ces restrictions nuisibles et la
prédilection pour des politiques de moralité qui prévalent sur la sauvegarde de
vies humaines, ait fait plus d'efforts pour aider les victimes du VIH/SIDA en
Afrique que n'importe quel autre gouvernement montre le peu d'efficacité des
politiques menées par l'Amérique et les autres pays riches. Que le Leadership
Act méprise l'avis des spécialistes de la santé pour complaire à ceux qui
désapprouvent la prostitution pour des questions de moralité, cependant, c'est
outrancier, voire anti-constitutionnel. Pour qu'il y ait de réels progrès dans
la lutte contre le VIH/SIDA et les autres maladies qui rongent les pays
pauvres, en Afrique et ailleurs, les Etats-Unis et d'autres pays doivent
collaborer avec les associations locales et les spécialistes de la santé, même
si cela doit se faire aux dépens de soutiens politiques ou
financiers.
La réussite de ces programmes, indéniable pour les associations, a, de plus,
encouragé les travailleurs du sexe à créer leurs propres groupes pour lutter
contre la propagation du virus. Dans l'état de Maharashtra, en Inde, "SANGRAM",
un collectif de travailleuses du sexe, compte actuellement des milliers
d'adhérentes. "SANGRAM, qui mène une lutte acharnée contre la propagation du
SIDA, obtient de bons résultats, ce qui lui a valu un certain nombre de
récompenses internationales. Et malgré cette réussite évidente, aucune
organisation subventionnée par le Leadership Act, ne pourrait travailler avec
un groupe comme Sangram.
Les effets délétères de ces mesures qui consistent à imposer des conditions
politiques à l'aide extérieure sont évidents. La clause du Leadership Act
concernant les travailleurs du sexe pourrait faire des dégâts dans les pays qui
commençaient à s'en sortir comme en Ouganda, un des seuls pays africains où les
taux de contamination avaient baissé mais qui connaît actuellement une
recrudescence de la contamination, due en partie à la politique américaine.
Stephen Lewis l'envoyé spécial du Secrétaire Général de l'ONU pour le VIH/SIDA
en Afrique, estime que le fait que les subventions américaines privilégient les
programmes d'abstinence aux dépens de l'achat de préservatifs est en partie
responsable de la grave pénurie de préservatifs.
NOTES:
Amicus curiae du latin signifiant « ami de la
cour » (friend of the court) consiste en des documents envoyés au
tribunal par un individu ou une organisation afin de fournir des arguments
supplémentaires dans un cas particulier auxquels les juges peuvent se référer
avant de prendre leur décision.
Voir sur le site "Arcat-santé http://www.arcat-sante.org/, un rapport très
documenté sur le plan d'urgence de Bush.
http://www.arcat-sante.org/publi/do...
ET EN ANGLAIS:
The Two Faces of George Bush in Africa
http://www.commondreams.org/views03...
The Bush AIDS Machine
http://www.thenation.com/doc/200412...
GAO Criticizes Bush's AIDS Plan
http://www.washingtonpost.com/wp-dy...
PEPFAR: Emergency Plan for AIDS Relief
http://www.avert.org/pepfar.htm
Bush On Condoms/AIDS
http://www.bushwatch.com/condoms.ht...
Commentaires
"(...)les politiques de Bush (...) ont (...) causé la mort d'un nombre incalculable de personnes."
Qu'est ce qui prouve cette idée ?? Avez-vous des preuves irréfutables pour avancer cela ?
Qu'entendez-vous pas "incalculable" ? Beaucoup ou tout simplement incalculable ?
Merci.
Incalculable parce que difficile à comptabiliser.
Quand les préservatifs font défaut, par exemple, comment savoir combien de personnes supplémentaires ont été contaminées?
Et quel est l'impact sur les leçons de morale sur l'abstinence, en lieu et place d'une politique de prévention réaliste?
Etc.
Addendum
Au troll de service: je rappelle qu'il s'agit ici d'une traduction et que, donc, je ne fais que répercuter ce qui a été écrit en anglais (mais que j'ai sélectionné). Pour des explications plus approfondies, voir l'auteur (il y a une adresse mail où le joindre). Et se colleter avec lui!
De plus, j'ai donné des liens très complets sur le sujet. Peut-être devrait-on les lire pour comprendre. Si c'est possible.
Quant à la charité religieuse, j'ai de grands doutes sur la sincérité des objectifs.
Voir ici: http://www.rationalistinternational.net/article/20031024_fr.htm
Que pensez-vous de l'initiative du directeur de Coca-Cola Afrique qui a annoncé qu'il allait bientôt commencer à distribuer des préservatifs avec ses bouteilles ?
Merci.
Que pensez-vous du fait qu'en Ouganda, les premiers rapports sexuels sont plus élevés en âge qu'autrefois ainsi qu'il y en ait beaucoup moins au niveau extra conjugal ?
Pensez-vous que ces faits sont les fruits de politiques de prévention (sans influence de la religion) ou de politiques de simple bon sens moral (avec influence de la religion), ou des deux ?
Merci.
Pour l'initiative de coca cola je pense que c'est une bonne chose vue la notoriété de cette boisson dans le monde.On pourra toucher le maximum de personne en se faisant