Farm Bill 2007 aux Etats-Unis: l'agrobusiness se fera-t-il moins de blé sur le dos des agriculteurs de la planète?
Par emcee le mercredi 14 mars 2007, 14:48 - Continents à la dérive - Lien permanent
Rien n'est moins sûr. Pendant ce temps, les petits agriculteurs, et en
particulier ceux du Tiers Monde, se retrouvent avec leur production sur les
bras, vendent à perte ou sont obligés d'accepter des tarifs qui ne leur
permettent pas d'engranger quelques (maigres) bénéfices.
Les multinationales et les grandes exploitations agricoles, américaines et
européennes, principales bénéficiaires des subventions agricoles, se sont
réservé la part du lion.
Les Américains se penchent actuellement sur la réforme de leurs lois
agricoles qui seront en vigueur ces cinq prochaines années. Mais, y aura-t-il
"réforme" ou petites mesurettes démagogiques?
Voici pour tous ceux qui ne savent pas que les résolutions états-uniennes et
européennes ne laissent aucune chance aux autres de s'en sortir dignement. A
tous les niveaux.
Et pour faire bonne mesure, ceux qu'on étrangle dans leur propre pays, que
ce soit pour s'emparer de leurs ressources et de leurs services publics en
échange de la "dette", pour les empêcher de faire du commerce, pour les montrer
du doigt comme étant incapables de se gérer, eh bien, ceux-là mêmes qui
cherchent à s'enfuir pour accéder à une vie moins misérable sont les premiers à
se retrouver devant les portes closes d'un Occident bouffi de certitudes et de
mépris.
Traduction de: "Is the US Killing African Farmers?" par Katie Danko
le 8 mars 2007
Les Etats-Unis assassinent-ils les agriculteurs
africains?
Terry Steinhour et sa femme Phyllis cultivent environ 350 hectares à
Springfield, Illinois, centre d'une région productrice de maïs. Les Steinhour
sont respectés dans leur localité du centre de l'Illinois et Terry est actif au
sein de sa paroisse et de l'association des agriculteurs de l'Illinois. Depuis
ces six derniers mois, Terry milite également activement pour une réforme de la
politique agricole américaine. "Celle-ci devrait répondre aux besoins des
petits agriculteurs, pas aux exploitations à échelle industrielle" dit il. En
juillet 2006, le point de vue de Terry sur la politique agricole s'est élargi
quand il s'est rendu en Afrique Occidentale avec Oxfam America, une agence
internationale de développement. Terry est allé avec quatre autres agriculteurs
au Sénégal et au Mali où il a rencontré des agriculteurs africains et des
responsables locaux pour discuter des conséquences qu'ont les politiques
agricoles américaines sur le reste de la planète. Ils ont tous livré le même
message: "Faites quelque chose pour vos subventions agricoles …elles nous
assassinent".
"Nous avons tous été sidérés par ce que nous y avons vu. Dans un des
nombreux articles consacrés à son voyage qu'il a découpés dans le Lincoln
Courier, il y a une photo saisissante de Terry qui mange avec les habitants
d'un village du Mali en piochant avec les doigts de la viande et du riz dans un
saladier.
"Je n'avais entendu parler qu'à la télé ou dans les infos de la société
africaine " raconte Terry, "où, nous disait-on, régnait une extrême pauvreté".
Cette expérience a transformé sa vie, surtout quand il a appris que les
communautés agricoles du monde entier sont directement concernées par les
décisions prises par les autorités américaines.
Un autre fait saisissant c'est qu'un cinquième de la population (plus d'un
milliard de personnes) vit avec moins d'un dollar par jour. La grande majorité
de ces personnes vit dans des zones rurales et dépend de l'agriculture pour
vivre. A cause de pratiques commerciales injustes, les familles les plus
pauvres de la planète se retrouvent enfermées dans une spirale de
pauvreté.
Il est choquant que les aides gouvernementales quotidiennes attribuées à une
vache européenne soient en moyenne supérieures au salaire que touche la moitié
de la population mondiale. Soutenus par les aides gouvernementales, les
agriculteurs européens et américains mettent sur les marchés mondiaux des
produits à bas prix, souvent à un prix bien inférieur au coût de production, ce
qui empêche les agriculteurs des pays en voie de développement, ainsi que la
majorité des petits exploitants agricoles en Amérique, de vendre leurs produits
et encore moins de rivaliser.
En 2005, les Etats-Unis ont distribué près de 24 milliards de dollars en
aides agricoles, qui ont pour la plupart profité aux grands groupes de
l'agro-alimentaire comme Monsanto, Cargill ou Archer Daniels Midland (ADM).
Terry Steinhour reçoit, lui aussi, des aides de l'Etat. "Cela ne me plaît pas
d'être subventionné" dit il, "mais j'encaisse les chèques quand même". Pour
Terry et les autres agriculteurs du Midwest, les aides sont une question de
survie. "Je préfèrerais et de loin obtenir un prix décent pour ma production
agricole et ne plus avoir besoin de toucher le chèque de l'Oncle Sam", explique
–t-il.
Terry indique que beaucoup de producteurs de maïs du centre de l'Illinois ne
réalisent qu'un petit bénéfice, et même essuient des pertes sèches. Tous ceux
que je connais ont des revenus complémentaires en dehors de l'agriculture pour
s'en sortir. Il faut qu'il y ait une sorte de filet de sécurité pour les
agriculteurs américains mais le système actuel force les agriculteurs à la
surproduction, ce qui fait baisser les prix sur le marché. J'ai eu de la chance
cette année avec l'essor du bioéthanol mais qui sait si cela va
durer.
Avant que le prix du maïs n'augmente grâce au bioéthanol, Terry réalisait un
petit bénéfice sur chaque arpent cultivé. Terry craint que, les prix étant
artificiellement élevés, la demande de maïs ne perdure pas.
"La politique agricole américaine pousse à la surproduction de produits
marchands, ce qui a des conséquences graves sur le Tiers Monde et sur
l'alimentation de la population américaine, explique Michael Pollan,
journaliste et auteur du "Dilemme de l'Omnivore". Les prix de la restauration
rapide et de la viande ont baissé alors que les prix des fruits et des légumes
ont, eux, augmenté. Qu'est ce que cela veut dire? Que la politique agricole
actuelle subventionne peu l'agriculture et les productions locales.
Par une chaude journée, dans le village de Dafara au Mali, pays de l'Afrique
Occidentale, toute la population a expliqué, dans un exposé bien préparé, à
Terry et à ses compagnons de voyage que la politique agricole américaine
faisait baisser les prix de leur coton. Un des villageois s'est levé et a dit:
"Tout ce que faisons, c'est travailler dur. Pouvez vous faire quelque chose
auprès de votre gouvernement pour que je puisse tirer quelque chose de mon
travail?"
Il n'a pas été facile, au début, à Terry de mettre en parallèle ses graves
difficultés et celles de Seydou Ouedraogo, un petit producteur de coton du
Burkina Faso, qui espère pouvoir un jour vivre au niveau du seuil de pauvreté,
au lieu de bien en dessous, comme actuellement. En discutant avec lui, Terry a
compris les conséquences de l'agriculture subventionnée sur les pays (et les
populations) du monde entier. Comme Terry, Seydou subvient aux besoins de sa
famille grâce à sa propre production. Comme la plupart des agriculteurs de la
région, il cultive à la fois de quoi nourrir sa famille et, sur environ 5
hectares de terrain, du coton destiné à la vente. Contrairement à Terry, Seydou
ne reçoit pas de subventions.
Le coton est de loin la plus grosse production de marchandises destinées à
la vente en Afrique occidentale. Quand on a payé les semences et les engrais,
il ne reste pas grand-chose. Vendre 20 cents la livre de coton, c'est le rêve
de Seydou; l'an dernier, il en a obtenu 17,5 cents par livre. Cependant, les
projections sont beaucoup plus basses cette année et Seydou ne pense pas
dépasser 10 cents la livre. Les USA distribuant jusqu'à 14 milliards de dollars
par an de subventions aux producteurs de coton américains pour produire plus
que les besoins du marché, le rêve de Seydou n'est pas près de se
réaliser.
"Comment peut-on venir en aide à ceux qui sont plus malheureux?", dit Terry,
"je vais continuer à collaborer avec Oxfam pour faire changer la politique
agricole en Amérique. C'est la seule solution pour aider les pays du Tiers
Monde."
Bientôt vont débuter les négociations sur la loi agricole (la "Farm Bill")
qui régit pendant 5 ans la politique agricole et agroalimentaire en Amérique.
Terry et d'autres vont s'efforcer avec Oxfam America de mobiliser les gens et
de faire pression sur des personnalités influentes du Congrès pour qu'ils
réduisent les subventions qui poussent à la surproduction et redistribuent cet
argent afin d'aider les petites entreprises et les agriculteurs de cultures
biologiques diversifiées, pour créer des infrastructures rurales et des
programmes de protection de la nature qui sensibiliseraient les agriculteurs à
la défense de l'environnement. Terry compte prendre la route pour aller faire
des conférences sur son expérience. Il a promis d'aller à la rencontre des gens
chaque fois qu'il en trouvera pour l'écouter expliquer les difficultés
abominables que rencontrent les agriculteurs de l'Afrique occidentale et les
conséquences considérables de la Farm Bill de l'Amérique, ce que beaucoup de
citoyens doivent probablement ignorer en général.
"La Farm Bill a été une aubaine pour la population des états agricoles",
continue Michael Pollan, "mais ce n'est pas seulement une loi sur
l'agriculture, c'est aussi une loi sur l'alimentation". Cette loi englobe les
programmes de nutrition et d'alimentation aux Etats-Unis et détermine
exactement ce qu'il y aura dans l'assiette des Américains. Pollan affirme que
davantage de personnes veulent actuellement changer la politique agricole et
agroalimentaire parce qu'elles sont sensibilisées aux problèmes d'obésité, de
diabète et des conditions de vie des pauvres, à la fois ici et dans les pays en
voie de développement. D'après Pollan, il est stimulant que même un organisme
international comme Oxfam participe à ce débat sur les produits alimentaires et
l'agriculture.
Terry convient que la Farm Bill de 2007 donne une grande occasion de s'unir.
"Des groupes de divers horizons, comme les agriculteurs, les communautés
religieuses et les citadins commencent à se rendre compte que cette loi a des
conséquences importantes sur la vie de beaucoup de monde sur toute la planète
et que le moment est venu de réaliser une meilleure loi agricole et un monde
meilleur".
Katie danko est l'organisatrice d'Oxfam America pour le MidWest et elle
s'occupe principalement de la campagne d'Oxfam pour la réforme de la Farm Bill
2007. Elle a de l'expérience du terrain, ayant travaillé sur une série de
questions importantes comme le logement, la pollution de l'eau et de l'air, et
la politique agricole au niveau fédéral.
Article d'abord paru dans:
http://consciouschoice.com/2007/03/...
Oxfam America:
http://www.oxfamamerica.org/fr
L’industrie semencière veut interdire aux agriculteurs de semer
leurs graines l’année suivante
par Grain
http://www.legrandsoir.info/article...
Les objectifs de production d’éthanol des États-Unis ne seraient pas
viables
http://www.lavoieagricole.ca/conten...
Traditional farm interests aren’t the only ones with something to
say about the 2007 farm bill
http://www.newfarm.org/columns/poli...
Commentaires
Emcee, vos articles sont vraiment intéressants et je vous encourage à continuer dans ce sens là.
Vous avez pu remarquer que nos opinions ne sont vraiment pas très proches, mais peut-être pas si éloignées que ça.
Je préfère largement confronter mes opinions avec celles de quelqu'un dont l'ensemble est opposé aux miennes plutôt que de me "lover" avec ceux qui partagent mes idées.
Il est toujours très utile de pouvoir, et même vital que dis-je, pour l'intelligence, de revivifier ses opinions à la lumière de la connaissance de l'Autre, surtout lorsque celui-ci est éloigné de vos ides.
L'intelligence y gagnera pour les 2 opinions, la tolérance aussi.
Concernant cet article, je n'ai rien à commenter si ce n'est que l'idée développée est en parfait accord avec ce que souhaiterait comme politique agricole un vrai libéral, au sens anglais et classique du terme et non au sens usité jours et nuits par ceux-là même qui sont mes ennemis, les idiots-utiles de la planète.
Bonne continuation à vous.
MONSANTO = imbéciles