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le 8 mars 2007

Les Etats-Unis assassinent-ils les agriculteurs africains?

Terry Steinhour et sa femme Phyllis cultivent environ 350 hectares à Springfield, Illinois, centre d'une région productrice de maïs. Les Steinhour sont respectés dans leur localité du centre de l'Illinois et Terry est actif au sein de sa paroisse et de l'association des agriculteurs de l'Illinois. Depuis ces six derniers mois, Terry milite également activement pour une réforme de la politique agricole américaine. "Celle-ci devrait répondre aux besoins des petits agriculteurs, pas aux exploitations à échelle industrielle" dit il. En juillet 2006, le point de vue de Terry sur la politique agricole s'est élargi quand il s'est rendu en Afrique Occidentale avec Oxfam America, une agence internationale de développement. Terry est allé avec quatre autres agriculteurs au Sénégal et au Mali où il a rencontré des agriculteurs africains et des responsables locaux pour discuter des conséquences qu'ont les politiques agricoles américaines sur le reste de la planète. Ils ont tous livré le même message: "Faites quelque chose pour vos subventions agricoles …elles nous assassinent".

"Nous avons tous été sidérés par ce que nous y avons vu. Dans un des nombreux articles consacrés à son voyage qu'il a découpés dans le Lincoln Courier, il y a une photo saisissante de Terry qui mange avec les habitants d'un village du Mali en piochant avec les doigts de la viande et du riz dans un saladier.

"Je n'avais entendu parler qu'à la télé ou dans les infos de la société africaine " raconte Terry, "où, nous disait-on, régnait une extrême pauvreté". Cette expérience a transformé sa vie, surtout quand il a appris que les communautés agricoles du monde entier sont directement concernées par les décisions prises par les autorités américaines.

Un autre fait saisissant c'est qu'un cinquième de la population (plus d'un milliard de personnes) vit avec moins d'un dollar par jour. La grande majorité de ces personnes vit dans des zones rurales et dépend de l'agriculture pour vivre. A cause de pratiques commerciales injustes, les familles les plus pauvres de la planète se retrouvent enfermées dans une spirale de pauvreté.

Il est choquant que les aides gouvernementales quotidiennes attribuées à une vache européenne soient en moyenne supérieures au salaire que touche la moitié de la population mondiale. Soutenus par les aides gouvernementales, les agriculteurs européens et américains mettent sur les marchés mondiaux des produits à bas prix, souvent à un prix bien inférieur au coût de production, ce qui empêche les agriculteurs des pays en voie de développement, ainsi que la majorité des petits exploitants agricoles en Amérique, de vendre leurs produits et encore moins de rivaliser.

En 2005, les Etats-Unis ont distribué près de 24 milliards de dollars en aides agricoles, qui ont pour la plupart profité aux grands groupes de l'agro-alimentaire comme Monsanto, Cargill ou Archer Daniels Midland (ADM). Terry Steinhour reçoit, lui aussi, des aides de l'Etat. "Cela ne me plaît pas d'être subventionné" dit il, "mais j'encaisse les chèques quand même". Pour Terry et les autres agriculteurs du Midwest, les aides sont une question de survie. "Je préfèrerais et de loin obtenir un prix décent pour ma production agricole et ne plus avoir besoin de toucher le chèque de l'Oncle Sam", explique –t-il.

Terry indique que beaucoup de producteurs de maïs du centre de l'Illinois ne réalisent qu'un petit bénéfice, et même essuient des pertes sèches. Tous ceux que je connais ont des revenus complémentaires en dehors de l'agriculture pour s'en sortir. Il faut qu'il y ait une sorte de filet de sécurité pour les agriculteurs américains mais le système actuel force les agriculteurs à la surproduction, ce qui fait baisser les prix sur le marché. J'ai eu de la chance cette année avec l'essor du bioéthanol mais qui sait si cela va durer.

Avant que le prix du maïs n'augmente grâce au bioéthanol, Terry réalisait un petit bénéfice sur chaque arpent cultivé. Terry craint que, les prix étant artificiellement élevés, la demande de maïs ne perdure pas.

"La politique agricole américaine pousse à la surproduction de produits marchands, ce qui a des conséquences graves sur le Tiers Monde et sur l'alimentation de la population américaine, explique Michael Pollan, journaliste et auteur du "Dilemme de l'Omnivore". Les prix de la restauration rapide et de la viande ont baissé alors que les prix des fruits et des légumes ont, eux, augmenté. Qu'est ce que cela veut dire? Que la politique agricole actuelle subventionne peu l'agriculture et les productions locales.

Par une chaude journée, dans le village de Dafara au Mali, pays de l'Afrique Occidentale, toute la population a expliqué, dans un exposé bien préparé, à Terry et à ses compagnons de voyage que la politique agricole américaine faisait baisser les prix de leur coton. Un des villageois s'est levé et a dit: "Tout ce que faisons, c'est travailler dur. Pouvez vous faire quelque chose auprès de votre gouvernement pour que je puisse tirer quelque chose de mon travail?"

Il n'a pas été facile, au début, à Terry de mettre en parallèle ses graves difficultés et celles de Seydou Ouedraogo, un petit producteur de coton du Burkina Faso, qui espère pouvoir un jour vivre au niveau du seuil de pauvreté, au lieu de bien en dessous, comme actuellement. En discutant avec lui, Terry a compris les conséquences de l'agriculture subventionnée sur les pays (et les populations) du monde entier. Comme Terry, Seydou subvient aux besoins de sa famille grâce à sa propre production. Comme la plupart des agriculteurs de la région, il cultive à la fois de quoi nourrir sa famille et, sur environ 5 hectares de terrain, du coton destiné à la vente. Contrairement à Terry, Seydou ne reçoit pas de subventions.

Le coton est de loin la plus grosse production de marchandises destinées à la vente en Afrique occidentale. Quand on a payé les semences et les engrais, il ne reste pas grand-chose. Vendre 20 cents la livre de coton, c'est le rêve de Seydou; l'an dernier, il en a obtenu 17,5 cents par livre. Cependant, les projections sont beaucoup plus basses cette année et Seydou ne pense pas dépasser 10 cents la livre. Les USA distribuant jusqu'à 14 milliards de dollars par an de subventions aux producteurs de coton américains pour produire plus que les besoins du marché, le rêve de Seydou n'est pas près de se réaliser.

"Comment peut-on venir en aide à ceux qui sont plus malheureux?", dit Terry, "je vais continuer à collaborer avec Oxfam pour faire changer la politique agricole en Amérique. C'est la seule solution pour aider les pays du Tiers Monde."

Bientôt vont débuter les négociations sur la loi agricole (la "Farm Bill") qui régit pendant 5 ans la politique agricole et agroalimentaire en Amérique. Terry et d'autres vont s'efforcer avec Oxfam America de mobiliser les gens et de faire pression sur des personnalités influentes du Congrès pour qu'ils réduisent les subventions qui poussent à la surproduction et redistribuent cet argent afin d'aider les petites entreprises et les agriculteurs de cultures biologiques diversifiées, pour créer des infrastructures rurales et des programmes de protection de la nature qui sensibiliseraient les agriculteurs à la défense de l'environnement. Terry compte prendre la route pour aller faire des conférences sur son expérience. Il a promis d'aller à la rencontre des gens chaque fois qu'il en trouvera pour l'écouter expliquer les difficultés abominables que rencontrent les agriculteurs de l'Afrique occidentale et les conséquences considérables de la Farm Bill de l'Amérique, ce que beaucoup de citoyens doivent probablement ignorer en général.

"La Farm Bill a été une aubaine pour la population des états agricoles", continue Michael Pollan, "mais ce n'est pas seulement une loi sur l'agriculture, c'est aussi une loi sur l'alimentation". Cette loi englobe les programmes de nutrition et d'alimentation aux Etats-Unis et détermine exactement ce qu'il y aura dans l'assiette des Américains. Pollan affirme que davantage de personnes veulent actuellement changer la politique agricole et agroalimentaire parce qu'elles sont sensibilisées aux problèmes d'obésité, de diabète et des conditions de vie des pauvres, à la fois ici et dans les pays en voie de développement. D'après Pollan, il est stimulant que même un organisme international comme Oxfam participe à ce débat sur les produits alimentaires et l'agriculture.

Terry convient que la Farm Bill de 2007 donne une grande occasion de s'unir. "Des groupes de divers horizons, comme les agriculteurs, les communautés religieuses et les citadins commencent à se rendre compte que cette loi a des conséquences importantes sur la vie de beaucoup de monde sur toute la planète et que le moment est venu de réaliser une meilleure loi agricole et un monde meilleur".

Katie danko est l'organisatrice d'Oxfam America pour le MidWest et elle s'occupe principalement de la campagne d'Oxfam pour la réforme de la Farm Bill 2007. Elle a de l'expérience du terrain, ayant travaillé sur une série de questions importantes comme le logement, la pollution de l'eau et de l'air, et la politique agricole au niveau fédéral.

Article d'abord paru dans:
http://consciouschoice.com/2007/03/...

Oxfam America:
http://www.oxfamamerica.org/fr

L’industrie semencière veut interdire aux agriculteurs de semer leurs graines l’année suivante
par Grain
http://www.legrandsoir.info/article...

Les objectifs de production d’éthanol des États-Unis ne seraient pas viables

http://www.lavoieagricole.ca/conten...

Traditional farm interests aren’t the only ones with something to say about the 2007 farm bill
http://www.newfarm.org/columns/poli...