L'apartheid, cela ressemble à ça

Une petite indignité de plus à un checkpoint israélien

par Jonathan Cook

www.dissidentvoice.org

24 février 2007

La scène: un poste contrôlé par les militaires en plein cœur du territoire palestinien en Cisjordanie. Un homme d'un certain âge, grand et sec, tenant une canne, dépasse la file des Palestiniens, dont beaucoup sont de jeunes hommes, qui attendent docilement derrière des murs de béton qu'un soldat israélien leur permette de passer d'un secteur palestinien, la ville de Naplouse, à un autre, le village voisin de Huwara. La longue queue avance lentement, le soldat prenant son temps pour vérifier les papiers de chacun.

Le vieil homme se dirige délibérément le long d'un couloir parallèle réservé à l'inspection des véhicules. Un jeune soldat qui contrôle la file l'aperçoit et lui donne l'ordre de se remettre dans la queue. Le vieil homme s'arrête, regarde le soldat droit dans les yeux et refuse d'obéir. Le soldat semble décontenancé et mal à l'aise devant cette manifestation inhabituelle de défi. Il demande plus gentiment au vieil homme de se remettre dans la queue. Le vieil homme ne bouge pas. Après quelques instants de tension, le soldat cède et fait passer le vieil homme.

Cette confrontation révèle-t-elle l'humanité du soldat? Ce n'est pas l'idée qu'en ont ces jeunes palestiniens enfermés derrière les barrières de béton. Ils ne peuvent qu'observer la scène en silence. Aucun n'oserait s'adresser au soldat comme l'a fait le vieil homme – ou prendre sa défense, si l'Israélien avait été dans d'autres dispositions.

Un vieil homme ne risque pas, en général, d'être retenu ou battu à un poste de contrôle ("checkpoint"). Qui, après tout, pourrait croire qu'il a agressé ou menacé un soldat, ou qu'il a résisté à une arrestation, ou encore qu'il portait une arme? Mais les jeunes gens savent que leurs blessures ou leur arrestation ne mériteraient pas une ligne dans un journal israélien, et encore moins une enquête.

Et c'est ainsi que les postes de contrôle ont fait des grands-pères de Palestine des combattants potentiels, au prix de l'émasculation de leurs fils et petits-fils. J'ai assisté à ce petit affront (de telles humiliations sont aujourd'hui monnaie courante pour tout Palestinien qui a besoin de se déplacer en Cisjordanie) en accompagnant "Machsom Watch". Cette organisation de terrain créée en 2001 par des femmes israéliennes contrôle le comportement des soldats à quelques dizaines de postes de contrôle ("machsom" en hébreu) les plus accessibles.
Les postes de contrôle en sont venus à dominer la vie des Palestiniens en Cisjordanie (et, avant le désengagement, à Gaza aussi) bien avant le début de la deuxième Intifada à la fin de l'année 2000, et même avant les premiers attentats suicides de Palestiniens. Ils étaient la riposte d'Israël aux accords d'Oslo, qui ont créé une autorité palestinienne pour diriger des secteurs bien déterminés dans les territoires occupés. Israël a commencé à limiter le nombre de Palestiniens autorisés à travailler à ceux à qui Israël accordait un permis de sortie - système qui a été appliqué grâce à un réseau de plus en plus important de postes de contrôle militaires. Bientôt les postes restreignaient également les déplacements à l'intérieur des territoires occupés, apparemment pour protéger les colonies juives installées dans les territoires occupés.
Vers la fin de l'année dernière, selon le Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies, 528 postes de contrôle et barrages routiers, congestionnant les routes tous les quelques kilomètres, ont été recensés. Haaretz, le quotidien israélien, annonce un chiffre encore plus élevé: en janvier, il y avait 75 postes de contrôle gardés en permanence, environ 150 postes de contrôle mobiles, et plus de 400 endroits où les routes étaient barrées par des obstacles. Toutes ces restrictions de mouvements concernant un territoire qui n'est, selon la CIA, pas plus étendu que le petit état américain du Colorado.
En conséquence, déplacer des marchandises et des êtres humains d'un endroit à l'autre de Cisjordanie est devenu un cauchemar pour la logistique et les coûts qu'entraînent les retards. Aux postes de contrôle, les denrées alimentaires se gâtent, des malades meurent et des enfants ne peuvent pas se rendre à l'école. La Banque Mondiale accuse les postes de contrôle et les barrages routiers d'étrangler l'économie palestinienne.

Embarrassé par la publicité récente faite autour du nombre croissant de postes de contrôle, Ehud Olmert le premier ministre israélien a promis, au mois de décembre dernier, à Mahmoud Abbas, le président palestinien, d'assouplir les limitations de déplacements en Cisjordanie (sans grand effet, d'après ce que disent les médias israéliens). Alors que l'armée a annoncé le mois dernier la levée de 44 barrages pour réaliser la promesse d'Olmert, il s'est avéré par la suite qu'il n'y avait jamais eu de barrages aux endroits cités.
Contrairement à ce que pensent la plupart des journalistes, la grande majorité des postes de contrôle ne sont même pas placés le long de la Ligne Verte (ligne de démarcation officielle entre les territoires palestiniens et Israël, jusqu'à ce qu'Israël occupe la Cisjordanie et la Bande de Gaza en 1967). Certains sont ancrés au cœur du territoire palestinien et l'armée refuse à Machsom Watch l'autorisation de s'y rendre. Là-bas, disent ces femmes, nul ne sait quels abus cachés subissent les Palestiniens.

Au checkpoint d'Huwara, où le vieil homme a refusé d'obtempérer, cependant, les soldats savent que la plupart du temps, ils sont surveillés par des compatriotes israéliens et que leur attitude est consignée dans des rapports mensuels. L'association Machsom Watch a publié de nombreuses photos et vidéos gênantes sur les abus des soldats israéliens. C'est elle qui a diffusé en 2004, par exemple, une cassette vidéo d'un jeune homme palestinien forcé de jouer du violon au checkpoint de Beit Iba, une histoire qui a fait le tour du monde parce qu'elle rappelait les humiliations qu'avaient subies les Juifs aux mains des nazis.

Machsom Watch compte environ 500 membres, dont, d'après ce qu'on dit, Dana, la propre fille d'Olmert. Mais seuls 200 d'entre eux environ prennent une part active aux contrôles aux checkpoints, un travail qui a permis à beaucoup de dénoncer clairement l'occupation. Cette organisation est généralement considérée en Israël comme extrémiste, les groupes pro-Israël accusant ces femmes de diaboliser Israël.

C'est le genre de critique que connaît bien, hélas, Nomi Lalo, de Kfar Sava. Membre de Machsom Watch depuis longtemps, elle est mère de trois enfants, dont deux ont déjà effectué leur service dans l'armée et dont le troisième, 17 ans, va y entrer dans le courant de l'année. "Il a été davantage impliqué dans les actions que j'ai menées avec Machsom Watch et il comprend un peu mon attitude. Mais mon fils aîné n'est pas d'accord avec ce que je fais et cela a provoqué des tensions dans la famille. "

La plupart des femmes restent, en principe, au même poste de contrôle mais aujourd'hui, j'accompagne Nomi en mission "mobile" au centre de la région, où nous nous déplaçons entre les dizaines de checkpoints à l'ouest de Naplouse.

Elle veut commencer par me montrer le réseau routier séparé en Cisjordanie, avec des voies en excellent état et faciles d'accès réservées aux colons juifs qui se sont installés illégalement en territoire occupé alors que les Palestiniens sont contraints d'effectuer des parcours longs et pénibles en passant par des collines et des vallées sur des routes qui sont souvent à peine plus praticables que des chemins de terre.
Machsom Watch appelle cela l'"apartheid", une opinion partagée par le quotidien progressiste Haaretz , qui a récemment écrit dans son éditorial que les parents israéliens devraient "s'inquiéter du fait que leur pays envoie leurs fils et leurs filles dans une mission d'apartheid, à savoir: limiter les mouvements des Palestiniens à l'intérieur du territoire occupé …pour permettre aux Juifs de se déplacer librement."
Nous quittons la petite ville palestinienne d'Azzoun, proche de la ville de Qalqiliya, et nous nous dirigeons au nord vers une autre ville, Tulkarm. Un trajet qui devrait prendre à peine plus d'un quart d'heure mais qui est actuellement presque impossible à effectuer pour la plupart des Palestiniens.
" Cette route est pratiquement déserte, même si c'est l'itinéraire principal entre les deux plus grandes villes de Cisjordanie", fait remarquer Nomi. "Cela, c'est parce que la plupart des Palestiniens n'arrivent pas à de faire délivrer les permis requis pour circuler sur ces routes. Sans permis, ils ne peuvent pas passer les postes de contrôle et, donc, soit ils restent dans leurs villages, soit ils suivent un itinéraire dangereux en dehors des grands axes ".

Nous arrivons bientôt à un des checkpoints dont parle Nomi. A Aras, deux soldats sont assis dans un petit bunker de béton planté au milieu de l'intersection principale entre Tulkarm et Naplouse. Les soldats, désoeuvrés, tuent le temps entre deux contrôles.
Près d'un poteau télégraphique, tout près de l'intersection, il y a un jeune Palestinien qui porte un bonnet de laine pour se protéger du froid. Bilal, 26 ans, est "détenu" à cet endroit même depuis trois heures. Il nous explique d'un ton précipité qu'il cherche à aller voir son père, hospitalisé à Tulkarm. Nomi n'a pas l'air convaincue, et après avoir discuté avec les soldats et appelé leurs supérieurs sur son portable, elle a une vision plus claire des événements. "Il a travaillé sans permis en Israël et il s'est fait attraper alors qu'il essayait de retourner chez lui en Cisjordanie. Les soldats le retiennent ici pour le punir. Ils pourraient le faire mettre en prison mais, étant donné l'état déplorable de l'économie en Palestine, les prisons regorgeraient de demandeurs d'emploi. Alors, le garder ici toute la journée, c'est une façon de le punir. C'est illégal, mais sauf si quelqu'un de Machsom Watch vient ici, qui le saura?'"

N'est-ce pas une bonne chose que les autorités militaires acceptent de lui parler? "Ils savent que nous pouvons présenter leurs activités en Cisjordanie sous un très mauvais jour, alors, il coopèrent. Ils ne veulent pas de mauvaise publicité. Je n'oublie jamais cela quand je leur parle. Quand ils sont coopératifs, je n'oublie pas que leur motivation principale, c'est de protéger l'image de l'occupation".
Nomi voit la preuve dans des cas comme celui de Bilal que les checkpoints et le mur d'acier et de béton construit par Israël dans la Bande de Gaza (ou la "clôture", comme elle l'appelle) n'ont pas la fonction qu'Israël leur donne. "D'abord, la clôture qui est construite sur le territoire palestinien, pas sur la Ligne Verte, sépare les Palestiniens de leurs terres agricoles et les prive des chances de trouver un emploi. Elle les oblige à tenter d'entrer en Israël pour avoir du travail. C'est très destructeur moralement.

"Et deuxièmement, des milliers de Palestiniens comme Bilal viennent tous les jours de Cisjordanie pour trouver du travail en Israël. N'importe lequel d'entre eux pourrait être un terroriste. Ce n'est donc pas la clôture qui empêchera les terroristes de passer.

Si les Palestiniens déterminés à travailler en Israël peuvent échapper aux contrôles, de toute évidence, ceux qui veulent attaquer Israël le peuvent aussi. Personne ne s'attache une bombe à la ceinture, puis s'en va se présenter à un poste de contrôle. Et ce sont les Palestiniens ordinaires qui pâtissent de ces mesures."

L'autre jour, raconte Nomi, c'était un professeur d'anglais de l'Université de Bir Zeuit qui était, tout comme Bilal, détenu à ce checkpoint. Il avait essayé de sortir en douce de Tulkarm pendant un couvre-feu pour aller faire cours près de Ramallah, à une quarantaine de kilomètres au sud. L'intervention de Nomi a permis de le libérer. "Il a été renvoyé à Tulkarm. Il m'a remercié vivement, mais en fait qu'avons-nous fait pour lui ou pour ses étudiants? Ce qui est sûr, c'est que nous n'avons pas pu obtenir qu'il puisse se rendre à l'université."

Après les divers coups de fil de Nomi, un des soldats fait signe à Bilal de s'approcher. Un doigt réprobateur en l'air, le soldat sermonne Bilal pendant plusieurs minutes avant de lui faire signe de partir. Une autre petite indignité. Au moment où nous partons, Nomi reçoit un appel d'un groupe de femmes de Machsom Watch en service au checkpoint de Jitt, à quelques kilomètres d'ici. Elles lui expliquent que quand elles sont arrivées au poste de contrôle, les soldats avaient puni les Palestiniens en fermant le checkpoint. Les femmes sont affolées parce qu'une longue file de véhicules (principalement des taxis et des camions conduits par des Palestiniens munis de permis spéciaux) est en train de se former. Après discussion avec Nomi, il est décidé que les femmes doivent quitter leur poste.

Nous nous rendons à un nouveau checkpoint situé à environ 500 mètres d'Aras et qui garde l'entrée de Jabara, un village où habitent des personnes instruites, dont beaucoup de professeurs et d'inspecteurs des écoles. Actuellement, pourtant, ces villageois font partie des milliers de Palestiniens qui vivent dans une zone indéterminée, piégés du côté israélien du mur. Coupés du reste du territoire de Cisjordanie, ces villageois n'ont pas le droit de recevoir des invités et ont besoin de permis spéciaux pour aller enseigner dans leurs écoles. (Il y a, en plus, un quart de million de Palestiniens qui sont coupés à la fois d'Israël et de la Cisjordanie, enfermés dans des ghettos).
"Les enfants qui se sont mariés à l'extérieur de Jabara n'ont même pas le droit de venir voir leurs parents ici ", dit Nomi." La vie familiale a été complètement anéantie, les gens ne pouvant se rendre ni aux enterrements ni aux mariages. Je n'ose imaginer ce qu'est la vie pour eux. La Cour Suprême a décrété que la clôture devait être supprimée mais l'Etat répond qu'il n'a pas l'argent actuellement pour effectuer les travaux"
Les enfants de Jabara ont un checkpoint à leur nom et ils doivent passer par là tous les jours pour se rendre dans les écoles à proximité en Cisjordanie. A l'autre bout de Jabara, il nous faut franchir une grille fermée à clé pour quitter le village. Là, nous sommes accueillis par un autre checkpoint, celui-ci plus près de la Ligne Verte, installé sur une route que les colons empruntent pour se rendre en Israël. Il fait partie de ces postes de plus en plus nombreux qui ressemblent à des postes frontières, même s'ils ne sont pas implantés sur la Ligne Verte, avec des cabines spéciales et des couloirs pour l'inspection des véhicules.

Les soldats voient notre plaque d'immatriculation jaune, distincte de celles, vertes, des Palestiniens et nous font signe de passer. (…)

Nous arrivons à Anabta, le checkpoint suivant, à proximité d'une colonie isolée appelée Enav.
Cette route a été un grand axe très fréquenté, mais aujourd'hui, il n'y a personne au checkpoint et les soldats, très nombreux, sont désoeuvrés. Un vieux Palestinien qui porte le keffieh noir et blanc rendu populaire par Yasser Arafat s'approche d'eux pour leur vendre des chaussettes. Aucun Palestinien n'étant détenu, nous poursuivons notre route.

Nomi ne croit pas plus les médias en Israël qui affirment que les checkpoints servent à déjouer les attentats suicides que l'armée qui prétend que les barrages routiers ont été supprimés.
"Je passe mes journées à un poste de contrôle et je rentre le soir, j'allume la télé et j'entends que quatre terroristes ont été arrêtés au checkpoint où j'ai travaillé. Cela se produit bien trop souvent. Cela fait bien longtemps que j'ai cessé de croire ce que raconte l'armée".

Nous arrivons à une autre colonie, Shavei Shomron, où vivent plus d'une vingtaine de familles juives. Elle est située près de la Route 60, qui était l'axe principal entre Naplouse et Jenine, la ville palestinienne la plus au nord. Aujourd'hui, la route est déserte, étant donné qu'elle ne mène nulle part. Elle est barrée par l'armée, probablement pour protéger Shomron.

Les Palestiniens doivent parcourir le pays pendant de longues heures pour arriver à Jénine, simplement parce qu'une poignée de colons veulent habiter ici près de la route nationale" fait remarquer Nomi. A une courte distance de là, c'est également sur la route 60 que se trouve un des plus grands checkpoints et un des plus fréquentés: Beit Iba, là même où le Palestinien a été contraint de jouer du violon. Situé à quelques kilomètres à l'ouest de Naplouse, ce poste a été construit dans un des endroits les plus invraisemblables: une carrière qui a recouvert le secteur d'une fine poussière blanche. "Quand je vois ça, je pense que l'armée a le sens de l'humour"dit Nomi.

Des taxis jaunes palestiniens attendent à une des extrémités de la carrière pour prendre en charge les Palestiniens qui ont l'autorisation de passer le checkpoint à pied pour quitter Naplouse. (…)

Tout près de là se trouve la série de barrières en métal, de tourniquets et de barrières en béton par lesquels doivent passer un à un les Palestiniens pour se faire contrôler. Sur une table toute abîmée, un jeune Palestinien vide le contenu de sa petite valise. On l'oblige à déplier ses slips et à les exhiber devant les autres soldats et les Palestiniens présents. Une autre petite humiliation.

Ici, au moins, les Palestiniens font la queue sous un auvent de métal qui protège du soleil et de la pluie. "Le toit et la table, c'est grâce à nous" dit Nomi, "avant, il fallait qu'ils déposent leurs affaires à même le sol.

Machsom Watch a aussi fait installer à proximité un petit bâtiment en préfabriqué (…) sur lequel une pancarte voyante indique "Relais humanitaire". "Quand nous avons protesté contre le fait que des femmes avec des bébés étaient contraintes de faire la queue pendant des heures, l'armée a installé cette baraque avec une table à langer, des couches, et du lait en poudre. Puis, ils ont fait venir les médias pour filmer."

Cette expérience n'a, apparemment, pas duré bien longtemps. Deux semaines plus tard, l'armée, prétendant que les Palestiniennes n'utilisaient pas ce relais, a enlevé tous les accessoires. Je vais y jeter un coup d'œil: il n'y a rien, à part les quatre murs et un lavabo plein de poussière.

Pense-t-elle que Machsom Watch est efficace? L'association aide-t-elle véritablement les Palestiniens ou donne–t-elle il aux checkpoints une certaine légitimité en laissant entendre, comme pour le relais humanitaire, qu'Israël se soucie de ses sujets sous occupation? Nomi admet que c'est une question qui la préoccupe beaucoup.

C'est un dilemme. Les Palestiniens ici faisaient la queue sous le soleil sans abri ni eau courante. Maintenant que nous leur avons procuré une protection contre le soleil, peut-être, avons-nous rendu l'occupation un peu plus humaine, un peu plus acceptable. Certaines des femmes disent que nous devrions nous contenter d'observer, pas d'intervenir, même si nous voyons des Palestiniens se faire battre ou subir des abus. Et c'est ce qui se passe, comme le signalent les comptes-rendus mensuels détaillés de Machsom Watch. Même les médias israéliens commencent à parler avec gêne du comportement des soldats, dénonçant les agressions qu'ils commettent ou ceux qui urinent devant des femmes prudes.

A Beit Iba, en octobre, dit Nomi, un jeune Palestinien a été battu par des soldats israéliens après avoir été pris de panique dans la queue et avoir grimpé en haut d'un poteau en hurlant qu'il ne pouvait plus respirer. Haaretz a rapporté plus tard que les soldats l'ont frappé avec la crosse de leurs fusils et ont écrasé ses lunettes. Il a ensuite été flanqué dans une cellule de détention au poste de contrôle.

Et en novembre, Haitem Yassin, 25 ans, a fait l'erreur de se disputer avec un soldat à une petit checkpoint près de Beit Iba. Il était estomaqué de voir les soldats obliger des femmes avec qui il partageait un taxi à se passer les mains sur tout le corps, par mesure de sécurité, selon eux.

D'après Hamira Haas journaliste israélien chevronné, Yasin a ensuite été bousculé par un des soldats et repoussé. Dans l'empoignade qui s'en est suivie, Yassin a pris une balle dans le ventre. Il a alors été menotté et frappé avec des crosses de fusils pendant que d'autres soldats retenaient l'ambulance qui venait lui porter secours. Yassin est resté plusieurs jours dans le coma.

Le fameux checkpoint d'Huwara qui barre la route nationale pour Naplouse est notre destination suivante. Au début de l'Intifada, on racontait que les soldats faisaient subir des sévices aux Palestiniens. Aujourd'hui, Machsom Watch est presque toujours présent sur place, de même que les officiers de l'armée, soucieux d'éviter de la mauvaise publicité.

(…)

"Avant, il y avait une file de taxis qui attendaient les Palestiniens qui passaient le poste de contrôle", raconte Nomi, "mais elle a été déplacée beaucoup plus loin pour que les colons puissent attendre en toute sécurité qu'on vienne les chercher. Le confort des colons signifie que chaque jour des milliers de Palestiniens, dont des femmes enceintes et des handicapés, doivent effectuer une centaine de mètres supplémentaires à pied pour arriver jusqu'aux taxis.

(…)

Nous quittons Beit Furik pour retourner à Huwara. Et moins d'une minute plus tard (Nomi m'a fait consulter ma montre) nous arrivons à un nouveau checkpoint: Yitzhar.

Là, un chauffeur de taxi attend au bord de la route à côté de son taxi jaune. Faek est ici depuis 90 minutes, depuis qu'un policier israélien lui a confisqué à la fois sa carte d'identité et son permis de conduire, et a disparu ensuite. Faek connaît-il le nom du policier? Non. Bien sûr que non, avoue Nomi. "Quel Palestinien se risquerait à demander son nom à un responsable israélien?

Nomi donne des coups de téléphone et apprend que Faek peut venir récupérer ses papiers au commissariat de police dans la colonie voisine d'Ariel. En réalité, Faek est pris au piège. Il ne peut pas passer les postes de contrôle qui le séparent d'Ariel sans ses papiers d'identité. Et même s'il pouvait trouver un moyen de contourner les checkpoints, il risquerait de se faire arrêter pour défaut de permis et d'écoper d'une amende de plusieurs centaines de shekels, une somme modique pour un Israélien mais que, lui, aurait du mal à payer. Alors, il continue d'attendre dans l'espoir que le policier revienne.

Moni n'est pas très optimiste. "C'est illégal de prendre des papiers sans donner de reçu, mais ce genre de chose arrive tout le temps. Que peuvent faire les Palestinien? Ils n'osent pas protester. C'est le Far West ici".

Un peu plus tard, alors que le soleil se couche et qu'un vent froid se lève, (…), Faek attend toujours. La journée de travail de Nomi se termine et nous devons retourner en Israël. Elle promet de continuer à mettre la pression sur la police pour qu'ils ramènent ses papiers. Près de deux heures plus tard, à mon arrivée chez moi, j'ai reçu, à ma grande surprise, un coup de fil de Faek, disant qu'il avait fini par récupérer ses papiers. Mais il est encore contrarié: la police vient de lui donner une amende de 500 shekels (($115). Le téléphone de Nomi est constamment occupé, me dit il. Est-ce que j'ai la possibilité de faire baisser l'amende?

''Jonathan Cook, a British journalist living in Nazareth, is the author of Blood and Religion: The Unmasking of the Jewish and Democratic State (Pluto Press, 2006). Visit his website at: www.jkcook.net

http://www.dissidentvoice.org/Feb07...

A lire

"Impossible voyage" par Amira Hass
http://www.nord-palestine.org/art-r...

"La percée des colons", 27 février 2007
http://www.france-palestine.org/art...

Et les colons continuent de s'installer tranquillement …
http://www.protection-palestine.org...

palestine-separationwallmap.jpg
Mur de séparation en Palestine.

Photos

photo-checkpoint-in-the-wes.jpg
checkpoint

Au checkpoint de Kalandia en Cisjordanie, des Palestiniens attendent de pouvoir entrer à Jérusalem. (UN Photo #UNE152)
http://hearingvoices.com/webwork/up...

longues queues aux checkpoints

''Longue queue à un checkpoint."
Il y a des checkpoints autour de chaque ville de la Cisjordanie et de Gaza. Pour aller d'un endroit à l'autre, cela prend des heures et peut s'avérer impossible si le checkpoint est fermé, ce qui peut se produire sans que personne soit prévenu''.

photo_barbel____routre_palestine.jpg
Pour construire cette seule route d'accès à Har Homa destinée aux Israéliens, beaucoup de terrains agricoles ont été confisqués aux Palestiniens. Pour permettre l'ouverture de cette route, tous les oliviers et les amandiers de Saluman, agriculteur, ainsi que les champs où allaient paître ses moutons, ont été détruits. La clôture entoure sa maison sur trois côtés.

photo_checkpoints_west_bank.jpg
Checkpoint

Voir d'autres photos, ici
http://www.vtjp.org/action/bethlehe...

et dans le Monde diplo: Pourquoi Israël en est arrivé là?
http://www.monde-diplomatique.fr/20...