Cisjordanie: barrages, barbelés et barreaux barbares
Par emcee le dimanche 4 mars 2007, 08:00 - Moyen Orient - Lien permanent
Le quotidien des Palestiniens qui voyagent en voiture: faire de grands
détours longs et pénibles sur les routes peu praticables de leur propre
territoire. Les routes nationales, en très bon état et directes, leur sont
interdites. Elles sont réservées aux colons.
Le quotidien des Palestiniens qui veulent travailler: les files d'attente
interminables aux innombrables barrages pour aller dans leurs champs, pour
aller à l'école, pour aller en Israël trouver du travail parce qu'ils ne
peuvent pas accéder à leur outil de travail (ou qu'on le leur a détruit), pour
transporter des malades ou des marchandises. Si les checkpoints ne sont pas
brusquement fermés, évidemment, selon l'humeur des soldats israéliens …
Certains Palestiniens (des centaines de milliers, tout de même) ont vu leur
village enclavé et vivent dans des ghettos.
Et pire encore.
Jonathan Cook, journaliste britannique vivant à Nazareth a
suivi toute une journée une des femmes membres de l'association Machsom Watch,
qui a pour vocation de surveiller ce qui se passe lors des contrôles aux
multiples checkpoints et autres barrages routiers. Ceux où elles sont
autorisées à se rendre, du moins…
Traduction de:
Apartheid Looks Like This
Another Small Indignity at an Israeli Checkpoint
L'apartheid, cela ressemble à ça
Une petite indignité de plus à un checkpoint
israélien
par Jonathan Cook
24 février 2007
La scène: un poste contrôlé par les militaires en plein cœur du territoire
palestinien en Cisjordanie. Un homme d'un certain âge, grand et sec, tenant une
canne, dépasse la file des Palestiniens, dont beaucoup sont de jeunes hommes,
qui attendent docilement derrière des murs de béton qu'un soldat israélien leur
permette de passer d'un secteur palestinien, la ville de Naplouse, à un autre,
le village voisin de Huwara. La longue queue avance lentement, le soldat
prenant son temps pour vérifier les papiers de chacun.
Le vieil homme se dirige délibérément le long d'un couloir parallèle réservé
à l'inspection des véhicules. Un jeune soldat qui contrôle la file l'aperçoit
et lui donne l'ordre de se remettre dans la queue. Le vieil homme s'arrête,
regarde le soldat droit dans les yeux et refuse d'obéir. Le soldat semble
décontenancé et mal à l'aise devant cette manifestation inhabituelle de défi.
Il demande plus gentiment au vieil homme de se remettre dans la queue. Le vieil
homme ne bouge pas. Après quelques instants de tension, le soldat cède et fait
passer le vieil homme.
Cette confrontation révèle-t-elle l'humanité du soldat? Ce n'est pas l'idée
qu'en ont ces jeunes palestiniens enfermés derrière les barrières de béton. Ils
ne peuvent qu'observer la scène en silence. Aucun n'oserait s'adresser au
soldat comme l'a fait le vieil homme – ou prendre sa défense, si l'Israélien
avait été dans d'autres dispositions.
Un vieil homme ne risque pas, en général, d'être retenu ou battu à un poste
de contrôle ("checkpoint"). Qui, après tout, pourrait croire qu'il a agressé ou
menacé un soldat, ou qu'il a résisté à une arrestation, ou encore qu'il portait
une arme? Mais les jeunes gens savent que leurs blessures ou leur arrestation
ne mériteraient pas une ligne dans un journal israélien, et encore moins une
enquête.
Et c'est ainsi que les postes de contrôle ont fait des grands-pères de
Palestine des combattants potentiels, au prix de l'émasculation de leurs fils
et petits-fils. J'ai assisté à ce petit affront (de telles humiliations sont
aujourd'hui monnaie courante pour tout Palestinien qui a besoin de se déplacer
en Cisjordanie) en accompagnant "Machsom Watch". Cette organisation de terrain
créée en 2001 par des femmes israéliennes contrôle le comportement des soldats
à quelques dizaines de postes de contrôle ("machsom" en hébreu) les plus
accessibles.
Les postes de contrôle en sont venus à dominer la vie des Palestiniens en
Cisjordanie (et, avant le désengagement, à Gaza aussi) bien avant le début de
la deuxième Intifada à la fin de l'année 2000, et même avant les premiers
attentats suicides de Palestiniens. Ils étaient la riposte d'Israël aux accords
d'Oslo, qui ont créé une autorité palestinienne pour diriger des secteurs bien
déterminés dans les territoires occupés. Israël a commencé à limiter le nombre
de Palestiniens autorisés à travailler à ceux à qui Israël accordait un permis
de sortie - système qui a été appliqué grâce à un réseau de plus en plus
important de postes de contrôle militaires. Bientôt les postes restreignaient
également les déplacements à l'intérieur des territoires occupés, apparemment
pour protéger les colonies juives installées dans les territoires
occupés.
Vers la fin de l'année dernière, selon le Bureau de Coordination des Affaires
Humanitaires des Nations Unies, 528 postes de contrôle et barrages routiers,
congestionnant les routes tous les quelques kilomètres, ont été recensés.
Haaretz, le quotidien israélien, annonce un chiffre encore plus élevé: en
janvier, il y avait 75 postes de contrôle gardés en permanence, environ 150
postes de contrôle mobiles, et plus de 400 endroits où les routes étaient
barrées par des obstacles. Toutes ces restrictions de mouvements concernant un
territoire qui n'est, selon la CIA, pas plus étendu que le petit état américain
du Colorado.
En conséquence, déplacer des marchandises et des êtres humains d'un endroit à
l'autre de Cisjordanie est devenu un cauchemar pour la logistique et les coûts
qu'entraînent les retards. Aux postes de contrôle, les denrées alimentaires se
gâtent, des malades meurent et des enfants ne peuvent pas se rendre à l'école.
La Banque Mondiale accuse les postes de contrôle et les barrages routiers
d'étrangler l'économie palestinienne.
Embarrassé par la publicité récente faite autour du nombre croissant de
postes de contrôle, Ehud Olmert le premier ministre israélien a promis, au mois
de décembre dernier, à Mahmoud Abbas, le président palestinien, d'assouplir les
limitations de déplacements en Cisjordanie (sans grand effet, d'après ce que
disent les médias israéliens). Alors que l'armée a annoncé le mois dernier la
levée de 44 barrages pour réaliser la promesse d'Olmert, il s'est avéré par la
suite qu'il n'y avait jamais eu de barrages aux endroits cités.
Contrairement à ce que pensent la plupart des journalistes, la grande majorité
des postes de contrôle ne sont même pas placés le long de la Ligne Verte (ligne
de démarcation officielle entre les territoires palestiniens et Israël, jusqu'à
ce qu'Israël occupe la Cisjordanie et la Bande de Gaza en 1967). Certains sont
ancrés au cœur du territoire palestinien et l'armée refuse à Machsom Watch
l'autorisation de s'y rendre. Là-bas, disent ces femmes, nul ne sait quels abus
cachés subissent les Palestiniens.
Au checkpoint d'Huwara, où le vieil homme a refusé d'obtempérer, cependant,
les soldats savent que la plupart du temps, ils sont surveillés par des
compatriotes israéliens et que leur attitude est consignée dans des rapports
mensuels. L'association Machsom Watch a publié de nombreuses photos et vidéos
gênantes sur les abus des soldats israéliens. C'est elle qui a diffusé en 2004,
par exemple, une cassette vidéo d'un jeune homme palestinien forcé de jouer du
violon au checkpoint de Beit Iba, une histoire qui a fait le tour du monde
parce qu'elle rappelait les humiliations qu'avaient subies les Juifs aux mains
des nazis.
Machsom Watch compte environ 500 membres, dont, d'après ce qu'on dit, Dana,
la propre fille d'Olmert. Mais seuls 200 d'entre eux environ prennent une part
active aux contrôles aux checkpoints, un travail qui a permis à beaucoup de
dénoncer clairement l'occupation. Cette organisation est généralement
considérée en Israël comme extrémiste, les groupes pro-Israël accusant ces
femmes de diaboliser Israël.
C'est le genre de critique que connaît bien, hélas, Nomi Lalo, de Kfar Sava.
Membre de Machsom Watch depuis longtemps, elle est mère de trois enfants, dont
deux ont déjà effectué leur service dans l'armée et dont le troisième, 17 ans,
va y entrer dans le courant de l'année. "Il a été davantage impliqué dans les
actions que j'ai menées avec Machsom Watch et il comprend un peu mon attitude.
Mais mon fils aîné n'est pas d'accord avec ce que je fais et cela a provoqué
des tensions dans la famille. "
La plupart des femmes restent, en principe, au même poste de contrôle mais
aujourd'hui, j'accompagne Nomi en mission "mobile" au centre de la région, où
nous nous déplaçons entre les dizaines de checkpoints à l'ouest de
Naplouse.
Elle veut commencer par me montrer le réseau routier séparé en Cisjordanie,
avec des voies en excellent état et faciles d'accès réservées aux colons juifs
qui se sont installés illégalement en territoire occupé alors que les
Palestiniens sont contraints d'effectuer des parcours longs et pénibles en
passant par des collines et des vallées sur des routes qui sont souvent à peine
plus praticables que des chemins de terre.
Machsom Watch appelle cela l'"apartheid", une opinion partagée par le quotidien
progressiste Haaretz , qui a récemment écrit dans son éditorial que les parents
israéliens devraient "s'inquiéter du fait que leur pays envoie leurs fils et
leurs filles dans une mission d'apartheid, à savoir: limiter les mouvements des
Palestiniens à l'intérieur du territoire occupé …pour permettre aux Juifs de se
déplacer librement."
Nous quittons la petite ville palestinienne d'Azzoun, proche de la ville de
Qalqiliya, et nous nous dirigeons au nord vers une autre ville, Tulkarm. Un
trajet qui devrait prendre à peine plus d'un quart d'heure mais qui est
actuellement presque impossible à effectuer pour la plupart des
Palestiniens.
" Cette route est pratiquement déserte, même si c'est l'itinéraire principal
entre les deux plus grandes villes de Cisjordanie", fait remarquer Nomi. "Cela,
c'est parce que la plupart des Palestiniens n'arrivent pas à de faire délivrer
les permis requis pour circuler sur ces routes. Sans permis, ils ne peuvent pas
passer les postes de contrôle et, donc, soit ils restent dans leurs villages,
soit ils suivent un itinéraire dangereux en dehors des grands axes ".
Nous arrivons bientôt à un des checkpoints dont parle Nomi. A Aras, deux
soldats sont assis dans un petit bunker de béton planté au milieu de
l'intersection principale entre Tulkarm et Naplouse. Les soldats, désoeuvrés,
tuent le temps entre deux contrôles.
Près d'un poteau télégraphique, tout près de l'intersection, il y a un jeune
Palestinien qui porte un bonnet de laine pour se protéger du froid. Bilal, 26
ans, est "détenu" à cet endroit même depuis trois heures. Il nous explique d'un
ton précipité qu'il cherche à aller voir son père, hospitalisé à Tulkarm. Nomi
n'a pas l'air convaincue, et après avoir discuté avec les soldats et appelé
leurs supérieurs sur son portable, elle a une vision plus claire des
événements. "Il a travaillé sans permis en Israël et il s'est fait attraper
alors qu'il essayait de retourner chez lui en Cisjordanie. Les soldats le
retiennent ici pour le punir. Ils pourraient le faire mettre en prison mais,
étant donné l'état déplorable de l'économie en Palestine, les prisons
regorgeraient de demandeurs d'emploi. Alors, le garder ici toute la journée,
c'est une façon de le punir. C'est illégal, mais sauf si quelqu'un de Machsom
Watch vient ici, qui le saura?'"
N'est-ce pas une bonne chose que les autorités militaires acceptent de lui
parler? "Ils savent que nous pouvons présenter leurs activités en Cisjordanie
sous un très mauvais jour, alors, il coopèrent. Ils ne veulent pas de mauvaise
publicité. Je n'oublie jamais cela quand je leur parle. Quand ils sont
coopératifs, je n'oublie pas que leur motivation principale, c'est de protéger
l'image de l'occupation".
Nomi voit la preuve dans des cas comme celui de Bilal que les checkpoints et le
mur d'acier et de béton construit par Israël dans la Bande de Gaza (ou la
"clôture", comme elle l'appelle) n'ont pas la fonction qu'Israël leur donne.
"D'abord, la clôture qui est construite sur le territoire palestinien, pas sur
la Ligne Verte, sépare les Palestiniens de leurs terres agricoles et les prive
des chances de trouver un emploi. Elle les oblige à tenter d'entrer en Israël
pour avoir du travail. C'est très destructeur moralement.
"Et deuxièmement, des milliers de Palestiniens comme Bilal viennent tous les
jours de Cisjordanie pour trouver du travail en Israël. N'importe lequel
d'entre eux pourrait être un terroriste. Ce n'est donc pas la clôture qui
empêchera les terroristes de passer.
Si les Palestiniens déterminés à travailler en Israël peuvent échapper aux
contrôles, de toute évidence, ceux qui veulent attaquer Israël le peuvent
aussi. Personne ne s'attache une bombe à la ceinture, puis s'en va se présenter
à un poste de contrôle. Et ce sont les Palestiniens ordinaires qui pâtissent de
ces mesures."
L'autre jour, raconte Nomi, c'était un professeur d'anglais de l'Université
de Bir Zeuit qui était, tout comme Bilal, détenu à ce checkpoint. Il avait
essayé de sortir en douce de Tulkarm pendant un couvre-feu pour aller faire
cours près de Ramallah, à une quarantaine de kilomètres au sud. L'intervention
de Nomi a permis de le libérer. "Il a été renvoyé à Tulkarm. Il m'a remercié
vivement, mais en fait qu'avons-nous fait pour lui ou pour ses étudiants? Ce
qui est sûr, c'est que nous n'avons pas pu obtenir qu'il puisse se rendre à
l'université."
Après les divers coups de fil de Nomi, un des soldats fait signe à Bilal de
s'approcher. Un doigt réprobateur en l'air, le soldat sermonne Bilal pendant
plusieurs minutes avant de lui faire signe de partir. Une autre petite
indignité. Au moment où nous partons, Nomi reçoit un appel d'un groupe de
femmes de Machsom Watch en service au checkpoint de Jitt, à quelques kilomètres
d'ici. Elles lui expliquent que quand elles sont arrivées au poste de contrôle,
les soldats avaient puni les Palestiniens en fermant le checkpoint. Les femmes
sont affolées parce qu'une longue file de véhicules (principalement des taxis
et des camions conduits par des Palestiniens munis de permis spéciaux) est en
train de se former. Après discussion avec Nomi, il est décidé que les femmes
doivent quitter leur poste.
Nous nous rendons à un nouveau checkpoint situé à environ 500 mètres d'Aras
et qui garde l'entrée de Jabara, un village où habitent des personnes
instruites, dont beaucoup de professeurs et d'inspecteurs des écoles.
Actuellement, pourtant, ces villageois font partie des milliers de Palestiniens
qui vivent dans une zone indéterminée, piégés du côté israélien du mur. Coupés
du reste du territoire de Cisjordanie, ces villageois n'ont pas le droit de
recevoir des invités et ont besoin de permis spéciaux pour aller enseigner dans
leurs écoles. (Il y a, en plus, un quart de million de Palestiniens qui sont
coupés à la fois d'Israël et de la Cisjordanie, enfermés dans des
ghettos).
"Les enfants qui se sont mariés à l'extérieur de Jabara n'ont même pas le droit
de venir voir leurs parents ici ", dit Nomi." La vie familiale a été
complètement anéantie, les gens ne pouvant se rendre ni aux enterrements ni aux
mariages. Je n'ose imaginer ce qu'est la vie pour eux. La Cour Suprême a
décrété que la clôture devait être supprimée mais l'Etat répond qu'il n'a pas
l'argent actuellement pour effectuer les travaux"
Les enfants de Jabara ont un checkpoint à leur nom et ils doivent passer par là
tous les jours pour se rendre dans les écoles à proximité en Cisjordanie. A
l'autre bout de Jabara, il nous faut franchir une grille fermée à clé pour
quitter le village. Là, nous sommes accueillis par un autre checkpoint,
celui-ci plus près de la Ligne Verte, installé sur une route que les colons
empruntent pour se rendre en Israël. Il fait partie de ces postes de plus en
plus nombreux qui ressemblent à des postes frontières, même s'ils ne sont pas
implantés sur la Ligne Verte, avec des cabines spéciales et des couloirs pour
l'inspection des véhicules.
Les soldats voient notre plaque d'immatriculation jaune, distincte de
celles, vertes, des Palestiniens et nous font signe de passer. (…)
Nous arrivons à Anabta, le checkpoint suivant, à proximité d'une colonie
isolée appelée Enav.
Cette route a été un grand axe très fréquenté, mais aujourd'hui, il n'y a
personne au checkpoint et les soldats, très nombreux, sont désoeuvrés. Un vieux
Palestinien qui porte le keffieh noir et blanc rendu populaire par Yasser
Arafat s'approche d'eux pour leur vendre des chaussettes. Aucun Palestinien
n'étant détenu, nous poursuivons notre route.
Nomi ne croit pas plus les médias en Israël qui affirment que les
checkpoints servent à déjouer les attentats suicides que l'armée qui prétend
que les barrages routiers ont été supprimés.
"Je passe mes journées à un poste de contrôle et je rentre le soir, j'allume la
télé et j'entends que quatre terroristes ont été arrêtés au checkpoint où j'ai
travaillé. Cela se produit bien trop souvent. Cela fait bien longtemps que j'ai
cessé de croire ce que raconte l'armée".
Nous arrivons à une autre colonie, Shavei Shomron, où vivent plus d'une
vingtaine de familles juives. Elle est située près de la Route 60, qui était
l'axe principal entre Naplouse et Jenine, la ville palestinienne la plus au
nord. Aujourd'hui, la route est déserte, étant donné qu'elle ne mène nulle
part. Elle est barrée par l'armée, probablement pour protéger
Shomron.
Les Palestiniens doivent parcourir le pays pendant de longues heures pour
arriver à Jénine, simplement parce qu'une poignée de colons veulent habiter ici
près de la route nationale" fait remarquer Nomi. A une courte distance de là,
c'est également sur la route 60 que se trouve un des plus grands checkpoints et
un des plus fréquentés: Beit Iba, là même où le Palestinien a été contraint de
jouer du violon. Situé à quelques kilomètres à l'ouest de Naplouse, ce poste a
été construit dans un des endroits les plus invraisemblables: une carrière qui
a recouvert le secteur d'une fine poussière blanche. "Quand je vois ça, je
pense que l'armée a le sens de l'humour"dit Nomi.
Des taxis jaunes palestiniens attendent à une des extrémités de la carrière
pour prendre en charge les Palestiniens qui ont l'autorisation de passer le
checkpoint à pied pour quitter Naplouse. (…)
Tout près de là se trouve la série de barrières en métal, de tourniquets et
de barrières en béton par lesquels doivent passer un à un les Palestiniens pour
se faire contrôler. Sur une table toute abîmée, un jeune Palestinien vide le
contenu de sa petite valise. On l'oblige à déplier ses slips et à les exhiber
devant les autres soldats et les Palestiniens présents. Une autre petite
humiliation.
Ici, au moins, les Palestiniens font la queue sous un auvent de métal qui
protège du soleil et de la pluie. "Le toit et la table, c'est grâce à nous" dit
Nomi, "avant, il fallait qu'ils déposent leurs affaires à même le
sol.
Machsom Watch a aussi fait installer à proximité un petit bâtiment en
préfabriqué (…) sur lequel une pancarte voyante indique "Relais humanitaire".
"Quand nous avons protesté contre le fait que des femmes avec des bébés étaient
contraintes de faire la queue pendant des heures, l'armée a installé cette
baraque avec une table à langer, des couches, et du lait en poudre. Puis, ils
ont fait venir les médias pour filmer."
Cette expérience n'a, apparemment, pas duré bien longtemps. Deux semaines
plus tard, l'armée, prétendant que les Palestiniennes n'utilisaient pas ce
relais, a enlevé tous les accessoires. Je vais y jeter un coup d'œil: il n'y a
rien, à part les quatre murs et un lavabo plein de poussière.
Pense-t-elle que Machsom Watch est efficace? L'association aide-t-elle
véritablement les Palestiniens ou donne–t-elle il aux checkpoints une certaine
légitimité en laissant entendre, comme pour le relais humanitaire, qu'Israël se
soucie de ses sujets sous occupation? Nomi admet que c'est une question qui la
préoccupe beaucoup.
C'est un dilemme. Les Palestiniens ici faisaient la queue sous le soleil
sans abri ni eau courante. Maintenant que nous leur avons procuré une
protection contre le soleil, peut-être, avons-nous rendu l'occupation un peu
plus humaine, un peu plus acceptable. Certaines des femmes disent que nous
devrions nous contenter d'observer, pas d'intervenir, même si nous voyons des
Palestiniens se faire battre ou subir des abus. Et c'est ce qui se passe, comme
le signalent les comptes-rendus mensuels détaillés de Machsom Watch. Même les
médias israéliens commencent à parler avec gêne du comportement des soldats,
dénonçant les agressions qu'ils commettent ou ceux qui urinent devant des
femmes prudes.
A Beit Iba, en octobre, dit Nomi, un jeune Palestinien a été battu par des
soldats israéliens après avoir été pris de panique dans la queue et avoir
grimpé en haut d'un poteau en hurlant qu'il ne pouvait plus respirer. Haaretz a
rapporté plus tard que les soldats l'ont frappé avec la crosse de leurs fusils
et ont écrasé ses lunettes. Il a ensuite été flanqué dans une cellule de
détention au poste de contrôle.
Et en novembre, Haitem Yassin, 25 ans, a fait l'erreur de se disputer avec
un soldat à une petit checkpoint près de Beit Iba. Il était estomaqué de voir
les soldats obliger des femmes avec qui il partageait un taxi à se passer les
mains sur tout le corps, par mesure de sécurité, selon eux.
D'après Hamira Haas journaliste israélien chevronné, Yasin a ensuite été
bousculé par un des soldats et repoussé. Dans l'empoignade qui s'en est suivie,
Yassin a pris une balle dans le ventre. Il a alors été menotté et frappé avec
des crosses de fusils pendant que d'autres soldats retenaient l'ambulance qui
venait lui porter secours. Yassin est resté plusieurs jours dans le
coma.
Le fameux checkpoint d'Huwara qui barre la route nationale pour Naplouse est
notre destination suivante. Au début de l'Intifada, on racontait que les
soldats faisaient subir des sévices aux Palestiniens. Aujourd'hui, Machsom
Watch est presque toujours présent sur place, de même que les officiers de
l'armée, soucieux d'éviter de la mauvaise publicité.
(…)
"Avant, il y avait une file de taxis qui attendaient les Palestiniens qui
passaient le poste de contrôle", raconte Nomi, "mais elle a été déplacée
beaucoup plus loin pour que les colons puissent attendre en toute sécurité
qu'on vienne les chercher. Le confort des colons signifie que chaque jour des
milliers de Palestiniens, dont des femmes enceintes et des handicapés, doivent
effectuer une centaine de mètres supplémentaires à pied pour arriver jusqu'aux
taxis.
(…)
Nous quittons Beit Furik pour retourner à Huwara. Et moins d'une minute plus
tard (Nomi m'a fait consulter ma montre) nous arrivons à un nouveau checkpoint:
Yitzhar.
Là, un chauffeur de taxi attend au bord de la route à côté de son taxi
jaune. Faek est ici depuis 90 minutes, depuis qu'un policier israélien lui a
confisqué à la fois sa carte d'identité et son permis de conduire, et a disparu
ensuite. Faek connaît-il le nom du policier? Non. Bien sûr que non, avoue Nomi.
"Quel Palestinien se risquerait à demander son nom à un responsable
israélien?
Nomi donne des coups de téléphone et apprend que Faek peut venir récupérer
ses papiers au commissariat de police dans la colonie voisine d'Ariel. En
réalité, Faek est pris au piège. Il ne peut pas passer les postes de contrôle
qui le séparent d'Ariel sans ses papiers d'identité. Et même s'il pouvait
trouver un moyen de contourner les checkpoints, il risquerait de se faire
arrêter pour défaut de permis et d'écoper d'une amende de plusieurs centaines
de shekels, une somme modique pour un Israélien mais que, lui, aurait du mal à
payer. Alors, il continue d'attendre dans l'espoir que le policier
revienne.
Moni n'est pas très optimiste. "C'est illégal de prendre des papiers sans
donner de reçu, mais ce genre de chose arrive tout le temps. Que peuvent faire
les Palestinien? Ils n'osent pas protester. C'est le Far West ici".
Un peu plus tard, alors que le soleil se couche et qu'un vent froid se lève,
(…), Faek attend toujours. La journée de travail de Nomi se termine et nous
devons retourner en Israël. Elle promet de continuer à mettre la pression sur
la police pour qu'ils ramènent ses papiers. Près de deux heures plus tard, à
mon arrivée chez moi, j'ai reçu, à ma grande surprise, un coup de fil de Faek,
disant qu'il avait fini par récupérer ses papiers. Mais il est encore
contrarié: la police vient de lui donner une amende de 500 shekels (($115). Le
téléphone de Nomi est constamment occupé, me dit il. Est-ce que j'ai la
possibilité de faire baisser l'amende?
''Jonathan Cook, a British journalist living in Nazareth, is the author of
Blood and Religion: The Unmasking of the Jewish and Democratic State (Pluto
Press, 2006). Visit his website at: www.jkcook.net
http://www.dissidentvoice.org/Feb07...
A lire
"Impossible voyage" par Amira Hass
http://www.nord-palestine.org/art-r...
"La percée des colons", 27 février 2007
http://www.france-palestine.org/art...
Et les colons continuent de s'installer tranquillement
…
http://www.protection-palestine.org...

Mur de séparation en Palestine.
Photos

checkpoint
Au checkpoint de Kalandia en Cisjordanie, des Palestiniens attendent de
pouvoir entrer à Jérusalem. (UN Photo #UNE152)
http://hearingvoices.com/webwork/up...

''Longue queue à un checkpoint."
Il y a des checkpoints autour de chaque ville de la Cisjordanie et de Gaza.
Pour aller d'un endroit à l'autre, cela prend des heures et peut s'avérer
impossible si le checkpoint est fermé, ce qui peut se produire sans que
personne soit prévenu''.

Pour construire cette seule route d'accès à Har Homa destinée aux
Israéliens, beaucoup de terrains agricoles ont été confisqués aux Palestiniens.
Pour permettre l'ouverture de cette route, tous les oliviers et les amandiers
de Saluman, agriculteur, ainsi que les champs où allaient paître ses moutons,
ont été détruits. La clôture entoure sa maison sur trois côtés.

Checkpoint
Voir d'autres photos, ici
http://www.vtjp.org/action/bethlehe...
et dans le Monde diplo: Pourquoi Israël en est arrivé
là?
http://www.monde-diplomatique.fr/20...

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