L'armée américaine et la liberté d'expression en Irak
Par emcee le dimanche 25 février 2007, 21:37 - Lien permanent
Traduction de: Another US Military
Assault on Media
par Dahr Jamail et Ali al-Fadhily
paru dans: www.dissidentvoice.org
le 24 février, 2007
Nouvelle attaque de l'armée américaine contre les
médias
Les journalistes irakiens s'indignent de la nouvelle agression de
l'armée américaine contre les médias.
Des soldats américains ont attaqué et pillé ce mardi les bureaux du Syndicat
des Journalistes Irakiens (ISJ) au centre de Bagdad. Dix gardes armés ont été
arrêtés, et dix ordinateurs et quinze petits générateurs électriques, destinés
aux familles de journalistes tués, ont été saisis.
Ce n'est pas la première fois que les troupes américaines s'en prennent aux
médias en Irak, mais cette fois-ci, c'était une attaque contre le symbole même
de la presse. Nombreux sont ceux qui pensent en Irak que l'armée américaine,
voulait, ainsi, transmettre aux journalistes irakiens le message de la part de
ses dirigeants leur intimant de garder le silence sur les dégâts provoqués par
l'occupation dirigée par les Etats-Unis.
"Les Américains nous ont fait parvenir des messages à maintes reprises mais
nous n'en avons jamais tenu compte" a expliqué à InterPress (IPS) Youssif
al-Tamimi de l'ISJ à Bagdad. Ils ont tué nos collègues, interdit des tas de
journaux, arrêté des centaines d'entre nous et maintenant ils nous frappent en
plein coeur en s'attaquant à notre siège. Voilà la liberté d'expression qu'ils
nous accordent". Certains journalistes irakiens accusent le gouvernement
irakien.
"Quatre ans d'occupation et ces Américains commettent encore les mêmes
erreurs stupides en suivant les conseils de leurs collaborateurs
irakiens"déclare Ahmad Hassan, journaliste freelance de Basra, de passage à
Bagdad. "Ils (les soldats US) n'ont pas encore compris que les journalistes
irakiens s'élèveront toujours contre de tels actes et qu'ils ne failliront pas
à la promesse qu'ils ont faite au peuple irakien de rechercher la vérité et de
la leur transmettre, quel qu'en soit le prix à payer".
En Irak, certains sont de plus en plus persuadés que les alliés des
Etats-unis du gouvernement actuel poussent les troupes américaines à s'attaquer
aux lieux occupés par ceux qui ne respectent pas les ordres du premier
ministre, Nouri al-Maliki.
"Ce sont nos collègues irakiens qui ont poussé les Américains" explique
Fadhil Abbas, producteur de télévision irakien. "Certains journalistes ici qui
n'ont pas réussi à faire croire ce qu'ils communiquaient s'efforcent de réduire
au silence ceux qui recherchent la vérité en donnant de faux renseignements à
l'armée américaine afin de profiter de leur stupidité pour se charger seuls de
la question irakienne".
Cet incident s'est produit juste deux jours après que le Syndicat Irakien
qui défend les journalistes a été reconnu officiellement par le gouvernement.
Ce nouveau statut a permis au Syndicat de disposer de son compte en banque,
jusqu'alors bloqué, et d'acheter ainsi des ordinateurs neufs et du matériel de
transmission par satellite.
Au moment même où le Syndicat reçoit la reconnaissance officielle pour son
travail en tant qu'organe indépendant s'adressant aux professionnels, l'armée
américaine se livre à une agression violente délibérée" déclare Aidan White,
secrétaire général de la Fédération Internationale des Journalistes. "Tous ceux
qui travaillent dans les medias et qui n'approuvent pas la politique et les
interventions des Américains pourraient bien courir des risques actuellement.
Cette agression était une "violation scandaleuse des droits des journalistes" a
déclaré White. "Ces trois dernières années plus de 120 journalistes, dont
beaucoup étaient membres du Syndicat, ont trouvé la mort, et maintenant le
siège de leur syndicat a été saccagé à la suite d'un acte gratuit
d'intimidation".
Les Américains et leurs partisans du gouvernement irakien démantèlent les
activités sociales et les associations de citoyens afin qu'aucun groupe ne
puisse contester leurs crimes et leurs projets." explique Hashim Jawad, avocat
de 55 ans, membre du Syndicat des Avocats Irakiens à Bagdad. "La presse, c'est
tout ce qui nous reste pour faire souffler un léger vent de démocratie dans ce
pays et maintenant c'est elle qui est visée."
La Press Emblem Campaign (PEC), une organisation humanitaire indépendante,
dont le siège se trouve à Genève et dont l'objectif est de renforcer la
protection juridique et la sécurité des journalistes dans le monde entier, a
également fermement condamné cette agression par l'armée américaine.
Reporter sans Frontières, ONG internationale qui défend la liberté de la
presse, fait état d'au moins 148 journalistes et autres employés des médias
ayant trouvé la mort en Irak depuis le début de l'invasion conduite par les
Etats-Unis en mars 2003.
Cette association publie un rapport annuel sur l'état de la liberté de la
presse dans le monde. En 2002, sous le régime de Saddam Hussein, l'Irak se
plaçait au 130ième rang, et en 2006, il est descendu au 154ième .
Ce même rapport classait les Etats-Unis au 17ième rang en 2002, et au 56ième en
2006.
Le Brussels Tribunal, comité composé d'intellectuels, d'artistes et d'autres
militants contre la guerre, a dressé la liste des 191 professionnels des médias
de nationalité irakienne tués en Irak, en indiquant les dates et les
circonstances de leur mort.
La PEC et d'autres organismes de contrôle ont demandé au gouvernement
irakien l'ouverture immédiate d'une enquête sur cette agression.
"J'aimerais que le gouvernement américain et le nôtre cessent de mentir sur
la liberté en Irak" dit Mansoor Salim, journaliste à la retraite "Nous avons
été stupides d'avoir cru à leurs déclarations sur la liberté. Moi y
compris."
Ali al-Fadhily est correspondant de l'IPS à
Baghdad;
Dahr Jamail, envoyé spécial de l'IPS et spécialiste
du Moyen-Orient depuis plusieurs années, couvre la guerre en Irak depuis 8
mois.
Commentaires
pas vraiment nécessaire de faire régner la terreur dans certains pays ...
le journalisme de connivence y règne en maitre absolu ... et RSF reste muet ...
faut il de vrais risques pour que certains se sentent libres ???
J'aimerais rappeler que depuis la fin de la guerre en Irak, 90% des assassinats sont organisés par des irakiens et dirigés contre d'autres irakiens.
Plus clairement ? des assassinats organisés par les sunnites envers les chiites et réciproquement.
Sérieusement, les américains auraient mieux fait de rester chez eux et de laisser ce peuple entre les mains d'un Despote, au moins ils ne s'entretueraient pas aujourd'hui.
Certes, certes, c'était un despote. Certes, il a commis des horreurs.
Mais on ne peut pas dire que la situation soit flambante depuis que les US et leurs satellites sont allés, la fleur au fusil, rétablir la "démocratie" et la "liberté" dans le pays. Après avoir, rappelons-le, fait subir à ce peuple un blocus cruel pendant des années.
Quant aux factions qui s'entretuent, qui leur fourgue les armes et entraîne les nervis chargés de mater le peuple?
D'autre part, les despotes de ce monde se portent comme un charme, à moins qu'ils ne soient morts tranquillement dans leur lit, s'ils ont / avaient l'heur de se conformer aux desiderata des Etats- Unis (et de ses poissons pilotes).
C'est d'ailleurs, parce que S Hussein avait refusé de le faire qu'il a fini suspendu à une corde. Sinon, il aurait pu continuer ses petites affaires intérieures sans que la "communauté internationale" ne s'en émeuve plus que cela...