Etats-Unis: Sécurité, oui, Sociale, non
Par emcee le lundi 19 février 2007, 20:13 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Ou comment les travailleurs américains ont été finalement complètement muselés
par le grand capital.
Voici un article (long mais) très intéressant où l'auteur énonce les raisons
qui expliquent le peu d'allant des Américains à s'engager dans des luttes
sociales. Une analyse remarquable où se mêlent argent, sectarisme, religion,
racisme, lutte pour l'emploi…
Dallas, quoi.
The Docile American
par Zbignew Zingh
de chez: www.dissidentvoice.org
13 février 2007
source: http://www.dissidentvoice.org/Feb07...
Un Américain bien docile
A la fois la faute à Dieu, aux syndicats, à l'assurance maladie et à
la crainte de se mettre en grève

Désolation et désespoir après "Katrina": Le cynisme des classes dirigeantes
qui s'assurent l'impunité en dressant les citoyens les uns contre les
autres.
Atteindrons-nous, nous aussi, ce stade un jour? Ou bien y aura-t-il un
sursaut des citoyens?
Photo Eric Gay, trouvée sur le site: http://www.africamaat.com/index.php...
Une Européenne m'a demandé, perplexe: "Pourquoi n'y a-t-il pas eu de
grève générale en Amérique pour faire cesser l'agression au Moyen Orient?
Pourquoi les Américains sont-ils si peu enclins à obliger leur gouvernement à
faire ce qu'il convient de faire?"
Ce n'est pas la première fois que ces questions se posent. Toute personne
avec un soupçon de connaissances historiques et une légère idée de ce qui se
passe au niveau international se rend compte que les Américains, en
contradiction totale avec le mythe fondateur de la Révolution Américaine, sont
incroyablement dociles. Cela fait mal, néanmoins, quand un étranger met le
doigt sur cette faiblesse évidente.
Les citoyens d'autres pays industrialisés sont capables d'organiser des
actions nationales avec des objectifs communs. Les Américains, que ce soit dans
les universités, au travail, au niveau des classes moyennes ou ouvrières,
cependant, semblent être complètement impuissants et systématiquement
désorganisés quand il s'agit de coordonner sur le long terme toute action en
dehors de la période électorale. Nous nous battons littéralement pour organiser
des actions nationales coordonnées.
Une grève générale est un des outils de désobéissance civile non violente
les plus puissants. Quand il y a grève générale, toute activité cesse, les
entreprises ferment, les consommateurs ne dépensent pas, les professeurs et les
élèves cessent les cours, les employés se mettent en maladie, les avocats ne
plaident pas, les travailleurs à la chaîne arrêtent les machines, les avions,
privés de pilotes, restent au sol, les médecins ne s'occupent que des urgences
et le commerce cesse ses activités.
Les grèves générales sont non violentes, mais elles engendrent d'énormes
pertes pour l'économie du pays. Quand elles sont bien organisées et bien
préparées, elles sont très persuasives. Les grèves générales ont renversé des
gouvernements, comme en Argentine, et ont empêché la mise en œuvre de
législations qui portaient atteinte aux droits des salariés, comme, en
particulier, en France et en Italie.
Certains disent que les Américains sont simplement trop gâtés pour se lancer
dans une action plus pénible que de mettre une croix sur un bulletin de vote.
Cela ne peut pas en être la raison.
En effet, l'idée que les Américains vivent mieux que partout ailleurs fait
partie de notre mythologie. Même si les Américains habitent des grandes maisons
(pour lesquelles ils remboursent des crédits phénoménaux) et, en s'endettant
lourdement, possèdent des tas de biens matériels, les citoyens de plusieurs
pays industrialisés ont, en moyenne, des vies plus faciles et plus saines et
des horaires de travail inférieurs à la plupart des Américains. Certains pays
asiatiques ne sont pas très loin derrière eux. Mais malgré leurs meilleures
conditions de vie, les Allemands, les Français, les Italiens et les Espagnols,
par exemple, sont plus disposés à se lancer dans une action concertée que les
Américains.
Il y a plusieurs raisons à la docilité des Américains et au militantisme des
Européens.
L'héritage de l'esclavage
Ce sont souvent les syndicats de travailleurs qui décident des actions en
Europe. Pas en Amérique. L'histoire de l'esclavage en Amérique a favorisé la
création d'une classe ouvrière d'autant plus malléable qu'elle est constituée
de différents groupes ethniques. En exploitant des phénotypes raciaux
superficiels, le patronat a développé l'hostilité entre ouvriers
américains.
Au cours des cent premières années de la création de l'Amérique, l'esclavage
a servi d'instrument permettant de contrôler la "main d'œuvre libre". Après
l'émancipation, les esclaves libérés (bien que peu libres dans tous les sens du
terme) étaient utilisés comme réserve de main d'œuvre bon marché, manipulée à
la fois au Nord et au Sud pour peser sur les salaires dans toute la sphère
industrielle, Noirs et Blancs réunis. En incitant les Blancs à la haine raciale
contre leurs "concurrents" noirs, le patronat a réussi à empêcher la création
d'un front ouvrier uni qui aurait profité à tous.
Ensuite, les pauvres immigrés européens, y compris des femmes et des
enfants, ont été exploités aux Etats–Unis pour la même raison et de la même
façon, exactement comme l'ont été les travailleurs venus de Chine et des
Philippines au cours de l'expansion industrielle de la fin du XIX° siècle.
Toute la politique d'immigration de l'Amérique a servi à contrôler les salaires
en faisant venir de l'étranger la main d'œuvre bon marché, comme ils exploitent
aujourd'hui la main d'œuvre "globalisée".
Au XXI°s, les travailleurs saisonniers originaires du Mexique, de Haïti et
d'Amérique centrale permettent au gouvernement de jouer le rôle qu'on lui a
assigné, à savoir de limiter les hausses de salaires des travailleurs dans les
secteurs de l'industrie, des services et de l'agriculture. Au parti
Républicain, contrairement aux infâmes xénophobes, les patrons, eux, préfèrent
la légalisation d'un système de "travailleurs-invités". Ce système de
"travailleurs invités" permettrait au patronat de faire venir temporairement la
main d'œuvre étrangère bon marché, en se réservant la possibilité de renvoyer
ces travailleurs s'ils sont blessés ou trop âgés ou s'ils réclament des
salaires décents ou des avantages sociaux.
De plus, la mondialisation néo-libérale permet aux entreprises de se
déplacer rapidement dans le monde entier à la recherche de pays où la main
d'œuvre sera la moins chère et les réglementations les plus souples. Ce qui
permet de peser encore plus sur les salaires.
Bien que la meilleure parade contre cette politique qui consiste à faire
pression sur les salaires serait d'améliorer les conditions de travail à
l'échelle mondiale, les salariés américains ont, au lieu de cela, été incités à
protéger leur propre territoire en luttant à la fois contre l'immigration et
les délocalisations.
Et finalement, cette réaction (suggérée d'en haut afin d'en affaiblir
l'impact) a montré, ce qui est typique de la classe ouvrière ici, l'absence de
cohésion de l'ensemble des travailleurs en Amérique. D'une certaine façon, la
conscience de classe des travailleurs américains a été lobotomisée. Les
mouvements de salariés tendent à être sectaires (les siècles de racisme qu'on
leur a inculqué les ont poussés à fuir toute coordination avec les travailleurs
de différentes parties du monde).
En somme, en se laissant leurrer par le racisme, les salariés américains se
sont entravés eux-mêmes et ont tout fait pour affaiblir leur propre force
politique ainsi que celle des autres mouvements de travailleurs.
Le complot contre la classe ouvrière
A la fin du XIX°s et jusqu'au milieu du XX°, certains syndicats actifs,
comme le mouvement de Cesar Chavez pour les ouvriers agricoles (…), étaient
capables de coordonner des actions sur tout un secteur industriel ou dans toute
une région. Le sang-froid et les succès de ces syndicats militants
terrorisaient les classes possédantes. (…). Le patronat s'est ainsi lancé dans
un programme à long terme, un véritable complot pour "éduquer" la population
américaine sur les bienfaits du capitalisme et les horreurs de la démocratie,
du socialisme et du syndicalisme. C'était une campagne bien huilée, bien
financée et, en partie, une riposte au réformisme des sociétés de plus en plus
socialisées qui se développaient dans l'Europe d'après guerre.
Cette propagande, qui a duré des décennies, se poursuit encore aujourd'hui
dans le secteur des services avec l'ISM (Institute for Supply Management).
D'autres organismes s'investissent dans cette propagande pro-capitaliste comme
les "groupes de réflexion"réactionnaires les plus connus en Amérique
(l'American Enterprise Institute ou la Hoover Institution"…) et d'autres
grandes institutions soit-disant philanthropes et dont dépendent financièrement
tant d'organismes à but non lucratif.
Cette action concertée a réussi à dénaturer les programmes scolaires, les
médias et la culture populaire américaine. Dès les années 50, une majorité
d'Américains pensait qu'il était normal que le FBI intervienne au nom du
patronat pour briser les grèves nationales. L'exemple le plus connu de ces
manipulations, c'est quand Reagan a procédé au licenciement en masse de
contrôleurs aériens en 1981, utilisant des contrôleurs de l'armée et des non
grévistes pour briser le syndicat.
L'utilisation de la loi Taft-Hartley de 1947 – législation
profondément hostile aux syndicats, encore en vigueur aujourd'hui – a été
saluée par la majorité des Américains, qui grâce à des années d'endoctrinement,
se sont davantage identifiés aux intérêts du patronat qu'avec ceux de leur
classe.
Alors que beaucoup de syndicats de travailleurs en Europe ont des sympathies
socialistes ou communistes, les syndicats actuels en Amérique ont été domptés
par le tir de barrage incessant et richement doté de la propagande
pro-capitaliste. Et donc, ils se gardent de s'allier à des partis politiques
plus radicaux que le Parti Démocrate à peine moins axé sur le monde de
l'entreprise. Et c'est ainsi que les classes possédantes, grâce à une campagne
d'"éducation" et de désinformation ont réussi à détourner le peuple américain
de la tentation de syndicalisme actif à l'européenne.
Mais l'héritage de l'esclavage et le complot contre les travailleurs ne peuvent
pas, seuls, expliquer le manque de conscience politique des
Américains.
La religion, antidote de la politique
C'est la religion qui exerce le contrôle le plus important sur les
populations qui n'ont pas de conscience politique. Ce n'est pas par hasard.
Cette atmosphère particulière empreinte de religion qui règne aux Etats-Unis
exhorte en général au pacifisme, à la soumission à l'autorité et est
essentiellement orientée vers la félicité de la vie après la mort. Elle
encourage une culture de résistance laïque minimale et de résignation laïque
maximale.
Avec les discours incessants sur la vie éternelle, la passivité et la
soumission, rien d'étonnant à ce que la culture américaine et la politique de
classe favorisent les institutions religieuses. En violation absolue avec les
interdits énoncés dans le 1° Amendement, les cultes obtiennent des arrangements
fiscaux, reçoivent des aides fédérales grâce à des programmes reposant sur la
religion et sont, de façon générale, subventionnés car ils sont tenus pour être
la principale structure sociale de la société américaine.
Curieusement, malgré sa piété manifeste, la société américaine est
extrêmement violente dans le domaine du sport, des relations sexuelles et de la
criminalité. Plus bizarrement encore, sous le vernis religieux fait de
soumission, d'abnégation, de sacrifice et de spiritualité se dissimule un
système économique capitaliste qui favorise la violence, l'agression, le
matérialisme, le colonialisme, l'auto-glorification, l'égoïsme et la duplicité.
Les mouvements religieux "musclés"qui se sont manifestés à l'occasion au cours
de l'histoire rassemblent tous les maux de la société décrits plus haut, le
racisme érigé en patriotisme en plus, en même temps que la soumission
religieuse traditionnelle à l'autorité laïque. Ces mouvements religieux
"musclés" oeuvrent souvent en partenariat tacite pour les intérêts des
possédants dans les milieux financiers et politiques, souvent au détriment de
ceux mêmes qui constituent la majorité des membres de ces mouvements.
Toutes les institutions religieuses ne sont pas sur le même modèle. Depuis
l'époque des mouvements contre la guerre du Vietnam, l'influence de mouvements
religieux modérément "progressistes" a marqué les actions "militantes" aux US.
Bien qu'il n'y ait rien à redire contre les manifestations courtoises, les
actes discrets de désobéissance très civile et les pétitions cordiales
adressées au gouvernement pour lui rappeler ses devoirs, ces actions ont été,
la plupart du temps, inefficaces. Le mythe qui consiste à croire que l'on peut
remettre gentiment des pétitions au gouvernement pour solliciter un changement
de politique se porte plutôt bien au sein de la communauté religieuse dominante
en Amérique et a complètement éclipsé le concept de l'agent de l'Etat au
service du peuple.
En d'autres termes, la contestation civile menée par les mouvements
religieux modérément progressistes adresse des prières au gouvernement pour se
faire entendre, exactement comme on prierait pour implorer l'aide de Dieu, à
genoux. Ils n'imposent rien, n'auraient jamais l'idée d'organiser une grève
générale, pas plus qu'ils ne profèreraient des menaces à l'encontre de leurs
ministres du culte ou de Dieu lui-même.
Malheureusement, des pays comme les USA qui sont fortement influencés par la
religion sont également plus disposés à entendre des arguments guidés par la
religion que par la raison. Si un peuple est éduqué à prendre au pied de la
lettre les miracles et les mystères, il est alors également prêt à croire les
mystères et les miracles du 11 septembre, les versions officielles (qui
changent souvent) données pour justifier les guerres américaines destinées à
s'emparer du Moyen-Orient et l'autorité politique en général.
Croire à une influence divine, c'est croire à l'autorité politique, croire
aux élections et au système judiciaire et refuser de croire que les leaders
politiques ne sont ni sensés ni bien intentionnés. La foi peut mener l'individu
à accepter aveuglément les mystères de la religion et quand celle-ci est hissée
au rang de chauvinisme, elle peut amener à croire sans discernement aux
mystères de la politique extérieure et intérieure.
Donc, la religion, telle qu'elle est pratiquée aux USA, même si elle peut
servir à enrichir l'esprit, est fréquemment un frein aux activités politiques
et ne constitue pas la moindre menace pour l'ordre établi. Elle tend à réprimer
toute résistance à l'autorité en prônant les bienfaits de prières non
polémiques à l'adresse des âmes plutôt noires du camp adverse.
Avec le temps, l'approche spirituelle de la politique peut faire oublier à
la population sa faculté de réaction, la laisser sans force et lui faire
complètement perdre l'habitude de se rebeller contre l'autorité (toujours de
façon non violente). Et finalement, à force de se cogner vainement la tête
contre les murs institutionnels, les aspirations des citoyens et leur aptitude
à s'organiser peuvent s'émousser, ils peuvent perdre leur mémoire sociale
collective, perdre leur énergie et perdre la maîtrise qu'exige la lutte pour le
contrôle de leurs propres destinées.
Souvent, dans les manifestations courtoises, ce sont les groupes religieux
qui prennent l'initiative de l'organisation. Dans une grève générale en Europe,
les cultes jouent rarement un rôle, même secondaire.
La peur du chômage
Bien que les causes ci-dessus expliquent en partie le manque d'audace
politique des Américains, probablement la raison fondamentale qui incite les
Américains à ne pas se lancer dans des actions comme une grève générale, c'est
leur peur légitime de perdre tout moyen de subsistance.
Dans les pays européens où les citoyens sont le plus engagés politiquement,
c'est aussi là que la population jouit de protections sociales importantes.
Alors que les salariés américains, eux, dépendent de leur employeur pour leur
retraite, pour les indemnités chômage et l'assurance maladie, les citoyens
européens, en général, ont l'assurance de bénéficier de tous ces avantages. Et
ces garanties rendent les Européens plus libres d'exprimer leur opinion et de
revendiquer auprès du patronat et de l'Etat.
Les couvertures sociales en Europe (l'assurance maladie, les études
supérieures gratuites ou largement subventionnées, les transports publics et
les indemnités chômage élevées, entre autres) sont garanties grâce à la
compression de l'échelle des salaires entre les classes ouvrières et
dirigeantes, en taxant les revenus élevés des particuliers et des entreprises,
en imposant une TVA sur les produits manufacturés ou industrialisés vendus dans
le commerce (en faisant donc peser la charge la plus importante sur ceux qui
consomment le plus) et en ne consacrant pas un budget trop élevé aux dépenses
militaires.
Ce n'est pas une coïncidence si (au début des mouvements syndicaux) les
travailleurs américains étaient les plus virulents: ils avaient aussi les
conditions de travail les plus pénibles et le moins à perdre en matière
d'indemnités chômage s'ils étaient licenciés. Actuellement, un travailleur
américain qui participe à une grève doit s'attendre à perdre son emploi dans
une économie où beaucoup d'emplois sont des postes dans le secteur des services
qui paie peu et offre de maigres avantages sociaux. Le gréviste américain non
seulement risque de perdre son emploi, mais également ses droits à la retraite
et plus important encore toute couverture sociale pour lui et sa famille. Les
travailleurs européens n'ont pas à prendre ce risque. Qu'ils aient ou non un
emploi (et leur couverture sociale est bien plus importante qu'aux USA), les
Européens ont souvent des indemnités chômage longue durée et une couverture
sociale qui tempère la peur du chômage.
Il est logique de payer une assurance quand on a choisi de conduire une
voiture ou de posséder une maison. Avoir une assurance, c'est également
nécessaire si on veut laisser de l'argent à sa famille après sa mort. Mais ce
ne sont pas des obligations vitales, car on peut vivre sans voiture, on peut
très bien vivre sans assurance sur la vie et on peut louer un logement si on ne
veut pas devenir propriétaire. L'assurance maladie, cependant c'est différent.
Tôt ou tard, on vieillit, on est malade et on a besoin de soins médicaux. Quand
vous aurez besoin de soins, c'est là que vous aurez le moins les moyens de le
faire. Pourquoi cela devrait-il être l'affaire des assurances privées? Et
pourquoi cette assurance devrait-elle être liée à votre emploi? Pourquoi les
Américains allient-ils couverture sociale et employeur alors que ce n'est pas
ce qui se pratique ailleurs dans le monde?
La réponse, c'est que, justement, emploi et assurance maladie sont couplés
et avec cette alliance, ils sont également pieds et poings liés. Les Américains
ont peur de mettre en danger leur employabilité parce qu'ils ont bien plus à
perdre qu'un simple salaire. Cette crainte exclut les revendications auprès des
employeurs, elle interdit de risquer la honte d'être arrêté ou poursuivi et
elle exclut évidemment la possibilité d'une grève générale. Les Américains ont
été enchaînés à leur emploi par la crainte de perdre la couverture sociale pour
eux-mêmes et pour leur famille, tout comme les paysans du Moyen-âge étaient
liés à la terre qu'ils étaient contraints de cultiver pour les autres. Le
système a été ficelé, et magistralement, de façon à ce que les salariés
américains soient pour toujours asservis et à jamais entravés
politiquement.
Les sondages montrent qu'un immense majorité de la population en Amérique
est favorable à une couverture de santé universelle. Cependant, les
responsables politiques évitent soigneusement le sujet. Le maximum que la
majorité des politiques soient prêts à lâcher, ce sont de minuscules
aménagements au système d'assurance privée actuel. Et pour cela, ils attendent
des félicitations, mais n'en méritent point. Il ne s'agit pas uniquement de
conserver la structure d'assurance maladie actuelle afin de conserver au
secteur des assurances la manne juteuse. C'est bien davantage, c'est un système
politique bien ficelé, conçu pour garder les salariés américains en état de
servitude et d'insécurité constante, ligotés à leur bulletin de salaire et
muselés politiquement. Pour ces raisons mêmes, ce système, nul doute, intéresse
ceux qui dans d'autres parties du monde visent à affaiblir, voire à démanteler,
leur propre système de sécurité sociale, dans le but de rendre leurs citoyens
aussi dociles que les Américains.
Le patronat s'accommodera de l'abandon du système de sécurité sociale actuel
basé sur l'assurance privée de l'employeur si, en agissant ainsi, il peut se
débarrasser des frais d'assurance payés par l'employeur tout en mettant une
autre contrainte financière à ses employés. (…).
Le modèle européen montre que la sécurité sociale est primordiale dans une
société démocratique. Ce modèle montre également qu'il est réalisable aux
Etats-Unis si, comme en Europe, on resserre l'échelle des salaires entre les
classes ouvrières et les classes dirigeantes et / ou possédantes, si on
supprime les coûts liés à la gestion privée de l'assurance maladie, si on
procède à des prélèvements équitables et appropriés sur les revenus des
particuliers et des entreprises, surtout en haut de l'échelle, si on impose une
TVA sur les produits de consommation, si on supprime les aides insidieuses de
l'Etat à des organismes comme les conglomérats des ressources énergétiques,
l'agroalimentaire et Wall Street, et, plus important encore, si on réduit
radicalement les dépenses militaires.
Tant que leurs besoins vitaux seront tributaires de leur emploi, les
Américains resteront dociles et il n'y aura jamais de grève générale nationale
en Amérique. Tant que les Américains s'avèreront incapables d'organiser une
grève générale nationale, ils seront privés de l'outil démocratique non-violent
le plus précieux pour faire plier leur gouvernement. Pour la bonne raison que,
le système actuel perpétuant le statu quo, ceux qui en profitent le plus se
battront bec et ongles pour le conserver. Mais pour cette seule raison, afin de
lancer le processus de libération du peuple américain de cette tradition de
servilité politique, tous les autres devraient se battre bec et ongles pour
obtenir l'assurance maladie et les autres besoins fondamentaux, entièrement et
sans équivoque indépendants de l'emploi.
NB: voir notes et références dans l'article
original
………………………………………………………………………………………………….......
PERSO:
Vous voyez où veut nous emmener (lui et ses laquais) le caporal
verticalement désavantagé, avec ses polygames, ses moutons égorgés dans les
baignoires, ses "ceux qui se lèvent pour travailler", ses fainéants de Rmistes,
ses "travailler plus pour gagner plus", ses "service minimum en cas de grève"
et tout le bastringue?
A nous haïr entre nous afin qu'ils aient les mains libres pour nous réduire
au silence et à l'esclavage.
C'est effrayant.
Et pourtant, nous les Français arrogants et champions du Café du Commerce,
ne voyons rien venir. Enfin, presque tous, si on en croit les
sondages.
Tiens, j'ai envie de hurler. AHAHAHAHAHAHAHAHaHAHAHAHAHAHAHAHARGH!
Ah, si ça n'arrange rien, ça fait du bien. Un peu.
Commentaires
Excellent post, qui, en effet fait froid dans le dos,car la tentation est grande de nous conduire à un modèle semblable! Faudrait peut-être se réveiller, tant qu'il est (encore) temps!!!!!
froid dans le dos vraiment, surtout que c'est effectivement ce que nous mijote le petit caporal
quand je pense à tous ces crétins qui nous bassinent avec l'eldorado américain et le meeeerveilleux marché du travail anglais.
bon, aujourd'hui j'essaye de poster, en espérant que ça passe
baci, emcee
salut, céleste,
Merci de ta persévérance et de ta fidélité.
je viens une nouvelle fois de récupérer ton com'. Comme je n'y comprends rien, je ne sais pas où est l'erreur. Il faut que j'attende la bonne volonté de quelque geek de ma connaissance pour régler le pb. Pour l'instant, je fais du bricolage. Désolée pour le retard à l'allumage.
Comme d'hab, nous sommes en phase. Cet article montre bien ce que nous prépare le gnome dangereux, mine de rien.
Hélas, beaucoup ne voient rien venir. Et le pire, c'est que ce sont les plus démunis (couches dites "populaires"- donc les plus exposées) qui semblent le plus s'apprêter à lui donner leur aval.
Les perspectives politiques sont actuellement sinistres.
Merci à Eva, aussi.
Nous sommes bien d'accord. Mais combien sommes-nous? Je ne vois pas pour l'instant de sursaut républicain.
Et je ne sais pas comment militer contre tout cela. Autant cela m'a paru facile pour le NON au référendum, autant, aujourd'hui, je suis perplexe parce que la gauche alternative est dans les choux, chacun voulant garder ses prérogatives partisanes. C'est très triste.
Des précisions sur les USA.
La durée moyenne du travail est de 33,9 heures par semaine aux Etats-Unis, pour l'ensemble des emplois du secteur privé non agricole.
Le contraste est important entre le domaine de la production de biens, où la durée du travail est élevée (40,1 h) pour une faible proportion d'emplois (19,8 % des emplois), et celui des services privés, où la durée du travail est faible (32,5 h) pour une forte proportion d'emplois (80,2%).
Le contraste est encore plus grand entre le secteur des ressources naturelles et des mines (45,6 heures par semaine pour 0,6% des emplois) et celui des loisirs et de l'hébergement (25,7 heures par semaine et 11,5% des emplois).
http://travail-chomage.site.voila.f...
En 2006, le nombre officiel de chômeurs est de 7 001 000 pour une population active de 151 428 000 personnes, soit un taux de chômage de 4,6%. Cependant, 4 786 000 personnes souhaitent avoir un emploi et sont classées dans la population inactive. Ces personnes ne peuvent obtenir un emploi, sont prêtes à travailler mais sont découragées et n'effectuent pas les démarches pour être inscrites comme demandeurs d'emploi.
Pour mieux mesurer la réalité du chômage, ces personnes doivent être réintégrées parmi les chômeurs (11 787 000) et dans la population active (156 214 000). En se limitant à cet élément, le taux de chômage apparent de 4,6 % se transforme en un taux de chômage réel de 7,5%.
Et une grande récession est attendue en 2007.
Merci, Alain, pour ces précisions intéressantes.
Cependant, je suis sceptique sur ces chiffres, mais n'étant pas spécialiste, je ne veux pas dire de bêtise.
Il me semble qu'en calculant les heures de travail, on ne prend pas en compte le nombre de temps partiels, en particulier dans certains secteurs, souvent voués aux femmes (ou aux minorités locales ou immigrées), d'ailleurs. Evidemment, le temps de travail est réduit mais pour ceux-là, la paie aussi. et elle est souvent misérable. Et ne permet pas de vivre, voire de survivre (d'où l'arnaque du "travailler plus pour gagner plus"). Des "RMastes", quoi. C'est à dire qu'on les occupe qqs heures pour les faire sortir des chiffres du chômage. Et s'ils veulent vivre comme tout le monde, il faudra qu'ils aillent se chercher des boulots d'appoint. S'il y en a dans leur secteur.
Ce qui est certain, c'est que chaque pays s'acharne à dissimuler les vrais chiffres du chômage. Et que le modèle états-unien n'est pas exempt de ces bidouillages. Que sont devenus, par ex, les emplois industriels délocalisés par milliers? Et que sont devenus ceux qui les occupaient?
En GB, pas mieux. Ceux qui n'ont aucune chance de retrouver un emploi sont classés dans les "handicapés" et sortent donc des chiffres.
D'autre part, ne pas être au chômage ne voulant pas dire qu'on a un emploi stable permettant de vivre décemment, pourquoi s'évertuent-ils à nous annoncer des chiffres qui, de toute évidence, ne reflètent pas la réalité du quotidien (et de plus en plus)?
Mais, bon, je ne vais pas m'étendre sur le sujet.
Si qqun(e) passe par là et qu'il (elle) a une explication plus pointue que moi, ce sera encore mieux.