Il est grand temps de se retirer

Par Ed Kinane

8 février 2007

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Un homme viole une femme. Il la viole depuis des années à intervalles irréguliers. Malgré sa forte résistance, il la viole implacablement au cours de ces quatre dernières années. Il occupe son corps. Il la partage avec ses amis.

Quand doit-il se retirer? Seulement quand il est épuisé? Seulement quand ça l'arrange?

Le terme d'"occupation" (de même que celui d'"invasion") a été soigneusement occulté par les auteurs du groupe d'études sur l'Irak. Mais même ce mot tabou est vague, insipide. Il masque la réalité. L'invasion américaine (et la actuelle violation du territoire) de l'Irak constitue un viol à grande échelle. C'est un crime à grande échelle. C'est un crime de guerre.

Le principe VI des Principes de Nuremberg déclare que "constitue un crime contre la paix le fait d'envisager, de préparer, de déclencher ou de perpétrer une guerre d'agression".

Le principe I dit:" Quiconque commet un acte criminel qui transgresse les lois internationales est donc responsable et passible de sanctions" Nous qui exigeons le retrait des troupes US en Irak (que ce soit incessamment ou à une date stratégique ultérieure, actuellement non déterminée) sommes nombreux à ne pas réaliser que même s'il ne reste plus un seul soldat là-bas, le crime de guerre ne s'arrêtera pas à ce moment-là.

Même s'il est absolument nécessaire, le retrait de toutes les troupes américaines d'Irak n'est pas suffisant. L'agression américaine ne cessera pas pour autant. C'est la guerre aérienne qui est responsable de la plupart des dizaines de milliers ou de centaines de milliers de victimes irakiennes. Si nous ne nous mobilisons pas clairement contre les raids aériens, quand nos troupes sont déployées ailleurs, ces agressions moins médiatisées vont sûrement se poursuivre.

Mais supposons que cessent les attaques à la fois sur terre et aériennes. Supposons que les violeurs se dégagent des membres ensanglantés de leur victime. Le calvaire de la victime sera-t-il terminé pour autant? Non, restera le traumatisme.

Outre les massacres, les mutilations massives,

Le chaos et la terreur règnent;

Les tensions ethniques et sectaires se sont intensifiées;

Une grande partie des infrastructures médicales irakiennes a été détruite; De nombreux sites et héritages sacrés ont été pillés;

L'environnement est pollué par l'uranium toxique et radioactif usagé, utilisé pour l'armement américain;

Les grands groupes US s'emparent des ressources irakiennes et des entreprises récemment privatisées;

Les Irakiens (déjà exsangues) sont sommés de rembourser les milliards que Saddam Hussein avait empruntés à ses partenaires financiers occidentaux, c'est-à-dire de rembourser sa dette odieuse. Les Irakiens sont contraints de verser au Koweït des milliards correspondant aux frais de réparation des dégâts causés par la guerre dans laquelle ils avaient été enrôlés (mais qui va rembourser les dommages qu'ils subissent, eux?).

Dans un pays civilisé, les violeurs sont traduits en justice et condamnés. Les architectes du viol de l'Irak (Cheney et Bush, ainsi que leurs copains ultra-libéraux et ceux des grands groupes capitalistes) sont trop dangereux pour être laissés en liberté. Un tribunal comme celui de Nuremberg doit être mis sur pied pour les mettre hors d'état de nuire pour les décennies à venir.

Ed Kinane spent five months with Voices in the Wilderness in Iraq in 2003.