(by James Meikle, education correspondent)

Les présidents des Universités annoncent des frais d'inscription à 10000 livres par année d'études

L'enquête du Guardian auprès des présidents d'Université révèle également les menaces qui pèsent sur les prêts étudiants.

D'après une enquête réalisée par le "Guardian" auprès des présidents d'université et des cadres de l'enseignement supérieur en Angleterre, les frais d'inscription à l'université devront être fixés à un minimum de 6000 livres (9000€) par année d'études pour financer tous les frais de scolarité. L'enquête révèle un malaise croissant concernant les moyens de financement des études mis en vigueur à l'automne dernier et certains évoquent la possibilité que les étudiants aient à débourser jusqu'à 10000 livres par an (15000€) pour certaines sections scientifiques une fois que le bilan sur les dispositions actuelles aura été effectué.

La plupart des présidents de plus de 40 universités (sur les 100 que compte le pays) qui ont répondu à l'enquête signalent que les frais d'inscription seront alors vraisemblablement revus à la hausse. Beaucoup pensent également que le ministère de l'économie prendra la décision de relever les taux d'intérêts des emprunts étudiants, en partie parce que le non-remboursement de ces prêts coûterait actuellement à l'Etat près d'un milliard de livres.

Les présidents de certaines des universités les plus cotées, dont le groupe d'élite Russell (qui regroupe les 20 grandes universités qui réalisent les travaux de recherche les plus pointus et les plus onéreux), pensent que les frais d'inscription, actuellement plafonnés à 3000 livres, vont doubler à l'issue du bilan du programme actuel prévu en 2009.

Ils supposent que le ministère de l'économie exigera également, alors, des modifications dans les conditions de prêts étudiants consentis par l'état. Cette enquête a été réalisée grâce à un questionnaire envoyé à toutes les universités du pays. Dans la grande majorité d'entre elles, les frais d'inscription s'élèvent à 3000 livres, la somme-plafond actuellement en vigueur.

La plupart des présidents ont répondu au questionnaire sous couvert d'anonymat, car c'est un sujet très sensible qui, d'une part, provoque déjà des tensions énormes au sein du gouvernement, et, d'autre part, inquiète les étudiants et leurs familles.

Un président d'université du groupe*Russel laisse entendre que les familles doivent s'attendre à épargner bien davantage pour les études supérieures de leurs enfants car le pays tend actuellement à s'inspirer du modèle universitaire américain, avec des frais d'inscription à l'avenant. Si l'Angleterre veut des universités d'élite, il lui faut trouver des moyens. Rien ne peut se résoudre du jour au lendemain. Les frais d'inscription des universités aux Etats-unis sont intégrés dans le budget familial d'une vie entière.

Le président explique que le dispositif actuel des prêts étudiants offre en fait "une aide financière énorme aux classes moyennes aisées parce que les étudiants bénéficient de prêts généreux à faibles taux d'intérêts tout en se destinant à des métiers qui offrent des revenus qui se situent nettement au-dessus de la moyenne nationale" .

"Ils veulent que leurs enfants aient tous les avantages d'un système éducatif au niveau international mais sans bourse délier, ou pour un prix modique, tout cela financé par les impôts et aux dépens des pauvres. Aucune université ne se risquerait à perdre des étudiants brillants en demandant des frais d'inscription trop élevés. Si le plafond devait être relevé, disons à 5000 livres (7500 €), cela deviendrait la somme systématiquement demandée par chaque université.

Un autre président du groupe Russell a déclaré qu'il y avait un lien direct entre les ressources dont dispose une université et la qualité des diplômés qui en sortent. En Amérique les universités disposent en moyenne de 11500 livres par an pour chaque étudiant. En Angleterre, cette somme atteint à peine 7300 livres.

"Il n'y a que deux façons de combler ce fossé" déclare ce président d'université, 'Soit augmenter les financements publics, ce qui semble peu probable dans l'état actuel des choses, soit augmenter les droits d'inscription".

Ces inquiétudes ne se limitent pas, loin de là, au seul groupe Russell: les présidents d'université en poste depuis ces 15 dernières années estiment que le système actuel n'est pas viable. Ils soulignent les énormes efforts budgétaires que les prêts étudiants imposent aux finances publiques. En Angleterre, les étudiants ont emprunté plus de 22 milliards de livres depuis 1991 mais le gouvernement n'a encaissé que 5 milliards de livres de cette somme, soit grâce aux remboursements d'emprunts soit en confiant le recouvrement des dettes à des organismes privés.

Mais le président d'une université plus récente du nord de l'Angleterre a déclaré:"Les étudiants et leurs familles accepteraient une légère dégradation des conditions actuelles pour les prêts étudiants, mais des dispositions de plus grande ampleur pourraient démotiver, en particulier, les familles à bas revenu, plus réticentes à contracter des crédits".

Wes Streeting, le vice-président du Syndicat National des Etudiants a déclaré: "les sentiments exprimés dans cette enquête montrent la nécessité d'un véritable débat sur le financement des études supérieures". Bill Rammell, le ministre de l'Enseignement Supérieur indique: "les frais d'inscription sont fixés jusqu'en 2010. Avant cette date, une commission indépendante du parlement effectuera le bilan des trois années de mise en application de ce programme et évaluera les éventuelles modifications à apporter au plafond des frais d'inscription et aux aides aux étudiants'"

Note: *Russell: Russell Group of Universities: un réseau de grandes universités de Recherche en GB.

Notes complémentaires:

Une "génération perdue" ?
http://www.lalibre.be/article.phtml...

Sur un site très intéressant, LIRE:
Angleterre : l'Université confrontée à l'attaque libérale.
http://www.assises-univ-recherche.o...

Et aussi: L'enseignement supérieur canadien : pour une petite idée de ce qui nous attend
http://www.assises-univ-recherche.o...

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Note perso:

Et voilà: la porte de l'Université, déjà à peine entrouverte, se refermera ainsi définitivement au nez de l'immense majorité de la jeunesse britannique. Les élites auront accès à l'enseignement supérieur et les autres à ce qu'elles leur diront de faire ou de ne pas faire. En gros: travailler et ne pas les empêcher de faire des ronds.

J'ai déjà dû le dire … mais un pays qui n'investit pas dans sa jeunesse est un pays de vieux cons.

Curieux, ça: Tony Blair, dont la politique fait l'admiration de nos deux libéraux de droite et de droite, le tandem inénarrable de l'UMPS, ne semble pas s'en sortir si bien que cela, finalement.

Quand il partira (ce qui aurait déjà dû être fait), il laissera un pays où la majorité de la population aura été tirée vers le bas. Les pauvres vers la misère et les classes moyennes vers la pauvreté. Une jeunesse sans avenir et des retraités obligés de faire des petits boulots pour survivre. Entre deux, des familles qui bossent comme des bêtes pour conserver leurs logements modestes achetés à crédit à des prix ahurissants. Avec une sécurité sociale moribonde, un système éducatif élitiste et discriminatoire et des retraites indigentes, toutes les couches de la population sont, ainsi, bien servies.

Ceux qui pourraient sortir les mouchoirs à son départ (bien qu'ils préfèrent toujours le produit authentique à son ersatz), ce sont les riches, qui eux, se sont encore plus rempli les poches sans vergogne et au-delà de toute espérance.

Et de ce côté de la Manche, me direz-vous? Pareil et cela va encore empirer. En ce moment, tout le monde est lancé dans une campagne sordide et obscène mais on ne perd rien pour attendre. Ca non!

A moins que. ..

RENDEZ-VOUS:

JOSE BOVE: MEETING LE 7 FEVRIER A AUBAGNE, Bouches-du-Rhône